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Before yesterdayInnovation Pédagogique et transition

10/11 Communs et services de proximité à la 3ème conférence internationale sur l'ESS et les communs à Lisbonne

Un article repris du site dhttps://coopdescommuns.org/fr/10-11-communs-et-services-de-proximite-a-la-3eme-conference-internationale-sur-less-et-les-communs-a-lisbonne/e la Coop des communs, une publication sous licence de partage en réciprocité

Communs et services de proximité : 3ème conférence internationale sur l'ESS et les communs à Lisbonne

Justine Loizeau, Doctorante à l'université Paris Dauphine-PSL et membre de La Coop des Communs, présentera le projet de livre du groupe Communs de Proximité le 10 novembre à la 3ème conférence internationale sur l'ESS et les communs à Lisbonne.

La conférence sera sur le thème « Decolonizing the Solidarity Economy and Commons : Enacting the “Pluriverse” du 8 au 10 novembre 2023.

Le livre du groupe Communs et services de proximité est en cours de finalisation.

Plus d'information et inscription

Programme

L'article 10/11 Communs et services de proximité à la 3ème conférence internationale sur l'ESS et les communs à Lisbonne est apparu en premier sur La Coop des Communs.

« L'envers des mots » : Exposome

Un article repris du magazine The Conversation, une publication sous licence CC by nd

L'impact de l'environnement sur la santé humaine est un enjeu de mobilisation majeur pour la science et les pouvoirs publics. Au niveau international, un domaine majeur des recherches se centre sur la notion d'exposome, qui désigne l'ensemble des expositions environnementales auxquelles une personne est sujette tout au long de sa vie. Ce concept est inspiré du terme « génome » (combinaison des mots gène et chromosome) qui désigne l'ensemble de l'information génétique d'un organisme contenu dans ses chromosomes.

Proposée en 2005 par l'épidémiologiste Christopher P. Wild, cette notion d'exposome est intégrée depuis 2012 aux États-Unis dans tous les plans stratégiques du National Institute of Environmental Health Sciences. En France, l'exposome figure comme « élément structurant des politiques de santé » dans les objectifs des Plans nationaux santé environnement (PNSE) qui sont élaborés tous les cinq ans depuis 2016.

L'appréhender nécessite de prendre en compte de très nombreux paramètres tels que les nuisances chimiques (pesticides, perturbateurs endocriniens, particules fines…) et des facteurs comme les polluants alimentaires, des objets quotidiens (jouets, cosmétiques, tickets de caisse), la consommation de médicaments, les conditions de travail, les infections microbiennes, la pollution sonore et lumineuse, les effets des radiations, etc. L'enjeu est de considérer la multiplicité des expositions, leurs interactions et leurs effets dans le temps, de la conception à l'âge adulte.




Read more :
Santé et environnement : mieux prendre en compte la vulnérabilité des populations féminines


Les recherches sur l'exposome impliquent de croiser de nombreuses disciplines qui relèvent à la fois des sciences « dures » (physique, chimie, science de la terre et de l'environnement, biologie) et des sciences humaines et sociales (anthropologie, sociologie, économie, épidémiologie, santé publique).

Les études de genre sont aussi concernées, sachant que les conditions de vie, sociales, culturelles et économiques, exposent différemment les femmes et les hommes à des risques sanitaires. Les hommes, majoritaires dans l'industrie et le bâtiment, ont des risques de santé liés à l'amiante, aux solvants, au port de charges, au bruit, etc. Les femmes, plus nombreuses dans les métiers de commerce, services et soins à la personne, sont exposées aux polluants des produits de nettoyage ou des cosmétiques comme le bisphénol. Les nuisances concernent aussi les facteurs liés à l'organisation et aux contraintes du travail. Les troubles musculosquelettiques et les risques psychosociaux sont plus fréquents chez les femmes.

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Les conditions de vie précaires ont pour corollaire des risques sanitaires accrus par rapport à la population générale : logement insalubre, mauvaise alimentation, sédentarité, pénibilité au travail.

La baisse de fertilité des femmes et des hommes, la vulnérabilité des femmes enceintes et des fœtus constituent un sujet majeur pour la recherche et les politiques de prévention. Une autre préoccupation liée au genre porte sur la situation de vulnérabilité aggravée des femmes en raison des bouleversements climatiques et politiques dans les pays du Sud global : sécheresse, pénurie alimentaire, migrations, etc.

À l'évidence, étudier l'impact de l'exposome sur nos organismes est un projet éminemment ambitieux. L'objectif est d'enrichir les connaissances sur l'impact de l'environnement sur la santé et de comprendre les liens entre les sociétés et les écosystèmes dans l'émergence des pathologies, notamment chroniques et infectieuses. Il s'agit aussi de développer des politiques d'information, de prévention et de santé publique mieux ciblées pour les populations vulnérables. Un tel défi ne pourra être relevé qu'avec la mobilisation de moyens intellectuels et matériels considérables. C'est un enjeu politique majeur pour les générations futures.


Cet article s'intègre dans la série « L'envers des mots », consacrée à la façon dont notre vocabulaire s'étoffe, s'adapte à mesure que des questions de société émergent et que de nouveaux défis s'imposent aux sciences et technologies. Des termes qu'on croyait déjà bien connaître s'enrichissent de significations inédites, des mots récemment créés entrent dans le dictionnaire. D'où viennent-ils ? En quoi nous permettent-ils de bien saisir les nuances d'un monde qui se transforme ?

De « validisme » à « silencier », de « bifurquer » à « dégenrer », nos chercheurs s'arrêtent sur ces néologismes pour nous aider à mieux les comprendre, et donc mieux participer au débat public. À découvrir aussi dans cette série :

The Conversation

Catherine Vidal does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.

ChatGPT, un atout ou une tricherie ?

ChatGPT divise la communauté des enseignants. Certains l'accusent de faciliter la tricherie, d'autres préfèrent l'envisager comme un outil pédagogique. Le débat est particulièrement vif pour ce qui concerne l'évaluation des écrits : les mémoires, les rapports de stage, les dossiers… Comment distinguer ce qui relève de la production originale de l'apprenant, donc de sa propre réflexion, et ce qui relève de la recherche effectuée avec l'intelligence artificielle ? S'il n'existe pas encore de règles officielles concernant l'usage des IA dans les évaluations, un certain nombre de pistes émergent pour repenser les modalités d'évaluation. Cet article propose de les passer en revue.

Dernièrement, Le Living lab Sofa s'était entretenu à plusieurs reprises avec Xavier Aimé, enseignant au Cnam et chercheur en Intelligence Artificielle. Ces entretiens avaient donné naissance à plusieurs articles publiés sur le site du Living Lab du Cnam : un épisode 1 sur les opportunités d'usage de cet agent conversationnel, un épisode 2 montrant comment l'utiliser pour faire un jeu de rôle, et un épisode 3 sur la manière dont les apprenants s'en emparaient. Il était donc tout naturel de revenir vers lui pour aborder cette problématique spécifique de l'évaluation.

Les logiciels anti-plagiat, un combat perdu ?
Une première réponse pourrait consister à utiliser les logiciels anti-plagia (Compilatio, ZéroGPT…) pour distinguer des textes écrits par les humains, de ceux générés par une intelligence artificielle. Toutefois ces derniers cherchent des similitudes avec des textes sur internet ou des copies entrées sur une base de données. Or ChatGPT produit un texte qui n'est pas un copié-collé. Il fonctionne grâce à la prédiction : il évalue quel est le texte le plus probable dans un contexte puis il le génère. Il est donc difficile d'identifier ses sources. Pour Xavier Aimé, « ces logiciels ne sont pas capables de détecter du plagiat par l'IA. Les systèmes ne fonctionnent pas. On pourrait éventuellement repérer quelqu'un qui sait mal s'en servir, mais si l'étudiant est un peu « malin », il peut modifier le style d'écriture et le rendre indétectable. Les éditeurs des IA eux-mêmes ont abandonné l'idée de la détection ! La lutte anti-plagiat est perdue d'avance ». Toute tentative d'interdiction semble donc veine.

Diversifier les modes d'évaluation
La première réponse à apporter est sans doute, lorsqu'un élève réalise un travail seul derrière son ordinateur (en présentiel ou à distance), de ne pas tout miser sur un écrit pour évaluer sa production. « Le premier conseil qu'on peut donner, explique Xavier, est d'éviter de se fier uniquement à des évaluations par texte ou par réponse écrite. Il est préférable d'intégrer des évaluations variées, telles que des quiz à choix multiples, des évaluations pratiques, des projets en groupe, des présentations orales, etc. Il faut donc encourager la participation active, précise Xavier, et favoriser les évaluations qui exigent une réflexion critique, une application des connaissances et la démonstration de compétences pratiques, plutôt que de simples réponses mémorisées ».

Renforcer le poids des présentations orales
Concernant les mémoires, Xavier plaide pour un renforcement du poids de la soutenance orale dans la note finale : « Dans mes cours, l'oral compte désormais pour 75% de la note. A l'oral, l'étudiant n'a pas le temps de tricher : on voit tout de suite s'il a compris, s'il maîtrise ou pas. Ce n'est plus la machine qui parle, c'est lui ». L'illusion éventuelle de l'écrit résiste mal au jeu des questions. Evidemment, elles doivent porter sur les contenus présentés, mais aussi exiger une analyse réflexive sur les résultats produits. L'oral peut également être l'occasion de demander à l'apprenant comment il a mobilisé ChatGPT. « Il ne faut pas lui demander frontalement, conseille Xavier, il risque de démentir et on va rester avec des doutes. Mieux vaut lui demander « comment il l'a utilisé ? C'est là que se trouve finalement sa contribution ».

Citer l'usage de ChatGPT, oui mais comment ?
L'objectif principal de l'évaluation d'un mémoire est de déterminer la compréhension, la recherche et la capacité de réflexion critique de l'étudiant. Et concernant l'écrit, que faire ? Nous avons demandé à ChatGPT lui-même ce qu'il en pensait. Et voici sa réponse : « il est important que les évaluateurs comprennent comment ChatGPT a été utilisé dans le mémoire. Les évaluateurs doivent s'assurer que l'étudiant a apporté une contribution significative au mémoire, même si ChatGPT a été utilisé pour générer une partie du texte. L'étudiant devrait expliquer comment ChatGPT a été utilisé dans le mémoire dans la section appropriée, comme la méthodologie ou les remerciements. Cela pourrait inclure des informations sur les parties spécifiques rédigées par le modèle, la manière dont il a été intégré dans le processus d'écriture, et l'objectif de son utilisation. Cette explication devrait inclure des détails sur les parties spécifiques générées par ChatGPT et la raison de son utilisation »1.
Bref, ChatGPT serait une source comme une autre, à intégrer dans sa méthodologie et ses références bibliographiques ?
Il n'existe pas encore de règles bien établies sur la manière de citer des paragraphes réalisés par ChatGPT. Xavier partage son expérience : « Voici la consigne que je donne : dès lors que l'apprenant a utilisé ChatGPT pour tout ou partie d'un texte, il doit mettre entre guillemet la zone de début et de fin, et mettre en note de bas de page le logiciel d'IA utilisé, la date et le prompt qui a servi à produire ce texte. Car au final, c'est dans ces prompts, qu'on voit sa logique de compréhension, sa progression intellectuelle, c'est là qu'il fait « œuvre de l'esprit », pour reprendre une expression américaine ». Les organismes de formation vont sûrement formaliser des règles et des consignes d'usage dans les mois qui viennent.

Privilégier l'obligation de moyens à celle des résultats
Dans les formations en alternance, l'objectif d'apprentissage peut parfois entrer en tension avec celui des entreprises, davantage orientée vers la culture du résultat. Selon Xavier, “ChatGPT tend à renforcer cette tension, car il permet d'arriver plus vite au résultat. L'apprenant lui-même peut être tenté d'aller vers cette solution de facilité. Tout le travail du formateur et du tuteur est donc de lui expliquer l'importance d'apprendre des compétences transférables dans n'importe quel contexte plutôt que de seulement produire des résultats à court terme”. Bref, il faut privilégier une obligation de moyen à celle du résultat…

Eduquer plutôt que sanctionner
Comme l'indiquait Philippe Mérieux dans une récente tribune : « Le danger de ChatGPT n'est pas dans la fraude qu'il permet mais dans le rapport aux connaissances qu'il promeut »2. Il convient de responsabiliser les apprenants sur les conséquences de l'usage des IA. Xavier partage ce point de vue, “la solution ne passe pas par des réponses techniques mais par l'éducation des apprenants. Je cherche à les responsabiliser à l'importance de ne pas tricher bien sûr mais surtout à l'importance de réfléchir, de produire par eux-mêmes leur travail. Je les invite à aller rechercher les documents à la source pour citer les auteurs, à comprendre et questionner ce qu'ils produisent, à analyser de manière critique ce qui leur est proposé par les IA, voire à réfléchir aux limites de ce qu'elle a produit, y compris d'un point de vue éthique”. Apprendre à garder le désir d'apprendre !

Références
1- Le prompt était : “comment évaluer une formation à l'ère de ChatGPT ?”
2- Philippe MEIRIEU, pédagogue : « Le danger de ChatGPT n'est pas dans la fraude qu'il permet mais dans le rapport aux connaissances qu'il promeut », Le Monde, 27 mars 2023.

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Le jeu de la corbeille avec Christophe Cesetti

21 November 2023 at 10:58

Une des façons de faciliter les échanges dans un grand groupe c'est la monnaie. Même s'il existe des monnaies locales complémentaires, des monnaies libres, des monnaies affectées. Mais beaucoup sont perdus. Comment mieux comprendre les différences et les enjeux ?
La règle du jeu de la corbeille : https://valeureux.org/produits/les-jeux/le-jeu-de-la-corbeille/

Fresque des nouveaux récits, fiche ressource de Prospective lab

By: Manuel
21 November 2023 at 10:57

Fresque des nouveaux récits

Description courte / utilité en une phrase Atelier visant à comprendre l'influence des récits dans notre cerveau et nos comportements et favoriser l'imagination de nouveaux récits désiarables compatibles avec les limites planétaires
Objectif principal Atelier visant à comprendre l'influence des récits dans notre cerveau et nos comportements et favoriser l'imagination de nouveaux récits désiarables compatibles avec les limites planétaires
Résumé du déroulé La fresque des nouveaux récits se décompose en deux parties distinctes.

Partie 1 : la fresque (1h15) « pourquoi nous devons changer »
L'objectif est de comprendre comment les récits dominants actuels influencent les processus et les comportements au sein des organisations.
A l'aide d'un jeu de cartes, le groupe (ou des sous-groupes si besoin) est invité à replacer des éléments dans un ordre de causes à effets pour faire ressortir un certain nombre de « verrous socio-cognitifs » qui freinent l'adoption de comportements sobres et soutenables, comme par exemple les paradigmes de la compétition, de la croissance matérielle, de la division sociale…

Transition (15')
Echange en grand groupe sur la prise de conscience du pouvoir et de l'impact des récits dans notre société actuelle.

Partie 2 : le récit (1h30) « comment nous changerons le monde »
En petit groupe (binome ou trinome), les participants sont invités à écrire un petit récit alternatif respectueux des limites planétaires (théorie du « donut »). Ils sont invités à partir d'un élément vécu, quelque chose dans leur quotidien qui pourrait être changé. Ils imaginent alors les conditions et les enchainements d'événements qui vont faire que ce petit déclic va pouvoir changer d'échelle et participer à un impact positif.
L'atelier se termine par la lecture des récits et leur mise en ligne sur un site partagé.
Contextualisation de cette méthode avec la prospective (comment introduire la méthode) Les ateliers de type « fresque » ont pour objectif de former par le jeu sur des enjeux complexes et ainsi pousser à l'action. La fresque du Climat créée en 2018 et qui a été suivie déjà par plus d'un million de personnes a fait des émules sur différents sujets. La Fresque des nouveaux récits a été proposée à partir de 2019.
Elle peut tout à fait servir une démarche de prospective en permettant notamment d'interroger les conditionnements socio-cognitifs qui dirigent nombre de nos choix collectifs. Ainsi elle invite à sortir des ornières de la pensée pour ré-ouvrir les possibles. Elle permet également de s'entraîner à écrire des récits, méthode particulièrement intéressante pour rendre plus accessible le partage de scénario de futurs possibles.
Taille du groupe
  • De 6 à 12 personnes
  • De 13 à 30 personnes
Durée
  • plus de 120 min
Difficulté A animer une première fois avec un Jedy
Ingrédient.s concerné.s
  • Ouvrir les possibles, sortir du cadre
  • Participatif / réflexif
Étape.s concernés.s
  • Préparer le souhaitable
  • Construire des futurs possibles
  • Fabriquer des objets fictionnels
Matériel nécessaire Le jeu de cartes
Des formations à l'animation grand public sont ouvertes aux personnes ayant déjà participé à l'atelier.
Références, liens utiles... Lien vers le recueil de nouveaux récits : https://www.fresquedesnouveauxrecits.org/sommaire-des-recits/
Auteur de la fiche Manuel Ibanez
Auteur de la ressource La Fresque des Nouveaux Récits
Licence associée cet ressource réutilisable librement (CC ou autre)

Marcos Lima, Joëlle Forest (dir.) (2023). Entrepreneuriat et innovation dans l'enseignement supérieur

Un article repris de la revue Distances et médiations des savoirs, une publication sous licence CC by sa

Le thème de ce numéro est d'étudier la façon dont l'enseignement supérieur s'est saisi de l'injonction de développer la culture de l'entrepreneuriat et de l'innovation.

Il s'agit de faire de l'innovation un enjeu de connaissances et de pratiques pour développer une capacité effective pour innover en s'appuyant sur des dispositifs tournés vers la créativité et le design thinking accompagnant une pédagogie où la pluridisciplinarité est un élément clé. D'autres dispositifs comme les incubateurs ou les fablabs visent à sensibiliser, développer la vocation étudiante et améliorer leurs attitudes à l'égard de l'entrepreneuriat.

Le paradoxe des cas étudiés dans cette revue est d'essayer de faire dialoguer des étudiants en cours d'acquisition d'expertises alors qu'ils ne maîtrisent pas encore le savoir de leur domaine. Dans ces conditions, les étudiants peinent à comprendre des points de vue reposant sur des approches éloignées de celles enseignées dans leurs institutions. Il me semble qu'un dialogue interdisciplinaire serait d'autant plus productif qu'il s'établirait entre des professionnels expérimentés capables de se décentrer pour enrichir leur point de vue et celui de leur interlocuteur.

Une autre difficulté est de pouvoir estimer le bénéfice d'un enseignement pour chacun des étudiants alors que la participation en équipe de ceux-ci à un projet est des plus variables.

Le premier article – l'expérience interdisciplinaire comme vecteur de décentrement critique : le cas d'un programme d'innovation inter-écoles – d'Estelle Berger, Emmanuelle Le Nagard et Éléonore Mounoud, propose d'étudier la possibilité d'un changement d'état d'esprit et de posture suscités par une collaboration interdisciplinaire entre étudiants de trois écoles différentes (de commerce, d'ingénierie et de design) utilisant la méthodologie du design thinking. Les auteurs essaient de comprendre comment cette expérience interdisciplinaire affecte les participants. Ils arrivent à la conclusion que la transformation vécue est la matérialisation d'un décentrement critique par lequel les étudiants développent un savoir-agir en situation d'incertitude et de complexité.

Avant d'analyser les résultats, la motivation de l'étude est précisée ainsi que le cadre théorique et conceptuel. Le design thinking est présenté en tant qu'outil pédagogique. Puis, la problématique de la recherche et la méthode de l'étude sont commentées. Ces précisions sont très utiles pour apprécier les résultats de l'expérimentation : visions des étudiants et visions de trois tuteurs sur l'utilité relative de ce type de cours. La recherche a permis d'établir les liens entre la singularisation de l'action pédagogique en entrepreneuriat et l'impact de la formation entrepreneuriale. Ce liens est plus ou moins perçus par les étudiants en fonction de leurs expériences préalables. Pour finir, une analyse du « penser ensemble » est structurée autour de la maîtrise personnelle de sa discipline, de la remise en question des modèles mentaux et assomptions de chacun, de la vision partagée, des apprentissages par le dialogue et de la pensée systémique.

L'étude se poursuit par une interrogation : que faire du design thinking comme outil d'enseignement ?

Se confronter à un problème réel avec un vrai client peut être formateur dans la mesure où les étudiants acceptent de travailler sur leurs préjugés et apprennent à dialoguer avec des interlocuteurs ayant des cultures différentes. L'expérimentation étudiée de courte durée ne peut conduire au mieux qu'à une sensibilisation aux avantages et aux limites du travail interdisciplinaire.

Le design thinking est consommateur de temps et peut s'apparenter à une méthode de plus pour les ingénieurs alors qu'il se veut une démarche pour sortir du cadre. Travailler en lien direct avec le client met l'accent sur le côté pratique à court terme d'une solution, mais risque de manquer de perspective d'évolution.

Le deuxième article – la mobilisation du Design Thinking pour favoriser l'innovation dans l'enseignement supérieur : Étude de dispositifs « plateformes d'innovation » – est rédigé par Nathalie Lameta et Graziella Luisi. Il s'agit d'une étude de cas portant sur quatre plateformes hétérogènes du point de vue de leur notoriété, maturité, localisation géographique et taille de l'établissement de rattachement (la D.school Paris, l'Université Catholique de Lille, l'Université de Corse et le programme IDEA à Lyon) afin de vérifier s'il existe des caractéristiques communes saillantes. L'examen de ces plateformes de ressources pédagogiques au regard des trois dimensions de chaque dispositif (People, Place, Process), conduit les auteurs à identifier les ressources organisationnelles indispensables à la conception de ces plateformes d'innovation.

Une revue des différentes approches des universités dans le monde pour favoriser l'innovation montre la prédominance des questions d'économie : il s'agit de contribuer au développement économique des entreprises situées dans l'environnement de l'université. Le design thinking qui se veut centrer sur les attentes des utilisateurs permet-il d'interroger le bien-fondé de ces attentes en lien avec des finalités plus large de la société ? L'accent mis sur le prototypage ne risque-t-il pas de privilégier des visions à court terme ?

Cette étude a bien identifié les ressources nécessaires pour le bon fonctionnement de plateformes favorisant l'innovation. Cependant, le seul point de vue des représentants des plateformes – de janvier à mars 2017 – ne permet pas d'identifier les limites de leurs usages. Qu'en est-il de leur évolution dans un contexte de remis en cause de la globalisation de l'économie ?

Le troisième article – la relation entre la formation en entrepreneuriat et l'intention entrepreneuriale dans l'enseignement supérieur au Maroc : le cas de l'université Cadi Ayyad – de Si Mohamed Ben Massou, explore cette relation en appliquant la Théorie du Comportement Planifié (TCP), un modèle d'équations structurelles qui est développé pour tester les influences des normes subjectives, des attitudes et du contrôle entrepreneurial perçu sur l'intention d'entreprendre. Contrairement au consensus dans la vaste littérature sur le sujet, il n'est pas trouvé d'effets directs significatifs entre l'âge, le genre ou l'existence d'un parent entrepreneur et la décision à entreprendre dans le cas marocain. Même s'il faut admettre que cela puisse être dû à un problème d'échantillonnage, ces résultats ouvrent néanmoins le débat sur une possible spécificité du cadre institutionnel/culturel marocain par rapport aux études similaires réalisées ailleurs.

Après une revue de la littérature sur le TCP, une méthodologie de recherche est établie, reposant sur 7 hypothèses. 202 étudiants ont répondu à un questionnaire en avril 2020. Le dépouillement a fait l'objet d'un traitement statistique approfondi. Si la relation entre l'intention d'entreprendre et la formation entrepreneuriale a été validée, qu'en est-il de la réalisation de cette intention ?

Le quatrième article – ce que la formation à l'entrepreneuriat n'est pas : une esquisse des contours des formations à l'entrepreneuriat à partir de leur singularité perçue par des étudiants tunisiens – rédigé par Ilia Taktak-Kallel, analyse la perception des étudiants tunisiens. Comparés aux autres enseignements, les cours d'entrepreneuriat sont perçus comme étant plus utiles dans la vie professionnelle et personnelle, contribuant à des compétences de savoir-être et savoir-devenir. En utilisant le cadre des théories de la catégorisation et, à partir d'entretiens avec des étudiants participant à des formations en entrepreneuriat, cette singularité perçue proviendrait en grande partie de la spécificité pratico-pratique du domaine même de l'entrepreneuriat et induirait surtout des apprentissages dans les registres des connaissances appliquées et de l'enclenchement de certains changements attitudinaux.

Une analyse fine des enjeux de l'enseignement en vue de préparer à la création d'entreprise est réalisée. Pour moi, il y a une ambiguïté de la formation à finalité professionnelle à l'université : les enseignants sont formés à enseigner des disciplines académiques, mais méconnaissent le monde de l'entreprise.

Le cinquième article – Réduire l'ambiguïté d'un cours en ligne de global entrepreneurship : pertinence du cadre Weickien – de Christine Marsal, applique ce cadre pour comprendre les ambiguïtés perçues par des étudiants dans le cadre d'un cours en ligne de « Global Entrepreneurship ». Un cours international d'entrepreneuriat, délivré au sein de plusieurs établissements différents, mais selon le même calendrier, permet d'analyser comment les étudiants parviennent à surmonter cette ambiguïté par des efforts de communication ou par des actions qui modifient parfois le cadre auquel ils sont soumis. Le caractère positif des ambiguïtés comme source de créativité et d'innovation renforçant la capacité des étudiants à faire face à des défis complexes dans la « vraie vie » est mis en avant.

C'est un retour d'expériences à propos d'un cours à distance de management s'adressant à 47 étudiants (2017-2018) par le biais du récit d'un enseignant. À distance, les nouvelles connaissances provoquent des conflits cognitifs, l'interaction avec les enseignants n'est pas automatique, le cheminement est imposé. Les interactions entre étudiants permettent de résoudre des ambiguïtés du cours les obligeant à faire varier leur cadre d'action. Ils apprennent ainsi à agir. Il s'agit de s'intéresser au processus de création de sens via l'interprétation des messages pour étudier les activités de groupe dans un contexte multiculturel.

Cet article est issu de la finalisation d'un projet européen de capacity building IN2IT. Le défi (un Hackathon sur 3 jours) concernait le développement durable et l'avenir des cités. L'hétérogénéité des équipes et le manque de préparation ont limité la portée des résultats. La plateforme utilisée pour diffuser les cours en ligne est MOODLE mais le manque de formation des enseignants à son usage conduit à une sous-utilisation de ses fonctions.

Cette narration du déroulement d'un cours à distance permet de mieux comprendre les apports du dispositif et les difficultés à surmonter tant du côté des enseignants que celui des étudiants.

Le sixième article – Entrepreneurial Professional Competences and Research Skill as Response to the Needs of Mexican Laboral Market – de Yashiro Danahi Cisneros-Reyes, Diana del Consuelo Caldera González et María Guadalupe Arredondo Hidalgo, explore les compétences professionnelles entrepreneuriales (EPC) et la compétence de recherche (RS) acquises par un groupe de diplômés et d'étudiants d'un programme de Master en gestion, en réponse aux besoins du marché du travail du Mexique. Cet article présente l'évolution du programme de maîtrise en gestion des programmes d'études de l'Université de Guanajuato à l'aide de l'analyse de l'importance et des performances.

En préalable, le modèle de société de référence est tel que celui décrit dans les documents de l'OCDE : « Les compétences professionnelles sont devenues le principal moteur du bien-être individuel et de la réussite économique au xxie siècle ». L'enquête internationale sur la compétence des adultes (PIAAC) est également analysée.

Cette étude repose sur une enquête auprès de 45 étudiants en avril 2021. Elle met en évidence l'évolution de la formation universitaire au Mexique entre 2006 et 2014 pour répondre aux besoins des entreprises suivant les recommandations de l'OCDE. Toute la question est de savoir si ce type d'acquisition de savoir-faire est suffisant pour obtenir des managers effectivement compétents en entreprise.

Le dernier article – L'innovation dans la procédure d'évaluation des connaissances à l'aune de la montée dans la chaîne de valeur des connaissances : étude de cas dans le domaine des sciences et techniques des données – de Pierre Saulais, considère une innovation dans l'évaluation d'un cours de statistiques (techniques des données) à partir de la perspective de la gestion des connaissances. Il utilise l'approche de la recherche-action pour comprendre comment ses étudiants transforment les données en information puis en connaissance, et celle-ci en « sagesse » pratique (dans le sens anglophone de « wisdom » comme la capacité à prendre de meilleures décisions à partir du raisonnement critique et créatif). Ces compétences décisionnelles sont jugées essentielles à de futurs entrepreneurs et innovateurs, et donc des mécanismes de contrôle de la gestion des connaissances et des sciences des données peuvent être un puissant levier du curriculum « entrepreneuriat et innovation ».

L'étude de cas concerne 290 étudiants de première année d'ingénieur (2019/2020). L'enjeu est de stimuler la créativité des étudiants par la façon dont est construit l'énoncé du contrôle pour qu'ils puissent s'évaluer tout en étant évalués par l'enseignant. Par ce biais, l'enseignant s'assure que les étudiants ont assimilé les connaissances critiques nécessaires pour suivre avec profit les enseignements de 2e et 3e années. Ceci implique de la part de l'enseignant d'être lui-même créatif pour produire des sujets d'examen qui révèlent la capacité des étudiants à mettre en pratique les notions apprises.

Ces sept exemples permettent de mieux comprendre les questions qui se posent aux équipes universitaires pour répondre à l'injonction qui leur est faite à préparer les étudiants à devenir plus créatifs et à envisager de devenir entrepreneurs.

Ces enseignements correspondent à l'attente d'une société où la technique industrielle est à la fois un moyen de vivre et la fin première que l'on assigne à la vie. Ils sont des initiations pour donner envie d'en savoir plus sur la création d'entreprise et les démarches de créativité, mais sont insuffisants pour s'y connaître et passer directement à l'action.

Par ailleurs, le risque d'un management par les chiffres n'est pas abordé alors que le Business-plan est devenu un standard international.

Alors que le principal défi de notre époque et de faire face au dérèglement climatique, la question de responsabilité sociétale des entreprises n'est abordée dans aucun des projets y compris dans celui se référant au développement durable et bien que l'industrie joue un rôle majeur dans la production de CO2.

30En cherchant à mieux évaluer l'effet d'une formation sur ses étudiants, l'enseignant approfondit sa compréhension du sujet à étudier. Comme dans tout enseignement, les enseignants apprennent autant que les étudiants.

En accord avec Olivier Reboul, « si le but de l'enseignement est de former des compétences, rien ne garantit qu'elles seront créatrices » [1].


[1] REBOUL, Olivier, Qu'est-ce qu'apprendre, PUF, 2010 [1980].

Le débat mouvant, fiche de Prospective lab

Le débat mouvant

Description courte / utilité en une phrase Une technique simple pour lancer un débat et révéler la complexité "cachées" des sujets
Objectif principal Pour identifier la pluralité de points de vue dans le groupe et les éventuelles zones de tension.
Résumé du déroulé L'animateur.trice du débat propose une phrase/affirmation qui doit être suffisamment clivante pour que tous.tes les participant.es se positionnent physiquement, soit en accord avec la proposition (d'un côté), soit en désaccord (de l'autre côté). S'ensuit alors un débat argument / contre argument pour essayer de convaincre les personnes "d'en face" de changer d'avis. Durant toute la durée des échanges les participant.es sont donc libres de changer de camp si un des arguments est convaincant. Une fois les arguments / discussions épuisées, on passe à la question suivante.
Contextualisation de cette méthode avec la prospective (comment introduire la méthode) Le débat mouvant permet d'éclairer une situation de départ ou imaginée en rendant visible la pluralité des points de vue (multidisciplinarité) et les zones d'accords et de désaccords. Il permet aussi d'explorer des hypothèses et de voir comment le groupe y réagit.
En choississant bien les propositions, il peut aussi permettre à chacun.e de se positionner par rapport à sa zone de responsabilité.
Taille du groupe
  • De 6 à 12 personnes
  • De 13 à 30 personnes
  • Plus de 30 personnes
Durée
  • 30 à 60 min
  • 60 à 120 min
Difficulté Il est préférable de l'avoir déjà vécu
Ingrédient.s concerné.s
  • La pluridisciplinarité
  • La zone de responsabilité
Étape.s concernés.s
  • Identifier les zones de tensions
  • Émettre des hypothèses
Déroulé détaillé Préparation :
  • trouver des affirmations clivantes, c'est-à-dire une phrase simple résumant une position sur un sujet dont on suppose qu'elle divisera le groupe en « Pour » et « Contre ».
  • prévoir un.e secrétaire qui prendra note des questions, idées, doutes, infos à creuser...

Animation :

  • Rassembler les participants debout et groupé,
  • Proposer l'affirmation et enjoindre les participants à choisir leur camp par rapport à une ligne au sol divisant l'espace en 2 parties devant l'animateur.
  • Laisser 1mn pour choisir son camp. Expliquer que chaque camp aura alternativement la parole pour exposer un argument.
  • Les personnes convaincues peuvent changer de camp, et sans honte, vu que normalement tout le monde souhaiterait se mettre en milieu, les choses n'étant pas noires ou blanches.
  • Les personnes ne pourront prendre la parole qu'une seule fois.
  • Et l'animateur n'a ensuite plus qu'à distribuer la parole et couper le débat mouvant une fois le temps écoulé, ou bien toutes les personnes dans le même camp ou bien quand les arguments se répètent.
Conseils de mise en œuvre et pièges à éviter Dans un débat, nous cherchons souvent à vouloir une parole libre et fluide, sans contraintes.
  • C'est une bonne intention ET un choix d'animation contre-productif
  • car la Loi de la jungle s'applique : auront accès à la parole les lions, pas les gazelles

Lions > en général les hommes, blancs, ventrus, (costard-cravate), vieux, riches, diplômés, anciens
Gazelles > en général les femmes, personnes de "couleurs", jeunes, pauvres, sans diplômes, nouveaux

Ca s'appelle les rapports de domination et ils sont permanents (on ne peut y couper)
Il va falloir casser les codes des « Lions » en posant des contraintes sur la parole pour pouvoir laisser les "gazelles" s'exprimer.

Les contraintes que l'on peut instaurer

  • sur le temps de parole —> un peu compliqué à mettre en place, cela devient vite du chronométrage
  • sur la prise de parole (bâton)
  • obliger à parler en JE (responsabilité)
  • nombre de prises de parole par personne
  • prise de parole alternée (homme/femme...)
  • alterner argument / contre-argument
  • S'il y a vraiment beaucoup de participants : faire du "face à face" : chacun discute avec la personne en face du camp d'en face
Variantes et bonifications
  • Une variante consiste à donner la parole à celles et ceux qui changent de camp, pour en comprendre les raisons.
  • Une autre variante est appelée « rivière du doute » : on rajoute un espace au centre pour celles et ceux qui ne parviennent pas à prendre position sur une berge ou une autre. Chaque berge cherche alors à convaincre les personnes prises au doute.
  • Une autre variante vise à laisser un temps de préparation en petits groupes dans chaque camp avant l'échange d'arguments entre les 2 camps. Cela peut permettre à chacun d'avoir des arguments à donner. Cela créé en même temps une cohésion au sein de chaque camp mais rendant les changements de camp plus difficile.
  • Une autre encore à écouter d'un bloc tous les arguments préparés par un camp puis par l'autre puis se réunir à nouveau au sein de chaque camp pour fournir réponses et questions face aux arguments du camp d'en face. Et puis tellement d'autres variantes combinant et complexifiant les variantes proposées ici !
  • Une dernière consiste à inverser les camps pour et contre : quels arguments à donner ? Cette variante demande aux participants de jouer le jeu : une fois les camps inversés ils doivent rester à leur place.
Matériel nécessaire
  • Une grande salle ou un espace ouvert (en extérieur par exemple, prévoir une sono).
  • Du scotch pour marquer la limite au sol
Auteur de la fiche Gatien Bataille
Licence associée cet ressource réutilisable librement (CC ou autre)

Forum des Plateformes Coopératives 2023, le 5 décembre.

4e Forum des plateformes coopératives

Le 4e forum des plateformes coopératives aura lieu le mardi 5 décembre 2023 à Paris, avec pour thème cette année « Plateformes en Communs et Transition écologique ».

Cette année, retrouvez le village des plateformes le matin et des ateliers thématiques l'après-midi.

La table-ronde de fin de journée aura pour thème « Plateformes coopératives et transition écologique : outiller la transition ou verdir le numérique ? »

Programme et informations

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28/11 : Webinaire « Découverte de l'approche par les communs, un enjeu pour les territoires » en partenariat avec le CNFPT

Un article repris du site de la Coop des communs, une publication sous licence de partage en réciprocité

28/11 : Webinaire « Découverte de l'approche par les communs, un enjeu pour les territoires » en partenariat avec le CNFPT

Mois de l'innovation publique

Le 28 novembre prochain de 11h à 12h30, Nicole Alix et Barbara Blin-Barrois participeront au webinaire “Les communs, un enjeu pour les territoires” organisé par le Centre national de la fonction publique territoriale (CNFPT) dans le cadre du Mois de l'Innovation publique.

Organisé en partenariat avec La Coop des Communs, ce webinaire permettra d'explorer les enjeux que recouvrent les communs – à la fois matériels comme immatériels, ressources naturelles, label, connaissance partagée…. – pour les services publics dans un contexte de profonde transformation ! Des collectivités territoriales viendront nous parler de leur expérience en la matière !

👉 Infos et inscriptions

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Coop des communs, newsletter #20 : Forum des Plateformes Coopératives, productions, discussions…

Un article repris du site de la Coop des communs, une publication sous licence de partage en réciprocité

Newsletter #20 : Forum des plateformes coopératives, productions, discussions...

Edito :
Emetteur politique ?

La Coop des Communs semble être considérée désormais comme un axe de références sérieuses et concrètes sur les communs. Ses travaux, notamment sur les liens avec les collectivités locales, attirent de nouveaux publics, qui sentent qu'une approche par les communs est une voie utile pour la transformation écologique et solidaire. Nos webinaires en témoignent.

Parallèlement et, peut-être rançon du succès des communs, le terme est approprié par des mondes divers, y compris sinon des ennemis, au moins des non-amis politiques. Comme le terme est assez performatif, il donne envie : personne n'est contre les communs ! Mais là s'arrête le consensus. ESS en communs, France Tiers lieux, Numériques en communs, Communs et économie solidaire, Société du commun, Pour une société des communs, Appel à communs, … quand on regarde à quoi l'émetteur adosse les communs, on est éclairé sur les différences. Encore faut-il avoir le temps et l'envie de comprendre..
La question est donc de savoir quels sont les émetteurs politiques et quel rôle La Coop des Communs joue, peut jouer et avec qui en la matière ! Nous ne voulons pas être hégémoniques. Mais, si les communs ne peuvent pas avoir d'acception universelle, une tâche nous est assignée : montrer à quoi nous adossons les processus des communs, non seulement le but mais aussi la trajectoire de mise en œuvre.
C'est ce à quoi nous nous attellerons ensemble à notre Assemblée générale le 15 novembre, à partir de propositions que certain.e.s d'entre nous préparent : notre projet politique et notre façon à nous de le poursuivre (nos modes d'action de notre « projet associatif ») ; une meilleure compréhension des courants et pratiques des communs en France depuis dix ans ; des voies de « propositions de politiques publiques » à partir de nos travaux depuis 7 ans maintenant.
Venez en discuter. Nous aurons aussi des temps d'ateliers sur des thèmes.
Et notre agenda, désormais scandé par notre séminaire mensuel sur ESS et communs.

Nicole Alix, présidente de La Coop des Communs

Vie de l'association

Lancement GT Gouvernance territoriale, accès aux communs naturels et pratiques du commun

Dans la continuité des travaux menés avec l'Institut La Recherche CDC, La Coop des Communs lance un groupe de travail autour de « Gouvernance territoriale, accès aux ressources et pratiques du commun ».

Animé par Pierre Musseau, Vincent Bachelet et Vera Vidal, il a pour objectif de rechercher les outils qui favorisent les conventions entre acteurs de nature hétérogène pour trouver des solutions à l'accès aux ressources, dans le but d'entretenir les écosystèmes dans la durée – ce qui est le propre des communs. Les communs envisagés dans ce groupe de travail auront trait à la forêt, l'eau, le foncier et l'alimentation.

À cette fin, nous nous proposons de voir en quoi :

les outils mobilisés dans différentes initiatives de préservation de communs naturels peuvent être mis au service de la démarche d'identification des parties prenantes autour de la ressource, de leurs intérêts (droits et obligations) ainsi qu'au service de la gouvernance multi-parties prenantes de la ressource ;
le droit positif peut venir en support à ces initiatives, dans des recherches de droit négocié.

Pour répondre à ces questions, nous nous appuierons sur quelques terrains qui répondent aux caractéristiques suivantes : enjeux de territoires, pratiques de commoning autour d'une ressource « raréfiée » et convoitée par de multiples parties prenantes, avec une démarche déjà en cours de « droit négocié », qui mobilise des instruments de comptabilité « écologique » ou d'autres dispositifs issus du droit positif.

📆 A vos calendriers ! 📆
Prochains séminaires et webinaires

Novembre

  • 7 novembre : Retrouvez Vincent Bachelet, Alexandre Bigot-Verdier, Arnaud Lévy et Claire-Marie Mériaux, membres des La Coop des Communs lors des ateliers qu'ils animent lors de l'évenement “Les Communs, pour un numérique au service de tous” à Lille
  • 10 novembre : Justine Loizeau, présentera le projet de livre du groupe Communs de Proximité à la 3ème conférence internationale sur l'ESS et les communs, « Decolonizing the Solidarity Economy and Commons : Enacting the “Pluriverse” » à Lisbonne. Plus d'infos
  • 15 novembre 9h30-17h30 : Notre prochaine Assemblée générale à Paris dans les locaux de La Ligue de l'Enseignement (bibliothèque) 3 Rue Juliette Récamier 75, 75007 Paris, métro Sèvres Babylone. En présentiel uniquement car nous avons besoin de ce temps pour travailler en plus grande interaction. Merci à celles et ceux qui ne sont pas encore inscrites de le faire avant le 8 novembre. Assemblée réservée aux membres exclusivement.
  • 23 novembre 12h-14h : Le séminaire Communs et ESS abordera le rôle du principe de subsidiarité pour les communs avec Daniela Ciaffi et Jean-Louis Bancel. Lien d'inscription
  • 28 novembre : Nicole Alix et Barbara Blin-Barrois participeront au webinaire “Les communs, un enjeu pour les territoires” organisé par le CNFPT dans le cadre du Mois de l'Innovation publique

Décembre

  • 5 décembre 9h30-18h : Le 4e Forum des plateformes coopératives aura pour thème “Plateformes en communs et transition écologique”. Informations et inscriptions
  • 15 décembre 12h-14h : Le séminaire Communs et ESS portera sur la question des milieux avec Julie Lequin et Florian Rony. Lien d'inscription

Les replays

Conversation de Recherche – Croiser les perspectives genre et communs – AFD
Le 20 septembre dernier, Geneviève Fontaine et Justine Loizeau discutaient des résultats de l'analyse bibliométrique réalisée par Hélène Périvier et les analyses thématiques corrélatives menées par Maxime Forest menées autour de genre et communs pour l'AFD. Que nous dit la littérature croisant genre et communs ? Quelle grille d'analyse permet de comprendre cette littérature et de dégager des pistes nouvelles de recherche ? Quelles inspirations d'action font émerger ces réflexions ?
Retrouvez ici la conversation

Une approche par les communs, avec les collectivités locales, pour une transition écologique et solidaire – Hub des Territoires
Le jeudi 5 octobre 2023, La Coop des Communs et l'Institut pour la recherche de la Caisse des Dépôts ont organisé une conférence pour échanger autour des résultats de la recherche menée avec le groupe de travail Communs et Collectivités.Hervé Defalvard, Isabelle Bagdassarian et Nicole Alix ont échangé avec Xavier Perrin et Sylvain Baudet.
Accédez au replay

Nos groupes de travail en action

4e Forum des plateformes coopératives – 5 décembre 9h30-18h à la MAS, Paris

Transition écologique, transformation, redirection, sobriété… Si les termes font débat, le constat est clair : nos modèles sont à changer. Alors que la numérisation de nos pratiques ne fait que croître, la transition numérique est-elle nécessairement synonyme de transition écologique ?
De nombreuses plateformes coopératives ont développé de nouvelles façons de consommer, de se déplacer, de produire plus durables. Avec les communs numériques, elles s'interrogent sur leur impact environnemental. Comment les plateformes en communs se saisissent-elles de ces enjeux ? S'agit-il seulement de réfléchir à leur propre empreinte écologique ou peuvent-elles outiller d'autres acteurs pour la transition écologique ? Lesquels ?

Le Forum 2022 a souligné l'importance des alliances et l'action conjointe entre acteurs des plateformes coopératives, de l'ESS, du logiciel libre et des communs numériques notamment, pour offrir des réponses durables à la crise écologique et sociale. Cette édition 2023 s'inscrit dans cette continuité, en invitant ces mêmes acteurs au côté des collectivités territoriales à nous rejoindre et avancer ensemble pour construire un futur souhaitable et juste.
👉 Programme et inscription

Revue d'actualités

Pour commencer, les dernières actus relayées par Les communs d'abord

Nos amis et partenaires

Soutenance de thèse Justine Loizeau 11 décembre 2023

Justine Loizeau défendra le 11 décembre prochain à 14h30, sa thèse “ Organizadons-nous, S'organiser en commun sur la zad de Notre-Dame-des-Landes”. La soutenance aura lieu dans les locaux de l'Université Paris Dauphine – PSL, Place du Maréchal de Lattre de Tassigny 76016 Paris, en salle D520 (au 5ème étage). Elle se tiendra en français et ne prévoit pas de comodal. La soutenance sera suivie d'un pot. Si la soutenance et le pot sont ouverts à toute personne souhaitant venir, il est nécessaire de s'y inscrire à ce lien
Résumé de la thèse :
L'Anthropocène invite à désanthropocentrer les sciences de gestion en envisageant des organisations plus qu'humaines, mais aussi à explorer des formes alternatives à l'organisation capitaliste. Pour y répondre, les communs, en tant que forme de gestion alternative des ressources par une communauté humaine, suscitent un intérêt au sein de la discipline. Sur la zad post-abandon de Notre-Dame-des-Landes, les habitants et habitantes affirment être engagées dans des pratiques de commun. Nées au cours d'une lutte contre un projet d'aéroport, abandonné en 2018, ces formes d'organisation sont revendiquées comme une mise en action d'une alternative plus qu'humaine au capitalisme. Par une ethnographie, cette thèse investigue la manière dont les pratiques de commoning plus qu'humain se maintiennent dans la filière forêt-haies-bois. Les résultats mettent en lumière une tentative des humains, non pas de gérer la forêt et les haies, mais de s'organiser « avec » : il s'agit d'un processus permanent de « faire communauté plus qu'humaine » par l'élaboration d'une diversité de modes d'organizing alternatifs, conflictuels et interdépendants.

Replays colloque « Communs, ressources partagées : quels enjeux pour le territoire ? »
Le colloque de juin 2023 organisé par l'ethnopôle basque (Institut culturel basque/Institut ARI-UMR Passages), intitulé « Communs, ressources partagées : quels enjeux pour le territoire ? », avait pour ambition de saisir les éléments caractéristiques des communs, leurs déclinaisons pratiques et les défis à relever. Sans être nommées comme étant des communs, de nombreuses structures et pratiques présentes au Pays Basque pourraient être identifiées de la sorte : Lurzaindia, monnaie locale, communs pastoraux, etc.
Benjamin Coriat a introduit le colloque avec une intervention autour de « Communs, Biens Communs : de quoi parle-t-on ? » et conclut par une synthèse finale. Isabelle Bagdassarian y a présenté : « Les communs, marqueurs de l'organisation sociale et culturelle basque ? ».
👉 Retrouvez leurs interventions ici : Communs, ressources partagées : quels enjeux pour le territoire ? — Institut culturel basque (eke.eus)

Productions de notre communauté

L'AFD et le Groupe de la Banque Mondiale ont fait paraître le livre “ L'Afrique en communs. Tensions, mutations, perspectives”, sous la direction de Stéphanie Leyronas, Benjamin Coriat et Kako Nubupko.
L'ouvrage explore des formes plurielles de développement, portées par des habitantes et habitants, des usagères et usagers, des citoyennes et citoyens africains. Il ne s'agit pas ici de promouvoir la forme des communs per se, mais d'en observer les tensions, les mutations et les perspectives. Situé aux confluences de l'observation de pratiques anciennes et nouvelles et de théorisations originales à partir du champ d'analyse des communs, L'Afrique en communs est aussi un ouvrage qui interroge les potentialités de contribution de ces formes de développement à la construction d'un projet politique novateur, se déclinant de manière plurielle sur le continent.
Disponible ici : https://www.afd.fr/fr/ressources/lafrique-en-communs

Notre newsletter est un espace d'expression de nos membres. Pour contribuer merci de remplir le formulaire ci-dessous. Nous reviendrons vers vous pour échanger sur le contenu qui pourra être publié dans l'envoi suivant.

N'hésitez pas à nous communiquer également des liens ou autres articles que vous souhaiteriez que nous relayons.

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Un environnement virtuel pour les travaux pratiques (TP) de systèmes et réseaux, une innovation pédagogique d'IMT Nord Europe

L'IMT Nord Europe a développé un environnement virtuel pour faciliter la mise en œuvre, en présentiel ou à distance, de TP informatiques sur le sujet des infrastructures systèmes et réseaux.

Un article qui présente une innovation pédagogique de l'IMT (Institut Mine Télécom).

Illustrateur : Lionel Tarchala

« Les TP de systèmes et réseaux requièrent souvent des salles informatiques dédiées car la matière exige d'ouvrir les droits d'administrateurs aux élèves. Cette manipulation est parfois fastidieuse et surtout difficile à sécuriser », souligne Jacques Landru, enseignant à l'IMT Nord Europe. Pour faciliter la mise en œuvre des TP dans des salles banalisées et même à distance, l'enseignant a donc développé une plateforme autonome sur laquelle les étudiants et étudiantes peuvent facilement faire leurs manipulations.

Baptisée VIMINAL (VIrtual Model for Ip Network Architecture Lab), cette plateforme a été développée dès 2005. D'abord accessible sous forme d'un DVD, que les élèves pouvaient insérer dans leur ordinateur, puis sous forme de clé USB, elle consiste en un environnement donnant des droits étendus sur plusieurs ordinateurs connectés à un même réseau informatique. Différentes maquettes de réseaux ont été implémentées pour permettre aux étudiants d'effectuer des TP sur trois thèmes différents : un premier sur le nouveau protocole internet IPv6 [1], un autre sur l'authentification (protocole Kerberos) [2] et un dernier sur le thème des machines virtuelles [3]. « Plus récemment, dans le contexte de la pandémie et face à la nécessité de proposer des TP à distance, nous avons adapté les modalités d'usage du TP pour que les élèves puissent l'exécuter à partir de leur ordinateur personnel, après avoir téléchargé un unique fichier de déploiement automatisé de la maquette réseau », poursuit Jacques Landru.

Ce dispositif apporte beaucoup de praticité : « Les élèves apprécient de pouvoir procéder à des manipulations avancées sur des environnements réseaux réalistes qui nécessiteraient – sur de vraies plateformes – un long processus de mise en place des positions de travail », explique Jacques Landru. Pour faciliter encore ce processus, l'enseignant travaille, pour l'année prochaine, à rendre VIMINAL exécutable non plus à partir d'une clé USB ou d'un fichier à télécharger, mais directement à partir d'un simple navigateur web.

Ceci est un projet d'innovation pédagogique présenté dans le cadre du Prix de la Pédagogie IMT 2021.


[1] ) IPv6 signifie « Internet Protocol version 6 ». Il a été introduit par l'IETF (Internet Engineering Task Force) et constitue l'un des processus standardisés de transfert de paquets de données sur les réseaux informatiques. Avec les 500 autres protocoles réseaux de la suite TCP/IP, IPv6 constitue la base de la communication Internet.

[2] Kerberos est un protocole d'authentification réseau qui repose sur un mécanisme de clés secrètes (chiffrement symétrique) et l'utilisation de tickets, et non de mots de passe en clair, évitant ainsi le risque d'interception frauduleuse des mots de passe des utilisateurs.

[3] Une machine virtuelle (ou « virtual machine ») est une illusion d'un appareil informatique créée par un logiciel d'émulation. Installer une VM permet d'avoir accès aux mêmes fonctionnalités que des ordinateurs physiques, mais via des logiciels. Comme les ordinateurs physiques, elles exécutent des applications et un système d'exploitation.

Donner de la voix à un texte

Un article repris du Living lab Sofa du Cnam, un laboratoire des usages socio-éducatifs du numérique ; une publication sous licence CC by nc nd

Cliquez ci-dessous pour écouter la version audio de cet article


Vous préférez écouter plutôt que lire ? Vous n'aimez pas votre voix ? Vous ne savez pas comment prononcer un mot dans une autre langue ?
C'est à partir de ces constats que Mooneen Raferty, enseignante en anglais au Cnam des Pays de la Loire, a décidé d'utiliser l'outil TTSMaker dans ses formations. Elle nous en parle.

Living Lab Sofa : qu'est-ce que TTS Maker ?
Mooneen : C'est un logiciel de synthèse vocale en ligne, 100% gratuit, qui lit instantanément n'importe quel texte et qui le convertit en parole. Il n'est pas nécessaire de se créer un compte ni de télécharger ou d'installer le logiciel. Il suffit de coller votre texte dans la fenêtre de l'application sur la page d'accueil. Vous pouvez ensuite ajuster le débit de la voix qui sera générée, le temps de pause entre chaque paragraphe lu, le volume sonore. Et vous pouvez même choisir si c'est un homme ou une femme qui s'exprime et son style de voix ! Bref, cela offre beaucoup de possibilités.

Living lab Sofa : pourquoi avoir utilisé TTS Maker ?
Mooneen : Je cherchais un outil pour faire progresser les élèves en anglais. Ils rencontrent parfois des difficultés pour la prononciation des mots, ils ont parfois du mal à avoir les bonnes intonations. TTSMaker respecte bien l'accent tonique en anglais, il constitue donc un bon outil d'apprentissage pour les élèves.

Living lab Sofa : comment l'avez-vous utilisé ?
Mooneen : je l'ai utilisé de deux manières. J'ai d'abord copié une liste de mots sur lesquels les élèves accrochaient pendant les cours, ou qu'ils ne savaient pas prononcer, et je les ai convertis en fichier audio grâce à TTSMaker. Ainsi, les apprenants pouvaient revenir sur ces mots et répéter les sons ou l'intonation chez eux. J'ai aussi réalisé un petit exercice avec un texte à trous sur l'usage des verbes « être » et « avoir ». Une fois l'exercice complété, l'élève peut écouter les réponses, au lieu de simplement les lire. Cela permet de travailler l'écrit et l'oral.

Et voici la version audio de l'exercice ci-dessus si vous voulez vous entrainer !


Living lab Sofa : d'autres idées d'usages ?
Mooneen : oui, je me disais qu'on pouvait aussi l'utiliser pour faire la synthèse vocale d'articles intéressants et ensuite les écouter par exemple, tout en travaillant. Cela permet d'alterner un peu avec la musique ou la radio que nous avons l'habitude d'écouter en faisant du sport ou même en voiture ! C'est un des points forts de cet outil en ligne. Non seulement il permet de faire lire par une voix off n'importe quel texte écrit mais vous pouvez aussi télécharger la synthèse vocale du texte et le conserver.

Living lab Sofa : qu'en pensent les apprenants ?
Mooneen : j'ai montré l'outil à plusieurs élèves, surtout pour la prononciation, et ils sont impressionnés ! Il peut servir à donner une plus grande autonomie aux élèves ayant des besoins éducatifs particuliers, en leur permettant de travailler de manière indépendante et d'adapter leur rythme de travail. Un accélérateur d'apprentissage en quelque sorte…

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Sarah Descamps, Gaëtan Temperman, et Bruno De Lièvre, Vers une éducation à la sobriété numérique

Un article repris de la revue Distances et médiations des savoirs, une publication sous licence CC by sa

Diane Dufort, « Sarah Descamps, Gaëtan Temperman, et Bruno De Lièvre, Vers une éducation à la sobriété numérique », Distances et médiations des savoirs [En ligne], 43 | 2023, mis en ligne le 16 octobre 2023, consulté le 18 octobre 2023. URL : http://journals.openedition.org/dms/9509

Référence ; Sarah Descamps, Gaëtan Temperman et Bruno De Lièvre, « Vers une éducation à la sobriété numérique », Humanités numériques, 5. http://journals.openedition.org/revuehn/2858 ; https://doi.org/10.4000/revuehn.2858.

Face à l'urgence climatique, les acteurs de l'enseignement, au niveau national comme international [1], se sont saisis de la question de la transition écologique. En France, l'éducation à l'environnement est évoquée dès la fin des années 70 dans une circulaire. Il faut cependant attendre 2004 pour que ces thématiques commencent à être intégrées dans les programmes scolaires, intégration qui sera renforcée successivement en 2007, 2011 et 2015, 2019 et 2020 (Dussaux, 2010 ; ministère de l'Éducation nationale et de la Jeunesse, 2023). Ces dernières années, cette tendance s'est accélérée. De fait, les initiatives se multiplient qu'elles proviennent des ministères [2], d'étudiants [3], d'associations [4] et d'enseignants.

Dans ce contexte, l'article de Sarah Descamps, Gaëtan Temperman et Bruno De Lièvre, publié dans le numéro 5 de la revue Humanités Numériques pose la nécessaire question d'une éducation à la sobriété numérique et plus particulièrement du développement d'une littératie de la sobriété numérique. Les auteurs posent ainsi deux objectifs : élaborer un cadre conceptuel autour de la notion de « sobriété numérique » et mettre en évidence les raisons d'éduquer les 15-24 ans (Descamps et al., 2022, § 18) à cette thématique. Ce faisant, ils introduisent le concept de littératie de la sobriété numérique à partir duquel ils identifient des méthodes et outils pédagogiques pour enseigner cette compétence jugée essentielle pour les citoyens par la Commission Européenne (European Commission et al., 2017).

L'article se structure en trois parties. Dans la première, les auteurs reviennent dans un premier temps à l'origine du terme de sobriété numérique. Ils commencent par définir le « numérique responsable » compris comme « une démarche d'amélioration continue qui vise à améliorer l'empreinte écologique et sociale du numérique » (Mission interministérielle « Green Tech », 2021, p. 10). À cette fin, les auteurs mobilisent les définitions courantes de chacun des deux termes qui le composent. Ainsi, le concept de « numérique » est défini à travers son étymologie (i.e. se référant au nombre), Le renvoyant donc à son sens premier, c'est-à-dire à une « réalité technique » (Bouchardon, 2014), plutôt qu'à son sens plus récent de réalité culturelle et sociale (Doueihi, 2013). De même, le terme « responsable » l'est comme se rapportant à quelqu'un de « réfléchi, sérieux et qui sait peser le pour et le contre » (CNRTL, cité par Descamps et al., 2022).

Enfin, les auteurs décrivent trois démarches de conception associées à la sobriété numérique : l'informatique verte (ou GreenIT qui encourage le recours à des éco-techniques, pour réduire l'impact environnemental des technologies), la démarche low-tech (qui consiste à répondre à un besoin avec les technologies simples, accessibles et durables) et l'écoconception (démarche de design visant le respect de l'environnement).

En articulant entre elles ces différentes définitions, les auteurs cherchent à contribuer au développement d'un cadre conceptuel autour de la sobriété numérique qui ne tombe pas dans l'écueil du déterminisme technologique et des positions partisanes telles que le techno-solutionnisme et le techno-scepticisme (Morozov, 2014). Parallèlement, il s'agit de faire le lien entre transition écologique et transition numérique (Monnoyer-Smith, 2017) dans un contexte de formation aux enjeux de ces deux transitions.

Dans la deuxième partie, les auteurs justifient la nécessité d'éduquer à la sobriété numérique. Outre le constat d'un retard face à la lutte contre le changement climatique et celui de l'impact écologique croissant de nos technologies numériques (Desbois et al., 2011 ; Flipo et al., 2016), Sarah Descamps, Gaëtan Temperman et Bruno De Lièvre signalent un retard quant à l'intégration de la sobriété numérique dans les programmes scolaires. Or, selon les auteurs, « la sensibilisation aux impacts environnementaux du numérique passe par une éducation et une responsabilisation des “digital natives”, cette génération née dans un monde numérique. » (Descamps et al., 2022, § 18). D'après les auteurs, les 15-24 ans, bien qu'ils soient de grands consommateurs de contenus et services numériques, auraient des compétences en littératie énergétique relativement faibles. Le terme « littératie énergétique » désigne une des dimensions de la littératie à la sobriété numérique, plus particulièrement orientée vers la production et la consommation d'énergie. Parallèlement, d'autres recherches ont révélé que cette génération était particulièrement touchée par le phénomène d'angoisse écologique (Ágoston et al., 2022 ; Desveaux, 2020).

Pour les auteurs, la formation à la sobriété numérique à l'école est d'autant plus importante qu'elle ne s'arrête pas aux apprenants. De fait, selon les auteurs, il s'agit de provoquer, par le biais de l'éducation, un phénomène qui toucherait successivement différents acteurs du milieu éducatif : les enseignants en tête, suivis par les apprenants.

Les auteurs posent également l'hypothèse qu'éduquer les élèves à la sobriété numérique aura un effet sur les familles. Ils se basent sur les travaux de Hana Gottesdiener et Jean Davallon (1999) sur la sensibilisation au tri sélectif dans le milieu éducatif et le rôle de l'enfant comme catalyseur de l'adoption des pratiques de tri au sein de la famille. Dans leur article, Gottesdiener et Davallon précisent que ce changement initié par les enfants est possible sous conditions. En particulier, il faut que l'action éducative dépasse le cadre de la classe et mobilise activement les parents. Il s'agit de créer un contexte d'interactions entre parents et enfants sur cette thématique. Gottesdiener et Davallon soulignent également le possible biais de volontariat de leur étude : seuls 28 parents, qu'ils supposent déjà sensibilisés à la thématique, ont pris part à l'enquête sur les 109 sollicités initialement.

Dans la troisième partie, les auteurs introduisent leur concept de littératie de la sobriété numérique. À l'intersection des littératies écologique, énergétique et climatique d'une part ; et des littératies numérique et médiatique d'autre part, la notion de littératie de la sobriété numérique est définie comme une aptitude à utiliser les technologies numériques tout en comprenant et analysant leur impact écologique, énergétique ou/et climatique. Elle s'accompagne donc nécessairement du développement d'un regard critique sur ces technologies.

Sarah Descamps, Gaëtan Temperman et Bruno De Lièvre identifient trois composantes de la littératie de la sobriété numérique, qu'ils associent chacune à des outils pédagogiques.

Premièrement, la littératie de la sobriété numérique repose sur la capacité des apprenants à comprendre et à analyser les impacts environnementaux de nos technologies numériques et de nos usages de celles-ci. Il s'agit également de faire prendre conscience de l'augmentation rapide de l'empreinte énergétique et écologique des technologies numériques, due au développement de l'informatique ubiquitaire (cf. l'ouvrage « Everyware » par A. Greenfield, 2006) caractérisée par une multitude d'appareils connectés et par la quantité massive de données qu'ils produisent et diffusent. Développer une vision globale de l'impact des technologies numériques suppose, et c'est ce que proposent les auteurs, d'analyser cet impact à toutes les étapes du cycle de vie d'une technologie donnée, qu'elle soit matérielle et/ou logicielle. À l'instar du guide pratique de la mission GreenTech (2021), les auteurs suggèrent de mobiliser l'outil ACV (Analyse du cycle de vie) pour appréhender l'empreinte écologique d'une technologie avant même sa fabrication (i.e. extraction de matières premières) et bien après son utilisation (e.g. recyclage, fin de vie).

Deuxièmement, pour ces auteurs, le développement d'une littératie de la sobriété numérique passe par l'identification de solutions numériques pour protéger l'environnement. Il s'agirait donc d'encourager les apprenants à utiliser les TIC à des fins éco-responsables d'une part, et à sélectionner des outils issus d'une démarche de design responsable d'autre part. Pour illustrer leur position, les auteurs citent plusieurs usages de technologies numériques à des fins d'optimisation énergétique identifiés par Éric Vidalenc (2019). Or, les éléments cités, de la voiture électrique à l'alimentation connectée en passant par les maisons connectées interpellent. De fait, s'ils peuvent contribuer à économiser l'énergie, ils semblent cependant déplacer leur empreinte écologique sur d'autres plans. Et là réside précisément la complexité des choix à faire à des fins de protection de l'environnement. En ce sens, les remarques de Jean-Luc Metzger (2023, § 20) apparaissent particulièrement pertinentes quand il souligne que l'élaboration des programmes d'éducation et de formation en matière d'écologie découle directement de nos choix de société, qu'ils s'orientent vers la décroissance ou le développement « durable », avec toutes les précautions à prendre avec ces deux expressions (Deléage, 2013).

Troisièmement, la littératie de la sobriété numérique repose sur le fait d'encourager des usages responsables des technologies numériques et de s'intégrer collectivement dans une démarche de sobriété numérique et plus globalement de numérique responsable. En d'autres termes, il s'agit de développer l'adoption d'écogestes numériques. Les auteurs, à la suite de Vincent Courboulay (2021), proposent d'utiliser le prisme des 5R (refuser, réduire, réparer, réemployer, recycler). Celui-ci est une version adaptée au cas du numérique des 5R [5] proposés par Béa Johnson (2014) dans l'ouvrage qui a popularisé la démarche zéro déchet.

En résumé, l'article de Sarah Descamps, Gaëtan Temperman et Bruno De Lièvre repose sur un double constat. Premièrement, celui d'un retard de l'action collective face à l'urgence climatique associé à une croissance toujours plus forte des empreintes énergétique et écologique de nos technologies numériques. Deuxièmement, ce retard de l'action collective se reflète également dans l'enseignement. De fait, l'intégration de la sobriété numérique dans les programmes d'enseignements est encore balbutiante et tardive au regard de l'urgence vitale relative à ce sujet brûlant. En réponse à ces constats, les auteurs proposent des outils et méthodes destinés à sensibiliser les apprenants à l'impact écologique des technologies et à développer leur esprit critique quant à leurs usages de ces technologies.

L'originalité des auteurs repose sur l'articulation du concept de littératie, déjà utilisé par ailleurs dans différents contextes : littératie numérique, littératie énergétique, littératie écologique (etc.) et du concept de sobriété numérique. Leur approche se veut interdisciplinaire, à l'intersection notamment des Sciences de l'Éducation et des Humanités Numériques.

Certains aspects pourraient être approfondis. Premièrement, si les auteurs placent les enseignants en fers de lance de l'éducation à la sobriété numérique, il aurait été intéressant d'aborder la formation des enseignants en vue de traiter les questions socialement vives (Legardez & Simonneaux, 2006 ; Simonneaux, 2008) liées aux transitions écologique et numérique, à l'intersection desquelles la sobriété numérique se situe. Deuxièmement, il aurait été avantageux de préciser les modalités de l'implication des parents, condition nécessaire pour que l'élève soit catalyseur de changement au sein de sa famille sur cette thématique (Gottesdiener, Davallon, 1999). Sur ces deux aspects, les propositions de Jean-Marc Lange (2020) pourraient constituer, pour les auteurs, des pistes pertinentes avec lesquelles articuler leur propre proposition. En effet, dans l'objectif de mettre en place une « éducation forte, à visée critique, émancipatrice et transformative », Lange (2020, p. 112) suggère la construction d'une communauté apprenante (Kalubi, 2005) réunissant notamment les enseignants, les élèves et leurs familles ainsi que les acteurs du territoire. Cette construction impliquerait de profonds changements en termes d'organisation et de fonctionnement du système éducatif, en termes de formation des enseignants, ainsi qu'en termes de professionnalité enseignante.

En conclusion, si l'article aspire à une visée holistique tout à fait nécessaire pour aborder l'épineuse question de la réduction de l'impact environnemental des technologies numériques, certains aspects de la question restent à approfondir. Il constitue un complément intéressant à d'autres travaux, en particulier l'ouvrage dirigé par Félicie Grouilleau-Gay et Alain Legardez (2020) qui permet (1) d'appréhender « l'extrême complexité et l'intrication des problèmes soulevés par la lutte contre le changement climatique » (Metzger, 2023, § 5), et (2) propose des pistes pour repenser l'École et la formation des enseignants sur ces thématiques (Jeziorski, 2020 ; Lange, 2020), d'autre part.

Bibliographie

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Vidalenc, E. (2019). Pour une écologie numérique. Petits matins. https://books.google.fr/books ?id =WQK9EAAAQBAJ. Consulté le 11 octobre 2023.
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Notes

1 Comme par exemple, la Higher Education Sustainability Initiative (https://sdgs.un.org/HESI. Consulté le 11 octobre 2023) lancée en 2012, qui regroupe des universités et des institutions rattachées à l'ONU.

2 Le Ministère de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche a ainsi lancé, en décembre 2022, une série de consultations et ateliers afin de déterminer des pistes de « formation aux enjeux de la transition écologique dans l'enseignement supérieur et la recherche ».

3 Voir par exemple le Manifeste Étudiant pour un réveil écologique (lancé en 2018 par un collectif d'étudiants) ou, plus récemment les « désertions » des étudiants de grandes écoles résultant d'un décalage entre les valeurs écologiques et/ou sociales de ces étudiants et les débouchés offerts par leurs formations respectives.

4 Voir, en ce sens, la fresque du climat : https://fresqueduclimat.org/. Consulté le 11 octobre 2023.

5 En anglais : refuse, reduce, reuse (la réutilisation englobe la réparation puisqu'il s'agit d'augmenter la durée de vie d'un objet), recycle and rot.


[1] Comme par exemple, la Higher Education Sustainability Initiative (https://sdgs.un.org/HESI. Consulté le 11 octobre 2023) lancée en 2012, qui regroupe des universités et des institutions rattachées à l'ONU.

[2] Le Ministère de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche a ainsi lancé, en décembre 2022, une série de consultations et ateliers afin de déterminer des pistes de « formation aux enjeux de la transition écologique dans l'enseignement supérieur et la recherche ».

[3] Voir par exemple le Manifeste Étudiant pour un réveil écologique (lancé en 2018 par un collectif d'étudiants) ou, plus récemment les « désertions » des étudiants de grandes écoles résultant d'un décalage entre les valeurs écologiques et/ou sociales de ces étudiants et les débouchés offerts par leurs formations respectives.

[4] Voir, en ce sens, la fresque du climat : https://fresqueduclimat.org/. Consulté le 11 octobre 2023.

[5] En anglais : refuse, reduce, reuse (la réutilisation englobe la réparation puisqu'il s'agit d'augmenter la durée de vie d'un objet), recycle and rot.

Inès Leonarduzzi, Réparer le futur - Du numérique à l'écologie

Un article repris de la revue Distances et médiations des savoirs, une publication sous licence CC by sa

Virginie Chaput, « Inès Leonarduzzi, Réparer le futur - Du numérique à l'écologie », Distances et médiations des savoirs [En ligne], 43 | 2023, mis en ligne le 16 octobre 2023, consulté le 18 octobre 2023. URL : http://journals.openedition.org/dms/9494

1Inès Léonarduzzi, fondatrice de l'organisation internationale non gouvernementale Digital for the Planet, nous emmène par cet ouvrage, pour un voyage au cœur du numérique, allant de l'exploration de ses fondations enfouies sous les océans aux cimes des grandes entreprises de la Silicon Valley.

Rapidement, le ton est donné : sans tomber ni dans la technophilie ni dans son pendant phobique, le propos se veut clairvoyant et minutieux : ici le numérique sera analysé méthodiquement. Si le numérique s'est longtemps paré d'habits révolutionnaires en discours, son effet est sans appel. Il y a décalage entre les perspectives portées par les nouvelles technologies et les usages réels : « j'ai progressivement pris conscience qu'elles n'étaient pas toujours utilisées de la meilleure des façons, au vu du progrès considérable que nous sommes en droit d'attendre » (p. 14). Et c'est cet interstice creusé par le décalage entre promesses progressistes, et réalité plutôt synonyme d'effets néfastes pour l'environnement et les individus, que ce livre se propose d'explorer.

Dans une volonté de transversalité de l'analyse, il se découpe en trois parties cherchant toutes à dénouer les enjeux relationnels caractérisant le numérique. D'abord avec l'environnement, ensuite avec l'humain et son intelligence, enfin avec l'organisation de nos sociétés. Ce livre peut être lu en suivant deux logiques. Soit celle des pollutions générées par le numérique – environnementale, intellectuelle et sociétale. Soit celle des stratégies de production structurant le numérique jusqu'à l'ériger en institution. Cette approche de lecture nous permet alors de suivre, à l'instar d'un produit manufacturé, le cycle de production du numérique institutionnalisé, en commençant par les enjeux de conception des appareils pour finir par les implications sociales de sa démocratisation, en passant par la structuration prédéfinie de ses usages.

On s'attend ainsi à une critique des modalités de production et de marchandisation du numérique. Attente ne nous empêchant pas de nous inquiéter d'un paradoxe menaçant : la défense de l'écologie par la promotion du numérique. Alors, on espère une réconciliation entre ces deux visions, pour une société ni laissée aux prises du tout numérique, ni barricadée loin de ses lumières.

Nos smartphones, enlisés dans des sables mouvants

La première externalité négative traitée par l'auteure est celle de la pollution environnementale. L'auteure propose une analyse du cycle de vie du numérique, nous arrêtant, en respectant la logique de cet outil normalisé, à chaque étape clé pour en évaluer les impacts environnementaux (Aissani, Collet, Béline, 2013).

Est en premier lieu interrogée, la production des dispositifs. Terres rares, or et argent, autant de métaux qu'il faut extraire des entrailles de la Terre pour annoncer une vérité décevante d'évidence : nos appareils électroniques sont loin de la légèreté nuageuse qu'ils promettent. Et ces premiers composants ne sont pas les seuls éléments qui font du numérique une industrie polluante : leur assemblage génère de nombreux flux provocateurs d'émissions de gaz à effets de serre, sans compter sur les immenses câbles qui strient la planète pour que les données puissent voguer en toute quiétude, dérangeant par la même les équilibres sous-marins.

L'auteure met en exergue la continuité colonialiste dans laquelle s'ancre l'industrie numérique en portant son analyse sur l'internationalisation des enjeux économiques et de production lui étant propres (Bentouhami-Molino, 2015) et en interrogeant la spécificité des enjeux sociaux, notamment le travail des enfants, liés à ce contexte. Elle souligne aussi les difficultés géopolitiques vécues au Congo entre 1998 et 2002 et cristallisées autour de l'exploitation du Coltan, notamment pour le profit de grandes sociétés minières européennes et chinoises.

Si l'identification de la problématique s'ancre surtout dans une approche postcoloniale, soit une critique des rapports asymétriques entre pays du sud et du nord cristallisés autour d'enjeux économiques, la perspective portée par l'auteure répond-elle à une logique décoloniale dont la spécificité réside dans la prise en compte de la terre (Côté, 2019). Elle appelle ainsi à une précision de l'origine et de la composition détaillée des appareils numériques, les lestant dès lors de réalités géographiques, sociales et politiques. Cette approche résolument décoloniale (Boidin, 2009) consacre l'originalité et la profondeur du propos.

Le second effet négatif concerne la pollution liée aux usages. Est ainsi précisé : « En 2018, le numérique représente plus de 10 % de la consommation électrique mondiale, augmentant d'environ 9 % par an » (p. 22). Le décalage entre les discours hégémoniques vantant des usages sans conséquences permis par la virtualisation et la réalité de la pollution environnementale générée par nos pratiques est identifié par l'auteure dans ses observations de la méconnaissance générale des bons comportements pour limiter ces impacts. Et ce criant besoin de connaissances est lié au caractère impalpable de la pollution engendrée par les usages numériques : pas de dématérialisation permise par ces derniers, seulement une matérialité invisible (Vidalenc, 2022). Si l'auteure donne un certain nombre de pistes exploitables individuellement, on déplore ici le manque de prise de hauteur collective et institutionnelle du propos. Remis en perspective avec les promesses du numérique soulignées au début de l'ouvrage : « “Save the planet, go paperless”, ils disaient » ; ce chapitre ouvre des questions prometteuses sur l'exploitation économique et discursive de l'impalpable.

Le troisième effet, enfin, concerne le non-recyclage des outils numériques, une problématique bien documentée. Face à ce constat déplorable – seulement 18 % des métaux présents dans les ordinateurs sont recyclés (Cailloce, 2018) et 53,6 millions de tonnes de déchets électroniques ont été générées sur l'année 2019 seule (Forti, 2020) – l'auteure propose d'inverser la réflexion en travaillant sur l'éco-conception des produits : et on retrouve donc l'analyse du cycle de vie des produits dont le regain d'intérêt (Couveinhes, 2012) semble plus crucial que jamais.

L'internaute modèle ne dort jamais

La seconde partie de l'ouvrage se consacre à l'analyse des effets nocifs du numérique sur le plan intellectuel : illectronisme, addictions et troubles cognitifs. Si, d'après l'auteure, l'illectronisme favorise le sentiment d'exclusion et la perte d'estime de soi, elle est loin d'être la seule à en saisir les inégalités sociales induites. Par sa numérisation en cours, dans un souci de facilitation des démarches (Kesteman, 2020), l'administration participe à aggraver les inégalités sociales, le numérique nécessitant l'acquisition d'appareils coûteux et de compétences clés (Pasquier, 2022). Les personnes ayant des faibles revenus et n'étant pas diplômées voient ainsi augmenter leur éloignement des services publics, la compétence numérique étant corrélée au niveau d'études, à l'âge et à la catégorie socio-professionnelle (Kesteman, 2020).

L'auteure considère l'aggravation de cette tendance par la fin de l'espace internet commun favorisé par le suréquipement des individus. D'un usage collectif des outils numériques – grâce aux cybercafés – nous sommes passés à une utilisation quotidienne et individuelle. Dès lors, c'est notre rapport à ces outils qui interroge. Si elle ne nie jamais leur intérêt, elle met en garde contre les addictions et les difficultés cognitives induites. La dépendance aux outils numériques pose de nombreux problèmes et en particulier aux plus jeunes, en participant au floutage des frontières entre réalité et vie numérique tout en offrant une infinité de nouveaux possibles. Dès lors, naît un défi : trouver l'équilibre pour optimiser son usage et ne pas risquer l'illectronisme sans pour autant sombrer dans l'addiction. Et si l'addiction est une menace si sérieuse, c'est que le numérique affecte nos cognitions, en altérant nos capacités de concentration et la qualité de notre sommeil ou encore en modifiant nos interactions avec d'autres médiums – l'auteure illustre très justement cet effet par sa nouvelle habitude de toujours avoir plusieurs livres en court, à l'image de la multitude d'onglets ouverts simultanément dans un navigateur web.

À ces problématiques, elle propose un arsenal de solutions essayées par ces soins : accompagner son enfant dans la construction de ses usages numériques, organiser son quotidien de façon à contrer l'addiction en définissant des temps clairs d'utilisation… Des propositions qui interrogent, à la découverte du quadrillage algorithmique striant nos outils pour nous pousser à toujours vouloir revenir. Si la problématique est instituée structurellement à des fins marchandes, pourquoi proposer une réponse à échelle individuelle ?

14Pour rendre compte de la richesse de cette posture, nous proposons de la penser en perspective des pensées d'Ivan Illich et de John Dewey. En effet, une des ripostes possibles contre le caractère délétère du numérique, serait de le remettre à sa place d'outil au service de l'humain et, l'une des manières d'y parvenir pourrait résider dans l'autolimitation, composante de la société conviviale (Illich, 1974). Enfin, pour John Dewey, face à une situation contextuelle problématique, nous réagissons afin de rétablir un équilibre : l'expérience redonne à l'individu sa capacité de développement tout en permettant son adaptation au collectif grâce à la gouvernance de soi (Zask, 2022). Dès lors, l'auteure propose de favoriser la responsabilité individuelle, permettant une souveraineté face aux outils numériques : un projet éminemment démocratique qui, par l'expérience et la limitation individuelle, viendrait court-circuiter les dérives structurelles.

Le numérique ou comment dé faire société

Dans la dernière partie, l'auteure s'attache d'abord à révéler la couture qui caractérise le paradoxe entre l'isolement induit par les pratiques numériques et le besoin d'appartenance guidant pourtant nos comportements en ligne. Une individualisation de nos modes de vie (Donnat, 1994), tempérée donc et qu'elle explique en partie par la perte de besoin de sensorialité, déjà apporté par le toucher de nos écrans et par la déconnexion avec la réalité, faisant du numérique un refuge et un espace émancipateur. Valeur portée par les pionniers du numérique, l'émancipation était promise par la capacité d'agir offerte aux citoyens par les outils numériques (Auray, Ouardi, 2014). Une attente retranscrite notamment sur les réseaux sociaux dans la permission de représentation des identités marginalisées et donc de réparation qu'ils apportent (Tortajada, Kerfa, 2022). De la fuite à l'intégration de communautés numériques, il n'y a qu'un pas. Fondées sur certains aspects de nos personnalités, ces communautés s'appuyant sur une intimité instrumentale (Flichy, 2008) répondent à nos besoins d'appartenance, ce qui favorise selon l'auteure une uniformisation de la pensée et donc une polarisation des débats, phénomène soutenu par la concentration médiatique, forte en régime numérique (Flichy, 2008). Pour l'auteure, cet état de fait met à mal notre capacité à vivre ensemble et ce notamment au regard de l'émergence et de la consolidation de nombreuses sphères d'opinion, à l'instar des manosphères, constituées en opposition aux discours féministes jugés socialement trop influents (Morin, Mésangeau, 2022). Et bien que la notion de communauté en ligne soit discutée (Loriato, 2021), l'auteure s'inquiète ici de ce que le besoin d'appartenance comblé par l'adhésion à des opinions et discours tranchés ne favorise pas une extrémisation de nos catégories et modes de pensée, risque qu'elle relie aux effets cognitifs précédemment annoncés et amenuisant notre maîtrise de la nuance. Une vision quelque peu catastrophiste.

Le deuxième enjeu sociétal souligné concerne le rapport aux données numériques. L'auteure se concentre sur la production de données à échelle individuelle et regrette l'impensé que ces dons recouvrent. Dépassant la seule perspective apocalyptique quant à la mise en péril potentielle de la démocratie et de la liberté individuelle (Bullich, Clavier, 2018), elle avance ainsi que la donnée personnelle puisse être un outil servant la souveraineté numérique individuelle.

Quant aux usages des données, elle y voit deux dérives possibles. Transmettre ses données sans condition reviendrait à une forme de renoncement à l'intimité et donc à une perte de richesse dans nos socialisations : si tout est dit, à quoi bon se rencontrer ? Une psychologisation des rapports sociaux dont on continue pourtant d'attendre beaucoup : la réalisation mutuelle de soi par l'intersubjectivité sans cadre (Ehrenberg, 1998).

Aussi, elle s'inquiète du devenir de nos données qui, une fois cédées, peuvent servir les dessins les plus funestes entre libéralisme incontrôlable et contrôle politique aveugle. Ce chapitre nous apparaît particulièrement porteur dans les perspectives d'expérimentation quant à la souveraineté citoyenne, dans le cadre d'un rapport à la donnée repensé, qu'il suggère.

Un ouvrage seulement sur le numérique ?

C'est à la lecture de la conclusion que l'on en saisit toute l'ambition du travail de l'auteure. Premièrement, une question se trouve être le filigrane de tout l'ouvrage : comment se positionner par rapport au numérique et, à fortiori, à la technologie. L'auteure nous propose ainsi un certain nombre de postures : réglementer, éduquer, accompagner ou encore s'autolimiter ; autant de pistes pour finalement faire sortir le numérique du point aveugle social dans lequel il s'épanouit. Et si ce dernier occupe une place si prépondérante et pourtant impensée, c'est qu'il jouit d'un véhicule idéal : le progrès. Le livre se clôture donc sur cette colle : il nous faut définir collectivement la place que l'on donne au numérique et, par la même, questionner le progrès technique. Si le numérique adossé au progrès semble aller de soi, c'est que nous nous inscrivons collectivement dans le mythe moderne du progrès (von Wright, 2000), soit une croyance qui veut que le progrès s'inscrive dans la nature humaine et soit donc la voie évidente à suivre (Bouveresse, 2002). Il est important de questionner notre rapport au progrès et à la technique, car ces derniers conditionnent nos représentations de l'environnement et, l'histoire ne date pas d'hier : entre performativité positive apposée aux techniques par les pensées de Francis Bacon ou encore de René Descarte et rationalisation utilitariste comme cadre autorisant l'exploitation de la nature à des fins autres que de subsistance (Le Roux, 2016), nos relations à l'environnement sont intrinsèquement liées à nos ambitions progressistes.

Deuxièmement, dans la continuité de ce questionnement, l'auteure interroge la souveraineté citoyenne. À chaque chapitre, cette constante : le numérique doit être mis au service du développement humain et non s'ériger en catégorie asservissante qui participe à la normalisation des usages au nom du progrès technique et de la logique néolibérale. Ce livre offre une illustration large et fourmillante d'exemples concrets pour tous ceux qui souhaitent travailler les thématiques du numérique. Il est aussi un point de départ pertinent pour permettre l'exploration de nouvelles pistes de recherche. Au regard de notre lecture, nous avons notamment repéré la nécessité de compléter la critique de la situation oligopolistique du numérique par une analyse des discours mobilisés par les acteurs alternatifs et une étude des enjeux relationnels caractérisant leurs rapports avec les acteurs hégémoniques.

Aussi, la souveraineté démocratique est un vœu de l'auteure que nous avons retrouvé tout au long du livre en tant que réservoir de lutte contre les pollutions numériques : nous pensons qu'il y a là terreau pour explorer et analyser les attentes de performativité – presque de réparation démocratique – quant à la participation numérique.

Pour terminer, il semble intéressant de poursuivre la critique de l'auteure quant à l'aspect incontournable du numérique pour le questionner par la notion de style de vie et interroger cette donnée au regard des enjeux environnementaux. Autrement dit : comment relever le défi posé par les dérèglements climatiques si certains styles de vie se fondent en partie sur l'acquisition de biens numériques ?

Bibliographie

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L'exposition virtuelle à la nature encourage-t-elle les comportements pro-environnementaux ?

Un article repris du magazine The Conversation, une publication sous licence CC by nd

Consommer moins et mieux, se déplacer en transport en commun, produire moins de déchets et les trier correctement… Favoriser l'émergence de comportements pro-environnementaux chez les individus constitue un défi majeur et urgent face au changement climatique. Les motivations pour agir dans l'intérêt de la planète sont très diverses et peuvent être propres aux individus ou stimulées par des facteurs externes ou sociaux. Les pouvoirs publics peuvent en effet avoir recours à de multiples leviers pour encourager les comportements durables.

De manière globale, l'individu est sensible au contexte dans lequel il prend ses décisions. Nous savons aussi que notre état émotionnel n'est pas neutre dans la lutte contre le réchauffement climatique et que la nature influence directement et positivement à la fois notre état physique et psychologique.

Les individus évoluent le plus souvent dans un environnement urbanisé et passent une grande partie de leur temps loin de la nature, en raison de leurs activités professionnelles et personnelles. Cela contribue à une déconnexion physique et psychologique avec la nature alors que favoriser cette connexion pourrait promouvoir la réalisation de comportements pro-environnementaux.




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Nous nous sommes demandé si le fait de favoriser la connexion à la nature pourrait stimuler le sentiment d'appartenance à la biosphère, et inciter les individus à être plus enclins à protéger l'environnement. Le cas échéant, cela constituerait une stratégie efficace et peu coûteuse. Nous avons donc étudié l'impact potentiel d'une exposition virtuelle à la nature (via le visionnage d'une vidéo) sur les comportements pro-environnementaux.

L'expérience en laboratoire

Nous testons ce lien de causalité dans le cadre d'une expérience en laboratoire où 113 sujets regardent une vidéo de 12 minutes. En fonction du traitement expérimental dans lequel ils se trouvent, les sujets visionnent soit une vidéo présentant un environnement urbain (extrait d'un documentaire sur l'architecture de la ville de New York), soit une vidéo présentant un environnement naturel (extrait du documentaire Wild Yellowstone réalisé par la chaîne National Geographic).

Pour évaluer l'impact, nous étudions deux décisions réelles effectuées suite au visionnage : une décision monétaire, correspondant à un don auprès d'une ONG de protection de l'environnement, puis une décision non monétaire, en l'occurrence un éco-geste de recyclage de charlottes hygiéniques pour un casque audio.

Nous avons inclus dans le protocole expérimental un questionnaire pour évaluer la conscience écologique des participants (échelle New Ecological Paradigm). Cet outil mesure les attitudes à l'égard de la nature, de sa sauvegarde, des menaces qui pèsent sur elle, et des comportements humains à proscrire ou à encourager pour sa préservation. Il permet de classer les individus en fonction du niveau de leur conscience écologique. Chaque individu obtient un score moyen compris entre 1 (aucune conscience écologique) et 5 (très forte conscience écologique). En s'appuyant sur la procédure Johnson-Neyman, nous avons scindé l'échantillon en deux groupes : les individus avec une conscience écologique relativement faible (inférieur à 4), et ceux avec une conscience écologique relativement élevée (supérieur ou égal à 4).

Un impact fort sur les personnes à conscience écologique faible

L'analyse des réponses collectées lors de cette expérience démontre qu'une exposition virtuelle à la nature augmente à la fois le don monétaire (+0,83 euro en moyenne sur une gamme de dons possibles comprise entre 0 et 10 euros) et l'éco-geste (+15 %) par rapport aux sujets virtuellement exposés à un environnement urbain. Autrement dit, l'exposition à la nature agit à la fois sur la disposition à faire un effort financier, ainsi que sur la disposition à faire un effort physique en faveur de l'environnement.

Le résultat particulièrement intéressant de cette expérience est que l'accroissement de comportements pro-environnementaux provient principalement des individus qui déclarent au préalable avoir une conscience écologique relativement faible. Au sein de ce groupe, après le visionnage d'une vidéo sur la nature, les dons augmentent de 1,47 € en moyenne, et plus de la moitié des individus effectuent l'éco-geste.

Un autre point à noter est que nous n'avons pas trouvé d'effets d'entraînement entre le don monétaire et l'éco-geste. En d'autres termes, le fait de donner n'augmente pas ou ne diminue pas la probabilité d'effectuer un éco-geste.

Démêler les raisons de cet impact

Pour nous assurer de la pertinence de nos résultats et bien comprendre les mécanismes à l'œuvre, nous avons intégré dans notre protocole expérimental deux vérifications de robustesse.

Nous avons vérifié que l'impact provenait de la thématique de la vidéo présentant un environnement naturel et non de sa composante émotionnelle. Pour cela, nous avons réalisé une expérience de contrôle avec un nouveau groupe. À la place de la vidéo présentant un environnement naturel, les participants ont visionné une succession de scènes tirées de films sans aucune référence à la nature, mais générant le même type d'émotions positives (Bruce Tout-Puissant, Sister Act, Ce que veulent les femmes, Wall-E). Il apparaît que pour un même type d'émotions ressenties, le don est significativement plus fort lorsque les sujets visionnent une vidéo qui fait référence à la nature (+1,13 euro en moyenne).

En 2009, de nombreux observateurs se sont demandé si la diffusion du film Home deux jours avant les élections européennes avait stimulé les votes pour le parti Europe Ecologie.

Nous avons également examiné si la thématique « naturelle » de la vidéo avait une influence sur le choix du destinataire du don. Pour cela, nous avons réalisé une autre expérience de contrôle avec un nouveau groupe, en leur proposant de faire un don à une ONG humanitaire n'opérant pas dans le domaine de la protection de l'environnement. Nous avons constaté que, quel que soit le champ d'action de l'ONG, le montant du don n'est pas significativement différent.

De la nature virtuelle en ville ?

Dans l'ensemble les résultats de cette expérience semblent démontrer qu'il existe un impact positif d'une exposition virtuelle à la nature sur les comportements pro-environnementaux. Les implications politiques sont nombreuses. Les décideurs publics pourraient avoir recours à des solutions ludiques et facilement accessibles, s'apparentant à des coups de pouce/nudges verts, où l'individu serait exposé de manière répétée voire permanente à la nature. Les colonnes de tri, les bus et tramway pourraient par exemple être habillés d'images rappelant la nature. Ces solutions sont en général peu coûteuses, non contraignantes, et faciles à mettre en œuvre.

Ce type de solutions est complémentaire de la renaturalisation urbaine en réduisant la distance vers des espaces verts urbains, en installant des jardins partagés, en plantant plus d'arbres pour lutter contre les îlots de chaleurs, ou en créant des murs végétalisés. Combiner des solutions virtuelles et des solutions opérationnelles peut créer des synergies positives permettant de reconnecter les individus vers la nature, et ainsi promouvoir des comportements pro-environnementaux.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

Les outils/instruments numériques pour l'évaluation des apprentissages

RÉSUMÉ : L'utilisation des outils/instruments numériques aide à mettre en place de nouvelles pratiques d'enseignement et d'apprentissage. Un défi majeur est d'aligner les nouvelles pratiques d'enseignement et l'évaluation des apprentissages. Pour assurer la validité et la fiabilité des résultats obtenus lors des évaluations, il importe de calibrer correctement les outils de mesure, voire de prévenir le plagiat. De plus, l'émergence des robots conversationnels dans l'éducation pose des questions d'équité d'usage et d'authenticité des productions des élèves. Cet article examine les outils et instruments numériques utilisés pour l'évaluation des apprentissages, en mettant l'accent sur les défis et enjeux qu'ils soulèvent, d'une part, et d'autre part interroge la véracité des informations fournies par des chatbots, tels que ChatGPT, Bing et Consensus, pour l'évaluation des apprentissages avec les outils numériques. 37 articles ont été recensés à travers une recherche dans les bases de données et au moyen des trois robots conversationnels précédemment cités. Les résultats de la présente recherche révèlent le recours par les enseignants à une diversité/pluralité d'outils numériques en soutien à l'évaluation formative, surtout depuis la Covid-19, et un nécessaire alignement entre intentions pédagogiques, curricula et choix d'outils numériques adéquats afin de garantir une évaluation des apprentissages fonctionnelle. De plus, l'évaluation via le numérique charrie des défis autant méthodologiques, techniques, théoriques qu'éthiques. Enfin, les ressources issues des robots conversationnels méritent une vigilance particulière ce qui signifie qu'il faudra probablement un certain temps avant qu'ils puissent être utilisés de manière utile en tant que compléments à la recherche documentaire et à l'évaluation des apprentissages.

MOTS-CLÉS : • Évaluation des apprentissages - Outils numériques - Littératie numérique - Robots conversationnels.

ABSTRACT : The use of digital tools/instruments brings with it new teaching and learning practices, as well as concerns about the protection of sensitive data. A major challenge is to ensure the validity and reliability of assessment results, by properly calibrating measurement tools and preventing plagiarism. Similarly, the emergence of the use of conversational robots in education raises questions of fairness and authenticity. This article examines digital tools used for learning assessment, focusing on the challenges and issues they raise, on the one hand, and questions, on the other hand, the veracity of information provided by chatbots, such as ChatGPT, Bing and Consensus, for learning assessment with digital tools. 37 articles were identified through a database search and using the three conversational bots mentioned above. The results of the present research reveal the use by teachers of a diversity/plurality of digital tools in support of formative assessment, especially since Covid-19, and a necessary alignment between pedagogical intentions, curricula and choice of appropriate digital tools to ensure effective assessment of learning. Moreover, digital assessment poses methodological, technical, theoretical and ethical challenges. Finally, resources derived from conversational robots deserve particular vigilance, which means that it will probably be some time before they can be used usefully as complements to documentary research and learning assessment.

KEYWORDS : Learning assessment - Digital tools - Digital literacy - Chatbots

Problématique

L'évaluation des apprentissages avec des outils/instruments numériques laisse entrevoir de nouvelles possibilités, mais soulève plusieurs enjeux et défis. Elle touche d'abord la question de l'accessibilité des outils/instruments utilisés qui interroge elle-même le niveau de littératie numérique des apprenant‧e‧s et des enseignant‧e‧s. Elle occasionne de nouvelles pratiques d'enseignement et d'apprentissage. Elle questionne également la problématique de la protection des données en termes de risques associés à la collecte et à l'utilisation des données sensibles.
Elle convoque enfin des défis liés à la validité et la fiabilité des résultats obtenus. Ce dernier enjeu implique de s'assurer, d'une part, que les outils/instruments de mesure sont correctement calibrés pour rendre compte avec précision de la performance de l'élève et, d'autre part, que le phénomène de plagiat est jugulé le plus possible.
L'émergence, dans la sphère de l'éducation formelle, de robots conversationnels (chatbots) tels que ChatGPT, Bing et Consensus soulève notamment des préoccupations majeures en ce qui concerne l'équité au regard de l'initiation des jeunes aux possibilités et limites de ces nouveaux outils/instruments numériques dits intelligents et aussi quant à l'authenticité des travaux scolaires et académiques dans un environnement technologique en constante évolution.
La solution de bloquer l'accès, à l'intérieur des établissements, à ces nouveaux outils/instruments afin de prévenir le plagiat a des limites importantes ; car cela n'élude pas leur emploi lors des devoirs faits à la maison. Par conséquent, il s'agit d'une alternative qui ne serait efficace que dans la perspective d'une stratégie d'évaluation des apprentissages uniquement orientée vers des examens en présentiel. Par ailleurs, des robots conversationnels comme ChatGPT et Bing sont conçus de manière à être facilement intégrés par les programmeurs dans d'autres sites web. Il est donc quelque peu utopique d'essayer de bloquer l'accès à tous ces sites dans et en dehors de l'établissement scolaire [1].
De plus, les robots conversationnels, programmés à converser sous forme de texte avec un utilisateur et à répondre à ses questions, se multiplient. Cette abondance et cette diversité de choix rendent encore plus ardue toute tentative de contrôle. De fait, l'environnement numérique sera probablement sous peu envahi par ces outils/instruments dits intelligents. Ainsi, il est envisageable que des moteurs de recherche populaires comme Bing et Google intègrent prochainement des extensions de robots conversationnels. Déjà, des logiciels comme Sparrow de DeepMind ou Bard de Google viennent concurrencer ChatGPT. Par conséquent, la probabilité qu'ils envahissent littéralement l'environnement d'apprentissage, formel sinon informel, des élèves est grande.
Qu'il se produise en classe ou hors classe, un tel « envahissement » est susceptible d'entraîner des usages pédagogiques se traduisant par une hausse des exigences scolaires car les apprenantes et les apprenants devront davantage faire preuve non seulement d'une maîtrise des contenus mais de capacités de contextualisation et d'interprétation ainsi que de pensée critique. Puisque la véracité du contenu produit par les robots conversationnels est loin encore d'être acquise à 100 %, cet article interroge l'à-propos, voire l'existence avérée, des références fournies par ChatGPT, Bing et Consensus par rapport à la question de l'évaluation des apprentissages avec les outils/instruments numériques. Plus largement, notre but est de contribuer à l'exploration des usages informés et éthiques des outils/instruments numériques ainsi que de leurs enjeux et défis (pédagogiques et éthiques) pour l'éducation formelle.
Nous avons donc entrepris d'apporter des éléments de réponse aux deux questions suivantes :

  • Quels sont les outils/instruments, les enjeux et les défis associés à l'évaluation des apprentissages avec le numérique ?
  • Comment les robots conversationnels renseignent sur l'état de la question. Quelle est leur véracité… ?

Méthodologie de recension des écrits

Notre recension a porté sur le thème de l'évaluation des apprentissages avec les outils/instruments numériques en présence et à distance. Elle s'est effectuée en trois étapes distinctes, la première d'octobre 2021 à novembre 2021, la seconde de septembre 2022 à novembre 2022, et la dernière de janvier 2023 à avril 2023. Cette recension a couvert la période de publication allant de 2016 à 2022. Pour analyser la véracité de contenu des robots conversationnels retenus, nous effectuons une analyse comparative entre les résultats d'une recherche documentaire, débutée en 2021, sur les usages, enjeux et défis de l'évaluation des apprentissages avec le numérique et les résultats qu'arrivent à fournir Consensus, ChatGPT et Bing – Bard, de Google n'étant pas encore alors disponible – partant des mêmes mots-clés.
Une recherche dans des bases de données
Durant cette étape, la recherche d'articles s'est effectuée dans sept bases de données habituellement utilisées pour la recherche dans le champ de l'éducation que sont EBSCO-Education Source, ERIC, PsycINFO, Google Scholar, Érudit, Cairn et Sofia. L'accès à ces dernières s'est fait via la bibliothèque numérique Sofia de l'Université Laval. Afin de formuler les requêtes dans ces différentes bases de données, les mots-clés ont été organisés en trois regroupements de termes soit : 1-Évaluation numérique, 2- Enseignement secondaire, 3- Outils/instruments numériques. Les requêtes formulées dans ces différentes bases de données sont les suivantes : (formative and summative evaluation or evaluation method* or evaluation process or digital assessment or évaluation numérique) ET (secondary school or enseignement secondaire) ET (ICT or digital technolog* or digital technolog* or technologie numérique or TIC).
Les textes ont été sélectionnés selon qu'ils traitent des méthodes et stratégies, des outils/instruments, des effets et des enjeux liés à une mise en œuvre efficace des diverses formes d'évaluation en contexte d'apprentissage soit en présentiel ou à distance avec des TIC (technologies de l'information et de la communication). Les niveaux d'enseignement primaire et secondaire ont été privilégiés. Étant donné les innovations perpétuelles observées dans les usages pédagogiques des outils/instruments numériques, nous avons établi une balise temporelle qui couvre les 5 dernières années (soit de 2016 à 2021). Enfin, un dernier palier de sélection a retenu les publications scientifiques ayant été évaluées par des pairs. Au terme de cette recension, 16 articles anglophones et 3 articles francophones, respectant tous les critères d'inclusion susmentionnés, ont été retenus.
Cette première synthèse des connaissances sur le sujet, a été complétée par une seconde au dernier trimestre de 2022. Cette dernière avait pour ambition de colliger les tout récents travaux sur le sujet notamment les considérations éthiques de l'évaluation sous support numérique, peu abordées par les premiers articles recensés, spécifiquement en ce qui concerne l'apport des outils/instruments numériques dans la quête d'authenticité, d'équité et d'éthique dans le processus d'évaluation. Les bases de données initiales ont été maintenues, de même que les mots-clés et les critères d'inclusion. Néanmoins, pour cette seconde phase de recension, seuls les articles publiés en 2022 ont été retenus. Après lecture des résumés, 20 articles ont été présélectionnés pour analyses approfondies dans une grille standardisée. Au final, nous avons 14 études portant sur le sujet qui nous intéresse.

Méthode suivie pour colliger les écrits en provenance de Consensus
L'étape suivante de la recension a voulu expérimenter une recherche documentaire au moyen de Consensus. Il s'agit d'un robot conversationnel qui utilise l'intelligence artificielle pour agréger et analyser des milliers d'études scientifiques, incluant des études récentes, disponibles en ligne. Il a également la particularité de pouvoir calculer un pourcentage de consensus (d'où son nom) des auteurs sur une question particulière. Lors de cette recherche documentaire, si les critères d'inclusion des articles ont été maintenus, les spécificités de l'outil de recherche ont éludé le recours aux requêtes tel qu'il s'opère dans les bases de données habituelles.
En effet, Consensus propose plutôt de répondre à une question en compilant et en analysant automatiquement les résultats des études en lien avec les mots-clés identifiés dans la question posée. De plus, la portion de l'article analysé est très souvent le résumé des auteurs. Pour pouvoir explorer les différents aspects de l'évaluation avec le numérique explorés lors des deux premières recensions, plusieurs questions ont été introduites dans la barre de recherche : - Does digital assessment have a positive effect on learning in secondary school ? - Does digital learning assessment work ? - Does digital learning assessment respect equity ?
Méthide suivie pour colliger les écrits en provenance de ChatGPT
ChatGPT est un robot conversationnel qui a la particularité de pouvoir construire des textes par voie prédictive selon des algorithmes statistiques. Les textes peuvent même être longs et rédigés avec en mémoire le contexte de l'interrogation que lui soumet l'utilisateur. En résulte, une synthèse des données présentes dans un corpus qui s'arrête en 2021 et issues de sources multiples et diverses.
Il peut aussi fournir des informations sur des sujets variés et répondre à des questions longues et/ou très détaillées. Pour effectuer une recherche documentaire sur la problématique de l'évaluation avec le numérique, la requête suivante a été introduite : - Présente tous les articles publiés ces 7 dernières années sur les enjeux, les outils/instruments et les défis de l'évaluation des apprentissages au moyen du numérique en enseignement secondaire. Sois précis avec des références complètes.
Méthode suivie pour colliger les écrits en provenance de Bing
Bing est le moteur de recherche de Microsoft qui depuis peu intègre un modèle de recherche d'informations basé sur GPT4 alors que ChatGPT est couramment basé sur GPT3.5 – un GPT est un modèle de langage (Generative Pre-Trained Transformer). Bing a la possibilité de compléter des résultats de recherche par des résumés écrits et de proposer des liens vers des sites identifiés pour des recherches approfondies. Il peut également, comme ChatGPT, rédiger des textes selon les indications de l'utilisateur.
Pour effectuer une recherche documentaire sur la problématique de l'évaluation avec le numérique, une requête identique à celle utilisée pour ChatGPT a été introduite : - Présente tous les articles publiés ces 7 dernières années sur les enjeux, les outils/instruments et les défis de l'évaluation des apprentissages au moyen du numérique en enseignement secondaire. Sois précis avec des références complètes.
Au total, 37 articles ont été sélectionnés pour la présente recension, 33 en provenance des bases de données et 4 en provenance de Consensus. Les résultats qui suivent sont regroupés sous deux thèmes principaux : 1) les outils/instruments, enjeux et défis associés à l'évaluation avec le numérique et 2) les robots conversationnels, des performances modestes.

Résultats

Outils/instruments, enjeux et défis associés à l'évaluation avec le numérique
Quelques thèmes sont ressortis de la littérature examinée. Sans trop de surprise, le premier touche l'évaluation des apprentissages pendant la pandémie. Suivent ceux relatifs à la diversité des outils/instruments numériques en soutien, à l'adéquation entre intentions pédagogiques, choix d'outils/instruments numériques et évaluation des apprentissages et aux défis de l'évaluation avec le numérique.
Une place conséquente pour l'évaluation des apprentissages avec le numérique pendant la COVID-19
La pandémie de Covid-19 a eu de nombreuses conséquences sur les dispositifs de formation à tous les niveaux d'enseignement. Elle a par ailleurs induit une explosion et une généralisation de l'enseignement à distance devenue une nécessité notamment durant les multiples périodes de confinement. Le basculement d'un enseignement en présentiel, hybride, comodal ou autres, vers un enseignement d'urgence à distance a mis en lumière, d'une part, la problématique de l'ajustement des outils/instruments, pratiques et dispositifs d'enseignement ; et, d'autre part, celle des stratégies usitées ou préconisées par les professionnels et les chercheurs pour évaluer les connaissances des apprenants.
La littérature révèle que les enseignants ont dû user de stratégies diverses et généralement innovantes pour pouvoir mesurer les performances scolaires de leurs apprenants. Chia et Zhang (2022) colligent dans leur étude, les points de vue de 95 enseignants de mathématiques (niveaux primaire et secondaire) de Hong Kong sur l'évaluation en ligne durant la Covid-19. Il en ressort que ces derniers considèrent l'évaluation en ligne principalement comme une évaluation pour et de l'apprentissage en ligne. De plus, pour ce qui est des stratégies d'évaluation en ligne, 42 % des participants ont utilisé des travaux en classe virtuelle ou des devoirs pour évaluer l'apprentissage des élèves, 16,30 % ont révélé avoir réalisé des tests ou quizz en ligne, 6,52 % ont mentionné avoir posé des questions lors des séances d'enseignement.
Dans le même ordre d'idées, Doukakis et al. (2022), dans un article qualitatif, analysent la manière dont les enseignants en Grèce ont utilisé les techniques d'évaluation lors de l'enseignement en ligne imposé par la Covid-19 dans des écoles secondaires privées en Grèce.
Ils observent d'abord que les enseignants, pour l'évaluation utilisent des outils/instruments de communication (Webex et Microsoft Teams) pour donner des devoirs, des tests oraux pendant la leçon en ligne, la participation à la leçon, des quizz en ligne et la participation au chat privé. Par contre, ils n'ont pas utilisé les outils/instruments numériques à leur plein potentiel car ne disposant pas de temps suffisant pour la conception pédagogique de l'évaluation et ne maitrisant pas adéquatement les outils/instruments disponibles.
Explorant les effets du passage à l'enseignement à distance d'urgence sur les pratiques d'évaluation durant le confinement dû à la Covid-19, Panadero et al. (2022) ont mené une enquête auprès de 936 professeurs de tous les niveaux d'enseignement en Espagne. Ils observent un changement dans la participation des élèves à l'évaluation, notamment le choix chez les enseignants d'augmenter l'auto-évaluation et l'évaluation par les pairs. Ils observent également, dans certains établissements, une dégradation des normes de notation (par exemple, certains enseignants du primaire ont avoué avoir abaissé les normes de notation pour s'adapter à cette situation d'urgence).
Observant que la conception actuelle de l'évaluation en ligne n'atteint pas toujours les objectifs pédagogiques souhaités dans les environnements d'apprentissages en ligne, notamment à cause d'une incohérence entre les activités d'apprentissage et les méthodes d'évaluation choisies, El Asame et al. (2022) proposent un modèle hybride pour l''évaluation axé sur l'approche basée sur les compétences et l'approche basée sur les objectifs qui, selon eux, permet la conception d'une e-évaluation efficace. Leur modèle s'adosse sur 6 principes clés : la planification méthodique et contextualisée de l'évaluation en ligne, la formulation des compétences et des objectifs clairs, la définition des compétences en fonction des besoins des apprenants, la diversification des activités d'évaluation et des critères de performance, la diversification des activités d'évaluations ayant la même complexité et enfin, l'alignement entre le niveau taxonomique de la compétence, les objectifs, les critères de performance et les outils/instruments d'évaluation.
En outre, l'évaluation numérique, pour Schmidt et DeSchryver (2022), impose d'abord, pour être efficace, une littératie numérique chez l'apprenant. Schmidt et DeSchryver (2022) proposent un modèle (qu'ils nomment DAppLit) pour assurer la littératie des applications numériques. Le modèle comprend 4 étapes principales : définir des objectifs d'apprentissage, guider les apprenants à travers l'application avec des instructions explicites avant utilisation, proposer des explorations à faible enjeu, et enfin, faire un débriefing pour résoudre les difficultés rencontrées par les élèves. Le but est que la performance de l'apprenant soit tributaire de sa connaissance des contenus d'apprentissage et non pas de la maîtrise de l'application.
Une diversité d'outils/instruments numériques en soutien à l'évaluation formative
Le moissonnage effectué montre une présence relativement discrète de l'évaluation sommative. Par ailleurs, le corpus retenu montre que les enseignants ont recours à des outils/instruments numériques diversifiés pour leur évaluation. On relève une présence notable de l'évaluation formative. Par exemple, les enseignants d'anglais des collèges privés publics en Indonésie ont utilisé de nombreux outils/instruments d'évaluation formative en ligne : Quizizz, Google Forms, Socrative, et Kahoot ! (Firdaus et al., 2022). En plus des traditionnels outils/instruments de communication comme Zoom, d'autres enseignants ont opté pour les outils/instruments Webex et Microsoft Teams (Doukakis et al., 2022). Dans le domaine des langues, les applications numériques telles que Novakid, Google Meet, Google Classroom, Whatsapp et Zoom Meeting sont considérées comme efficaces pour améliorer l'enseignement et l'évaluation de manière innovante et vu leur flexibilité (Susanty et al., 2021). Dans le même ordre d'idées, les e-portfolios semblent avoir été utilisés car ils donnent la possibilité de mesurer les progrès d'apprentissage des apprenant‧es dans la perspective d'un processus d'évaluation formative au moyen d'une diversité d'activités susceptibles de rendre compte des gains d'apprentissage. (Namaziandost et al., 2020)
Shin et al. (2022) soutiennent que les applications d'intelligence artificielle (IA), utilisées dans un contexte d'évaluation formative informatisée, peuvent améliorer les processus de prise de décision à tous les niveaux de l'éducation. L'étude observe que la plupart des enseignants doivent se fier à leur jugement pour déterminer le calendrier d'administration des tests, ce qui ne prend pas en compte les besoins et les profils de performance des apprenants. Les chercheurs ont donc conçu un modèle de prédiction (qui, selon les auteurs, est susceptible de déterminer automatiquement les progrès de l'élève durant l'année scolaire) afin de détecter le nombre optimal de tests qui lui convient, d'après leur modèle de calcul. Le modèle LSTM (Long short-term memory) proposé serait une aide pertinente dans la prise des décisions éclairées pour rendre les évaluations formatives informatisées plus efficaces et au service de l'apprentissage des élèves.
Correnti et al. (2022), quant à eux, proposent un système automatisé d'évaluation de l'écriture, nommé eRevise, qui d'après les points de vue des apprenants qui ont participé à l'évaluation du produit, possède une rétroaction automatisée qui leur aurait permis une amélioration de leur production écrite. Les enseignants ont également indiqué que les messages de rétroaction proposés par l'outil correspondent à leurs objectifs pédagogiques et ce système renforce la rétroaction qu'ils fournissent eux-mêmes aux apprenants durant leur enseignement.

Une nécessité d'adéquation entre intentions pédagogiques, choix d'outils/instruments numériques et évaluation des apprentissages
Il a souvent été constaté que les échelons inférieurs de la taxonomie de Bloom (mémoriser, comprendre, appliquer) étaient davantage travaillés que les échelons supérieurs (analyser, évaluer et créer). Le numérique vient en soutien à l'enseignant soucieux de cette taxonomie lors de la formulation d'intentions pédagogiques. Les possibilités qu'il perçoit se voudront toutefois respectueuses des besoins et des capacités des élèves afin d'atteindre les résultats d'apprentissage visés (Farhat, 2021). Par exemple, avoir recours à un système de cartographie conceptuelle bidirectionnel basé sur l'évaluation par les pairs afin de renforcer la réflexion critique des apprenants et la qualité du retour d'information de leur évaluation (Hwang et Chang, 2020) puisque l'évaluation par les pairs peut alors s'avérer, dans certaines conditions, plus bénéfique que l'évaluation par l'enseignant (Double et al., 2020).
De même, l'enseignant pourrait expérimenter avec le numérique pour fournir de la rétroaction qui soit soutenue, constructive, différenciée et différée. Selon El hage et Nahed (2020), cette rétroaction présente plus d'avantages que la remédiation classique en termes de développement d'un nouveau rapport à l'erreur et d'une nouvelle relation élève-professeur. Lorsque la rétroaction par les pairs est utilisée, les actions de l'enseignant demeurent néanmoins essentielles au processus formatif puisqu'il joue un rôle de médiateur entre la technologie et les apprenant‧e‧s (Dalby et Swan, 2018).
Le recours à l'évaluation avec le numérique ne donne pas seulement des informations ponctuelles sur les compétences et performances des apprenants. En effet, l'analyse des traces écrites et de l'activité des périphériques (clavier, souris) sont susceptibles de prédire des résultats à un test d'écriture (Tate et Warschauer, 2019). Des éléments du processus d'enseignement-apprentissage qui étaient difficilement évaluables le deviennent par l'analyse des traces.
Une autre possibilité d'évaluation avec le numérique passe par des jeux afin de déterminer si une expérience d'usage d'un jeu virtuel a un effet mesurable (voire prédictif) sur la façon dont les élèves résoudront le problème à l'avenir. Elle est alors moins axée sur l'évaluation des connaissances à proprement parler que sur l'évaluation des processus d'apprentissage. De plus, elle permettrait un gain d'apprentissage notable chez les élèves qui l'utilisent par rapport à ceux qui ne l'utilisent pas (Cutumisu et al., 2019).
De récentes recherches s'orientent vers la réalité augmentée (RA) qui présentent les bénéfices de combiner la réalité avec un monde virtuel, d'être interactive en temps réel et de prendre en charge la visualisation en trois dimensions. Une étude menée sur des apprenants de niveau primaire a notamment montré qu'une évaluation formative basée sur la RA améliore leur motivation et contribue, grâce au feedback rendu en temps réel, à une compréhension plus rapide de la tâche par rapport à la méthode traditionnelle (Bhagat et al., 2018). Selon Johri (2020), l'explosion numérique a vu le développement d'outils/instruments technopédagogiques qui présentent des gages de sécurité élevés en même temps qu'ils assurent des gains de ressources (humaines, financières, matérielles) et de traitement. Enfin, chacun de ces outils/instruments peut s'arrimer à un type d'activités et à des objectifs d'évaluation bien précis (Noskova et al., 2016).
De fait, l'évaluation avec le numérique a des avantages. Il permet un gain de temps substantiel, une meilleure gestion des effectifs (les dyades d'élèves ou autres petits groupes sont mieux gérables que tout l'ensemble de la classe), une facilitation de la correction, l'identification des apprenants en difficulté, une comparaison et une classification des niveaux et un meilleur suivi des performances (Rehhali et al., 2022). Un autre de ses avantages, est celui de pouvoir maximiser l'efficacité de l'apprentissage particulièrement en jouant un rôle de médiation à l'apprentissage, dans la motivation et l'engagement des élèves à l'égard de cet apprentissage. L'expérimentation, à l'avènement de la Covid-19, d'évaluations alternatives à celle traditionnelle, a pu relever que les premières exhibent une plus grande valeur formative et motivante pour l'élève (Ong et al., 2021) et qu'elles favorisent la différenciation pédagogique (Raulin, 2020).
De plus, l'usage du numérique s'étend désormais à des sphères très spécifiques des habiletés langagières, notamment celles liées au processus d'identification des mots écrits et de la compréhension en lecture (Auphan et al., 2020). Leur étude démontre que l'évaluation informatisée améliore dans certains cas les critères de validité et de fiabilité des tests sur papier, en offrant des moyens de contrôler la présentation des items et l'enregistrement des mesures hors ligne et en ligne pour l'évaluation de la lecture. Dans le champ spécifique de la réalité augmentée, Bhagat et al. (2018) ont montré que le recours aux évaluations formatives basées sur des interfaces virtuelles en 2D ou en 3D, améliore d'une part les performances des élèves, et d'autre part leur motivation à l'apprentissage par rapport aux évaluations formatives traditionnelles.
Cependant, les articles du corpus ne sont pas totalement unanimes sur les effets positifs sur les performances scolaires des évaluations formatives utilisant les outils/instruments numériques. Par exemple, Faber et Visscher (2018) ont montré, au moyen d'une étude quasi-expérimentale, que l'utilisation d'un outil numérique d'évaluation formative comme Snappet n'avait aucun effet significatif sur la réussite en orthographe chez des élèves de 3e année au primaire. Ainsi, considérant ces nombreux avantages, et vu la complexité des compétences requises (autant chez l'enseignant que chez l'apprenant) dans une évaluation au moyen d'outils/instruments numériques, Webb et Ifenthhaler (2018) proposent d'associer des évaluations informatisées aux méthodes d'évaluation traditionnelles, afin de rendre le processus d'évaluation des apprentissages plus complet et efficace.

De nombreux défis relatifs à l'évaluation avec le numérique
Un défi important est celui de trouver le bon équilibre (c'est-à-dire la plus grande adaptabilité possible aux caractéristiques individuelles de l'apprenant) entre l'évaluation automatisée et le rôle actif et 'constructiviste' de l'apprenant et de l'enseignant (Webb et al., 2018). L'enseignant doit s'y connaitre en matière d'évaluation et être capable de faire converger ses pratiques vers des modèles qui prennent en compte des spécificités d'apprentissage. Par exemple, l'évaluation numérique multimodale (qui explore un éventail de ressources sémiotiques telles que l'image, l'écriture, le geste, le regard, la parole ou la posture) offre des répertoires plus riches de modalités disponibles pour les apprenants et les enseignants (Fjortoft, 2020), notamment dans le cadre de l'évaluation en anglais (Flanagan et Hall, 2018). Pour certains, l'évaluation qui tire profit du numérique est considérée comme plus authentique, plus contextuelle et plus proche des scénarios du monde (DiCerbo, 2020), sous la condition qu'elle s'attache au respect des variables de diversité.
Dans le cas spécifique d'une évaluation à distance d'urgence, une étude menée auprès de 17 enseignants du secondaire de l'Ontario au Canada révèle qu'elle induit 3 contraintes principales : une fréquence accrue des rétroactions pour soutenir l'apprentissages des élèves à la maison, le passage à une approche authentique basée sur des tâches non plagiantes et le retour à l'évaluation formative comme facteur important du soutien à l'apprentissage (Cooper et al., 2022). De plus, il se pose un autre défi d'authenticité des évaluations en ligne. Par exemple, DeCoito et Estaiteyeh, (2022) ont effectué une étude mixte (qualitative et quantitative) dans une province du Canada auprès de 75 enseignants de sciences de la 1ère à la 12ème année sur les pratiques d'évaluation durant la Covid et leur efficacité. Les participants ont jugé les techniques d'évaluation non authentiques et peu efficaces. En effet, ils ont estimé qu'elles ne reflétaient pas fidèlement les attentes scolaires en termes de mesure de la compréhension des notions et de la maîtrise des compétences. L'inauthenticité émanait également des problèmes d'équité et d'accessibilité à la technologie.
Allant dans la même logique, Nisbet et Shaw (2022) estiment, dans le contexte imposé par la Covid-19, qu'il existe trois grands défis à une évaluation en ligne équitable : un défi théorique, un défi lié à la réflexion sur la justice sociale et un défi lié à la stratégie d'attribution des notes. Plus spécifiquement, au niveau théorique, les auteurs soutiennent que la validité et la large accessibilité d'un test sont requises dans la quête d'équité, mais que l'équivalence l'est un peu moins. En outre, la justice sociale voudrait que la perte différentielle d'apprentissage des élèves à la suite de la pandémie soit prise en compte dans le processus de sélection pour l'entrée au collège et à l'université.
Du Plessis (2022), quant à lui, propose des réflexions personnelles et subjectives sur l'enseignement, l'apprentissage et l'évaluation en ligne durant et après la Covid en Afrique du Sud. D'après lui, la pandémie a entrainé un changement important dans les pratiques d'évaluation des connaissances. L'évaluation désormais exige l'engagement des apprenants dans des réflexions critiques en ligne, des présentations de groupes en ligne (notées individuellement et en groupe). En outre, d'après le chercheur, lorsque l'évaluation suit le modèle des questions à choix multiples (QCM) cela induit une charge de travail supplémentaire en termes de temps alloué à la préparation et à la conception des questions.
Les obstacles énumérés par Rehhali et al. (2022) concernent les défis techniques liés au manque de compétence technologique des enseignants, les contraintes didactiques liées à la conception des situations d'évaluation et les contraintes organisationnelles liées à la programmation des évaluations en ligne. De ce fait, les enseignants doivent améliorer leur culture informatique et numérique pour soutenir l'application efficace des évaluations en ligne (Firdaus et al., 2022).
Deux conceptions éthiques de l'évaluation ressortent particulièrement du discours de certains apprenants du primaire et du secondaire, l'une liée à l'égalité et l'autre liée à l'équité (Murillo et Hidalgo, 2017). De leur point de vue une évaluation sous le sceau de l'égalité est conçue comme impartiale, quantitative et explicite, tandis qu'une évaluation équitable est définie comme contextualisée, qualitative et procédurale. Les auteurs partent du postulat que si les élèves considèrent les évaluations comme injustes, ces dernières peuvent avoir sur leur apprentissage un effet positif moindre que s'ils pensent le contraire. Enfin, et ce d'un point de vue général, les concepteurs d'évaluations devraient certes se conformer à des théories d'apprentissage précises, mais également concevoir des tâches diversifiées qui saisissent mieux l'éventail des idées et des expériences des élèves (Kang et Furtak, 2021).
En somme, les usages du numérique offrent de nouvelles possibilités pédagogiques, mais présentent des défis surtout pour des enseignants peu expérimentés en matière à la fois d'intégration et d'évaluation avec des outils/instruments numériques. Toutefois, il paraît primordial d'adosser les pratiques d'usages du numérique à des modèles théoriques solides.
Les robots conversationnels, des performances modestes

Consensus
Le recours aux robots conversationnels a mis en évidence un certain écart avec la méthodologie de recension via les bases de données, des biais méthodologiques manifestes et des résultats quelque peu mitigés en termes de contenu obtenu.
Pour rappel, trois requêtes ont été introduites dans la barre de recherche de Consensus : - Does digital assessment have a positive effect on learning in secondary school ? - Does digital learning assessment work ? - Does digital learning assessment respect equity ?
Le robot a calculé pour ces questions des pourcentages de consensus respectifs de 100 % pour les deux premières, ce qui est une information utile en soi malgré le fait qu'il s'en est tenu aux cinq premiers articles jugés les plus pertinents. Toutefois, il n'a pas été en mesure d'en faire de même pour la dernière, jugeant les résultats des articles pas assez pertinents. Ce robot ne peut donc fournir, du moins pour le moment, une analyse profonde et précise des articles auxquels il a accès puisqu'il s'en tient qu'aux résumés de 5 articles à la fois. De plus, sa capacité d'analyse du consensus n'affiche que les 20 premiers articles jugés les plus pertinents. Pour établir la pertinence des articles, Consensus suit un processus précis. Tout d'abord, il effectue une recherche basée sur les mots-clés de la requête dans sa base de données d'articles scientifiques en ligne. Puis, le modèle d'intelligence artificielle évalue les relations entre la requête et les résultats possibles et établit un score de pertinence pour chaque article. Enfin, ce score de pertinence est combiné à d'autres métadonnées comme le nombre de citations et la date de publication afin de générer un top 20 des résultats.
Cependant, à la différence des bases de données habituelles, Consensus n'affiche pas une estimation du nombre total d'articles trouvés ou du nombre de pages des résultats, comme le ferait Google Scholar par exemple. Par conséquent, la présélection s'est arrêtée lorsque les articles proposés semblaient de moins en moins pertinents. De la somme d'articles présélectionnés, 5 (dont un avait été au préalable trouvé grâce aux bases de données) respectaient les critères d'inclusion prédéfinis.

ChatGPT
Le robot a d'emblée admis ne pas être en mesure de présenter l'entièreté de la recherche scientifique sur le sujet et s'est limité à 8 articles. Il a fallu le relancer à de nombreuses reprises afin qu'il présente des articles supplémentaires. Après 5 requêtes similaires, ChatGPT a rendu un total de 37 articles, dont 20 étaient erronés (parce qu'inexistants), 15 étaient exacts mais en dehors des balises temporelles de publication et 2 étaient des doublons.
La vérification de l'existence réelle des articles s'est effectuée par une recherche des auteurs et des titres sur Google, combinée à une recherche dans les revues scientifiques identifiées par le robot dans les références complètes. Par ailleurs, une lecture des 15 articles exacts a mis en lumière le fait qu'ils n'auraient, de toute façon, pas été pertinents pour la présente recension. En effet, 7 articles ne traitent pas de l'évaluation des apprentissages (mais plutôt de l'usage des médias sociaux ou des TIC en enseignement ou encore des stratégies/méthodes d'enseignement), 2 articles explorent effectivement la thématique de l'évaluation mais uniquement du point de vue de la différence formelle entre l'évaluation formative et celle sommative (sans recours aux outils/instruments numériques), seuls 6 articles cadrent avec le thème de l'évaluation avec les outils/instruments numériques.
S'agissant des contenus desdits articles, ChatGPT annonce qu'ils traitent de certains thèmes qui pourtant ne sont pas indiqués dans la requête de recherche (l'impact de l'apprentissage mobile sur la motivation et la réussite des élèves, la littératie numérique, l'utilisation de la technologie pour soutenir l'apprentissage autonome) et d'autres thèmes plus pertinents (l'utilisation de la technologie pour l'évaluation en STEM, l'évaluation formative basée sur les jeux, les portfolios numériques pour l'évaluation en mathématiques, l'utilisation de l'évaluation formative numérique en langue anglaise, l'évaluation des apprentissages en STEM à travers des projets basés sur la technologie…) mais qui pour la plupart concernent des articles erronés. Finalement, aucun article issu de ChatGPT n'aura été retenu pour la présente recension. En outre, dans le but d'analyser les capacités du robot à synthétiser une masse importante d'informations et, d'autre part, de juger de leur véracité, la première requête a été reformulée en ces termes : - Que disent les études et la recherche sur les outils/instruments, les enjeux et les défis associés à l'évaluation au moyen des outils/instruments numériques en enseignement secondaire. Sois précis dans les sources, les travaux, les auteurs et les résultats des recherches que tu cites.
S'agissant du contenu, le robot aura effectivement présenté des outils/instruments, des enjeux et des défis similaires voire complémentaires à ceux observés dans la revue littérature effectuée plus haut. Pour ce qui est des outils/instruments numériques, ChatGPT les a organisés en trois grandes catégories : les plateformes de création des évaluations en ligne (Kahoot, Quizlet, Google Forms et Edpuzzle), les outils/instruments de correction automatique (Turnitin, Grammarly) et les outils/instruments de rétroaction (Google Docs, Bubble). Si l'on peut s'interroger sur la présence dans cette liste de Bubble, qui est une plateforme permettant de créer des applications sans lignes de codes, les outils/instruments proposés par le robot conversationnel n'avaient pas été présentés dans les articles sélectionnés.
De plus, il aura proposé des enjeux différents comme la rapidité des rétroactions, l'augmentation de l'objectivité dans la correction ou encore la place de la surveillance humaine afin de pallier les erreurs éventuelles des outils/instruments utilisés. Enfin, il aura mis en exergue des défis techniques (en lien avec la disponibilité des outils/instruments, leur accessibilité, surtout pour des élèves ayant des besoins particuliers et leur calibrage), pédagogiques (équivalence en termes de qualité aux évaluations traditionnelles) et éthiques (confidentialité des données, protection de la vie privée des élèves, sécurisation des données collectées, validité et fidélité des instruments d'évaluation, fiabilité des résultats des évaluations).
Au demeurant, le recours à ChatGPT aura permis d'obtenir des informations complémentaires sur le thème à l'étude. Cependant, si les informations en elles-mêmes sont pertinentes, les sources proposées sont toutes erronées, soit parce qu'elles renvoient à des articles inexistants, soit parce que le contenu proposé par ChatGPT est faux (nom erroné de revue par exemple). Au final, le robot conversationnel représente sans doute un atout non négligeable pour acquérir des connaissances globales, mais est plus limité dans le cadre d'une recherche scientifique.

Bing
Bing a répondu n'avoir trouvé aucun article correspondant à notre demande. Il a également proposé trois liens vers les sites web de 2 universités canadiennes (université Laval et université du Québec à Chicoutimi) et du Ministère de l'éducation et de l'enseignement supérieur (qui est pourtant, à l'heure actuelle, éclaté en deux ministères distincts au Québec). De plus, les sites web indiqués ne proposaient pas d'articles, mais des ressources pédagogiques générales sur l'évaluation des apprentissages aux niveaux secondaire et universitaire. En résumé, aucun article additionnel provenant de Bing et aucune information supplémentaire en lien avec le thème de recherche n'ont été trouvés.

Discussion et perspectives

À partir de la présente recension des écrits, qui explore les usages en évaluation des apprentissages des outils/instruments numériques ainsi que leurs enjeux et défis pour l'éducation formelle selon la méthodologie conventionnelle, et qui interroge aussi l'à-propos des références fournies par Consensus, ChatGPT et Bing, nous dégageons quelques constats.
Le premier constat est que l'apport des outils/instruments numériques est encore fort peu documenté compte tenu, d'une part, de leurs fonctionnalités croissantes et, d'autre part, des enjeux et défis relatifs à leurs usages, voire des enjeux et défis relatifs à l'accompagnement des enseignants (Nadeau-Tremblay et al., 2022). Qui voudra se passer dans quelques années des outils/instruments informatiques permettant de faire de l'évaluation, notamment dans le domaine de l'évaluation formative, y compris d'outils/instruments non conçus pour faire de l'évaluation mais permettant d'échanger à distance, de manière synchrone ou asynchrone ?
Le deuxième constat est que les inévitables systèmes de quizz, modernisés pour traiter des données multimédias sont toujours là au service de l'évaluation sommative et on ne voit pas comment ils pourraient disparaître à court terme, cela même alors que les robots conversationnels se développent. S'ils ont des inconvénients bien documentés comme le fait d'enseigner uniquement pour faire réussir au test, le bachotage voire l'incitation à la triche quand les tests sont à fort enjeu (Amrein-Beardsley & al, 2010), ils sont bien implantés, suppriment le travail de correction et produisent des résultats quantifiés fort appréciés des administrations. De plus, certains sont soigneusement conçus et peuvent être utilisés dans une perspective formative (voir par exemple Lavigne 2022 à partir du système PIX d'évaluation des compétences dans le domaine du numérique).
Le troisième constat est que, ce qui compte, finalement, c'est l'alignement de ces outils/instruments avec les curriculas, les intentions et les pratiques pédagogiques, et, bien sûr, les défis éthiques et pratiques soulevés par l'évaluation informatisée. Bien avant ChatGPT, un de ses précurseurs, LSA (Latent Semantic Analysis) a été envisagé pour cela (Lemaire et Dessus, 2015). Ces auteurs utilisaient l'argument que d'après eux :
LSA rend opératoires les théories associationnistes qui postulent depuis Aristote un fonctionnement cognitif fondé sur l'association d'éléments irréductibles. Aristote a proposé quatre formes d'association : la similarité, la différence, la contiguïté temporelle et la contiguïté spatiale (p. 8).
Teplovs et Scardamalia (2007) ont fait des essais intéressants avec la LSA qui se sont notamment traduits en visualisations des interactions écrites d'élèves. Mais l'idée de l'évaluation sans responsabilité d'une personne humaine pose tellement de questions qu'elle est difficilement acceptable pour des enseignants. Tant que ces derniers conservent leur agentivité actuelle, il est peu probable que de telles méthodes puissent se banaliser à court terme.
Enfin, avant d'évaluer il faut bien faire apprendre, aux enseignant‧e‧s et aux élèves, l'usage des outils/instruments numériques et les enjeux éthiques qui y sont associés. On est là sans doute dans un sous-domaine de ce qu'il est convenu d'appeler les humanités numériques, où la vigilance des professionnels de l'éducation est nécessaire.
Le quatrième et dernier constat concerne l'usage des robots conversationnels dont la présence dans la recherche documentaire est actuellement modeste, voire contre-productive. Le recours à Bing a été infructueux, tandis que dans l'ensemble des études proposées par ChatGPT, plus de la moitié des articles s'avéraient inexistants, et les autres ne respectaient pas le critère lié à la date de publication (et parfois aussi celui lié au thème de recherche). Seul Consensus aura permis de compléter la recension effectuée dans les bases de données, avec des références toujours exactes.
Ces systèmes nécessitent donc une vigilance particulière. Il va donc se passer probablement du temps avant qu'ils puissent servir de compléments pertinents autant à la recherche documentaire qu'à l'évaluation des apprentissages.

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Annexe : Identification des articles par source de provenance

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[1] Face à une telle situation, les logiciels de détection du plagiat peuvent s'avérer peu fiables puisque diverses stratégies de contournement émergent constamment, soit par le biais d'autres logiciels de réécriture des textes originaux (Paraphraser.ai, Perplexity.ai, etc.) ou soit par la traduction successive d'un texte en plusieurs langues, afin d'en modifier la structure et le vocabulaire. Ainsi, traquer les cas de plagiat exige actuellement, à l'enseignant, des compétences technologiques nouvelles d'une part, et d'autre part, du temps et de l'énergie supplémentaires dans sa tâche d'évaluation.

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Imaginer les compétences de demain, un webinaire de Laurent Neyssensas le 25 octobre à 17h

Nom de l'intervenant.e Laurent Neyssensas
Date 25.10.2023 - 17:00
Description Chaque jour on peut lire, entendre, voir des réflexions sur les métiers de demain. Des chiffres contradictoires annoncent des disparitions ou des apparitions de métiers. Entre crispations et espoirs les avis s'opposent et s'entrechoquent sur des exercices de prospectives de plus en plus difficile à réaliser. Ces nouvelles compétences, nouvelles technologies, nouveaux modes d'organisation du travail rendent instable la compréhension de l'évolution des métiers et particulièrement chez les plus jeunes.

A travers les dizaines de signaux faibles, sources d'idées de prospective comment percevoir et interpréter ces signaux faibles ? Comment pouvons à partir de ces signaux faibles initier le débat avec nos étudiants et les sortir de la classique opposition utopie/dystopie ? La visualisation du champ des métiers de demain favorise l'adaptation et la création des formations permettant d'acquérir les compétences nécessaires.

Laurent Neyssensas responsable innovation pédagogique et enseignant en management de la créativité à L'École de design Nantes Atlantique nous proposera un retour d'expérience de son atelier de veille stratégique CHRONOTOPIUM. À partir de signaux faibles sur l'évolution des métiers il a mené avec ses étudiants un travail de réflexion sur le devenir du métier de designer.

Dans une démarche de design fiction ils ont réalisé la production de dossiers de synthèse appuyée par de faux articles ou des podcasts.

Ce travail prospectif leur a permis une démarche réflexive sur leur futur métier, de questionner le monde du travail, d'éloigner leurs peurs en décryptant les capacités et les évolutions de compétences nécessaires au monde de demain.



sur le design fiction :
Catégorie
  • Pédagogie

Logiciels libres un bien commun 2.0

By: Briand
18 October 2023 at 09:06

Logiciels libres un bien commun 2.0

Description Podcast (imtech.imt.fr)avec Nicolas Jullien, professeur au Département LUSSI
Firefox et Linux en sont des exemples parmi tant d'autres. Les logiciels libres couvrent une multitude de domaines, et leur utilisation est largement démocratisée. Dans cet épisode, L'apostrophe vous en apprend plus sur l'origine et le fonctionnement de ces biens communs numériques, premiers jalons de l'open-access.
Auteur de la fiche Michel Briand

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Public visé
  • Tout public
Thématique
  • Co-production, apprendre ensemble
Mot Clef
  • Ressources pédagogiques
  • Numérique responsable
Type Support
  • Webinaire, podcast

et / ou

Auteur de la ressource Nicolas Jullien
Type d'auteur
  • Enseignant
Quel partage ? Quelle licence ? Ne sais pas
Adresse imt atlantique plouzané

Accompagner les formateurs et les étudiants à la sobriété numérique

Depuis l'apparition des outils numériques, les institutions éducatives, en particulier dans l'enseignement supérieur, ont intégré diverses plateformes numériques pour l'enseignement telles que les systèmes de gestion de l'apprentissage (SGA), l'informatique en nuage et les serveurs multimédias, entre autres. La pandémie de COVID-19 a encore accéléré l'adoption de ces technologies, entraînant une augmentation de l'empreinte écologique et numérique liée à cette transformation numérique. L'utilisation intensive de salles de classe virtuelles pendant la pandémie a entraîné une augmentation des émissions de carbone, et cette tension entre l'innovation et l'impact écologique est un défi continu. L'utilisation des technologies numériques dans l'éducation met également en évidence la nécessité de s'attaquer aux inégalités sociales en matière de compétences numériques et de les travailler chez tous les citoyens. La mission de chargée au numérique au sein d'un département universitaire a pour objectif d'apporter un soutien aux enseignants et aux apprenants pour favoriser l'émergence de comportements numériques responsables. Cette démarche nécessitera une planification à long terme et un changement dans les pratiques existantes, ainsi qu'une emphase sur le développement de pratiques durables et respectueuses de l'environnement. Dans l'ensemble, une action concertée s'avère indispensable pour cultiver des compétences numériques à la fois efficaces et durables.

Un article repris de la revue Distances et médiations des savoirs, une publication sous licence CC by sa

Cendrine Mercier et Francky Trichet, « Accompagner les formateurs et les étudiants à la sobriété numérique », Distances et médiations des savoirs [En ligne], 43 | 2023, mis en ligne le 13 octobre 2023, consulté le 17 octobre 2023. URL : http://journals.openedition.org/dms/9449

Introduction

La littérature scientifique ainsi que divers rapports d'expertise utilisent différents termes pour exprimer la nécessité de réduire l'impact environnemental du numérique. Parmi ces termes figurent « cultiver un numérique responsable » (Ludec et al., 2020), « concevoir de manière écologique les services numériques » (Le Roy et al., 2020) [1] et également « sobriété numérique » (Bordage, 2019). Dans ce retour d'expérience, c'est ce dernier terme qui est privilégié, tout en incluant les autres concepts pour refléter fidèlement les points de vue des auteurs mentionnés.

La définition que nous adopterons est la suivante : « la sobriété numérique est une démarche qui vise à réduire l'empreinte environnementale du numérique » (Le Roy et al., 2020, p. 143). L'expression « sobriété numérique » a été formulée par l'association GreenIT.fr [2] pour décrire la démarche consistant à concevoir des services numériques plus économes en ressources et à modérer les habitudes numériques au quotidien. Les « habitudes numériques » désignent comment les gens utilisent la technologie numérique au quotidien, y compris le stockage dans le Cloud, l'utilisation d'applications et la création de grandes quantités de données en ligne (Flinch, 2023, p. 22).

Pour explorer la notion de sobriété numérique, les aspects sociaux, environnementaux et éthiques sont étudiés et analysés à différents niveaux : au niveau macro (politiques au niveau national en France), au niveau méso (politiques au sein de l'Université [Nom de l'université]) et au niveau micro (politiques au sein d'une composante spécifique de l'Université).

Dans un contexte plus général, les émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) provenant du secteur numérique ont augmenté de 2,5 % en 2013 à 4,0 % en 2020 du total des émissions mondiales (The Shift Project, 2018, p. 17). Cette proportion est à peu près équivalente à celle des émissions du transport aérien en 2020, comme le mentionnent Guillard et al. (2021). Les auteurs prévoient également que d'ici 2050, cette part atteindra environ 9,0 %, ce qui correspond approximativement aux émissions générées par l'usage de voitures en 2020, selon la même étude.

Les émissions de GES provenant du numérique sont liées à divers facteurs qui nécessitent d'être pris en considération dans une approche systémique de la problématique, prenant en considération les interactions complexes. Il est essentiel de tenir compte du développement de nouvelles technologies, de l'évolution des usages au quotidien ou dans le contexte scolaire, des innovations pédagogiques (Auteur 1, 2021b) et, plus récemment, des périodes successives de confinement qui ont perturbé le monde de l'éducation (Auteur 1, 2020). Ces dernières ont engendré de nouvelles pratiques qui ont perduré en dehors des phases de confinement. Selon Cerisier (2023), les effets de la crise sanitaire de COVID-19 se manifestent par une utilisation accrue des Environnements Numériques de Travail (ENT) qui étaient peu utilisés auparavant. Cependant, il met en évidence que ces nouvelles pratiques instrumentées accentuent des constats déjà bien établis chez les usagers-élèves : la dimension sociale des inégalités scolaires et le manque de compétences numériques des élèves [3].

Pour approfondir ces éléments en lien avec la fracture numérique soulevée par Cerisier (2023), il convient de souligner que la mise en place de l'enseignement à distance d'urgence contrainte (Auteur 1, 2021a) entraînait des dépenses significatives. En réalité, les formations à distance ne présentaient pas nécessairement une réduction des coûts, car un budget considérable était requis pour compenser les différences initiales (Celis, 2023, p. 108), notamment en ce qui concerne les aspects matériels et opérationnels. Cette perspective est rarement évoquée dans la littérature scientifique, qui privilégie généralement la mise en avant des économies de gaz à effet de serre réalisées grâce aux dispositifs à distance (Michelot, 2022).

Ainsi, la problématique de la sobriété numérique se trouve aujourd'hui au cœur d'un dilemme, voire d'un paradoxe, qu'il convient d'examiner. D'une part, il est nécessaire de réduire notre surconsommation numérique afin d'endiguer ses répercussions sur l'environnement, notamment en ce qui concerne la pollution et l'épuisement des ressources naturelles. D'autre part, le numérique joue un rôle fondamental dans la préservation de notre bien-être mental, particulièrement en contexte d'isolement forcé qui pourrait se reproduire (Guillard et al., 2021). Les mesures politiques, à divers niveaux, semblent pouvoir fournir des solutions tangibles aux utilisateurs, leur permettant de contribuer et de développer un certain pouvoir d'agir (Rabardel, 2005).

Cadre théorique

Travailler sur les habitudes numériques des utilisateurs

Pour donner du « pouvoir d'agir » aux usagers, dans le sens défini par Rabardel (2005), il est essentiel d'analyser différentes dimensions (sociales, environnementales et éthiques) en vue de proposer des approches anthropocentrées [4] concrètes dans l'usage des outils numériques. L'objectif est de responsabiliser chaque citoyen afin qu'il puisse apporter une contribution à une échelle individuelle (Céci, 2019), en parallèle des actions entreprises à différents niveaux politiques. Ces niveaux incluent le macro (politiques à grande échelle), le méso (politiques au sein d'entités intermédiaires) et le micro (politiques au niveau local ou individuel).

Les recommandations d'usage parviennent généralement à la population après un certain délai. À titre d'exemple, prenons Internet. Il a été découvert par le grand public en France en 1994. En 2023, nous continuons à travailler sur les habitudes numériques (Flinch, 2023), en particulier sur les réseaux sociaux, à travers l'Éducation aux Médias et à l'Information (EMI). Dans la même optique, la Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés (CNIL) propose des recommandations pour protéger les données des citoyens. Elle a présenté un « Guide pratique RGPD : sécurité des données personnelles » en mars 2023. De plus, le premier rapport sur « l'empreinte environnementale du numérique en France » a été publié par l'ADEME [5] et l'ARCEP [6] et soumis au gouvernement le 19 janvier 2022, en suggérant une réduction significative de la consommation numérique à l'échelle nationale.

La politique actuelle s'engage activement, à un niveau macro, à promouvoir l'évolution des habitudes numériques (Flinch, 2023) et de consommation du numérique. De manière plus générale, la loi sur la Transition Énergétique pour la Croissance Verte (TECV), promulguée en 2015, vise une division par quatre émissions de GES de la France d'ici 2050 (Guillard et al., 2021). Cette loi, adoptée le 17 août 2015, vise à renforcer l'efficacité de la contribution de la France à la lutte contre le dérèglement climatique et à renforcer son autonomie énergétique, tout en garantissant un accès à l'énergie à des coûts compétitifs [7].

À un niveau méso et pour refléter les propos du Vice-Président (VP) en charge du numérique, la politique de [Nom de l'université] Université repose sur le triplet suivant pour encourager une approche « numérique responsable » : éducation sociale, éducation écologique et éducation éthique. Selon le VP, ces trois piliers doivent être développés de manière simultanée, sans privilégier l'un par rapport aux autres dans les actions entreprises. L'objectif est d'atteindre un équilibre sain et solide entre ces trois aspects pour améliorer l'expérience des utilisateurs au sein de l'Université. Tous ces éléments sont détaillés dans « La Lettre d'Orientation Stratégique 2022-2026 », consultable en ligne [8], et particulièrement dans la section consacrée au « numérique responsable » (2023, p. 38-40), afin de rendre compte de la démarche engagée par l'Université au niveau politique.

Éducation sociale

La sobriété numérique est étroitement liée à la fracture numérique (Plantard, 2013) ou à l'inégalité sociale numérique (Granjon, 2022). Cette interconnexion découle du fait que la sobriété numérique ne se restreint pas seulement à l'utilisation modérée des technologies, mais englobe également la possibilité d'accéder et surtout de maîtriser ces outils. Cette aptitude permet aux utilisateurs de développer un réel pouvoir d'agir en leur conférant une conscience éclairée de leurs habitudes.

Selon Brotcorne et Valenduc (2009), la fracture numérique se manifeste par l'incapacité d'accéder à un équipement informatique spécifique (comme un ordinateur, une tablette tactile ou un téléphone intelligent) et à une connexion Internet optimale. De plus, elle est également caractérisée par le manque de compétences nécessaires pour utiliser les outils numériques (Deschênes et Maltais, 2006). Brotcorne et Valenduc (2009) soulignent que la fracture numérique doit être considérée comme un phénomène dynamique qui évolue avec le temps, exposant chacun « au risque de perdre son niveau de maîtrise des TIC [9] en raison de l'évolution continuelle des technologies, ce qui lui [le sujet] demande un effort constant d'adaptation et de remise à jour » (p. 55). Par exemple, la mise à jour d'un système d'exploitation tel que Windows sur votre ordinateur peut temporairement vous placer dans une situation de difficulté jusqu'à ce que vous retrouviez vos repères.

Dans un rapport daté d'octobre 2020, les propos de Cédric O, Secrétaire d'État chargé de la Transition numérique et des Communications électroniques, sont citées, annonçant que « parmi les 11 à 13 millions de Français victimes de l'illectronisme, 6 à 7 millions pouvaient acquérir les compétences nécessaires pour devenir numériquement autonomes ; l'autre moitié devant encore être accompagnée » (Lucas, 2020, p. 15). À notre connaissance, une estimation similaire pour le contexte universitaire reste inconnue.

Éducation écologique

En complément du concept de fracture numérique, il faut également considérer la durée de vie des outils numériques dans les habitudes des utilisateurs. En effet, la perception d'obsolescence (lorsqu'on ressent que de meilleures options sont disponibles sur le marché que ce que l'on possède) incite au renouvellement des équipements bien au-delà de l'obsolescence programmée (qui empêche l'utilisation d'un appareil après un certain nombre d'heures ; Guillard et al., 2021). Il est important de se demander si les performances techniques d'un nouvel appareil ne dépassent pas nos réels besoins (Guillard et al., 2021). Prendre conscience de cette dynamique permettrait aux utilisateurs d'adopter des habitudes numériques (Flinch, 2023) plus en accord avec des considérations écologiques et éthiques. En 2021, en France, la Mission interministérielle a publié un guide pratique [10] qui offre des recommandations spécifiques pour différents types d'achats de matériel (comme les équipements de bureau, les solutions d'impression, les réseaux et les télécommunications, etc.).

L'essor généralisé de l'utilisation du numérique, en particulier après la pandémie de COVID-19, ne se fait pas sans répercussions. Bien que le passage aux méthodes d'enseignement à distance permet de réduire l'impact environnemental des formations (Michelot, 2022) et la nécessité de voyager pour les congrès internationaux, il est crucial de traiter la question des flux de données générés par de tels événements. Cette réalité a été clairement confirmée dans le 6e rapport du GIEC (Groupe d'experts Intergouvernemental sur l'Évolution du Climat), publié le 20 mars 2023. Le GIEC prévoit un réchauffement planétaire d'environ 1,5 °C dès le début des années 2030, quelle que soit la trajectoire d'émissions envisagée. Pour contenir ce réchauffement à 1,5 °C voire 2 °C, il est impératif d'accélérer et de renforcer dès à présent les réductions d'émissions. Le site officiel du ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires affiche une détermination explicite à agir, en développant une stratégie basée sur quatre axes fondamentaux [11] : la sobriété énergétique, l'efficacité énergétique, l'accélération de l'adoption des Énergies Renouvelables (EnR) et la revitalisation de l'industrie nucléaire française.

Éducation éthique

La sobriété numérique englobe également l'usage éthique des équipements. Prendre conscience de l'impact énergétique de nos actions numériques est essentiel. Par exemple, visionner une vidéo de 10 minutes sur un téléphone nécessite 1000 fois plus d'énergie que celle consommée normalement par ce téléphone. Les vidéos représentent 80 % du trafic numérique (Guillard et al., 2021). Un autre exemple concerne l'utilisation massive des courriels au quotidien. Ils contribuent au trafic total à hauteur de 20 %. Rien qu'en utilisant des courriels, une entreprise de 100 personnes génère environ 13 tonnes de CO2 chaque année. En moyenne, un Français reçoit 39 courriels par jour, et certains de ces courriels resteront stockés indéfiniment dans les boîtes de réception et les centres de données, nécessitant des systèmes de refroidissement et d'alimentation électrique, ce qui entraîne une consommation d'énergie significative (Guillard et al., 2021).

Il est indéniable que le monde numérique offre des opportunités et des risques, comme le souligne Bordage (Dolbeau-Bandin, 2023). L'auteur met en évidence que cet univers numérique ne se limite pas à des aspects virtuels ou abstraits, mais qu'il a aussi une composante matérielle bien réelle et qu'il est en constante expansion. Ce monde compte 36 milliards d'appareils, pesant au total 225 millions de tonnes de CO2. Cependant, cette ressource est finie et non renouvelable, se dissipant à un rythme accéléré. D'après l'auteur, d'ici 30 ans, ces ressources seront épuisées, et la pression commerciale exercée par les fournisseurs de contenu et les réseaux sociaux rendra les consommateurs excessivement dépendants de ces outils.

Bordage préconise une approche consistant à concevoir moins d'appareils, à éliminer la programmation de l'obsolescence des dispositifs, et à faire en sorte que leur utilisation soit à la fois bénéfique pour les individus et la société. L'auteur encourage à se défaire du superflu en remettant en question la nécessité de posséder chaque nouvel objet numérique proposé sur le marché, à partager les équipements, à donner une seconde vie aux dispositifs, à opter pour des produits reconditionnés et à les conserver le plus longtemps possible. À titre illustratif, il exprime sa préoccupation quant au déploiement de la 5G, qui a malheureusement incité les utilisateurs à remplacer des équipements encore fonctionnels. Il conclut en recommandant une utilisation modérée et réfléchie du numérique. Cependant, cette démarche ne sera pas suffisante : il est nécessaire que des organisations de la société civile appuient les consommateurs et que les pouvoirs publics prennent des mesures en ce sens. Pour contribuer à ces changements dans les habitudes numériques (Flinch, 2023), il est possible de sensibiliser et d'éduquer les élèves à la sobriété numérique, avec déjà des retours d'expérience disponibles (Descamps, 2023).

Problématique

Les technologies éducatives telles que les environnements d'apprentissage (LMS, Learning Management System) [12], le cloud computing (ou informatique en nuage) [13], les serveurs multimédias [14] et d'autres plateformes numériques de formation sont devenues des éléments courants dans le domaine de l'éducation. Leur utilisation s'est largement répandue, en particulier à la suite de la crise sanitaire mondiale de COVID-19 en mars 2020 (Auteur 1, 2020). Que ce soit pour des formations en présentiel, à distance ou hybrides, l'utilisation intensive de ces outils peut entraîner une augmentation significative de notre empreinte environnementale numérique. La période de fermeture des universités due à la pandémie a entraîné un recours massif aux classes virtuelles afin de maintenir la continuité pédagogique pour tous les apprenants (Auteur 1, 2021a).

Pour les êtres humains, il est souvent difficile de visualiser la masse de données, car ce data monde reste imperceptible sans points de référence concrets. À titre d'exemple, une heure de visioconférence équivaut à environ 8 g d'émissions de CO2, tandis qu'un kilomètre parcouru en train à grande vitesse équivaut à environ 2 g d'émissions de CO2 (Lemaire, 2022). En d'autres termes, une heure de visioconférence génère moins de GES qu'un trajet d'une heure pour assister à une réunion en personne. Cependant, est-il aussi simple de résumer ainsi le défi de l'écologie numérique ? Dans un train, par exemple, si une cinquantaine de passagers se connectent individuellement en visioconférence depuis leur propre appareil, est-ce que cela aurait le même impact environnemental ? Cette question souligne la complexité du défi, et l'accent doit plutôt être mis sur le changement des habitudes numériques (Flinch, 2023) pour favoriser une utilisation numérique plus responsable.

L'usage de ces technologies éducatives peut créer des tensions entre le désir d'innover (Tricot, 2017) pour les différentes formes d'enseignement (en présentiel, à distance ou hybride) et la nécessité de maîtriser son empreinte écologique (Michelot, 2022). Les périodes de confinement imposées par la crise sanitaire ont poussé les enseignants à expérimenter de nouvelles pratiques d'enseignement et de travail. Il est possible que certaines de ces pratiques perdurent dans le temps (Guillard et al., 2021). Le cas spécifique de l'éducation à distance mérite une analyse approfondie, car elle permet notamment de maintenir des formations qui n'accueillent pas assez d'apprenants sur un même territoire et donc de proposer des enseignements à des personnes géographiquement éloignées (Jézégou, 2010). L'hybridation [15] de la formation peut être une solution intéressante pour réduire les impacts écologiques. Elle implique l'utilisation de technologies éducatives en complément des cours en présentiel, limitant ainsi l'impact environnemental tout en assurant une éducation accessible et de qualité pour tous. Cependant, pour y parvenir, il faut guider les habitudes numériques (Flinch, 2023) afin de minimiser au maximum l'empreinte écologique numérique en formation qui est souvent un temps long (entre 3 et 5 ans pour les apprenants de l'université).

Pratiques concrètes sur le terrain

En tant que référente numérique d'une composante de [Nom de l'université] Université, nous souhaitons mettre en lumière les démarches d'accompagnement que nous mettons en place pour les formateurs et les apprenants. Notre réflexion actuelle se concentre sur les habitudes numériques aussi bien chez les formateurs que chez les apprenants. Nous sommes conscients que les disparités sociales en matière de compétences numériques (Granjon, 2022) peuvent entraîner des pratiques peu respectueuses de l'environnement. Ces inégalités, davantage liées aux compétences numériques qu'à l'accès aux technologies éducatives, nécessitent une intervention à long terme, notamment à travers la formation initiale et continue.

Il convient de noter que plusieurs autres universités en France et ailleurs partagent cet objectif et s'efforcent de trouver un équilibre entre les innovations pédagogiques et les pratiques numériques. Parmi ces institutions, on peut citer l'Université de Paris Nanterre [16], ainsi que l'Université de Toulon [17] en France, et également l'Université de Genève [18] en Suisse, pour n'en nommer que quelques-unes.

Au sein de notre composante, nous accompagnons près de 2400 étudiants répartis dans les 5 départements des Pays de la Loire, ainsi que 164 formateurs de divers statuts (hors vacataires). En tant que responsable numérique de la composante, nous allons aborder, à une échelle micro, les différents projets en cours qui s'alignent avec les politiques nationales (macro) ainsi que celles de l'Université [Nom de l'université] (méso) [19]. Notre objectif est de mettre en avant des initiatives qui sensibilisent les utilisateurs et leur proposent des habitudes numériques d'utilisation conformes aux différentes orientations politiques.

Résultats

L'ancrage et l'orientation de l'accompagnement

La formation doit s'inscrire particulièrement dans le contexte de l'enseignement « à » et « par » le numérique, en étroite relation avec le développement des compétences numériques destinées à l'ensemble des citoyens en France et en Europe. Il est prévu que tous les citoyens acquièrent ces compétences numériques tout au long de leur vie, conformément aux compétences énumérées dans le Cadre de Référence des Compétences Numériques (CRCN). [20]. L'intégration de ces compétences est une composante essentielle du parcours éducatif, commençant dès l'école élémentaire et s'étendant jusqu'à l'université.

À la fin de chaque cycle, chaque apprenant a la possibilité de se soumettre à une certification pour évaluer son niveau de compétence dans les 5 domaines, englobant un total de 16 compétences. Notre attention se porte particulièrement sur le quatrième domaine, qui est au cœur de notre thématique : « protection et sécurité », incluant trois compétences, notamment celle de « protéger la santé, le bien-être et l'environnement ». Il est à noter que cette certification est accessible aux étudiants, mais également aux formateurs de l'université, qui peuvent gratuitement évaluer leur niveau de maîtrise dans les 5 domaines.

Les questions proposées sur la plateforme d'entraînement PIX abordent divers sujets liés à la nature des composants des appareils numériques, aux actions envisageables pour chaque appareil (réparation, reconditionnement, redistribution, etc.) ainsi qu'à l'identification des logos ou des étiquettes de signalétique indiquant la manière adéquate de se débarrasser d'un appareil (la poubelle noire barrée signifiant « ne pas jeter à la poubelle ordinaire »).

La formation et l'accompagnement jouent un rôle significatif en facilitant l'accès aux technologies éducatives et en fournissant des ressources pour soutenir le développement des compétences numériques de tous les acteurs impliqués, qu'il s'agisse des étudiants, des formateurs ou du personnel administratif. Cette approche contribue à la mise en place d'un nouveau paradigme numérique, bien que ce processus puisse prendre du temps. Il est important de souligner que toute initiative de changement requiert un travail sur les représentations et les croyances des individus afin de modifier leurs pratiques.

Dans cette perspective, l'éducation vise à donner une signification aux pratiques numériques axées sur l'écologie. L'accompagnement proposé par la composante se trouve ainsi à la croisée de l'innovation et de la responsabilité individuelle en ce qui concerne l'empreinte carbone. Nos interventions visent à promouvoir l'acquisition de compétences numériques responsables, en particulier dans le domaine de la « protection et sécurité », en vue d'une utilisation consciente et responsable des technologies numériques, tout en engageant les individus dans une réflexion et des actions visant à réduire leur impact environnemental. L'objectif est d'encourager l'utilisation efficace et responsable des outils numériques, tout en contribuant à la préservation de l'environnement.

Chantier 1 : Formation hybride

Suite à la pandémie de COVID-19, la formation à distance, et plus tard la formation hybride, ont pris une place déterminante dans le contexte universitaire. Bien que ces modalités d'enseignement existaient déjà, elles ont connu un développement accru à la suite de la crise sanitaire. Au sein de notre Université, un projet intitulé [Nom du projet] [21] a été mis en place à l'échelle de toutes les composantes, dans le but de soutenir l'hybridation des cours grâce à l'accompagnement d'ingénieurs pédagogiques. Notre composante a pu bénéficier de cette initiative, permettant à un groupe de formateurs (composé de 7 personnes pour l'année 2021-2022) [22] d'améliorer leurs pratiques d'enseignement à distance. Parmi les domaines d'amélioration ciblés figuraient la scénarisation de cours hybrides, l'encouragement de l'autonomie d'apprentissage (incluant des réflexions via l'auto-évaluation), l'engagement des étudiants ainsi que la préparation des Travaux Pratiques/Travaux Dirigés.

Suite à la crise sanitaire, le débat fondamental s'est recentré sur la nécessité d'introduire l'hybridation dans certains enseignements au sein de notre composante. Certaines formations se sont distinguées et l'hybridation est apparue comme une modalité attrayante pour résoudre certaines contraintes tant pour les formateurs que pour les apprenants. En effet, certaines formations éprouvaient des difficultés à rassembler physiquement tous les apprenants sur un même site géographique tout au long de l'année. Face à ces circonstances, et afin de répondre aux besoins d'apprenants qui sont parfois « empêchés » en raison de responsabilités familiales ou d'un emploi parallèle à leurs études, la transformation de certaines formations a été envisagée dans les années à venir.

Suite au retour en présentiel pour tous les membres de l'Université, les modalités d'enseignement à distance ou hybride ne suscitent pas nécessairement des réactions positives parmi les formateurs et les apprenants. Des récits entendus ou rapportés indiquent que les formateurs sont réticents à reproduire une modalité qu'ils ont vécue sous contrainte (Auteur X et Auteur 1, 2022), tandis que certains étudiants rejettent les enseignements à distance lorsqu'on les interroge sur leur avis. Pour illustrer cet élément avec un exemple mettant en lumière un point de vue différent, lors d'un projet de recherche, nous avons invité des étudiants (n =74) à participer à une étude rémunérée avec une carte cadeau de 20 € [23]. Un groupe devait être en présentiel, tandis que le second devait participer à distance (5 personnes en présence – 13,51 % – et 22 personnes à distance – 59,46 % –). Bien que la participation ait été faible, elle a été plus importante pour le groupe à distance. Il est donc essentiel de rétablir ou de renouveler la signification d'une formation hybride afin de surmonter certaines aversions qui ont pu se développer pendant la période de crise sanitaire.

Ces dernières années, notre rôle en tant que référente numérique nous a conduit à soutenir les formateurs dans le processus d'hybridation de certaines formations. Au cœur de cette démarche, la réflexion intègre désormais des considérations liées à l'impact environnemental, avec pour objectif de proposer et de promouvoir des habitudes numériques écoresponsables. Les orientations que nous développons dans les sections suivantes sont applicables non seulement aux formations en ligne, mais également à celles en présentiel.

Chantier 2 : Travailler sur un LMS

L'objectif est de rationaliser le nombre d'espaces Numériques de Travail (ENT) en accord avec la maquette de formation. Les ENT sont principalement conçus pour les apprenants, facilitant leur orientation au sein du programme. Chaque espace est dédié à un groupe d'étudiants dans un Élément Constitutif (EC), composé d'Unités d'Enseignements (UE), et englobe tous les formateurs impliqués. La collaboration permet ensuite de structurer l'espace de cours pour une feuille de route explicite selon les enseignements. Deux aspects nécessitent une réflexion approfondie pour promouvoir la notion de numérique éco-responsable : la gestion du nombre d'espaces sur le LMS [24] et l'utilisation efficiente des ressources dans les ENT.

Avant la rentrée de 2020, l'utilisation du LMS au sein de notre composante était limitée. D'autres composantes telles que Médecine, ainsi que Sciences et Techniques, étaient davantage actives sur la plateforme, étant reconnues comme des utilisateurs à usage « très élevé ». Notre composante, en revanche, a été classée dans la catégorie des utilisateurs à usage « faible » dans un rapport [25] du Service de Production et d'Innovation Numérique (SPIN) en 2022, en compagnie de trois autres composantes de l'Université. De manière générale, à l'échelle de l'Université, les pratiques ont évolué en réponse aux changements majeurs dans l'enseignement, résultant du passage contraint à l'enseignement à distance (Auteur 1 et Auteur X, 2022). Une nette augmentation de l'utilisation de la plateforme MADOC a été constatée par les services de [Nom de l'université] Université à la suite de la crise de COVID-19. En effet, le rapport met en évidence une augmentation de 50 % du temps moyen passé sur la plateforme [26], une hausse de 25 % du nombre moyen de visiteurs quotidiens [27], ainsi qu'une augmentation de 13 fois du nombre de téléchargements sur la plateforme pour l'année académique 2020-2021 par rapport à l'année précédente [28].

Au sein de la composante, nous percevons un impact positif de la pandémie de COVID-19 en ce qui concerne l'engagement massif de tous les formateurs sur la plateforme LMS et ses diverses fonctionnalités. Dès les premiers jours de la crise sanitaire, nous avons agi en tant que personne-ressource en créant des tutoriels vidéo pour expliquer les différentes options disponibles, telles que le dépôt de vidéos, les quiz interactifs, les discussions en ligne (synchrones ou asynchrones) et les activités ludiques.

Les étudiants sont automatiquement inscrits dans leurs espaces de formation par le biais de cohortes. Il devient crucial de retirer les espaces devenus inutiles pour les apprenants, car ils restent visibles (parfois masqués pour les étudiants, mais accessibles aux formateurs pour récupérer leurs données). Cette démarche fusionne deux objectifs : répondre aux besoins des apprenants et alléger les plateformes en réduisant la quantité de données stockées. Conformément au rapport du SPIN daté d'octobre 2020, un total de 2 000 espaces sur le LMS doit être supprimé à l'échelle de l'Université.

Pour approfondir cette question, il est également nécessaire de trier et organiser les ressources au sein des espaces utilisés. Certains de ces espaces peuvent ressembler à des « cimetières de PDF » (e-health-suisse, 2020), ce qui peut rendre l'accès aux ressources difficile pour les apprenants. Dans ce contexte, seule une approche basée sur une feuille de route de formation peut rendre l'ensemble des ressources accessibles (Auteur 1, 2020). Il est crucial que les formateurs utilisent les technologies éducatives de manière stratégique afin de créer des expériences d'apprentissage engageantes et interactives, tout en minimisant leur empreinte environnementale dans le monde numérique.

Un aspect peu connu des formateurs mérite d'être mis en évidence ici. Un paramètre par défaut dans le LMS entraîne systématiquement le téléchargement des documents. Cependant, il est possible que les apprenants souhaitent simplement consulter les documents plutôt que de les télécharger. Il est recommandé d'opter pour l'ouverture des documents dans de nouvelles fenêtres afin de limiter le flux de données et de ne pas encombrer la zone de téléchargement (dossier) sur les ordinateurs des étudiants.

Chantier 3 : Travailler sur le stockage des données

La gestion du stockage des données sur les divers outils institutionnels destinés aux formateurs et aux apprenants requiert une réflexion approfondie afin de promouvoir des habitudes numériques (Flinch, 2023) efficaces et durables.

Dans le cadre de la mission de chargée au numérique, il est fréquent de recevoir des demandes visant à augmenter l'espace de stockage dans les environnements numériques. Chaque demande est traitée individuellement, en lien avec la question de l'empreinte environnementale du numérique à l'échelle d'une composante. Les différentes plateformes de stockage, telles que le cloud, la messagerie, l'espace multimédia ou encore le e-portfolio, nécessitent une attention particulière dans la gestion des données de chacun. En effet, il incombe à chaque utilisateur de trier, conserver ou supprimer les données sur ces espaces en ligne. Pour chaque plateforme éducative, une jauge de quota de données est proposée, procurant ainsi un « pouvoir d'agir » (Rabardel, 2005) aux utilisateurs. Cependant, cette information est souvent perçue davantage comme une contrainte plutôt qu'un moyen de renforcer leur contrôle.

Afin d'accompagner les utilisateurs, il peut être opportun de rappeler qu'un tri peut être effectué, en particulier sur le cloud, en identifiant les documents non modifiés depuis plus de cinq ans. Cette recommandation s'applique notamment aux formateurs, car il est important de souligner que suite à la fin d'une formation, les espaces des étudiants sont supprimés, entraînant également la suppression de leurs données. Cependant, il est essentiel de ne pas sous-estimer l'importance de la formation dans la gestion des données pour ce groupe, qui rencontrera de toute manière des problématiques similaires dans le monde professionnel.

Récemment, nous avons également entrepris une réflexion sur l'utilisation des pièces jointes dans les courriels dans le contexte de la formation, ainsi que sur le poids des signatures qui ne devraient pas excéder 25 kilooctets (Ko) [29]. Bien sûr, les utilisateurs expriment des préoccupations quant à la perte de leurs données. Nous conseillons à nos collègues et étudiants de sauvegarder leurs données sur leur disque dur, un disque dur externe et un cloud de manière synchronisée à l'aide d'un outil automatisé [30]. Cet outil compare les deux espaces de stockage et signale les modifications effectuées d'un côté ou de l'autre, nécessitant l'intervention de l'utilisateur pour finaliser l'opération. De plus en plus fréquemment, nous observons des messages ajoutés en fin de courriel pour sensibiliser les utilisateurs. Par exemple, nous avons récemment reçu un courriel incluant la mention suivante : « Un courriel stocké pendant un an émet 10 g de CO2, l'équivalent de 100 mètres en voiture. Pensez à supprimer ce courriel lorsqu'il n'est plus utile. »

Discussion et perspectives

L'ensemble des éléments discutés offrira aux apprenants, formateurs et professionnels administratifs la possibilité de jouer un rôle actif dans la réflexion concrète concernant leurs usages des outils numériques, qu'ils soient physiques ou digitaux, au sein des formations en présentiel et/ou à distance. Cette approche explicative, basée sur des situations concrètes, au niveau micro, favorisera également le développement d'habitudes numériques (Flinch, 2023) transférables dans divers contextes en offrant plus de « pouvoir d'agir » (Rabardel, 2005), qu'il s'agisse de pratiques personnelles ou professionnelles, contribuant ainsi à renforcer leur citoyenneté numérique au bénéfice de l'environnement. L'analyse de Loto-Hiffler (2020) met en lumière que la société est en état d'ébriété numérique et qu'une prise de conscience est indispensable. « Et si nous poursuivons cette comparaison qui vaut ce qu'elle vaut, nous ne pouvons qu'avoir le vertige si l'on considère les différentes étapes que nous sommes amenés à vivre : euphorie, ivresse, hébétudes et léthargie, gueule de bois et coma » (p. 19).

Au niveau macro et méso, il revêt une importance cruciale d'établir des connexions entre les politiques nationales/universitaires et les contextes de formation, afin de parvenir à un équilibre équitable et sain pour les parties prenantes ainsi que pour notre environnement. Selon Gautier et Berger-Douce (2023), une approche fondée sur le dialogue semble avoir le potentiel de concilier sobriété numérique et durabilité. Le Vice-Président insiste sur la nécessité d'instaurer une politique institutionnelle résolument engagée en faveur du numérique responsable, afin de soutenir cette démarche à un niveau supérieur et sur le long terme, en mettant en place des indicateurs de transformation. C'est dans cet esprit que la Lettre d'Orientation Stratégique (LA LOS) et la version actuelle du Schéma Directeur du Numérique Responsable de [Nom de l'université] Université ont été élaborées et formulées.

D'autres initiatives au sein de la composante pourront être envisagées une fois que les chantiers initiaux seront bien amorcés. Ces futurs projets seront élaborés et mis en œuvre en étroite coordination avec les orientations de l'Université et plus largement avec les politiques nationales en matière de numérique, dans le cadre de notre mission d'accompagnement pour la transformation numérique. Les chantiers majeurs ont été exposés dans ce retour d'expérience. D'autres projets pourraient se concentrer sur la modération des usages de l'Intelligence Artificielle (IA) générative, compte tenu de sa consommation importante de ressources [31] contribuera à économiser du papier et de l'encre.

9Chacun peut être conscient de son empreinte écologique et être alerté à ce sujet. Il est possible de mesurer cette empreinte à l'aide d'outils en ligne simples. À titre d'exemple, nous présentons le service public français gratuit « Impact CO2 » [32], soutenu par l'accélérateur de la transition écologique et l'ADEME. Parallèlement, il existe des outils de sensibilisation pour l'éducation environnementale. Des auteurs ont développé une application de réalité augmentée visant à engager activement les étudiants, tout en leur permettant d'expérimenter les conséquences de l'interaction entre les facteurs environnementaux dans un environnement virtuel (Cho et Park, 2023).

Pour clore cette réflexion, les paroles de Céci (2019, p. 121) sont pertinentes pour résumer notre approche et rappeler l'urgence d'agir.

Nous devons alors apprendre à vivre en symbiose avec et dans cet écosystème numérique, pour en annuler le poison, limiter la drogue et développer le remède. Cela commence manifestement par une éducation au numérique et par le numérique de qualité, dès les plus jeunes âges, dans une approche écologique respectueuse des divers stades de développement de l'individu.

La sensibilisation et la formation de tous les acteurs de l'université sont essentielles pour encourager une évolution des habitudes numériques en faveur de l'environnement, tout en préservant des conditions de travail optimales.

Conclusion

Ce retour d'expérience reflète l'importance cruciale de repenser nos pratiques numériques à l'aune des enjeux environnementaux actuels. Il offre un aperçu approfondi des défis et des opportunités liés à la transition vers des habitudes numériques (Flinch, 2023) plus durables au sein de notre communauté universitaire. En exposant les initiatives concrètes et les réflexions stratégiques entreprises pour promouvoir un usage écoresponsable des outils numériques, ce retour d'expérience se présente comme un guide d'action et une source d'inspiration pour les institutions éducatives à tous les niveaux. Il souligne l'importance de sensibiliser les individus (Céci, 2019), de susciter une prise de conscience éthique (Guillard et al., 2021), d'encourager la responsabilisation dans les usages (Ludec et al., 2020), de fournir une formation dans la maîtrise des outils (Granjon, 2022) et de mettre en œuvre des politiques cohérentes pour cultiver des comportements écoresponsables au sein de la communauté académique. La convergence de l'innovation pédagogique et de la responsabilité environnementale, mise en avant dans ce récit, illustre la voie à suivre pour instaurer un changement positif et durable. En adoptant les enseignements tirés de cette expérience, nous pouvons façonner un avenir numérique où l'efficacité et l'impact environnemental positif convergent pour le bénéfice de la planète et des générations futures.

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[1] Le Conseil national du numérique a été saisi, en partenariat avec le Haut Conseil pour le Climat (HCC), afin d'élaborer une feuille de route déclinant des mesures opérationnelles sur le numérique et l'environnement ainsi qu'un avis sur les données environnementales d'intérêt général.

[2] Pour plus d'informations : https://www.greenit.fr/. Consulté le 12 octobre 2023.

[3] Il ajoute à ses constats les deux suivants, pour apporter une réponse complète : « les difficultés de la e-parentalité scolaire » ; « Le peu de formation à l'ingénierie techno pédagogique des enseignants ».

[4] L'approche anthropocentrée se concentre sur la manière dont les humains utilisent les objets techniques et leur donne un sens. Elle met l'accent sur l'interaction entre les individus et les technologies, en examinant comment les utilisateurs exploitent et enrichissent les capacités des objets techniques dans le cadre de leur activité (Rabardel, 1995). Cela diffère de l'approche technocentrée, qui se concentre davantage sur les caractéristiques techniques des objets sans tenir compte de l'expérience humaine.

[5] L'Agence de la transition écologique résolument engagée dans la lutte contre le réchauffement climatique et la dégradation des ressources. L'ADEME est un établissement public sous la tutelle du ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires, du ministère de la Transition énergétique et du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche. Plus d'informations : https://www.ecologie.gouv.fr/levaluation-prospective-lademe-et-larcep-sur-limpact-environnemental-du-numerique-en-2030-et-2050. Consulté le 12 octobre 2023.

[6] L'Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse, arbitre expert et neutre au statut d'autorité administrative indépendante, est l'architecte et la gardienne des réseaux d'échanges Internet, télécoms fixes, mobiles, postaux et de la distribution de la presse en France.

[8] Lien vers la ressource LA LOS : https://www.univ-[Nom de l'université].fr/decouvrir-luniversite/vision-strategie-et-grands-projets/developpement-durable ou lien direct vers la ressource : https://www.univ-[Nom de l'université].fr/medias/fichier/los-2022-2026_1671202498605-pdf ?INLINE=FALSE

[9] Technologie de l'Information et de la Communication.

[10] Lien vers le guide : https://ecoresponsable.numerique.gouv.fr/.../. Consulté le 12 octobre 2023.

[11] Pour plus d'informations : https://www.ecologie.gouv.fr/publication-du-6e-rapport-synthese-du-giec. Consulté le 12 octobre 2023.

[12] Comme Moodle qui est une plateforme d'apprentissage en ligne libre distribuée sous la Licence publique générale GNU écrite en PHP. Développée à partir de principes pédagogiques, elle permet de créer des communautés s'instruisant autour de contenus et d'activités.

[13] Cette pratique implique de recourir à des ressources informatiques en ligne, plutôt que d'utiliser un serveur local ou un ordinateur personnel.

[14] Pour stocker des médias numériques (type vidéo) et les mettre à disposition sur un réseau.

[15] La formation hybride est un modèle pédagogique qui combine des éléments d'apprentissage en ligne et en présentiel, offrant ainsi aux apprenants une expérience d'enseignement flexible et diversifiée (Charlier et al., 2006).

[17] https://www.univ-tln.fr/La-sobriete-numerique.html. Consulté le 12 octobre 2023.

[18] Lien vers le rapport de l'Université pour réduire son impact carbone : https://www.univ-[Nom de l'université].fr/decouvrir-luniversite/vision-strategie-et-grands-projets/50-actions-concretes-pour-reduire-notre-impact-carbone.

[19] Lien vers le rapport de l'Université pour réduire son impact carbone : https://www.univ-[Nom de l'université].fr/decouvrir-luniversite/vision-strategie-et-grands-projets/50-actions-concretes-pour-reduire-notre-impact-carbone.

[20] Inspiré du cadre européen : « The European Digital Compétence Framework » (DIGCOMP) traduit par « le cadre européen des compétences numériques ».

[21] Faisant suite à un appel ANR : projet déployé sur 26 mois avec une enveloppe financière de 1 000 000 €.

[22] En qualité de référent numérique, nous avons pu suivre l'accompagnement et avoir accès à l'analyse des données du projet.

[23] L'équivalent de 29,34 dollars canadiens.

[24] Le nom du LMS en question est MADOC.

[25] Document interne partagé au groupe de travail sur le numérique.

[26] 6,8 minutes en moyenne pour l'année 2018-2019 ; 7,1 minutes en moyenne pour l'année 2019-2020 ; 7,2 minutes en moyenne pour l'année 2020-2021.

[27] 12 517 visites par jour en moyenne pour l'année 2018-2019 ; 19 881 visites par jour en moyenne pour l'année 2019-2020 ; 32 809 visites par jour en moyenne pour l'année 2020-2021.

[28] 155 748 téléchargements en moyenne pour l'année 2018-2019 ; 179 461 téléchargements en moyenne pour l'année 2019-2020 ; 2 470 762 téléchargements en moyenne pour l'année 2020-2021.

[29] Unité de mesure du système international décrivant la quantité d'information numérique.

[30] Par exemple, SyncToy est un outil gratuit de la série PowerToys de Microsoft qui fournit une interface utilisateur graphique facile à utiliser pour synchroniser des fichiers et des dossiers dans les versions Windows XP, Vista, 7 et 10.

[31] La plateforme française Greenly, qui propose aux entreprises d'évaluer leurs émissions de CO2 en temps réel, s'est justement penchée sur l'empreinte carbone de GPT-3. Et la note s'avère plutôt salée... Selon les estimations de Greenly, la version GPT-3 du nouveau service d'IA émettrait 240 tonnes de CO2, soit l'équivalent de 136 allers-retours entre Paris et New York […] Ce calcul se base sur le scénario selon lequel une entreprise utiliserait ChatGPT pour envoyer automatiquement un million de mails par mois sur une période d'un an. Source : https://www.lesnumeriques.com/intelligence-artificielle/ia-quel-est-le-bilan-carbone-de-chatgpt-n209084.html. Consulté le 12 octobre 2023.. Ils pourraient également s'aligner sur les recommandations énoncées dans l'ouvrage « Numérique responsable » (Ludec et al., 2020), notamment en intégrant des modules d'enseignement sur l'accessibilité numérique dans la nouvelle certification PIX (recommandation 48), ainsi qu'un module sur les enjeux de l'accessibilité numérique, tant du point de vue de l'inclusion sociale que des avantages environnementaux (recommandation 49).

L'introduction de petits outils numériques en ligne tout au long de l'année améliorera les performances des participants tout en ayant des répercussions sur l'empreinte environnementale. Souvent, les pages Web ne sont pas optimisées pour l'impression et nécessitent une grande quantité de papier. Dans ce contexte, l'utilisation d'un outil en ligne pour supprimer les éléments non essentiels tels que les encadrés de réclamation[[ Par exemple « Print Friendly » qui nettoie et formate les pages Web pour une impression parfaite : https://www.printfriendly.com/ (consulté le 12 octobre 2032). La politique de confidentialité respecte les conditions du la RGPD : https://www.printfriendly.com/privacy. Consulté le 12 octobre 2023.

[32] Lien vers le service : https://impactco2.fr/usagenumerique. Consulté le 12 octobre 2023.

Les cours d'empathie peuvent-ils être bénéfiques ?

Un article repris du magazine The Conversation, une publication sous licence CC by nd

Après le suicide d'un adolescent victime de harcèlement scolaire, le ministre de l'Éducation nationale a décidé de mettre en place des « cours d'empathie » dans les écoles.

À l'instar des compétences psychosociales, l'empathie est un levier potentiel de mieux vivre et faire ensemble. En encourageant la prise en compte des autres dans toute leur diversité, l'empathie pourrait jouer un rôle clé dans le processus d'inclusivité sociale et scolaire en mouvement. Il est cependant important de noter que l'empathie est un concept protéiforme et multidimensionnel (composantes affective, cognitive, motivationnelle et de régulation) qui suscite des débats et comporte des paradoxes à la fois sur le plan théorique, clinique et moral. On pourrait d'ailleurs parler des « empathies », tant elles sont protéiformes (émotionnelle, cognitive et mature).

En mettant à l'agenda des « cours d'empathie », en s'inspirant de ce qui se fait par exemple au Danemark depuis 2013, il ne faudrait pas penser avoir trouvé une panacée. Se préoccuper de l'empathie exige d'aller au-delà de seuls cours en les inscrivant dans un cadre maitrisé, collaboratif, soutenu et maintenu dans le temps.

Comment rendre un programme autour de l'empathie opérant ?

Pour proposer un programme autour de l'empathie qui puisse avoir de réels bénéfices, il est indispensable d'adopter une approche systémique. Concrètement, cela signifie qu'il faut prendre en compte la totalité du système – ici scolaire –, les interactions dynamiques et interrelations complexes entre ses différentes composantes, plutôt qu'une mosaïque de situations disjointes. En effet, tout élément d'un système influence et est influencé par les autres éléments du même système.

Une approche systémique évite une organisation cloisonnée, en silo. À l'école, elle suppose que tous les acteurs (élèves, personnels enseignants, non enseignants, famille, partenaires de l'éducation) soient sensibilisés à la relation empathique (dans le cadre de formations entre pairs par exemple). En somme, qu'ils soient en interrelation et partie prenante du projet éducatif projeté. Si la relation empathique est étendue dans un système à la majorité des individus le composant, alors « plus puissante sera la transformation », pour obtenir les effets positifs voulus.

Dans ce cadre, quelques précautions s'imposent :

  • On ne peut pas plaquer, ni reproduire à l'identique ce qui se fait ailleurs dans un autre contexte, une autre culture et société d'appartenance. L'adaptabilité est de mise pour l'apprentissage de l'empathie.

  • Ce n'est pas l'affaire de quelques-uns (les élèves), cela concerne tout le monde. L'école n'est pas une institution totale, les interactions fourmillent aussi hors de ses murs où notre « capital empathique » doit également être sollicité. Une « civilisation empathique » requiert un Homo-Empathicus – loin de l'Homo œconomicus maximisant sa satisfaction personnelle, son utilité – qui pense global, qui est altruiste.

  • Le rapport au temps est primordial : le temps pour soi, pour les autres, pour les loisirs, la culture, les activités physiques et sportives, la famille et les amis doit être pensé en conséquence. À l'école, le temps curriculaire, des apprentissages et des pauses méridiennes (récréation, restauration…) demandent une organisation collégiale favorable au bien-être individuel et collectif. Or, trop souvent, le temps des institutions n'est pas celui des usagers de l'école… ni des empathies. Le temps de la transmission des connaissances domine trop largement celui du savoir-être et du savoir-faire ensemble.

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  • Les lieux ne peuvent être un impensé. L'empathie est aussi liée aux espaces dans lesquels on évolue, aux émotions qu'ils procurent. Ils ne sont pas de simples décors. Par exemple, la configuration spatiale de la classe (en îlots, en U, etc.) ou de la cour peut favoriser ou contrarier les interactions corporelles et verbales, et donc l'empathie. Certains sous-espaces sont propices au harcèlement et aux jeux dangereux.

  • Les parties prenantes doivent être convaincues par le projet et y adhérer librement pour susciter un désir réel de changer. S'il y a intention, il y aura attention à l'autre et donc une meilleure mobilisation.

  • Le volume du capital empathique acquis ou conquis peut s'amenuiser au fil du temps s'il n'est pas entretenu dans des conditions favorables à son épanouissement. Éprouver l'autre dans sa diversité, notamment celles et ceux ayant des besoins éducatifs particuliers est un construit fragile et fragilisant : la relation d'aide empathique impose une implication émotionnelle parfois lourde à porter, qui peut mener jusqu'à l'épuisement professionnel. La rencontre de l'autre demande donc une dynamique partagée, porteuse de sens dans un élan collectif maîtrisé pour éviter toute forme de stress ou d'anxiété.

Quelle forme pourrait prendre un « cours » d'empathie ?

« Eduquer » à l'empathie demande la mobilisation d'au moins trois composantes :

  • Le partage des émotions (éveil affectif, stimulation émotionnelle, face-à-face).

  • La préoccupation empathique (motivation à se soucier de l'autre), notamment en régulant son potentiel trop-plein d'émotions.

  • La prise de perspective (empathie cognitive, raisonnement social), en adoptant le point de vue de l'autre.

Si ces différentes dimensions se distinguent tout en étant en interaction, chacune peut être plus ou moins sollicitée selon les besoins. Par exemple, si l'on souhaite développer l'empathie vis-à-vis de personnes en situation de handicap, les composantes à travailler varieront selon le degré de connaissance, de sensibilisation et de relation avec une personne handicapée.

À l'université de Bordeaux, dans le cadre de la mission handicap, nous concentrons nos efforts sur ce sujet. Nous construisons actuellement un jeu « physique » (en coprésence) et un jeu digital (à distance) fondés sur la préoccupation empathique afin de favoriser l'inclusivité du personnel et des étudiants. Il s'agit, dans une approche systémique, de sensibiliser, informer et/ou former autour du handicap ces deux publics en interaction. Il est prévu que ces deux prototypes soient adaptés et déclinés dans d'autres contextes et publics, notamment à l'école.

D'autres dispositifs sur l'éducation aux empathies et aux émotions existent déjà en France. Le « jeu des trois figures », le « jeu des mousquetaires », les « jeux traditionnels » et « jeux physiques didactiques » peuvent se révéler d'excellents supports pour développer le processus empathique. À travers ces jeux, les interactions physiques dans lesquelles on s'éprouve et on éprouve l'autre sollicitent la résonance émotionnelle avec autrui.

Au-delà des jeux, des dispositifs de « formation empathique » (avec informations, ressources, simulations, jeux de rôles alternatifs, verbalisations interactives, des situations stimulant l'imaginaire) aideraient les acteurs dans la rencontre à l'autre, dans l'agir et la réflexivité. Il s'agit de façon plus large de mettre en lumière le rôle des émotions, de l'empathie dans le développement des compétences sociales et émotionnelles chez l'enfant, mais aussi l'adolescent et l'adulte.

En considérant les différentes précautions évoquées dans cet article, il apparait que pour révéler, maintenir ou développer le capital empathique à l'école, agréger de simples cours risque de ne pas porter les fruits espérés. Notre société subit les affres d'un contexte incertain mettant en tension les relations humaines, propices au repli sur soi. Un Homo empathicus s'inscrit dans un projet plus englobant, systémique et certaines recherches appliquées restent à mener.

Enfin, si le défaut d'empathie est propice à des comportements déviants, inadaptés, violents ou de harcèlement, attention toutefois de ne pas tomber dans le piège de l'injonction à l'empathie, à l'instar de la « tyrannie » du bien-être ou du bonheur. Le libre arbitre est de mise.

The Conversation

Eric Dugas a reçu des financements de la Région Nouvelle-Aquitaine 2023

La coordination en travail social : un avatar du management transversal

Cette contribution voudrait répondre à une double question : en quoi la coordination relève-t-elle du management ? Qu'est-ce que cela peut nous apprendre sur la manière dont se pratique, et donc se réfléchit, le travail social aujourd'hui ? L'activité de management est ainsi interrogée de même que la fonction de coordination en émergence dans le champ du travail social, et présentée comme un avatar du management transversal. Pour répondre à la double question initiale, une recherche-formation a été mise en place dans le cadre d'une formation universitaire professionnalisante destinée à des professionnels du secteur social déjà en activité. Les résultats de cette démarche montrent surtout l'extrême diversité des pratiques en la matière, en lien aux contextes traversés autant qu'aux parcours des professionnels impliqués ; la fonction de coordination est ainsi éclairée tant du point de vue des dispositions qu'elle impliquee chez les professionnels que des conditions de possibilité de cette fonction. Une économie de la coordination se dessine, offrant un cadre à un possible apprentissage partagé, par la mise en œuvre de ce management.

Un article repris de la revue Education et socialisation, une publication sous licence CC by nc nd

Emmanuel Triby, « La coordination en travail social : un avatar du management transversal », Éducation et socialisation [En ligne], 68 | 2023, mis en ligne le 29 juin 2023, consulté le 14 octobre 2023. URL : http://journals.openedition.org/edso/24096 ; DOI : https://doi.org/10.4000/edso.24096

Introduction

La coordination dans le travail social est une préoccupation ancienne, réactualisée plus récemment pour devenir une pratique de management dans les établissements. Parler de management dans le travail social ne va pas de soi. La culture professionnelle y est rétive et les intitulés de postes et de fonctions n'en font guère mention. Assimiler le coordinateur à un manageur comporte ainsi un double obstacle : outre la résistance professionnelle, c'est la nature même de la fonction de coordinateur qui semble ne pas pouvoir être assimilée à du management puisque les offres d'emploi et les fiches de poste précisent qu'il s'agit d'une fonction « non hiérarchique ». Il pourrait donc exister un management non hiérarchique.

C'est là tout le sens de notre question de départ : en quoi, l'activité de coordination relève-t-elle du management ? De quel management s'agit-il et pour quels effets ? Bien évidemment, la réponse à cette double question n'est possible que si l'on s'est d'abord interrogé sur la nature de cette coordination, dans et hors du travail social. Une recherche-formation mise en œuvre depuis huit ans nous a permis d'enquêter sur le réel de cette fonction et de recueillir un matériau et des données substantiels. Nous en tirons certains résultats et questionnons les « préconisations » que les participants formulent dans les monographies issues de cette formation.

La coordination comme problème : contextualisation et conceptualisation

Comprendre la coordination comme management dans le travail social exige d'opérer une contextualisation sociohistorique de la fonction et une interrogation de la notion elle-même.

Brève histoire de la coordination

La coordination n'est pas née dans le travail social. C'est une fonction portée par toute activité sociale impliquant une certaine division du travail. Le besoin de coordination est consubstantiel aux activités humaines dans la mesure où elles comportent forcément une « dimension collective » qui « apparaît comme un caractère constituant à peu près universel du travail » (Schwartz, 1997, p. 33). Plus précisément, la coordination des actions individuelles « se concrétise par un ordonnancement des actions, entendu comme un “agencement des actions de chacun des opérateurs impliqués dans un certain ordre afin d'atteindre le but final de façon efficace“ (Barthe, 2000), mais également par une adaptation réciproque des acteurs et de leurs actions à celles des autres » (Marcel et al., 2007, p. 10). En fait, à partir du moment où un groupe de personnes contribue à la réalisation d'un produit, un bien ou un service, une activité qui exige du temps, des ressources coûteuses et surtout de partager (collaboration) ou de se répartir (coopération) des tâches, il faut de la coordination.

Dans l'imaginaire rationalisateur des économistes, c'est le marché qui porte les besoins de coordination. Il les porte dans le sens où il définit un manque socialement partagé et induit de la part des acteurs clés de ce marché, les « entrepreneurs » ou les « organisations », la nécessité de créer les moyens de cette coordination. Cela va conduire à mettre en place les dispositions et les dispositifs nécessaires pour assurer la coordination de l'activité, en interne, dans l'activité productive, en externe, « sur » le marché [1]. Cela concerne en réalité tout un ensemble d'actes qui ne sont pas forcément pris en charge par une personne en particulier ; c'est une fonction distribuée entre différentes personnes et organisations en interaction, dont la prise en charge est donc d'abord collective.

Ainsi, « le marché est une façon très particulière d'agencer et de stabiliser les relations entre acteurs » (Ledoux, 2022, p. 274). Ce « marché » est une dynamique historique nourrie à la fois par une extension infinie de son champ d'intervention et par un effort d'institutionnalisation au moyen de règles et de contraintes instituées pour assurer un fonctionnement durable. Il se constitue en « logique » lorsqu'il pénètre des domaines d'activités « non marchandes », gérées directement ou indirectement par l'État et les autres acteurs « publics » : services publics et associations dont le fonctionnement est alors soumis à des principes et des règles, censés se substituer à ceux du marché tout en assurant ses prétendus avantages : compétition, concurrence, comparabilité des offres…

Très férus de cette notion, les économistes précisent : « le marché et l'organisation sont deux modes de coordination, mais l'un a pour instrument les prix tandis que l'autre a pour vecteur des règles ; l'un est inintentionnel, car il repose sur la compétition, tandis que l'autre est intentionnel et vise la coopération au service d'un projet collectif » (Favereau, 2012, p. 97). Une organisation est alors un mode de coordination alternatif au marché « lorsque les coûts de transaction rendent celui-ci inefficient » (ibid., p. 99). En fait, grâce à la coordination, l'organisation « fournit des instruments de contrôle qui ne sont pas disponibles sur le marché et met en œuvre des adaptations coopératives plus vite que le marché » (Williamson, 2012, p. 91) ; ces instruments concernent le travail, les produits, les ressources mobilisées, la légalité. C'est donc un principe d'économie assez élémentaire, notamment dans les sociétés dites « développées ».

Dans cette conception, que l'on se situe dans la sphère marchande ou non marchande des activités sociales, la coordination est « un des concepts de base de la théorie des organisations » (Nizet et Pichault, 2012, p. 11). Ces auteurs notent qu'elle varie suivant la situation de l'organisation dans son environnement. C'est une fonction portée par des activités ; elle peut être spécifique à une situation de travail ou en intégrer plusieurs…

Relevons également que le besoin de coordination est d'autant plus fort que l'organisation subit une double pression : une pression venant de l'extérieur, une pression venant plutôt de l'intérieur. La pression extérieure est principalement celle de la concurrence, pour l'économie marchande, celle des politiques publiques et leurs instruments, pour le non marchand. Les pressions internes sont liées aux modalités d'organisation du travail et des rapports propres à chacune des deux sphères de production ; dans le secteur marchand, à force de coordination, ces pressions déterminent « les chaines de valeur internes », à savoir : « comment chacune des activités de l'entreprise participe à la création de valeur et à la formation de l'avantage concurrentiel » (Mousli, 2013, p. 34). Cette valeur est la grandeur monnayable résultant de la conversion du produit en argent selon le « code du capital », toutes ces règles de droit (et donc de comptabilité) qui garantissent que « l'actif » sera bien converti en argent (Pistor, 2023). Les choses se compliquent pour le non marchand, et c'est peut-être un des enjeux théoriques de cette contribution : quelle est cette « valeur » qui y est créée et comment est-elle « monnayée » ? Qu'est-ce qui correspond à « l'avantage concurrentiel », notamment pour une institution du travail social ?

La coordination, un management « transversal »

Le management sert à nommer les activités pratiques de gestion d'une production partagée entre différents opérateurs ; gérer, dans ce sens, c'est « faire faire » par un autre ou une équipe. Cette « délégation » (Morin, 1985) suppose l'existence d'un rapport hiérarchique entre celui qui fait faire et l'autre qui fait. Mais manager, c'est aussi ménager, employer cette ressource humaine avec mesure et discernement, ajustée aux besoins de l'activité même : ses conditions matérielles, ses risques, ses temporalités, etc. C'est garantir le bon fonctionnement de son « ménage » qui, en économie, constitue l'unité économique de base, notamment par l'établissement de bonnes relations avec ses travailleurs, fournisseurs et clients. [2]

La diversification progressive des différents modes de management dans les organisations contemporaines décline toutes les modalités d'organisation du travail censées assurer la « gestion » du rapport de l'entreprise au risque, au réel, au temps et à la valeur (Hubault, 2013). De l'organisation taylorienne des origines à « l'entreprise libérée » d'aujourd'hui (Gilbert et al., 2017), en passant par le lean management (INRS, 2022) et le management participatif (Saussois, 2012), c'est un double paradoxe qui apparaît : la distance entre le discours (et ses prescriptions) et le réel de la mise au travail dans les collectifs organisationnels (Vannereau, 2018) ; les pratiques apparemment les plus novatrices continuent toujours de comporter les traces de l'ancien (Dietrich et Pygère, 2016). Au point que l'on peut s'interroger sur l'intérêt qu'il y a d'opérer des distinctions tranchées pour une activité et une fonction dont l'exercice se transforme moins du fait de l'évolution des principes d'action que du fait des changements du contexte social et économique : l'organisation des milieux de travail, la nature des tâches à réaliser, les profils générationnels des personnes, etc. (Gaulejac et Vandewattyne, 2020).

C'est dans cette configuration problématique qu'il convient de traiter du « management transversal » auquel pourrait être assimilée la coordination. Sa « transversalité » tient à l'absence de lien hiérarchique avec les personnes ou l'équipe avec qui le manageur travaille ; cela n'exclut pas pour autant des liens hiérarchiques par ailleurs. Cela peut faire douter de son caractère de management sauf si on n'en retient que l'idée qu'il s'agit de « faire faire » [3], sans l'appui du lien hiérarchique.

La coordination serait donc « une posture », en rupture avec les rapports hiérarchiques, mais un management tout de même. Ce management a quelque chose du « management du projet », mais il est permanent. Il relève sans doute du « management d'équipe », mais il se situe à l'articulation du pilotage et du pouvoir hiérarchique (Lemonnier, 2015). Il a certainement contribué à promouvoir dans le discours managérial l'idée « d'intelligence collective » (Gomez, 2016). Cette posture pourrait se condenser en ces termes : ayant fondamentalement une fonction de coordination, ce manageur « transverse » est le garant, dans la durée, de l'action juste des personnes ou des instances extérieures partageant la charge d'un produit particulier. Elle est juste parce que le manageur mobilise les bonnes ressources et les normes adaptées pour parvenir à la réalisation des objectifs de l'équipe ; elle est juste également parce qu'elle est en phase avec les besoins et les intérêts du bénéficiaire du service (Grosstephan et Lémonie, 2023).

La coordination dans le travail social

La coordination est une préoccupation déjà relativement ancienne dans l'action sociale puisqu'elle apparaît dans l'après-guerre 1914-18, mais au niveau des départements. Même si cette échelle reste importante aujourd'hui, la coordination dont il sera surtout question, et justifiant ainsi son inscription dans une problématique de management, concerne la coordination interne aux établissements sociaux dont le développement date plutôt des années 2000, notamment à l'occasion du vote d'un texte de loi assez décisif.

Une vieille histoire réactualisée aux débuts des années 2000

Afin de saisir la portée de ce nouveau besoin qui a fini par générer la fonction de coordination, il faut croiser l'histoire des politiques sociales (Löchen, 2013) depuis le début du XXème siècle et l'histoire plus récente du travail social. Cela fait apparaître un double mouvement, « vertical » et « horizontal » : du niveau central de l'État au niveau local des institutions et des services dans les territoires, d'un côté, une dynamique issue du terrain entre individualisation du service et développement partenarial, de l'autre.

Dès le début du XXe siècle, est affirmé « le besoin de coordination des efforts publics et privés » (P. Strauss, ministre de la santé en 1923, cité par Garcette, 2008, p. 46) dans la lutte contre la tuberculose. Le ministre ajoute que, « faute d'une action méthodique, risque de se produire le gaspillage des générosités et des dévouements » ; il convient donc « d'assurer la liaison la plus intime entre tous les services » (ibid, p. 47). En l'occurrence, cette fonction est prise en charge par des « comités départementaux » largement confortés par le gouvernement Blum en 1936. Ce qui importe ici est son apparition dans le champ du médico-social et la préoccupation clairement économique à laquelle la coordination doit répondre. À cet égard, le ministre de la santé de L. Blum, Henri Sellier, insiste sur « le défaut de coordination, éminemment préjudiciable au rendement technique et financier d'organismes qui (…) tirent leurs ressources des fonds publics » (ibid. p 48). Cela étant, jusqu'à la fin du siècle, le modèle administratif domine : la loi du 4 août 1950 ou le décret du 7 janvier 1959 restent centrés sur le « comité départemental ».

Ainsi, avec la prise en charge des pathologies de masse, la coordination de « parcours » va ouvrir le mouvement dans le médico-social, avec notamment la « coordination gérontologique » (Amyot, 2010). On y trouve alors à la manœuvre des médecins puis des soignants et aujourd'hui des assistants du service social. Cependant, le besoin de coordination qui émerge à la fin du XXème siècle est d'une autre nature (Jaeger, 2010) et sera formalisé dans les lois et décrets des années 2000. La coordination devient alors « un mot clé de l'action sociale » (Garcette, 2008).

Les coordinateurs dans le travail social, aujourd'hui [4]

Le besoin d'un nouveau mode de gestion du travail social

Pour comprendre le devenir actuel de la fonction de coordination dans le travail social, il convient d'abord de la situer dans l'apparition d'un nouveau besoin de management issu de la gestion des problématiques sociales “sur le terrain“. Au tournant du siècle, le besoin de coordination est intimement lié à l'émergence de l'idée de cohésion sociale [5], « nouveau paradigme de l'intervention sociale » (Fouret et al., 2013, p. 15). La cohésion sociale est une préoccupation qui émerge une fois la globalisation des économies européennes réalisée, à la fin des années 1990. Cela étant, elle s'inscrit dans une tendance historique plus longue : le processus « civilisationnel » de l'individuation (Elias, 1998) ; enfin, elle prend toute son importance avec la crise du lien social, nouvelle « question sociale » (Castel, 1995).

Analyser les visées des politiques dites de cohésion sociale, c'est un peu établir la feuille de route du coordinateur en travail social. Un premier constat est formulé : « les Français restent préoccupés par la question des inégalités et des discriminations » (Fouret et al., 2013, p. 9). Or, on a fini par comprendre que, pour se rapprocher de l'égalité, il faut éviter le service standard, il faut au contraire le différencier. Cependant, « la cohésion sociale n'est pas seulement menacée par la persistance des inégalités mais aussi par la persistance de facteurs divers : précarisation du travail, éclatement du modèle familial, prégnance des discriminations… » (ibid, p. 11). Ainsi, une politique de cohésion sociale doit d'abord « poser la question du territoire pertinent d'intervention permettant un maillage fin de la prise en compte des besoins, une bonne organisation des ressources et une synergie entre les acteurs en vue de répondre aux situations de rupture sociale » (ibid., p. 13). L'action publique en matière sociale doit alors se déployer de manière transversale, territorialisée et ciblée : transversale car « les risques sociaux sont cumulatifs et appellent des réponses coordonnées » ; territorialisée car il faut prendre acte de la décentralisation et « mettre en place une véritable gestion de proximité » ; ciblée, car « les problématiques peuvent différer selon les caractéristiques des publics » (ibid., p. 14). Enfin, « les attentes des individus eux-mêmes se sont modifiées (…) vers une exigence de reconnaissance et de dignité » (ibid., p. 15). Il convient donc de « prendre en compte l'évolution des capacités de l'individu, associer davantage aux processus qui l'affectent et lui octroyer davantage de pouvoir sur son environnement » (ibid.). Cela implique une « logique de parcours » pour les usagers (cf. encadré), censée pouvoir construire un cheminement vers l'autonomie, mais surtout une attention particulière à leur demande.

- Les poids de nouvelles législations

La « loi n°2002-2 du 2 janvier 2002 rénovant l'action sociale et médico-sociale » fait explicitement mention de la « cohésion sociale » et relève les « sept séries de droits » de « l'usager citoyen » dont « le libre choix entre les prestations adaptées qui lui sont offertes, (…) un accompagnement individualisé de qualité, (…) (sa) participation directe à la conception et à la mise en œuvre du projet d'accueil et d'accompagnement qui le concerne ». Cette loi est renforcée par celle du 11 février 2005 instituant « le projet personnalisé d'autonomie ». Ce n'est pas un vain mot ou une expression marquée par l'air du temps : elle veut affirmer l'intention politique d'inverser la relation de service. Il s'agit de passer de la prise en charge et du traitement d'un problème local selon des démarches instituées, à la production d'un service en rapport à une demande singulière afin d'en tirer un projet d'action co-construit avec l'usager (et, si nécessaire, sa famille). Pour les travailleurs sociaux, cela implique à la fois une attention au terrain, une capacité réflexive et surtout l'inscription dans une démarche coordonnée d'intervention (Bouquet, 2006). Ce que certains ont appelé la « disciplinarisation du travail social » (Rullac, 2016).

Du besoin de coordination au besoin de coordinateur

À la faveur de l'entrée des économies occidentales dans la globalisation, les pouvoirs publics s'orientent vers la définition politique d'une « contrainte budgétaire » : instauration de « l'austérité », réduction des financements publics, introduction de la pratique des appels d'offre, développement des procédures de certification discriminant les bénéficiaires de financements socialisés (formation, aide sociale, travail social), recherche d'une plus grande efficience des services publics. C'est le développement de ces « quasi-marchés » (Nyssens, 2015) qui a abouti à distancier les chefs de service vis-à-vis du terrain ; ils doivent se concentrer sur la gestion des ressources, notamment humaines, et le relevé des indices d'efficience des services. Cet éloignement a créé ainsi un besoin de coordination au niveau du terrain, l'horizontal.

Si la coordination « par le haut » reste d'actualité et constitue le mode de mise en œuvre dominant des politiques sociales au niveau départemental, la coordination qui nous occupe est celle qui fonctionne « par le bas ». La coordination est proprement une logique d'action, concept forgé « pour rendre compte de la diversité des interprétations possibles des phénomènes observés ; (…) de plus, c'est une manière de définir le sens qu'un acteur donne à son action » (Bernoux, 2012, p. 117). Le sens vient toujours d'un croisement entre l'axe de l'ancrage dans une situation, elle-même dans un contexte, et l'axe du devenir, tendu entre le passé et la généalogie qu'il trace jusqu'à l'à-venir, les perspectives qu'il ouvre au sujet et, simultanément, le porte (Mailliot, 2013). C'est donc un double mouvement, croisant lui-même l'individuel et le collectif (comme ressource d'interactions et de relations, et comme possibles appartenances), articulant du court et du plus long terme (de l'urgence, du réactif, de l'adaptatif, et du construit). Ce que cela signifie au fond, c'est que les personnes visées par l'action sociale sont jugées « vulnérables », y compris vis-à-vis des institutions occupées à « les prendre en charge » : elles les empêchent, soit d'accéder une certaine autonomie, soit d'exercer la plénitude de leurs droits ; c'est typiquement le cas du « non-recours » (Warin, 2017).

Un dossier récent sur la coordination des Cahiers de l'Actif s'intitule opportunément : « la coordination : une fonction à géométrie variable au service des logiques de parcours » (2018). Même si la coordination se décline également en coordination d'équipe ou de projet, c'est la coordination de parcours qui est première et reste l'horizon de toutes les coordinations. Lorsque les travailleurs sociaux ont à « traiter » des cas individuels à travers un « projet individualisé », l'objectif est de remettre la personne en mouvement, de l'inscrire dans un parcours : différents partenaires et services sont à coordonner. Avec l'expression de parcours, apparaît également celle de territoire, déjà relevée, expression récurrente dans le champ des politiques sociales voulant signifier la définition d'espaces d'intervention à la fois géographiques et professionnels (Bouquet, 2007).

En ce sens, l'activité de coordination n'est possible que si elle vise simultanément la collaboration voire la coopération. « La coordination est une obligation fonctionnelle liée à des enjeux de pouvoir : elle résulte de l'obligation morale et politique de la coopération » (…) Elle répond à une demande de prise en compte de la complexité et de la pluralité des besoins des personnes en difficulté » (Jaeger, 2010, p. 16). « Il ne peut s'agir simplement de transposer sur le terrain des directives publiques, mais d'apprendre à travailler en commun au sein d'un ensemble disparate de missions, d'objectifs, d'ambitions, de représentations des acteurs, d'organisations et de professionnels, ensemble mû par des forces individuelles ou institutionnelles qui se contrarient » (Amyot, 2010, p. 35).

Ceci implique une démarche de professionnalisation et une personnalisation. « La confiance à la base de la professionnalisation d'une activité et du groupe professionnel qui la déploie repose sur trois piliers : la légitimité pratique et/ou éthique de cette activité, l'excellence et la validité des référents déontologiques » (Aballea, 2013, p. 18). Cela appelle une formation spécifique, reconnue et ancrée. La personnalisation de la fonction qui, ailleurs, est distribuée spontanément entre les acteurs, internes et externes à l'organisation, parait alors s'imposer. Elle semble liée au caractère politique de la fonction, particulièrement dans le travail social :
la personnalisation s'impose pour faire travailler ensemble des acteurs qui, ayant la même finalité d'action, n'ont, ni les mêmes intérêts, ni le même point de vue ;
elle est demandée également pour articuler étroitement, et dans la durée, l'activité de professionnels attachés à la réalisation de projets personnalisés, inscrits dans une institution ;
elle est exigée pour assurer l'articulation effective de l'action « horizontale » et le rapport hiérarchique, « vertical », de l'institution.

Ces éléments devront être clarifiés par notre enquête.

Un contexte local : une formation continue de coordinateur en travail social

Notre enquête est attachée intimement à la création d'une formation diplômante concernant la coordination en travail social. Dès son origine, compte tenu des enjeux identifiés, nous nous sommes inscrits dans une démarche de recherche-formation.

La conception et l'organisation d'une formation : la possibilité d'une recherche-formation

En 2014, a été mise en place une formation, un diplôme universitaire, de « coordinateur en travail social et médico-social », en collaboration entre l'Université, son département des sciences de l'éducation et de la formation, et l'IRTS [6] de la région. Dès le départ, en cohérence avec cette double tutelle mais plus encore avec son objet, cette action a été conçue comme une recherche-formation. En effet, la coordination était, à cette date, et est restée jusqu'à aujourd'hui une activité « à géométrie variable » et « en mal de reconnaissance », deux formules récurrentes dans la littérature professionnelle et savante la concernant. Dans cette perspective, former des coordinateurs, professionnels ayant déjà une expérience significative, doit passer par les voies du questionnement et de la recherche.

Modalité particulière de recherche-action (Bergeron, 2014), la démarche de recherche-formation combine « recherche de terrain à visée académique, réflexion sur la pratique, innovation pédagogique et formation diplômée » (Paillé, 1994, p. 215). Elle comporte deux caractéristiques principales, deux principes d'action :
une forte correspondance de la démarche de formation avec les modèles de la démarche de recherche, autour du triptyque problématisation – conceptualisation – formalisation ;
un mode d'engagement conjoint des professionnels étudiants et du chercheur dans l'action : les premiers avec leur expérience et la volonté de l'interroger pour la faire évoluer ; le second avec le projet de générer des connaissances afin de rendre plus intelligibles, et mieux adaptées, les interventions développées dans ce champ.

Le cadre et la démarche de cette recherche-formation

Afin d'actualiser et d'enrichir ce travail de problématisation et de conceptualisation, nous avons développé une démarche d'enquête visant conjointement la professionnalisation des stagiaires, professionnels expérimentés du travail social, et la production de résultats en termes de connaissances, dans le champ des sciences de l'éducation et de la formation. Cette formation annuelle est conçue et mise en œuvre autour de la réalisation d'une monographie individuelle, elle-même nourrie par une démarche de problématisation de son expérience professionnelle par les étudiants-stagiaires.

Il s'agit, dans le cadre d'une formation professionnelle pour adultes, de mettre des professionnels dans une démarche de questionnement empruntant à la démarche de la recherche dans le champ de l'activité (Barbier, 2013) ; ils ont la volonté de pousser la problématisation jusqu'à la formation de compétences nouvelles dans leur travail. En écart à cette action, le chercheur analyse à la fois les modes d'implication de ceux-ci dans la démarche de questionnement et les effets que cela produit sur leurs points de vue et leurs conceptions de leur activité. Les professionnels-étudiants sont informés de cette activité d'observation. La construction de la monographie est bien sûr accompagnée par des apports conceptuels et expérientiels, et des débats organisés à partir des questions apportées par les étudiants-stagiaires.

Parmi les stagiaires, la plupart sont aujourd'hui en fonction de coordination, mais selon des statuts et des modes de reconnaissance différents ; certains visent la création de cette fonction, d'autres, plutôt marginaux (1 ou 2 par an sur des promotions qui vont de 15 à 20 dans les années récentes) se forment en vue de trouver un emploi dans ce domaine. La formation étant en cours de certification, elle est essentiellement financée par les structures, par le plan de développement des compétences ; ceci suppose que les étudiants-stagiaires ont l'appui de leur direction, ce qui n'est pas anodin.

La démarche d'enquête mise en œuvre

Il va de soi que ce matériau a été l'objet d'un traitement particulier compte tenu de l'orientation thématique de cette contribution. Il avait subi un tout autre traitement pour une précédente publication (Triby, 2022).

Les idées directrices de notre enquête

Idée directrice 1. Issue des politiques sociales en vigueur depuis le début du siècle en France, l'activité de coordination consiste à transposer dans les situations de travail avec les usagers les exigences d'organisation et d'efficience formulées à l'échelle macro-sociale et politique. Bien que ne s'inscrivant pas dans une relation hiérarchique, le coordinateur doit chercher à exercer une influence sur le travail des professionnels de l'équipe. L'exercice de cette fonction implique à la fois la mobilisation de savoirs et de points de vue divers ; il est au cœur d'enjeux organisationnels et relationnels qui, forcément, le dépassent.

Idée directrice 2. La coordination peut être assimilée au « management transversal », avec ses potentialités mais également ses limites. Le coordinateur fonctionne dans l'horizontalité des relations de travail entre les professionnels et les publics dont il cherche à améliorer l'efficacité de la coopération. Il est contraint d'articuler son activité à celle du chef de service au sein d'une aire de compétences partagée, donc susceptible de contestations.

Ces idées directrices pour le traitement des données sont largement inspirées de théories de l'activité (Mayen, 2012 ; Schwartz, 2021) :
l'activité fonctionne à travers la mobilisation et la réduction toujours provisoire de tensions, voire de contradictions, entre l'individuel et le collectif, l'usager et le professionnel… Chaque tension est susceptible de s'articuler à une autre à travers le mode de démarche mise en œuvre (plus ou moins collaboratif), le type d'instrument mobilisé, l'objectif évaluable visé, etc.
le travail de coordination se nourrit de la subjectivation de professionnels du travail social contraints de créer des situations et des instruments intellectuels et opérationnels pour donner corps à leur fonction ; ce travail tend à construire les conditions de développement de cette forme de management, tant en termes sociocognitifs que politiques.

Matériau et méthodologie de l'enquête

Le matériau de l'enquête ici présentée est constitué en fait de trois éléments : l'élément principal sont les monographies rédigées depuis la création de la formation (de 25 à 35 pages, hors annexes) ; c'est aujourd'hui la huitième promotion, ce qui équivaut à une cinquantaine de monographies recensées et enregistrées dans leur mouture finale. À cela s'ajoutent des traces des séances d'accompagnement à l'élaboration des monographies ainsi que l'organisation des débats lors des séances de formation. Pour ces deux dernières sources de matériaux, il s'agit davantage d'éléments réunis a posteriori que de données à proprement parler ; elles n'ont pas le même poids dans l'analyse.

Les monographies comportent trois types de données analysables :
des informations sur la mise en œuvre concrète de la coordination en contexte, entre intentions et résistances du terrain : ce sont des faits matériels mais également des informations sur les fiches de poste, les organigrammes, les salaires, et l'analyse critique que leurs auteurs en font… Cela nourrit à la fois la problématisation et la conceptualisation, et oriente bien évidemment l'enquête des étudiants ;
des données d'enquête réalisée par les professionnels-étudiants auprès de leurs collègues, y compris la hiérarchie des établissements, plus rarement auprès des usagers ou des partenaires extérieurs ; il s'agit principalement de comptes-rendus d'entretiens. Cela permet aux auteurs de se construire un point de vue personnel et professionnel ;
des « préconisations » et des plans d'action conçus par les professionnels-étudiants. Le principe de cette étape opérationnelle est de pouvoir développer la représentation de leur pouvoir d'agir, dans l'aire potentielle d'intervention d'un coordinateur.

Le traitement de ces données – saisie des informations et des analyses, collecte de verbatims d'enquête, description du plan d'action – est réalisé par une démarche assez classique d'analyse de contenu thématique, elle-même structurée par les deux idées directrices.

Résultats de l'enquête

Les résultats d'une recherche-formation sont forcément marqués par le cheminement de la formation sur près de dix ans et l'implication du chercheur dans cette formation. La structuration des résultats reprend les orientations de nos idées directrices.

La réalité de l'activité des coordinateurs

Que font les coordinateurs ? De quoi la coordination est-elle le nom dans les institutions du social ? L'analyse de notre matériau d'enquête apporte quelques pistes de compréhension.

La création du poste

Même s'il reste des institutions sans coordinateur parmi celles qui sont représentées dans la formation, c'est de plus en plus rare aujourd'hui. La raison invoquée pour la création d'un poste de coordinateur est plus souvent la surcharge de travail du chef de service que le choix politique de créer un emploi qui, du fait de l'évolution des missions dans le travail social, pourrait s'avérer judicieux. Trop souvent encore, il reste des cas de postes créés à la place de la création d'un poste de chef de service. L'argument financier (le coût respectif des deux postes) n'est pourtant jamais invoqué par les directions.

À parts à peu près égales, on trouve des coordinateurs à temps complet ou à temps incomplet : à mi-temps, voire à temps très partiel (un jour par semaine). L'autre mi-temps est un poste de travailleur social (TS) [7], sauf dans deux cas : une secrétaire et une chargée de communication. L'initiative de la création revient majoritairement aux directions, mais il arrive que ce soit un TS qui pousse à cette création (et a demandé, dans ce but, à suivre la formation).

La définition des tâches n'est pas toujours clairement établie. La plupart des établissements ne disposent pas de fiche sur ce poste et se réfèrent à des documents externes pour exposer leurs attentes. Avant leur entrée en fonction, les coordinateurs ont en général une ancienneté significative dans leur établissement. Ils bénéficient tous d'un surcroit de rémunération. Les établissements privilégient volontiers la promotion – si l'on peut dire pour une fonction non hiérarchique – en revanche, les données sont plus floues sur les critères de choix des personnes promues : un professionnel confirmé, ayant fait ses preuves, ou une personne identifiée pour ces dispositions apparentes pour la fonction ? Cela pose deux questions : quelles sont les compétences effectivement attendues ? Plutôt des compétences professionnelles dans le travail social ou plutôt des compétences en management ? Ceci est loin d'être anodin au regard de la manière dont la fonction sera effectivement occupée. Quel peut être l'effet du choix de promouvoir un membre de l'équipe sur le fonctionnement même de cette équipe ? C'est une question ancienne dans les organisations industrielles [8] qui comporte à la fois des enjeux professionnels (identité) et des enjeux proprement économiques (efficacité).

Les potentialités de la fonction

Un coordinateur renvoie sa fonction à un « développement généralisé de l'horizontalité des rapports, en tout cas plus horizontal qu'à une certaine époque » (50) [9]. L'efficience de la fonction serait ainsi liée à un phénomène social beaucoup plus vaste dont la coordination ne constituerait qu'une déclinaison locale.

Un coordinateur travaillant au 115 (accueil d'urgence) cherche, dans l'exercice de sa fonction, à « participer à la fluidité des parcours (et donc des dispositifs) du public afin de l'optimiser (dans l'intérêt statistiques/financement) de tout le monde » (29) ; ce qui est l'expression même de l'horizontalité dans une « société liquide » (Z. Bauman). Ce professionnel précise que c'est dans l'intérêt de l'usager, mais aussi dans « l'intérêt statistique » en lien aux attentes « des financeurs et des politiques ». Un autre se voit plutôt « comme un sujet porteur d'un ensemble de ressources mobilisables autour d'une vision partagée » (34). Il s'agit alors « de créer les conditions de la motivation » des membres de l'équipe : on touche là la dimension managériale mais peut-être plus encore à l'accompagnement, tellement nécessaire dans nos sociétés d'individus (Paul, 2021). À ce propos, une coordinatrice informe qu'elle a l'habitude d'aller sur le terrain en binôme avec un membre de l'équipe ; elle relève que ce sont « des occasions d'échanges et de confidences : moment de doute, perte de sens, fatigue, colère » (49). Un autre coordinateur pense que la fonction permet « d'améliorer le repérage et la remontée des besoins » (42). Ceci se situe dans la ligne des préconisations des lois de 2002 et 2005, et, de façon plus générale, dans le cadre des actions qui visent à « remettre l'usager au centre » des politiques sociales et conforte la fonction.

Plus simplement, une assistante sociale dans le champ professionnel du grand âge et de la dépendance rappelle les fondamentaux de la fonction : celle-ci l'aurait « amenée à (s)'interroger sur le rôle de la coordination comme levier médico-social dans la prise en charge sanitaire de la personne âgée. Et par conséquent, sur la place du coordinateur pour impulser cette dynamique » (11). Cela renvoie aux sources historiques de la coordination dans le secteur médico-social, sachant qu'aujourd'hui, hormis la Covid-19, ce sont moins les épidémies que le vieillissement de la population et le développement de pathologies diminuant l'autonomie possible des personnes qui sont en cause : ils semblent exiger ce format d'action par le parcours qui recouvre moins l'idée d'un cheminement maitrisé, toujours très aléatoire en la matière, qu'une meilleure répartition de la prise en charge entre différents partenaires. L'offre d'action sociale se disperse sur le territoire, il convient donc de la coordonner.

Les difficultés rencontrées par la mise en œuvre de la coordination

Malgré ces potentialités peu contestées dans les monographies analysées, des difficultés significatives apparaissent pourtant, parfois de façon récurrente. Elles concernent notamment la reconnaissance des tâches liées à ce poste et le fonctionnement effectif de la coordination. En rapport à la reconnaissance des tâches, deux cas de figure apparaissent dans certaines monographies :
le transfert des tâches administratives. Puisque le coordinateur est payé pour pouvoir passer plus de temps dans son bureau, les TS lui réservent tout un ensemble de tâches, de nature plutôt « administrative » : gestion des plannings, rédaction et diffusion des écrits professionnels, rédaction des comptes-rendus de réunions d'équipe, renseignement des documents de suivi de l'activité, etc. Le coordinateur se présente davantage comme un assistant du chef de service qu'un tenant d'un pouvoir organisateur ; c'est ainsi au moins que l'interprètent les professionnels concernés dans leurs monographies ;
la perte d'une certaine légitimité sur le terrain. Ce constat n'est pas majoritaire mais apparaît de façon suffisamment fréquente dans les monographies (presqu'une vingtaine de fois) pour être relevé ; cette évolution est généralement regrettée par les auteurs qui la constatent. Dans un verbatim collecté par un étudiant, un éducateur s'écrie, parlant de « son » coordinateur : « de toutes façons, Yannick n'est plus dans le groupe ! (…) il est moins impliqué qu'avant » (26). Il n'est plus vraiment « travailleur social », professionnel qui co-construit son activité avec les usagers. C'est le principe des « cadres de proximité » dans les services hospitaliers, laissant entendre qu'une certaine distance aux actes professionnels est nécessaire pour coordonner l'activité des soignants. Il est ainsi reproduit dans le secteur social et médico-social. La coordination pourrait s'accommoder d'une certaine abstraction pour se réaliser, tout en ayant besoin d'une personne désignée pour la prendre en charge.

Concernant le fonctionnement effectif de la coordination, il y a d'abord ce « manque de temps » régulièrement relevé (avec des formulations variées mais convergentes), particulièrement pour les professionnels à mi-temps ou à temps très partiel dans cette fonction : « à ce jour, ma plus grande difficulté est le manque de temps en raison de ma double activité et la rationalisation de mon travail. Cependant, il est primordial pour moi et la crédibilité de la fonction de mener à terme les projets engagés » (38). Cette citation montre combien l'invocation de ce manque est révélatrice d'un défaut de l'organisation du travail au regard de ce que les professionnels portent comme conceptions de leur métier et du « travail bien fait » (Clot, 2013), bien plus que d'un défaut absolu de temps disponible : une tension entre l'idéal de l'activité et ce que l'organisation autorise pratiquement. Un autre élément de la pratique de la coordination dans cette situation rencontrée à plusieurs reprises par un coordinateur : la question de « la prise de décision en situation d'urgence » (50) (une décision d'hébergement pour un « sans papier », par exemple). Le coordinateur en question est surpris par le fait que ses collègues de l'équipe lui demandent parfois de prendre la décision et de l'expliquer à la personne, alors que cela fait partie intégrante de leur responsabilité. Dans un entretien de suivi de monographie, ce coordinateur (qui a 30 ans de métier mais deux années dans cette fonction) s'interroge sur le fait que cela pourrait être lié à un phénomène générationnel chez les TS plus jeunes. Plus sûrement, cela semble lié à une évolution de la conception de sa responsabilité dans une société aux liens sociaux fragilisés et à une précarisation des ressources disponibles.

Les actions préconisées en tant que coordinateur

Deux grandes orientations, assez complémentaires, sont proposées pour répondre le plus spécifiquement possible à ces difficultés : l'une concerne la communication, l'autre concerne le suivi des projets et de l'activité de l'équipe.

Pour la communication, les « solutions » préconisées par certains professionnels étudiants concernent notamment les comptes-rendus des réunions d'équipe, qui doivent être particulièrement soignés afin de constituer des aides efficaces pour le travail individuel et collectif ; cela semble un peu dérisoire sinon vain, pourtant la possibilité de disposer d'un écrit permet de partager une certain conception de ses missions : la recherche de référents langagiers et sémantiques communs peuvent améliorer le sentiment d'un agir commun. D'autres préconisent de « formaliser davantage les temps de transmission au moment des changements d'équipe » (32). Dans une logique de « récit d'expérience » mis en commun autant que de continuité du service, c'est une autre intelligibilité de son travail qui peut être à l'œuvre.

Pour le suivi des projets, outre la communication, de nombreux étudiants sont tentés par « l'élaboration d'outils de suivi et d'évaluation des projets » (4, 23, 27, 32, 35). Assumant à leur insu les attendus du « public management », ces professionnels sont surtout préoccupés de rendre plus visible le projet en train de se réaliser, ce qui pourrait donner aux membres de leur équipe le sentiment d'une plus grande maitrise de leur activité. Cependant, d'autres ont déjà tenté l'expérience : « j'ai proposé un outil d'évaluation des projets personnalisés, parce que je pense qu'il est important de se rendre compte de ce qu'on a fait. Pour l'instant, mes collègues s'en servent trop peu » (26). Les expérimentateurs éprouvés invoquent « la surcharge de tâches administratives » (17, 26) à laquelle sont déjà confrontés leurs collègues, ce qui laisse entendre combien une évaluation formalisée sert davantage à l'administration qu'à l'action. D'autres évoquent plutôt une « réticence » (23) ou une « résistance viscérale » (25) à l'évaluation dans ce milieu professionnel, rejoignant alors des réflexions sur la « déprofessionnalisation » du travail social et éducatif (Aballéa, Dubet).

Aux termes de son étude historique, C. Garcette conclut : « finalement, la coordination ne se décrète pas, elle se construit » (2008, p. 54). Cette construction se situe au croisement des modes d'intégration du coordinateur dans son équipe et d'appropriation de ses tâches, d'un côté, des orientations organisationnelles des directions d'établissement, d'autre part. La place dévolue au coordinateur parait centrale : sa définition explicite et partagée, la spécificité réelle de ses tâches, les conditions d'exercice de sa fonction.

Le fonctionnement effectif du management transversal

Quelle est la réalité de ce management transversal ? L'horizontalité du pouvoir a-t-elle un sens ? Notre enquête apporte quelques réponses.

L'identité du manager « transversal »

Le rapport au terrain paraît ici décisif pour définir la place de ce nouveau manager : rapport au travail des TS « sur le terrain » et rapport avec les usagers. La directrice d'un établissement interrogée par un de ses coordinateurs et étudiant dans la formation, l'affirme tout de go : « coordinateur, c'est une nouvelle fonction (…) pour ne pas qu'on perde le terrain » (50). Une coordinatrice fait écho à cette position tranchée : « mon rôle de proximité et d'interlocuteur à travers la coordination les a rassurés » (33). Une assistante sociale stagiaire précise : « je pense que le fonctionnement horizontal permet une certaine neutralité avec l'équipe entière. Le fait de ne pas avoir de lien hiérarchique favorise la communication avec les coordinateurs » (50) ; elle invoque la neutralité pour qualifier la posture du coordinateur, précisant que, pour l'équipe, « l'absence de lien de subordination permet des liens plus importants avec les coordos » ; elle y trouve « une approche différente de celles des membres de l'équipe ».

Largement discutée dans la formation, la possibilité de formuler un point de vue, à la fois mode de compréhension et d'implication, est apparue essentielle ; un point de vue différent de celui de la hiérarchie mais aussi des membres de l'équipe, pour exprimer l'activité que suppose une telle prise de position. Le coordinateur est résolument du côté du savoir plus que du pouvoir ; en ce sens, il serait activateur de « l'intelligence collective » (Lemonnier, 2015), si cette expression a un sens. Dans le contenu des monographies, les professionnels montrent l'importance de cette « position médiatrice » (36) mais aussi la complexité qu'il y a à débattre et prendre des décisions à ce « niveau horizontal » (46). Un assistante sociale interrogée lors d'une enquête conclut pourtant : « ce fonctionnement prouve qu'on peut travailler en toute intelligence et de manière efficace sans lien hiérarchique, tout en prenant des décisions quand c'est nécessaire, en se consultant d'égal à égal » (47).

Les rapports avec la hiérarchie

Ces rapports articulent les liens de la hiérarchie avec le terrain et les liens du terrain, particulièrement les équipes, avec cette hiérarchie. L'enjeu, pour le coordinateur, est de constituer le point d'articulation de ces rapports littéralement opposés. Une cheffe de service interrogée constate : « le fait d'avoir un coordinateur bouscule quand même l'organisation dans le sens où le chef de service perd une partie de sa proximité à la fois avec les équipes et avec le public » (48). Un psychologue interviewé dans une monographie dit que « la distribution des missions remet les chefs de service sur des tâches plus administratives parce qu'il y a des exigences de traçabilité, plus de comptes à rendre » (50). Ceci pourrait laisser entendre que l'apparition des coordinateurs a séparé les chefs de service du terrain. Alors que c'est historiquement l'inverse qui s'est passé : c'est parce que les chefs de service avaient perdu leur « proximité » qu'il a fallu introduire des coordinateurs. Il est intéressant de voir qu'aujourd'hui, ce soit une lecture inversée qui en est faite ; cela semble montrer l'institutionnalisation de la fonction et de la place des coordinateurs, et la reconnaissance implicite que le besoin social réel qui fonde la mission des TS est du côté du « terrain », plutôt que ce qu'en font et disent les politiques. La position des chefs de service autant que des coordinateurs est révélatrice de cette tension, de ce « malaise » dans le travail social.

Certains chefs de service refusent cette coupure par rapport au terrain, ils « ne veulent pas lâcher ce côté-là, le terrain, l'éducatif » (48). Une coordinatrice interrogée relève : « la cheffe de service parle d'amertume de devoir quitter le terrain (…), il y a toute une vie du service qu'elle n'a plus » (50). Une autre coordinatrice précise qu'il y a pour eux (les cadres) une « perte de gestes techniques » (48). Un psychologue explique ainsi la situation : « le fait de travailler ensemble avec l'équipe, de travailler avec du bon sens, c'est manager par les valeurs. Ce qu'un chef de service ne peut plus forcément beaucoup faire car il a des obligations administratives de reporting qui souvent bousculent ses valeurs » (50). Une assistance sociale renchérit : « on voit de plus en plus de cadres dans des conflits de valeurs. Vous (les coordinateurs) managez avec toutes vos valeurs » (36). C'est bien en ce sens qu'il faut comprendre la position dite « intermédiaire » des chefs de service, à l'instar des manageurs et anciens contremaitres dans les organisations marchandes. Ces conflits de valeurs, très fréquemment relevés dans les monographies, n'ont rien de théorique : ils correspondent à des manières pratiques et alternatives d'orienter ses choix, de prendre des décisions, d'écouter les demandes des usagers.

C'est le rôle des manageurs, hiérarchiques ou non, de gérer ces conflits de valeurs ; mais, dans une position verticale, on encadre le lien, dans l'autre (horizontale), on construit le lien. Ce que résume d'une certaine façon ce coordinateur : « ces habitudes régulières de travail de terrain, bras dessus bras dessous, facilitent la construction d'un lien un peu plus solide au détriment de la cheffe de service. Il faut alors penser à ne pas marcher dans les plates-bandes des cadres, savoir qui fait quoi entre les coordinateurs et les chefs de service et savoir en référer au niveau en supérieur en cas de complication » (47).

La directrice déjà citée plus haut tranche dans ce sens : « l'organisation verticale a un rôle hiérarchique, très RH. (…) L'horizontalité est sur la mission, le métier » (50). Ce qui ne simplifie pas les choses. Elle ajoute, dans une visée sans doute consensuelle : « ces deux organisations ne s'opposent pas, elles sont complémentaires ». La formule a le mérite d'affirmer le bien-fondé de cette dualité managériale ; elle énonce également le caractère forcément problématique de la position des coordinateurs.

Les actions préconisées pour agir sur le management lui-même

Malgré le souci de permettre le déploiement du problème de l'activité de coordinateur, une consigne de la monographie concernant les plans d'action était de circonscrire le champ des préconisations à ce qui pouvait effectivement relever du pouvoir d'agir d'un coordinateur. Ceci exige de se limiter au niveau micro des situations, de s'inscrire dans les réseaux d'interaction impliquant le coordinateur, de s'intéresser avant tout à ce qui définit les buts des actions de l'équipe. Dans cette perspective, deux types d'action méritent particulièrement d'être relevées dans les propositions des professionnels étudiants.

Le travail sur l'explicitation de la fonction et la place du coordinateur. Cela concerne la définition de la fonction et les modalités de sa mise en actes : cela renvoie pratiquement au travail sur la fiche de poste, pour la reformuler ou la préciser quand elle existe, pour la construire et la renseigner quand elle reste à élaborer. Ensuite, cela suppose le partage des conceptions et des attendus de la fonction avec l'équipe ; il s'agit bien sûr de la mettre en débats avec les collègues et d'autoriser l'affirmation d'un point de vue de la part du coordinateur, dans le cadre d'une rencontre à laquelle participe le chef de service. Embrassant toutes les composantes du « travail de management » (Hubault, 2013), les préconisations des monographies varient beaucoup sur cette thématique, entre celles qui privilégient plutôt la construction du lien dans l'équipe, celles qui sont plutôt orientée vers l'importance de l'écoute de la demande des usagers, ou celles encore centrées sur l'interface avec la direction de l'établissement. Enfin, une visée plus formelle et normative est énoncée : la révision de l'organigramme et la participation du coordinateur dans les instances de régulation des établissement. Le formalisme propre à l'organigramme est mal adapté à représenter « la réalité des rapports de pouvoir dans leur totalité » (Morin, 1985, p. 12) ; dans le cas du coordinateur, c'est particulièrement juste et c'est sans doute pourquoi les auteurs de monographie qui abordent cet objet préconisent surtout que cette fonction soit discutée au moyen de l'organigramme, même s'il est impossible et porteur de confusions de vouloir produire un organigramme qui présenterait le coordinateur à sa juste place…

L'instauration de la réunion de coordination. La référence à la réunion comme moyen de renforcer la coordination ne va pas de soi tant il semble acquis pour beaucoup de ces professionnels comme de leurs collègues qu'une réunion, c'est souvent du temps un peu perdu, on s'y ennuie et, finalement, cela n'est pas très utile à l'activité. Quand elles abordent cet objet (pour près de la moitié d'entre elles), les monographies n'utilisent pas forcément cette appellation : réunion de coordination. C'est pourtant de cela qu'il s'agit lorsque, dans l'une d'entre elles, son autrice semble découvrir cette (fausse) évidence : « en fait, les réunions d'équipe, ça devrait être fait pour poser les problèmes » (24). Les problèmes, ce ne sont pas simplement les dysfonctionnements ou les tensions dans l'équipe ; c'est ce qui empêche et perturbe l'activité, et la possibilité d'en tirer un surcroit de pouvoir d'agir.

Le modèle de la réunion de coordination a été développé notamment par Gagneur et Mayen pour « favoriser l'instauration de la coordination de l'activité collective » (2010, p. 70). Il paraît assez fidèlement condenser les intentions que les professionnels étudiants indiquent dans leurs monographies et les discussions qui précèdent. Trois principes orientent le fonctionnement de cette réunion : « le principe de l'interaction conversationnelle à propos d'une situation réelle » (ibid., p. 71) ; la visée d'explicitation et de mise en discussion des buts, des manières de faire, le fonctionnement observable de la collaboration, des occurrences de l'inattendu ; les conversations portent toutes sur l'activité et les conditions de l'activité, dans la perspective de « la régulation du changement » (ibid.).

C'est comprendre la nature profonde de la coordination que de faire du changement une sorte de norme de fonctionnement pour une équipe, et de la régulation des tensions et des conflits inévitables, une occasion d'inspirer ce changement. Non pas le « changement » auquel les salariés opposeraient une « résistance », aux dires des directions d'entreprise qui cherchent à l'instituer, mais le changement qui est consubstantiel à toute activité sociale en rapport à l'humain, toujours singulière, toujours mobile, particulièrement dans les contextes socio-institutionnels actuels. Ce changement n'est pas toujours visible ou perçu, mais constitue le mouvement naturel des choses. Ces « transformations silencieuses », cette « impermanence » (Jullien, 2009), ne sont visibles que si l'on s'interroge, collectivement, et si l'on est prêt à apporter des réponses ajustées à ce changement identifié. Les coordinateurs intéressés par cette orientation relèvent deux phénomènes en particulier :
à condition de les rechercher, il y a toujours un peu de nouveautés susceptibles de mettre en question des routines, donc il convient d'être prêt à intégrer de nouveaux modes d'interpréter et de faire, donc apprendre et faire évoluer sa compétence en situation ;
il y a toujours risque de différends voire de conflits, entre l'usager et le professionnels, le professionnel et les partenaires, entre les professionnels, donc besoin de « réajuster son point de vue » (45), la compréhension de son intérêt et sa conception du service à rendre, donc de l'apprentissage encore [10].

Reconnaissons tout de même que cette pratique de la réunion de coordination n'a été expérimentée que par deux professionnels de notre panel. S'ils relèvent, tous les deux, une certaine « fidélisation » (24, 36) à ces réunions d'équipe d'un genre particulier, cela ne suffit pas pour en confirmer, aujourd'hui, ni leur possibilité, ni leur bien-fondé. Celle-ci devra faire l'objet d'autres expérimentations.

Ces résultats et les préconisations que les professionnels en tirent confirment « les difficultés à travailler de manière collaborative à construire un espace de travail horizontal » (Grosstephan et al., 2023, p. 97), et donc le besoin de « soutenir les efforts des acteurs pour apprendre à reconcevoir leur travail de façon à dépasser la contradiction entre une division verticale du travail et les enjeux liés à une injonction au travail horizontal » (ibid.) C'est ce qui justifie la présence de coordinateurs dans le travail social. Si la notion de « management transversal » ne convainc pas toujours, en particulier les étudiants, c'est moins pour le paradoxe qu'elle contient, que pour l'espèce de paroxysme des tensions qu'il voudrait justement masquer par cette appellation (Gauffer, 2018).

Conclusion

Notre enquête a confirmé des analyses déjà formulées à propos de la coordination dans le travail social ; elle a surtout apporté la dimension du vécu et la diversité des points de vue dans une fonction qui reste problématique, tant pour son utilité que pour la légitimité de celles et ceux qui l'occupent. Le fonctionnement réel de la coordination est le symptôme d'un travail social en transition dans nos sociétés d'individus marquées par une nouvelle précarité, des vulnérabilités multiples et un désir un peu paradoxal d'inclusion à tout prix. Le coordonnateur est censé être l'accompagnateur des changements que cette transition dessine d'une manière un peu floue, indéterminée.

Finalement, ce management en travail social implique-t-il un développement des personnes, des personnes accompagnées comme les professionnels concernés ? Sans doute, si sa mise en œuvre effective autorise de plus grandes interactions partagées sur l'activité même des personnes comme des professionnels ; et si cette mise en œuvre passe par une véritable redéfinition des places dans les configurations sociales complexes au sein desquelles ils sont pris et cherchent à se défaire (Marin, 2022). En somme si elle parvient à se traduire par une vitalité nouvelle de la démocratie aujourd'hui (Dewey, 1916, 2022).

Vous avez dit : « usager » ?

Quand on s'intéresse aux activités de service, particulièrement aux services dits « publics », la dénomination de la personne « bénéficiaire » de ce service n'est pas vraiment stabilisée. L'appellation d'usager est courante, empruntant à un vocabulaire administratif qui s'impose souvent dans les interactions sociales. Le terme « usager » renvoie pourtant à deux idées ou connotations distinctes : quelqu'un – quelque chose, peut-être – de plutôt passif, d'une part, l'expression d'une relation unilatérale du professionnel qui produit le service à l'usager qui le « consomme », d'autre part. Nous savons pourtant que, en matière de service, le prétendu consommateur est nécessairement co-producteur du service, du fait même qu'il constitue la matière même de ce service ; en fait, sa production ne peut pas être dissociée de son usage. Avec ces préventions importantes et au risque de contrarier les chercheurs du domaine, nous privilégions malgré tout ce terme…

Ce que nous retenons, c'est le verbe (infinitif) substantivé, comme il est possible de parler du devenir, du penser. On ne postule pas un pouvoir d'agir particulier, mais l'activité qui consiste à mettre en usage les ressources et les normes propres à un dispositif, un instrument. Cette mise en usage comporte à la fois une dimension individuelle d'appropriation active de ces ressources et normes, et une dimension sociale de développement de « formes de vie » (Ferrarese et Laugier, 2018 ; Fassin, 2018) ; celles-ci forment un ensemble de pratiques et de modes d'action marqués par des croyances, des valeurs, mais également par des institutions ou des appartenances singulières. Substantiver un verbe infinitif, c'est la possibilité de ne pas lui faire perdre son sens actif. En l'occurrence, le sujet ne fait pas qu'utiliser des instruments, mobiliser certaines ressources. En usant de ce service, il affirme une place particulière, une forme d'engagement dans une activité, son activité, il donne corps à ces ressources, donne vie à ces normes et crée ce « rapport d'usage » avec les parties prenantes de l'action sociale (Janvier, 2018).

Dans cette optique, l'usager devient l'un des acteurs du service et de sa réalisation ; il concourt à définir, ou à redéfinir, la place et le mode d'engagement du professionnel attaché à ce service, et donc la relation qui le lie à l'usager. Le sens courant n'est pas masqué pour autant : nous n'oublions pas que cet usager est également le sujet des politiques publiques. Ce double positionnement a l'intérêt d'inscrire les personnes concernées dans « un rapport de politisation » : elles s'ancrent ainsi dans l'espace des politiques de protection sociale et leur « permet de mieux saisir la "portée politique" de leurs activités et leur situation » (Giraud, 2022, p. 183).

Cette conception du sujet des politiques sociales devient l'occasion de redéfinir la possibilité d'un management dans ce « rapport d'usage ». Celui-ci ne peut plus être l'objet d'un traitement institué. Il comporte une action conjointe du professionnel et de l'usager ; dans cette action, la part du professionnel doit être l'objet d'une attention, d'une organisation, d'un aménagement particuliers. Elle ne peut pas simplement découler de directives issues de la hiérarchie. Dans cette optique, le rôle du professionnel se défait d'une fonction d'encadrement ou de contrôle des pratiques et de justification de la politique pour devenir interpellation de cette mise en usage (Foucault, 2023, p. 307-324).

Bibliographie
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Auteur Emmanuel Triby

Université de Strasbourg, LISEC

Articles du même auteur
Le management : cet obscur objet de travail et de formation [Texte intégral]
Paru dans Éducation et socialisation, 68 | 2023
Éditorial [Texte intégral]
Paru dans Éducation et socialisation, 35 | 2014
Actualité et inactualité de la stagification [Texte intégral]
Paru dans Éducation et socialisation, 35 | 2014


[1] L'expression pourrait laisser croire que le marché existe réellement alors qu'il s'agit d'une fiction narrative pour comprendre la dynamique même du système économique (Gomez, 2022).

[2] Dans la lignée fort lointaine de L'économique de Xénophon (Payot, Rivages, 1995) (1ère éd. -362 ?).

[3] Plus précisément, Morin (1985) note que l'objet même du management, tel que défini par Peter Drucker souvent qualifié de « père du management », est de « faire que les choses qui doivent être faites le soient », soit, en anglais : « to get the right things done », 1977, (cité p.12).

[4] Au risque d'une écriture genrée dans un milieu professionnel majoritairement féminin, nous avons fait le choix d'écrire coordinateur, faisant écho à l'intitulé du diplôme sur lequel cette enquête s'appuie.

[5] À l'instar de l'inclusion, l'expression de cohésion sociale renvoie non seulement à un discours reconnu comme performatif, mais également au « rôle des idées dans la dynamique de l'État social (…) ; les idées institutionnalisées de la protection sociale créent pour les citoyens un rapport de politisation : l'inscription des individus dans l'espace de ces politiques permet à ces derniers de mieux saisir la “portée politique“ de leurs activités et de leur situation » (Giraud, 2022, p.183).

[6] Institut Régional de Travail Social.

[7] Institut Régional de Travail Social.

[8] Une question largement traitée par la sociologie du travail particulièrement, dès les années 1970 en France, dans une visée compréhensive, avant l'entrée par les compétences, et une visée comparative, notamment entre la France et l'Allemagne, pour caractériser des modèles d'organisation du travail (Maurice et al., 1982).

[9] Par convention, nous avons opté pour les italiques pour les citations tirées des monographies. Le chiffre qui suit correspond à la numérotation des 50 monographies de notre panel.

[10] S'il y avait la place, il serait possible de montrer la proximité de cette pratique avec la démarche préconisée par la « sociologie de la traduction » (Bernoux, 2012, p.112-117).

Le cycle de conférences sur le numérique par Louis Derrac retranscrit par Libre à Lire !

Je voulais par cet article valoriser l'incroyable travail de Libre à Lire !, qui a eu la grande gentillesse de retranscrire les trois conférences de mon cycle « Comprendre le numérique ».

Un immense merci à elles et eux, et j'en profite pour vous rediriger vers les conférences qui sont désormais accessibles au format vidéo, audio, et textuel.

Comprendre le numérique

Critiquer le numérique

Transformer le numérique

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[Intervention Louis Derrac] Des conférences sur le numérique dans deux bibliothèques du Vaucluse

Les 6 et 7 octobre 2023, j'ai eu le plaisir de donner deux conférences dans le département du Vaucluse, à l'invitation de la bibliothèque départementale du département, pour deux bibliothèques de son réseau, celles de Saint-Martin de Castillon et de Caumont-sur-Durance.

À l'occasion de deux formats différents (vendredi en soirée et samedi en matinée), j'ai pu actualiser ma conférence d'introduction au numérique, son histoire et ses enjeux, mais également inaugurer ma conférence sur les impacts sociaux et écologiques du numérique. Un sujet que j'avais toujours traité en transversal de mes interventions, et que j'ai eu l'occasion d'explorer avec un public intéressé !

Merci au département du Vaucluse et ses deux bibliothèques pour leur accueil chaleureux, et à bientôt !

Ma présentation, ainsi que des ressources pour creuser les sujets évoqués, sont partagées comme d'habitude sous licence Creative Commons CC BY SA.

Retour en quelques photos

Conférence dans la magnifique chapelle de Saint-Martin de Castillon
Conférence à la bibliothèque de Caumont-sur-Durance

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Du frein juridique à la réflexivité scientifique

Le développement d'enquêtes en terrain numérique renouvelle les enjeux éthiques de la recherche en sciences sociales (consentement, confidentialité, répercussions politiques...). Les évolutions juridiques récentes apportent une garantie aux enquêtés, toutefois cette simple base légale demeure trop décontextualisée et inadaptée aux approches inductives pour assurer réellement leur protection. Cet article propose alors de mettre en œuvre une éthique du care réintégrant les enjeux éthiques à la réflexion scientifique, à travers les exemples du consentement et de la confidentialité.

Un article de la revue Adjectif, de Judith Gourmelin, Sociologue indépendante, une publication sous licence Creative Commons by nc sa
Numéro thématique numéro 2 de la revue Adjectif

Introduction

Dans un ouvrage entièrement dédié aux enquêtes sur et par le numérique en sciences sociales, la contribution de Latzko-Toth & Proulx (2013) apportait tout un ensemble de questionnements autour de l'éthique des enquêtes en ligne. À partir des propriétés techniques des dispositifs numériques, ces auteurs relevaient plusieurs pistes d'interrogation : comment penser le consentement [1] sur des terrains où le chercheur peut rester invisible, par exemple lors de la consultation de forums sans s'y inscrire ? Dans quelle mesure des échanges librement accessibles par n'importe quel internaute peuvent-ils être qualifiés de publics et d'intimes ? En raison de l'anonymat (relatif) permis en ligne, comment s'assurer de l'identité de ses enquêtés ? Ou encore, comment garantir la confidentialité des propos tenus par les enquêtés lorsque ces mêmes propos restent accessibles dans la durée au tout-venant, et peuvent facilement être retrouvés à partir de moteurs de recherche ?

Si toutes ces questions soulèvent de véritables enjeux, sont-elles vraiment si inédites et propres au numérique ? Le chercheur épiant dans l'ombre des forums de discussion est probablement aussi invisible que celui noyé dans la foule réalisant des observations dans des lieux publics. Ces discussions tenues dans des lieux publics se tiennent certes dans des lieux à la vue de tous, et pourtant ces échanges sont-ils réellement publics ? Sans affirmer que le numérique ne viendrait que reproduire le hors-ligne, il convient plutôt d'exposer que celui-ci n'entre pas en rupture directe avec le hors-ligne, il prolonge l'existant tout en y apportant quelques spécificités (Martin & Dagiral (dir.), 2016).

Ainsi, l'élucidation des enjeux en terrain numérique gagne à s'inspirer des réflexions qui précèdent ces terrains, qu'il s'agisse de réfléchir aux modalités de consentement des populations et de transparence du chercheur (Broqua, 2009), d'envisager les effets politiques de nos recherches et dispositifs d'enquête tant au niveau du terrain que par-delà (Lepoutre, 2001) ou de saisir les articulations entre le droit et nos pratiques. Sur ce dernier aspect, le numérique a attiré le feu des projecteurs avec l'adoption du Règlement général sur la protection des données (RGPD) en 2016, prolongeant en réalité une tradition française de législations protectrices des données personnelles (avec notamment la loi Informatique et Libertés de 1978). Ce cadre juridique apporte un ensemble de garanties aux enquêtés : toute opération portant sur des données personnelles doit reposer sur une base légale, le consentement attendu doit respecter plusieurs propriétés fortes (être spécifique, univoque, révocable, éclairé et libre), toute la chaîne entourant ces données de la constitution à la diffusion ouvre des droits aux enquêtés et apporte des obligations aux responsables de traitements.

Cependant, en ligne comme hors-ligne, ce cadre juridique pose plusieurs difficultés. À l'instar d'autres dispositifs d'encadrement de la recherche, tels que les comités d'éthique étudiés par Bosa (2008), le formalisme exigé rompt avec les usages des groupes sociaux étudiés, celui-ci peut nuire à la recherche (par la relation plus bureaucratique instaurée) tout en n'apportant pas de garanties opérationnelles pour les enquêtés De plus, ces comités tout comme le droit de la protection des données postulent des situations où la chaîne de données est déjà intégralement prévue dès le début, or ce n'est bien souvent pas le cas des chercheurs en sciences sociales ayant recours à des démarches inductives. Cette inadéquation fait courir le risque d'éloigner les chercheurs de ces dispositifs d'encadrement et de limiter la protection effective des enquêtés à la bonne volonté du chercheur.

Ainsi, dans quelle mesure peut-on assurer une juste protection des enquêtés dans le respect du droit et de la pratique de l'enquête de terrain ? Plus que réfléchir à l'éthique à côté des enquêtes, mes propositions ont pour objet d'intégrer pleinement et directement l'éthique à l'enquête de terrain. Pour cela je présenterai mes terrains d'enquête et quelques fondements de l'éthique du care, à partir desquels je développerai ensuite des réflexions pour construire un consentement relationnel sur les terrains, réflexions que j'étendrai à la prise en compte des enjeux reliés au consentement, à savoir les enjeux de confidentialité.

Faire émerger des enjeux éthiques à partir de cas sensibles

L'analyse d'enquêtes en terrain numérique a permis de renouveler nos approches de l'éthique des enquêtes par-delà le numérique. Dans cette même perspective, l'enquête qui alimentera les réflexions de cet article a été sélectionnée pour les enjeux multiples qu'elle présente, par-delà son objet singulier.

Cet objet singulier était l'identité (au sens large) dans les communautés queer [2] en ligne, objet que j'ai approché en menant l'ethnographie virtuelle de deux espaces hébergés sur Discord [3], de vérifier l'adéquation des terrains avec mon projet et de créer des relations sociales plus ordinaires. Il est tout à fait possible de critiquer cette démarche dans la mesure où il serait possible d'imaginer que les enquêtés acceptent d'apporter leur contribution comme contredon de mes interactions passées ou en vertu du lien noué avec moi. Cependant, à la manière des joueurs étudiés par Berry (2012) ou des personnes âgées accompagnées par le personnel soignant étudiées par Lechevalier-Hurard, Vidal-Naquet, Le Goff, Béliard, & Eyraud (2017), passer directement à découvert aurait créé une suspicion davantage liée à l'incongruité d'une demande venant d'une inconnue qu'en raison de l'objet de la recherche. Thizy, Gauglin, & Vincent (2021) ajoutent même que ce partage (certes sélectif) de soi auprès des enquêtés est fondamental pour accéder à certaines informations déterminantes sur le terrain, il me semble alors bon d'en tenir compte sans dépasser la frontière entre influence et manipulation. Malgré cette entrée incognito, j'ai opéré un dévoilement progressif sur les terrains et ai répondu honnêtement aux demandes de mes enquêtés. Cette phase s'est achevée par un passage à découvert explicite à partir d'une annonce visible de tous, suivie d'une veille pour répondre aux éventuelles questions et tenir compte des remarques.

Ces annonces se sont conclues par un accord global, sans objection affichée. Cependant, je défends la nécessité d'envisager des alternatives en cas d'échec sur le terrain, alternatives à envisager en amont de l'entrée sur le terrain ou relativement tôt. En effet, ne pas prévoir d'alternatives aurait pu faciliter des ruptures avec les attendus déontologiques, face à quelques refus et des délais d'enquête serrés, il aurait été facile de ne pas tenir compte desdits refus. Ayant prévu des alternatives ex ante, si des refus s'étaient manifestés, j'aurais supprimé le matériau que j'avais commencé à constituer et aurais cessé de récolter les échanges en ligne. Toutefois j'aurais compensé en réalisant davantage d'entretiens avec des membres volontaires et en compensant l'absence de conversations récoltées par d'autres moyens qui exigent le consentement de moins de membres (récolte ciblée de conversations avec consentement des parties) ou n'exigent pas de consentement (journal de terrain sans données personnelles, à la manière des post-it ethnographiques de Berry, 2012).

Même si l'accord a été obtenu, s'en contenter ma ramènerait vers les problèmes décrits avec le consentement libéral. Donc une fois pleinement passée à découvert, j'ai incarné de manière plus ostensible mon rôle de sociologue afin d'être identifiée comme telle. Du point de vue éthique, cela constituait un rappel récurrent de ma position afin que les membres n'ayant pas lu mon annonce, ou encore l'ayant oubliée, n'omettent pas mon rôle. Du point de vue sociologique, être ostensiblement assignée au rôle de membre qui à la fois comprend les personnes queer (car étant concernée et car ayant aidé des membres) et pose des questions parfois naïves m'a aidé à répondre directement à certaines de mes interrogations (telles que la possibilité pour certains membres de se dire à la fois bisexuels et asexuels). Ce rôle ostensiblement affiché avait également un autre but, à la manière de Barrère (2017) présentant des analyses de sociologie de l'éducation à des enseignants puis étudiant leurs retours [4], jouer explicitement mon rôle permettait de confronter des hypothèses. Là encore l'intérêt est double : clarifier ce que j'étudie en posant des questions concrètes aux membres des espaces tout en les incluant sérieusement au processus d'enquête ; et mettre à l'épreuve mes catégorisations intermédiaires à la manière de l'induction analytique (Becker, 2002), le tout au cours même de l'enquête. De la même manière que Marchive (2012) ne délègue pas non plus le rôle interprétatif du sociologue à ses enquêtés, je maintenais une frontière entre mes analyses et ce que m'apportaient les échanges avec les membres des espaces (autant des clarifications factuelles que des discours à analyser). Tout en donnant un rôle plus important aux enquêtés que dans l'étude de Marchive (2012), je partage avec cet auteur l'usage de ces discussions comme moyen de vérification d'informations.

Enfin, j'ai poursuivi ma présence sur le terrain une année après la fin de mon enquête. Cette présence longue était bien sûr favorisée par la médiation numérique de ses dispositifs (il est plus simple de consulter tous les jours un espace en ligne que se rendre spatialement dans un local et s'y consacrer pleinement) et s'inscrivait dans ma démarche d'ensemble. Par-delà des restitutions sous divers formats (synthèses accessibles, discussions collectives sur les salons vocaux des espaces...), j'ai voulu instaurer cette optique communautaire et sur la durée proposée par Soulier & Cambon-Thomsen (2016) en rendant à nouveau palpable ce pourquoi le consentement m'a été accordé, qu'il s'agisse de proposer des mesures pour enrayer des dynamiques de violences sexuelles identifiées sur un des espaces ou d'aider à penser des outils au service desdites communautés.

À l'issue de cette présentation, il convient de rappeler qu'il ne s'agit que d'une application possible de l'éthique du care en terrain avec un consentement pensé comme relationnel. Cet investissement sur le terrain m'a été rendu possible par son caractère numérique, ma propre aisance avec la fréquentation d'espaces en ligne, ma proximité avec la cause portée par mes enquêtés... Ainsi, ces développements n'invitent pas systématiquement à chercher une visée opérationnelle aux savoirs produits ni à impliquer autant les enquêtés. L'éthique du care étant contextuelle, le respect de ses principes permet des applications variées et adaptées aux enjeux locaux, tant via la recherche du consentement que dans la manière de garantir la confidentialité.

Articuler confidentialité et scientificité

La confidentialité s'impose pour plusieurs raisons. Tout d'abord, les questionnements précédents sur le consentement sont intimement liés à la confidentialité, plus les informations sont confidentielles, plus on peut estimer que le consentement doit être fort. Une autre raison est particulièrement déterminante sur mes terrains d'enquête : s'agissant d'espaces en ligne, il y a de nombreux lurkers (membres de l'espace qui ne participent peu ou pas) donc des membres qui ont pu participer par le passé mais dont je n'ai pas pu recueillir le consentement puisque silencieux.

Sans bien sûr substituer le consentement à la garantie de confidentialité, cette seconde me semble peut-être encore plus importante tant elle conditionne davantage les conséquences de l'enquête. Par ailleurs, cette question peut interroger sur sa nécessité. Roux (2010) a par exemple choisi dans son enquête sur la prostitution en Thaïlande de n'assurer la confidentialité et le consentement que des prostituées mais pas du syndicat promouvant la prostitution. Tant pour des raisons d'intelligibilité (anonymiser le syndicat aurait complexifié la compréhension du contexte) que politiques (ne pas protéger les dominants), il est possible de s'interroger sur ce qui exige un consentement et de la confidentialité, par-delà le droit. Ce raisonnement est par ailleurs compatible avec l'éthique du care dans la mesure où celle-ci tient bien compte des articulations entre agency et vulnérabilités, donc n'applique pas les mêmes réponses selon le pouvoir des parties en jeu sans pour autant fermer toute compréhension ou raisonnement éthique auprès des dominants (Paperman & Laugier (dir. ), 2011).

La confidentialité soulève enfin une dernière question, celle qui sera au cœur de cette partie, son articulation avec la scientificité. Davantage protéger ses enquêtés peut rendre moins transparentes ses données, soit porter atteinte à la réinterprétation de nos analyses. Pourtant, avec les exemples tirés de ma pratique sur les terrains mentionnés, je défendrai plutôt l'idée que confidentialité et scientificité ne sont pas nécessairement antagonistes et peuvent même devenir complémentaires.

Ma stratégie en matière de confidentialité repose sur cette expression de Schwartz (cité par Bosa, 2008 : 206) au sujet des enquêtés, « dévoiler leur intimité sans révéler leur identité ». Pour cela, j'ai procédé à des traitements analogues à ceux suggérés par Beaud & Weber (2007), à savoir aller plus loin que l'anonymisation simple en permutant des propriétés sociales entre enquêtés, en créant du bruit sur des variables ne rentrant pas dans l'analyse (ou sur des verbatims). Pour aller plus loin dans la mesure où certains enquêtés sont des personnalités aisément identifiables dans le milieu queer français, j'ai été amenée à fusionner ou dupliquer certains enquêtés sur certains verbatims. Tout le défi était alors que ce qui est conservé reste sociologiquement juste, sans compromettre des propos confidentiels d'enquêtés. Le fait que je croise des extraits de conversation en ligne, des verbatims d'entretiens ou encore d'autres sources a pu faciliter ces croisements, même si j'ai dû veiller à ce que ces permutations ne nuisent pas aux ré-analyses que pourraient mener les lecteurs (un propos tenu en entretien avec une sociologue et un propos tenu lors d'un échange sur un salon privé entre initiés ne rentrent pas dans les mêmes activités, il ne s'agit alors peut-être pas des mêmes logiques sociales à l'œuvre).

Les propos sur les espaces en ligne étudiés étant recherchables, j'ai aussi dû adopter d'autres stratagèmes. Lorsque certains sujets étaient des plus confidentiels (tels que les échanges sexuels sur des salons réservés), j'ai préféré limiter le recours à des matériaux recherchables, qu'il s'agisse de privilégier les entretiens ou des formes plus narratives (exposer la dynamique à partir d'un cas mais sans reprendre les échanges précis). Cette méthode a été étendue par le recours à des schématisations (Vorms, 2009), l'idée étant d'utiliser d'autres formulations d'un même énoncé pour en produire des interprétations nouvelles. Par exemple, il m'aurait été très difficile de reprendre de manière brute les selfies des enquêtés dans mon mémoire lorsque je souhaitais analyser les performances sexuées, ainsi j'ai privilégié une mise en série statistique pour mettre l'accent sur certaines propriétés saillantes (moyens de performance sexuée, réactions sous les photos, nombre de photos et leur variation, étiquettes utilisées par les membres postant leurs photos...). Autrement dit, j'ai évité de reprendre des selfies pour des raisons de confidentialité, et analytiquement ça m'a permis de réduire la densité du matériau pour plus facilement cerner certaines propriétés que je souhaitais analyser. Un dernier moyen consiste à agir sur la diffusion des résultats, tant pour des raisons de confidentialité de certaines données que d'accessibilité, je diffuse assez largement la synthèse que j'ai rédigée de mon mémoire, tandis que le mémoire brut est diffusé sélectivement à destination du monde de la recherche ou de personnes intéressées par mon mémoire pour qui je juge que l'accès au mémoire ne présente pas de risque (refus de diffusion auprès de publics promptes à organiser des actions de harcèlement contre les personnes queer).

En lien avec mes développements précédents sur le consentement relationnel, j'ai voulu faire de la confidentialité un objet de discussion. En même temps que j'exposais certaines analyses pour m'assurer de la véracité des faits sur lesquels elles reposent, et obtenir des retours dessus, j'ai pu animer quelques échanges collectifs sur ce qui était considéré comme confidentiel ou non. Ces échanges collectifs étaient bien sûr d'ordre général (plutôt sur des types de matériaux que des matériaux précis), tandis que je contactais individuellement certains membres pour m'assurer de leur accord dans mon traitement de certains aspects sensibles. Je n'ai pas eu l'occasion d'exploiter ces discussions dans mes analyses, il était néanmoins instructif de repérer différentes constructions de ce qui relève du confidentiel, et de la sorte d'adapter mes pratiques de protection des enquêtés.

Dans l'ensemble, j'ai fait en sorte de proportionner les finalités probatoires et de protection des données, en offrant une priorité à la protection des données. De manière conséquentialiste, il me semble défendable d'affirmer que les conséquences en cas de confidentialité mal assurée sont plus fortes que les apports à la science et à la société de mes analyses en usant de matériaux moins protégés. Néanmoins, comme affirmé au début de cette partie, plus qu'opposition il y a eu une complémentarité entre ces dimensions. J'ai bien sûr dû réfléchir aux conséquences éthiques et scientifiques lorsque je constituais les matériaux et les analysais, mais bien souvent ces réflexions éthiques ont nourri mon approche scientifique. La schématisation en est l'exemple le plus marquant, en attirant mon regard sur des saillances analytiques (par exemple autour de la trajectoire des victimes de violences sexuelles sur ces espaces), mon analyse a pu se concentrer sur ce qui importait à mon analyse et éviter d'affaiblir la réflexion par un ensemble de traits accessoires.

Conclusion

Au terme de cette analyse illustrée, le lecteur pourrait très bien avoir l'impression que nombre des pratiques exposées ne sont pas si inédites (voire remontent aux textes fondateurs sur la relation d'enquête en ethnographie), ou que les propositions formulées invitent à nouveau à s'en remettre à soi-même. Ces remarques fondées exigent toutefois quelques nuances. Les propositions prises individuellement sont certes toutes déjà existantes à leur manière, mais leur formulation conjointe au sein d'un cadre particulier leur offre une direction commune. Là où la garantie de confidentialité peut parfois se limiter à l'anonymisation et l'assurance du consentement à une validation spontanée, ces réflexions invitent à se reposer la question même sur des cas où la confidentialité comme le consentement sembleraient bien plus facilement acquis. Cela va également dans le sens, certes quasi-normatif, de conseils formant une boîte à outils pour expliciter des pratiques qui ne le sont pas si souvent (comme plus largement formulé autour de l'écriture chez les doctorants par Kapp, 2015).

Quant à l'invitation à s'en remettre à soi-même, mon propos est plutôt une invitation à l'autorégulation collective. Stratégiquement, renforcer notre capacité en tant que chercheurs en sciences sociales à nous autoréguler peut constituer un moyen de limiter l'emprise de régulations institutionnelles parfois peu adaptées à nos pratiques et besoins. Plus concrètement, cela me paraît inévitable avec les conseils formulés, l'éthique ne saurait se limiter à une suite de principes universels à appliquer, et en même temps, elle ne saurait être balayée sur ce fondement. Il faut donc la penser, avec plus ou moins de subtilités selon les terrains, l'expliciter et la discuter dans nos espaces d'échange pour éviter qu'elle ne reste qu'au stade de bonnes volontés. L'ethnographie en particulier, pour éviter de nuire aux populations enquêtées [5], exige une écoute avertie de nos pairs scientifiques et une prise au sérieux des intérêts de nos enquêtés.

L'éthique du care, lorsqu'elle n'est pas pensée comme de bons sentiments sans incarnation, offre un cadre propice à la réflexion éthique en sciences sociales, un cadre aussi cohérent que sensible à la diversité des situations d'enquête. La dimension numérique des terrains a certainement influencé mes raisonnements et facilité l'émergence de ces pratiques (à la manière de celles de Berry, 2012, incitées par les temporalités et pratiques des jeux en ligne), toutefois ces propositions dépassent largement le cadre numérique pour s'inscrire avant tout dans une transposition méthodologique de l'éthique du care. Les autrices féministes à l'origine de l'éthique du care promeuvent cette autre voix à l'échelle de la société, à nous de l'incarner sans concession dans nos enquêtes aussi bien dans les dimensions méthodologiques ici explorées qu'épistémologiques.

Références bibliographiques

Akrich, M. (2019). Temporalité, régimes de participation et formes de communautés. Réseaux, n°214-215(23), 2566.

Barrère, A. (2017). Au cœur des malaises enseignants. Armand Colin.

Beaud, S., & Weber, F. (2017). Guide de l'enquête de terrain : Produire et analyser des données ethnographiques. La Découverte.

Becker, H. (2002). Les ficelles du métier. Comment conduire sa recherche en sciences sociales ? La Découverte.

Berry, V. (2012). Ethnographie sur Internet : Rendre compte du « virtuel ». Les Sciences de l'éducation—Pour l'Ère nouvelle, n°45(4), 3558.

Bosa, B. (2008). À l'épreuve des comités d'éthique : Des codes aux pratiques. Dans Les politiques de l'enquête (pp. 205225). La Découverte.

Broqua, C. (2009). L'ethnographie comme engagement : Enquêter en terrain militant. Genèses, n°75(2), 109124.

Humphreys, L. (2007). Le commerce des pissotières : Pratiques homosexuelles anonymes dans l'Amérique des années 1960. La Découverte.

Jouan, M. (2017). L'acceptabilité morale de la gestation pour autrui. Les enseignements de la gestation pour soi au service de plus de justice. Travail, genre et sociétés, n°38(2), 3552.

Kapp, S. (2015). Un apprentissage sans normes explicites ? La socialisation à l'écriture des doctorants. Socio-logos, n°10. Repéré à http://journals.openedition.org/socio-logos/3008

Lallet, M., & Delias, L. (2018). La remédiation des savoirs en santé dans les communautés en ligne sur les transidentités. Revue française des sciences de l'information et de la communication, n°15. Répéré à http://journals.openedition.org/rfsic/4813

Latzko-Toth, G., & Proulx, S. (2013). Enjeux éthiques de la recherche sur le Web. Dans Manuel d'analyse du web en Sciences Humaines et Sociales (pp. 3252). Armand Colin.

Lechevalier Hurard, L., Vidal-Naquet, P., Le Goff, A., Béliard, A., & Eyraud, B. (2017). Construire le consentement. Quand les capacités des personnes âgées sont altérées. Revue française des affaires sociales, n°2017(1), 4160.

Lepoutre, D. (2001). La photo volée : Les pièges de l'ethnographie en cité de banlieue. Ethnologie française, n°31(1), 89101.

Marchive, A. (2012). Contrôle et autocensure dans l'enquête ethnographique. Pour une éthique minimaliste. Les Sciences de l'éducation—Pour l'Ère nouvelle, n°45(4), 7794.

Martin, O., & Dagiral, É. (dir. ). (2016). L'ordinaire d'internet : Le web dans nos pratiques et relations sociales. Armand Colin.

Paperman, P., & Laugier, S. (dir. ). (2011). Le souci des autres : Éthique et politique du care. Éditions de l'EHESS.

Parini, L. (2006). Le système de genre. Introduction aux concepts et théories. Seismo.

Roux, S. (2010). La transparence du voile. Critique de l'anonymisation comme impératif déontologique. Dans Enquêter de quel droit ? Menaces sur l'enquête en sciences sociales (pp. 139-153). Éditions Du Croquant.

Soulier, A., & Cambon-Thomsen, A. (2016). Promesses de biobanques : Se soucier de l'avenir dans l'éthique de la recherche biomédicale. Revue française d'éthique appliquée, n°2(2), 2947.

Thizy, L., Gauglin, M., & Vincent, J. (2021). « Se raconter » sur le terrain : Le récit de soi comme ressource méthodologique. Genèses, n°123(2), 115135.

Vorms, M. (2009). Théories, modes d'emploi : Une perspective cognitive sur l'activité théorique dans les sciences empiriques. Thèse de doctorat en philosophie dirigée par Jean Gayon et Anouk Barberousse, Université Panthéon-Sorbonne.


[1] Le terme « consentement » est ici utilisé comme l'accord donné par les enquêtés à l'enquêteur de récolter et utiliser des données les concernant (les limites du consentement sous son acception spontanée sont développées au cours de l'article)

[2] Les communautés queer sont ici entendues comme des espaces regroupant des personnes revendiquant des identifications minoritaires, principalement au regard de leur statut vis-à-vis de leur sexe assigné à la naissance (personnes trans et non-binaires) ou de leur orientation sexuelle (personnes homosexuelles, bisexuelles, asexuelles ...).

[3] Discord est un logiciel et une plateforme à mi-chemin entre la chatbox et le forum. Les membres doivent rejoindre un serveur pour en lire les conversations. Les conversations sont instantanées (comme sur une chatbox) mais permanentes et réparties sur différents salons. Les membres peuvent obtenir des rôles pouvant leur donner accès à certaines prérogatives et à certains salons réservés.@]. Ces deux espaces sont présentés à partir de quelques propriétés recensées dans le tableau ci-dessous :

Tableau 1. Présentation synoptique des terrains d'enquête

À partir des propriétés des deux espaces en ligne présentés ci-dessus, plusieurs enjeux émergent. S'agissant d'espaces queer, la population des serveurs est particulièrement vulnérable, tant collectivement qu'individuellement. Cette vulnérabilité est renforcée au regard de l'âge des membres, en particulier sur Twilight Castle. En effet, selon le RGPD, certains membres ayant moins de 15 ans, il serait nécessaire d'exiger une autorisation des parents pour enquêter auprès de ces membres. Or lesdits parents pouvant ne pas savoir que leur enfant est trans, non-binaire ou non-hétérosexuel, respecter la loi au pied de la lettre reviendrait à mettre en plus grand danger les membres.

Par-delà la vulnérabilité, l'exemple des jeunes membres fait aussi émerger l'enjeu de la confidentialité, en l'occurrence vis-à-vis de leurs parents. Plus largement, au regard de l'objet du serveur, les membres parlent de sujets rentrant tout à fait dans ce qui est juridiquement qualifié de données sensibles. Selon l'article 9 du RGPD, celles-ci sont des données à caractère personnel qui font apparaître directement ou indirectement un ensemble d'opinions ou d'appartenances de l'individu (par exemple les opinions politiques ou la sexualité) devant faire l'objet d'une protection renforcée. La confidentialité exigée doit être forte vis-à-vis de l'extérieur mais aussi de l'intérieur, les espaces queer étudiés étant marqués par une forte interconnaissance. Enfin, même les interventions sur les salons publics sont porteuses d'enjeux dans la mesure où les propos sont recherchables (il est possible de retrouver des discussions avec les bons mots-clés) et que les barrières à l'entrée de ces espaces sont faibles. Il faut aussi tenir compte des nombreux membres inactifs qui par leur silence se rendent invisibles tout en pouvant lire les échanges, pratique notamment observée par Akrich (2019) sur d'autres espaces aux sujets sensibles (informations sur la santé).

Malgré tous ces enjeux reliés entre eux, ces terrains ne sont pas si remarquables. Plusieurs des propriétés évoquées peuvent tout à fait correspondre à des terrains plus classiques en sciences de l'éducation. Par exemple, les ethnographies au sein d'établissements scolaires se font auprès de populations vulnérables et mineures, à forte interconnaissance, échangeant sur des sujets sensibles (incluant notamment la sexualité) et se prêtant parfois à des activités illégales sinon déviantes (absentéisme en cours avec présence dans l'établissement, harcèlement entre élèves, triche, bagarre, diffusion aux pairs de selfies pornographiques privés d'élèves...).

Ces terrains heuristiques, porteurs d'importants enjeux éthiques, et en même temps proches de terrains plus traditionnels, m'ont permis de penser puis d'adopter une posture guidant la suite de mes analyses. Cette posture repose sur une articulation entre les garanties universelles permises par le droit des données personnelles et le recours aux principes d'une éthique particulariste qui est l'éthique du care (Paperman & Laugier (dir. ), 2011). Cette éthique rejette le recours à des principes absolus d'évaluation éthique des situations, au profit de la prise en compte des intérêts spécifiques en jeu et du souci de l'autre (ici, les enquêtés).

Mon recours à l'éthique du care servira de trame de fond, si j'en reprends implicitement des principes (rapports de sollicitude, jugement éthique contextuel, dépassement de jugements en termes de bien et de mal en privilégiant ce qui compte pour les individus...), l'article restera concentré sur mes propositions méthodologiques. Il est tout à fait possible d'explorer plus en profondeur les fondements de l'éthique du care (comme le dépassement de dichotomies de type émotion-raison et soi-relation) pour en tirer d'autres applications aussi bien pour nos manières de mener des enquêtes que de les analyser (même, et surtout, lorsque le genre et les rapports sociaux ne sont pas au centre de nos analyses). Cependant, cet article se concentrera sur les dimensions susmentionnées, appliquées concrètement à l'enjeu majeur du consentement, puis à un de ses enjeux associés, la confidentialité.

Façonner un consentement relationnel

La dimension éthique traverse l'ensemble des relations d'enquête, cependant le consentement occupe généralement une place centrale, tant par ses tentatives de régulation institutionnelle et juridique qu'en raison de sa nécessité pour conduire des enquêtes. Les tentatives institutionnelles de régulation adoptant parfois une définition limitée du consentement (Bosa, 2008), je proposerai d'abord un dépassement de cette vision en m'inspirant de réflexions sur la notion de consentement, par-delà l'éthique des enquêtes. Avec cette vision enrichie et plus exigeante du consentement, j'exposerai ensuite les manières par lesquelles j'ai opérationnalisé la notion sur les terrains précédemment introduits.

Du consentement libéral au consentement relationnel

Le consentement dessiné par le droit et les dispositifs tels que les comités d'éthique repose sur une appréhension plutôt restrictive du consentement et de la recherche, assimilable à une conception libérale du consentement (Parini, 2006). Ces dispositifs exigent que les traitements de données soient rigoureusement définis à l'avance et que le consentement ne repose que sur un accord spontané. S'il est bien prévu d'informer les enquêtés pour que leur consentement soit libre et éclairé, il est possible de douter qu'une simple information suffise à éclairer sur les enjeux réels de la recherche, à plus forte raison quand ces enjeux sont difficilement appréhendables par des profanes et que les chercheurs-mêmes ne les ont pas encore tout à fait identifiés. Soulier & Cambon-Thomsen (2016) retrouvent ces problématiques à travers le cas des biobanques et proposent une analyse tout à fait éclairante. À l'instar des approches inductives qui exigeraient d'obtenir un consentement général pour de l'incertain, les deux autrices théorisent comme futurs contingents ces situations où un consentement est donné quant à la conservation de produits du corps humain sans certitude de leur usage et du moment de leur usage. En plus d'interroger ce passage de la nécessité à la contingence, les autrices balaient les alternatives technicistes (consentement redemandé pour chaque projet de recherche via une plateforme) au profit d'approches du consentement reposant sur un lien plus fort entre les donneurs et les chercheurs, avec une véritable information de long terme.

Un dernier argument exige le dépassement d'une approche libérale du consentement. À l'instar du cas de la gestation pour autrui étudié par Jouan (2017), il est tout à fait dans l'intérêt du chercheur de minorer les intérêts des enquêtés ou de faire croire à leur alignement avec ceux du chercheur. Ainsi, pour limiter l'effet de l'asymétrie de positions et d'informations entre les parties, il semble nécessaire de penser à une autre forme de consentement, un consentement qui à la fois rapproche les parties et confère aux enquêtés une meilleure conscience des enjeux.

Ce consentement que je propose et formule comme « consentement relationnel » est inspiré des pratiques observées auprès de professionnels de santé par Lechevalier-Hurard, Vidal-Naquet, Le Goff, Béliard, & Eyraud (2017). Le consentement relationnel ne vise pas à obtenir un accord spontané, répété ou unique, des enquêtés mais à les informer progressivement en contexte, à construire le consentement tout en le bornant (il ne porte pas sur de l'incertain mais sur des démarches entreprises au fil de l'enquête, exigeant d'être réitéré spécifiquement). S'il est effectivement possible de détourner la démarche pour nuire aux intérêts des enquêtés, appliquer de bonne foi cette démarche permet d'ancrer l'enquête et ses enjeux dans une réalité palpable pour les enquêtés et d'envisager un consentement au rythme de la production de l'enquête. En d'autres termes, pour construire fidèlement un consentement relationnel, le cadre susmentionné de l'éthique du care est très adapté pour à la fois tenir compte de l'intérêt des différentes parties et prendre des décisions cohérentes avec les situations. Cette approche permet d'ailleurs de mieux respecter l'esprit de la loi, à savoir rechercher un consentement spécifique, univoque, révocable, éclairé et libre.

Transposer en actes le souci de l'autre

Afin que le consentement relationnel ne reste pas qu'un discours de bonne volonté sans traduction réelle, je vais désormais exposer les manières dont j'ai intégré les problématiques de consentement dans mon enquête auprès des deux espaces queer en ligne susmentionnés.

Avant d'entrer sur le terrain, je me suis fixée quelques principes simples qui étaient de nuire le moins possible à autrui comme à moi-même et d'expliciter autant que faire se peut mes demandes sur le terrain. Ces deux principes rentrent tout à fait dans la prise en compte des intérêts mutuels (sans revendiquer pour autant une affiliation forte de ceux-ci à l'éthique du care) et dans une démarche limitant les asymétries d'information.

Lors de l'entrée sur mes terrains, j'ai procédé de manière analogue aux préconisations et retours de Berry (2012). Plutôt que dévoiler directement mon projet de recherche, qui était lui-même en cours d'élaboration, je suis d'abord entrée comme simple membre sur ces espaces afin de me protéger [[Historiquement, les personnes queer ont fait et font encore souvent l'objet d'une pathologisation par les institutions scientifiques et médicales. De pair avec cette pathologisation, de nombreuses recherches menées par ces institutions excluent les personnes queer de la production des savoirs les concernant tout en discréditant les savoirs crées par cette population (Lallet et Delias, 2018). Ainsi, même en étant moi-même membre de cette population, une posture de méfiance pouvait être attendue de la part des membres et exiger une protection.

[4] Une légère différence doit être relevée ici, l'autrice n'a pas confronté sur un terrain d'enquête des analyses formulées sur celui-ci mais a présenté un ouvrage de sociologie de l'éducation pour non-sociologue, donc son but et sa manière de procéder différaient quelque peu des miens.

[5] Sans remonter au colonialisme des premières enquêtes anthropologiques auprès de sociétés lointaines, on peut penser aussi bien au remous provoqué par l'enquête quasi-policière d'Humphreys (2007 [1975]) auprès des hommes gays avant les émeutes de Stonewall qu'aux conséquences locales comme nationales de manquements éthiques dans l'enquête sur les banlieues de Lepoutre (2001) à une époque où le sujet est politiquement très sensible.

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Esquisse d'éthique et d'une politique minimaliste de la science ouverte

Le présent article procède de la philosophie politique de l'éducation et de l'éthique interdisciplinaire et fait fond sur la multiréférentialité et l'interdisciplinarité constitutives des sciences de l'éducation et de la formation. Nous y montrons que la philosophie morale et politique de Ruwen Ogien peut être précieuse pour penser les enjeux éthico-politiques de la science ouverte au XXIème siècle ainsi que le cadre axiologique dans lequel peuvent s'inscrire des politiques publiques ; ces dernières pouvant être largement reconnues comme légitimes dans ce domaine. Nous présentons de manière synthétique les thèses centrales de cet auteur (1), puis montrons en quoi il peut nous aider à penser la justification de la large diffusion du savoir par l'utilité sociale d'une telle démarche (2), ainsi qu'un certain nombre de ressources pour y relever les défis de l'intégrité scientifique et de la gestion des données (3). Nous réinsérons enfin ces quelques éléments à l'horizon plus vaste d'un humanisme numérique (4).

Un article de la revue Adjectif, par Camille Roelens du Centre Interdisciplinaire de Recherche en Éthique de l'Université de Lausanne une publication sous licence Creative Commons by nc sa
Numéro thématique numéro 2 de la revue Adjectif

La science ouverte promeut la diffusion sans entrave des publications et des données de la recherche en vue de généraliser l'accès aux savoirs. C'est une prise de conscience que la science et la connaissance sont des biens communs qui doivent donc être partagés par toutes et tous. La science ouverte (Open Science) « s'appuie sur l'opportunité que représente la mutation numérique pour développer l'accès aux publications et aux données de la recherche ». Elle vise également à augmenter l'efficacité de la recherche en facilitant la découverte, l'accès, l'interopérabilité et la réutilisation des données, et contribue à une science plus transparente, plus rapide et plus universelle. Par ailleurs elle constitue un levier important de promotion de la connaissance et de confiance des citoyens dans la science [1] .

Cet article procède de la philosophie politique de l'éducation – conçue comme étude conceptuelle de la conversion du projet démocratique en pratiques éducatives (Blais et al., 2002/2013) formatives, et ici scientifiques – et de l'éthique interdisciplinaire (dans ses dimensions compréhensives comme normatives. Nous y ferons, de plus, fond sur la multiréférentialité et l'interdisciplinarité constitutives des sciences de l'éducation et de la formation. Nous ne présenterons pas ici d'enquêtes ou de données empiriques. Nous développerons plutôt un parcours réflexif intertextuel, avec une double exigence de cohérence théorique interne et de cohérence heuristique externe. Notre objectif est donc de contribuer à donner des outils conceptuels pour penser des transformations en cours dans la vie de la recherche aujourd'hui et nous y orienter. Nous nous confrontons en particulier à la problématique de la science ouverte, que nous situons au sein d'un mouvement plus large de numérisation du monde. Nous nous en tiendrons enfin à un discours que l'on pourra trouver à bon droit affecté d'un certain degré de généralité, et ce à titre d'une prudence méthodologique propre au type de travail de philosophie de l'éducation que nous menons (Foray, 2016) : il ne s'agit pas pour nous de tomber dans la prescription trop facile et détachée ou de prétendre à une posture de surplomb légiférant.

Notre point de départ sera ici la lecture du Deuxième Plan national pour la science ouverte. Généraliser la science ouverte en France 2021-2024 publié par le Ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation (MESRI) en 2021. On peut y lire que :

La science ouverte est la diffusion sans entrave des résultats, des méthodes et des produits de la recherche scientifique. Elle s'appuie sur l'opportunité que représente la mutation numérique pour développer l'accès ouvert aux publications et – autant que possible – aux données, aux codes sources et aux méthodes de la recherche. Elle permet à la recherche financée sur fonds publics de conserver la maîtrise des résultats qu'elle produit. Elle construit un écosystème dans lequel la science est plus transparente, plus solidement étayée et reproductible, plus efficace et cumulative. Elle induit une démocratisation de l'accès aux savoirs, utile à l'enseignement, à la formation, à l'économie, aux politiques publiques, aux citoyens et à la société dans son ensemble. Elle constitue enfin un levier pour l'intégrité scientifique et favorise la confiance des citoyens dans la science (p. 7)

Ce plan est orienté autour de quatre axes principaux (p. 4-5) : 1° Généraliser l'accès ouvert aux publications ; 2° Structurer, partager et ouvrir les données de la recherche ; 3° Ouvrir et promouvoir les codes sources produits par la recherche ; 4° Transformer les pratiques pour faire de la science ouverte le principe par défaut. Il se veut donc un changement majeur dans les conceptions de la recherche ayant court pour aborder le XXIème siècle.

Nous n'ignorons pas que de nombreuses voix se font entendre par ailleurs pour s'inquiéter plus globalement des effets secondaires de politiques d'évaluation de la recherche (lire notamment sur ce point Romainville et al., 2013) à fort enjeu pour les parties prenantes, craignant par exemple que cela n'amène certains à négliger les intérêts scientifiques propres de leur champ au profit de la recherche de capital personnel sous forme de nombre de publications classées. De manière plus générale, il existe aujourd'hui une critique de sensibilité anti-utilitariste (voir notamment Caillé et Chanial, 2009) des évolutions des politiques publiques concernant l'enseignement supérieur et la recherche, qui n'hésite pas à en appeler à une certaine responsabilité des chercheurs de ne pas rentrer dans des logiques que ces mêmes critiques qualifient de néo-libéralisation ou de marchandisation de la recherche. Nous jugeons que le fait de tenter de tenir un discours différent, mais néanmoins vigilant au plan éthique, constitue ici une contribution plus originale que de paraphraser ces critiques anti-utilitaristes ou de s'en faire simplement l'écho.

De ce point de vue, l'existence d'un tel plan questionne entre autre : 1° les conditions auxquelles un tel type de discours peut faire autorité aujourd'hui, c'est-à-dire être largement admis sans contrainte et ne pas devoir uniquement s'en remettre aux moyens de forcer le changement (Roelens, 2022a) ; 2° le type de cadres éthiques et politiques dont il sera possible voire nécessaire de se doter pour accompagner une telle dynamique (sur le type de questions classiquement soulevées en éthique de la recherche (Théry et al., 2011).

Les théories et propositions axiologiques disponibles (on distingue classiquement trois familles d'éthiques normatives, respectivement déontologistes, vertuistes et conséquentialistes, avec un grand nombre de variations contemporaines, notamment autour des théoriques de la justice) sont alors, comme on s'en doute, irréductiblement plurielles. Parmi elles, celles formulées par l'éthicien français et théoricien du minimalisme moral Ruwen Ogien ne sont sans doute ni les plus connues ni les plus travaillées. Y ayant consacré nous-mêmes un certain nombre de travaux antérieurs [2] (Roelens, 2020, 2021a, 2021b, 2021c, 2022b) montrant l'actualité et la fécondité de ces approches pour les questions vives actuelles en éducation et formation, elles nous semblent pourtant – outre leur originalité – potentiellement très précieuses pour penser les enjeux éthiques de l'ouverture des données, de l'édition scientifique et du partage social des savoirs dans un monde numérique« ce syntagme met l'accent sur la dimension anthropologique, plutôt que strictement technique, des environnements virtuels, ainsi que sur des aspects fondamentaux de la relation humaine selon les fonctions qui ne sont, ni strictement rationnelles, ni directement utiles : informationnels, communicationnels (solidarités par exemple), cognitifs, culturels, mais aussi imaginaires, poétiques, spirituels » (Albero, et al., 2019, p. 592).]] , nous y orienter éthiquement, et même y penser le cadre axiologique dans lequel peuvent s'inscrire des politiques publiques pouvant être largement reconnues comme légitimes dans ce domaine. Nous explorerons ici plus spécifiquement deux pistes d'investigation structurantes pour le type de démarche réflexive que nous envisageons : la première touche à tout ce qui concerne la tâche de convaincre les acteurs de s'engager dans une démarche de science ouverte, et la seconde a trait au type d'éthique de la recherche qui peut ensuite être redéfini pour cadrer une telle pratique.

Dans une première partie, nous présenterons succinctement la philosophie morale et politique minimaliste d'Ogien, et donnerons quelques arguments justifiant quelque chose comme son affinité élective avec la culture numérique, qui la rende très utile pour penser de concert le couple démocratisation/numérisation dans lequel les projets de promotion de la science ouverte susmentionnés semblent s'inscrire.

Dans une deuxième partie, nous montrerons qu'un certain nombre de précautions auxquelles Ogien nous demande de souscrire dans nos discours et jugements moraux et politiques sont utiles pour penser le type de promotion de la diffusion large du savoir sur lequel il peut être le plus pertinent et efficace de s'appuyer dans une démocratie pluraliste contemporaine.

Dans une troisième partie, nous mettrons plus spécifiquement en lumières les ressources minimalistes – dont en particulier la distinction faite par Ogien entre les préjudices et les offenses, la conception actualisée qu'il mobilise de la prudence et sa compréhension des paniques morales – qui peuvent être utiles pour penser moralement l'intégrité scientifique et la gestion des données au XXIème siècle.

Enfin, une brève ouverture conclusive nous permettra de suggérer qu'une éthique et une politique de la science ouverte pensées à l'aune de ce minimalisme pourraient consister un rouage de choix d'un humanisme numérique pleinement démocratique, c'est-à-dire capable de tourner le dos à ce que les humanismes précédents avaient de maximaliste (c'est-à-dire de prétention à prescrire tout un art de vivre, et non uniquement des règles de respects des individus et de coopération équitable).

Du minimalisme (et de son application au couple démocratie/numérique)

L'œuvre de Ruwen Ogien est abondante et plurielle, puisque les premières décennies de sa carrière scientifique sont plutôt marquées par la prégnance d'approches sociologiques de la pauvreté et de l'exclusion sociale dans un premier temps, puis par l'influence de la philosophie morale analytique de langue anglaise dans un second temps. Nous nous concentrons ici sur la dernière partie de son œuvre, schématiquement des quinze dernières années de sa carrière et de sa vie (il est décédé en 2017) où il élabore une philosophie morale d'abord, politique ensuite, d'ambition normative et d'une grande originalité (2007a, 2013, 2016), même s'il s'inscrit lui-même dans les sillages respectifs de John Stuart Mill et de John Rawls. En schématisant, Ogien rejette les conceptions morales maximalistes qui visent à prescrire tout un art de vivre et non uniquement des principes de respect mutuel et de coopération équitable. Pour lui, les éthiques déontologistes (de Kant) et vertuistes (d'Aristote) sont maximalistes (Ogien se réclame plutôt du conséquentialisme, soit la troisième option classique en éthique normative). Il s'oppose à tout moralisme (soit la tendance à penser détenir la seule vraie conception du bien et que tout irait mieux si tout le monde la partageait), à tout paternalisme (tendance à vouloir imposer cette conception aux autres censément pour leur bien) et à tout perfectionnisme (idée que l'on devrait œuvrer pour la réalisation d'une certaine conception de la perfection humaine).

Son éthique minimale se résume à l'articulation de trois principes non redondants : « indifférence morale du rapport à soi-même » ; « non-nuisance à autrui » ; « égale considération de chacun » (2007, p. 196). De son point de vue, nous avons globalement tous spontanément tendance à chercher d'une part à trop étendre le champ de ce qui relèverait des jugements moraux, et d'autre part à trop nous laisser aller à chercher à imposer nos propres conceptions du bien aux autres, au lieu de nous en tenir à une attitude de tolérance et de neutralité : être minimaliste est donc un travail sur soi.

Son rejet du paternalisme se prolonge dans sa philosophie politique, puisque celle-ci est toute entière bâtie sur « trois critères d'évaluation des interventions coercitives et non coercitives de l'État : permissivité morale, rejet des inégalités économiques et sociales, et usage parcimonieux de la force » (2013, p. 263). Il révoque donc toute possibilité de contraindre les individus censément pour leur bien, ou encore pour les contraindre au respect de supposés devoirs envers eux-mêmes, des groupes ou encore des idéologies. Ogien défend ainsi une conception négative de la liberté : il se n'agit pas, dans une perspective de libéralisme politique et moral de définir ce que serait la bonne manière d'être vraiment libre, mais de définir des espaces de permissivité où une liberté individuelle, comprise avant tout comme absence de contrainte, peut s'exprimer.

Avoir posé ailleurs un certain nombre d'éléments et de jalons pour une rencontre heureuse des propositions minimalistes avec les problématiques de la démocratisation et de la numérisation du monde aujourd'hui, nous permet d'y renvoyer pour le détail et de faire directement fond dessus ci-après. Précisons d'abord simplement que, parmi les affinités électives entre ces éléments, le tropisme résolument libertaire et égalitaire du minimalisme - avec pour horizon la permissivité maximale et la contrainte minimale compatibles avec le respect des trois principes moraux et des trois principes politiques présentés ci-avant – consonne avec des traits structurants de la culture numérique, du moins au plan des valeurs mises en avant par nombres d'acteurs ayant produit des textes théoriques et autres manifestes et déclarations dans ce domaine (Blondeau et Latrive, 2000 ; Rieffel, 2014), même si cela n'est pas forcement suivi d'effets au niveau des pratiques industrielles, par exemple au sein des GAFAM (Collectif, 2021).

Diffuser largement le savoir : discours de la vocation et du devoir moral vs discours de l'utilité sociale ?

Le Deuxième Plan national pour la science ouverte. Généraliser la science ouverte en France 2021-2024 (MESRI, 2021), évoqué en introduction a pour ambition explicite de mettre en place et d'activer des « leviers de transformation afin de généraliser les pratiques de science ouverte et il en présente des déclinaisons disciplinaires et thématiques » (p. 7). Son donneur d'ordre, autrement dit le ministère de tutelle, souhaite ainsi « engager un processus de transformation durable afin de faire de la science ouverte la pratique commune et partagée, encouragée par l'ensemble de l'écosystème international de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation » (ibid.) et précise que « la loi de programmation de la recherche de 2020, (...) inscrit la science ouverte dans les missions des chercheurs et des enseignants-chercheurs » (ibid.). Si l'ambition de diffusion largement de savoirs est explicite et ne fait pas de doute, il peut exister ensuite, au niveau de son implémentation en particulier, une pluralité de discours justificatifs visant à ce que les acteurs concernés reconnaissent l'autorité d'une telle prescription, et consentent pleinement non seulement à la mettre en œuvre mais à s'y investir et même à y être force de proposition le cas échéant. Un possible, fréquemment employé par exemple dans la formation des enseignants et la présentation qui leur est faite des différentes réformes qu'ils doivent mettre en œuvre consiste en un discours de l'exemplarité, de la vocation et du devoir moral envers soi (Roelens, 2021d). Transposé dans le cadre d'une telle politique de science ouverte, cela consisterait à nourrir à destination des chercheurs un discours visant à leur faire éprouver qu'ils se doivent à la diffusion du savoir, ou encore qu'ils ont vocation à accroître le champ de la connaissance humaine et à en assurer la publicité.

Cela pose, dans une perspective minimaliste telle que nous l'avons esquissée ci-avant, un certain nombre de problèmes.

Le plus évident nous parait être que cela ne traite pas le sujet, si l'on ose dire, à son juste niveau. À la rigueur, ce que chaque chercheur pense en son for intérieur être une pratique vertueuse où la manière dont il conçoit sa vocation n'est pas l'essentiel : ce n'est pas en soi envers soi-même ou une entité symbolique (la science, le savoir, la connaissance…) que les chercheurs ont des devoirs moraux et des responsabilités politiques dans un tel schéma, ce n'est même pas avant tout envers la communauté scientifique dont ils participent, c'est bien plus fondamentalement envers la société qui choisit d'allouer une partie de ses ressources au financement de leurs activités et travaux. Bref, c'est avant tout un discours de l'utilité sociale qui ici peut se tenir à l'écart de tout maximalisme tout en maximisant ses chances d'être entendu et admis. On pourrait parler d'une perspective utilitaire au sens large, ou encore, dans les termes du libéralisme politique de Rawls (1993/1995), d'un principe de coopération en vue de l'avantage mutuel entre les chercheurs et les autres membres de la société où ils vivent.

Cela engage en quelque sorte à un nouveau contrat social entre les intellectuels et les sociétés démocratiques où ils évoluent. Longtemps lesdits intellectuels se sont pensés comme de véritables législateurs éthico-politiques – chargés de juger du bien et du juste – puis ils durent, peu à peu, se faire plutôt interprètes (Bauman, 1987/2007 ; Ory et Sirinelli, 1986/2004). Des dynamiques comme celles de la science ouverte ou encore de la multiplication des évènements et sollicitations dans le domaine de la médiation scientifique semblent appeler encore à une étape supplémentaire : celle de l'assomption d'une posture d'intellectuel démocratique et de chercheur public, au sens profond et exigent de ces deux termes (Nora, 1980). Se confronter à de telles questions, c'est donc plus globalement se confronter au difficile exercice de définition de ce que peuvent être une culture démocratique et un rapport au savoir spécifique à la démocratie moderne. Corrélativement, une éthique de la science ouverte pour aborder le XXIème siècle peut alors être saisie comme une déclinaison sectorielle d'une exigence intellectuelle plus vaste, celle de penser une éthique substantiellement démocratique en rompant plus résolument que cela n'est souvent fait avec des cadres et ressources axiologiques qui ne sont pas solubles dans l'ethos démocratique. Pour ce faire, l'éthique minimale est, nous semble-t-il, des plus précieuses, et l'illustre bien par les ressources qu'elle fournit face à certains défis éthiques de la science ouverte en particulier, comme nous allons le voir.

Intégrité scientifique et gestion des données : ressources minimalistes

Ainsi, dans le cadre de sa défense de la liberté d'expression en art jusqu'à la liberté d'offenser, Ogien (2007b) a conceptualisé une distinction précieuse, du point de vue éthique, entre les préjudices et les offenses. Cette dernière nous semble en particulier pouvoir nous aider à combiner, dans une perspective de science ouverte : 1° une défense ferme de la liberté académique ; 2° le respect des exigences de l'intégrité scientifique ; 3° une gestion éthique des données. Ne relève du préjudice, en effet, que les actions qui portent clairement atteinte aux droits fondamentaux d'un ou de plusieurs individus humains, et qui peuvent donc être repoussées sans ambages au nom du principe de non-nuisance : plagier un collègue ou causer des déboires professionnels à un enquêté en ne respectant pas un engagement d'anonymisation pris à son endroit en procède, par exemple. Il existe en revanche une très large gamme de réactions provocables chez autrui relevant de l'offense, et qui englobe aussi bien l'atteinte à des choses symboliques et abstraites (l'image d'une institution ou une valeur morale revendiquée par un état, par exemple), ou encore ce qui est susceptible, dans sa réception (et donc en particulier en cas de large diffusion) de provoquer de l'anxiété, de l'embarras, de montrer des choses désagréables à voir, de déranger les personnes dans leurs certitudes acquises et leurs représentations ancrées.

En ce sens, l'exigence qu'a le chercheur de ne porter préjudice à quiconque est une exigence qui pèse en revanche légitimement, d'un point de vue minimaliste, sur toute démarche de recherche scientifique. Nombre de thèmes classiques de l'intégrité scientifique, en particulier ceux réunissables sous la catégorie de la lutte contre le plagiat, en procèdent. Sans doute la dynamique de science ouverte multiplie-t-elle encore le nombre de situations où il faut y prendre garde. Il est alors précieux de pouvoir faire fond sur la double démarche d'enrichissement et de clarification de la compréhension du principe de non-nuisance que permet la manière dont Ogien, après Mill, le (re) travaille. On peut en enfin considérer qu'une éthique de la recherche adéquate est alors celle qui prend soin de ne pas nuire à autrui, et qui intègre en particulier sa plus grande publicité, son accessibilité accrue et son traitement numérique comme autant d'occasion et de motifs à la fois d'y être vigilant, en particulier dans la gestion des données récoltées. En d'autres mots, est ici éthique une enquête qui ne porte pas préjudice aux enquêtés ni aux autres membres de la communauté scientifique. On peut aussi ajouter que la science ouverte peut avoir à construire, encore, un certain nombre de ce qu'Ogien appellerait ses maximes d'action prudentielles, autrement dit une certaine appréhension partagée des meilleures adéquations de moyens à mettre en œuvre pour atteindre les principales fins structurantes qu'elle se donne. Rien dans l'éthique minimale ne s'y oppose, au contraire.

Il est permis de penser, enfin, que l'éthique et la politique de la recherche sont parfois de ces secteurs d'exercice du jugement humain qui succombent à ce qu'Ogien nomme des paniques morales, qu'il définit ainsi : « 1. Le refus d'aller jusqu'au bout de nos raisonnements moraux, lorsqu'ils nous obligent à endosser des conclusions incompatibles avec nos préjugés les plus enracinés [ ; ] 2. La tendance à toujours envisager le pire de la part [des] personnes [ ; ] 3. Le refus de payer le coût intellectuel de notre engagement envers certains droits [ ; ] 4. La tendance à ne pas tenir compte du point de vue de celles et ceux dont on prétend défendre le bien-être » (Ogien, 2004, p. 46). Du point de vue éthique défendu par Ogien, la politique de science ouverte du MESRI serait donc justifiable tant qu'elle met en avant des devoirs des chercheurs envers les autres, autrement dit une certaine logique de justice et d'utilité sociale, mais ne le serait pas si elle entravait par trop leur liberté de recherche ou prétendait, même lorsque les chercheurs désapprouvent cette politique, n'agir que pour leur propre bien (soit une logique paternaliste). En d'autres mots, l'engagement démocratique pour une recherche libre et ouverte a des conséquences qu'il faut être prêt, tant éthiquement que logiquement, à assumer, et cela implique en particulier d'accepter une responsabilité éthique importante laissée aux chercheurs.

Or, un certain nombre de controverses récentes ayant touché le monde universitaire (par exemple les dénonciations de tendances dites wokes, qui ont pu être perçues comme des menaces sur la liberté académique) peuvent sans doute être ressaisie à cette aune. Mieux identifier tout ce qui relève de la simple panique morale dans ce registre peut alors permettre de concentrer l'exigence d'intégrité scientifique sur les cas où des préjudices causés par les chercheurs pourraient être réellement attestés. Sans doute les débats sur l'engagement et le positionnement social des chercheurs ne sont-ils pas des problématiques nouvelles, mais, en un sens, l'idéal de la science ouverte en multiplie sans doute les occasions et les met à portée de tous (ou encore, en fait la question de tous). La numérisation du monde, et l'emballement que peuvent par exemple causer quelques lignes d'une publication sorties de leur contexte et diffusées sur un réseau social, accentue encore le caractère aigu de tels enjeux. Le défi, en d'autres termes, d'une éthique et d'une politique minimalistes de la science ouverte sera de maintenir ouvert les espaces de permissivité et de controverses les plus vastes possibles dans l'espace public et le monde scientifique, sans pour autant renoncer à une certaine ambition normative, à certaines conditions précises et dans certains cas où cela l'exige. On peut ainsi imaginer qu'elle cherche à articuler une ouverture plus large quant aux critères d'utilité sociale pouvant être pris en compte pour justifier de l'équité de politiques publiques ambitieuses de soutien à la recherche (en valorisant mieux les activités de médiation, et non uniquement de mise à disposition, des connaissances produites) et une défense renouvelée de la liberté académique au plan politique et moral.

Ouverture conclusive : science ouverte, humanité numérique et minimalisme moral

L'idée d'une actualisation du projet humaniste (puis de l'idéal des Lumières) de libre partage du savoir est au cœur du plan pour la science ouverte sur lequel nous avons ouvert notre propos. Remarquons qu'en parallèle, les publications traitant de l'avènement de l'homo numericus, compris comme une véritable mutation anthropologique, font florès (voir notamment : Cohen, 2022 ; Vallancien, 2017), tandis que les humanités numériques (Van Hooland et al., 2016 ; Vinck, 2016/2020) deviennent peu à peu un champ de recherche et d'enseignement bien identifié dans le paysage académique, y compris par leur capacité à susciter en retour un certain nombre de discours critiques (Granjon, 2016 ; Mounier, 2018). Certains néanmoins, en particulier Milad Doueihi (2011, 2013), plaident pour l'émergence et l'élaboration d'un véritable humanisme numérique au XXIème siècle. Dans son esprit, cela constituerait un quatrième âge de l'humanisme après les trois identifiés en son temps par Lévi-Strauss (humanisme de la Renaissance, humanisme bourgeois et exotique, humanisme démocratique de l'épanouissement des sciences humaines et sociales dans la deuxième moitié du XXème siècle).

Il nous semble toutefois qu'à chacune de ces étapes une tension a pu exister entre la conception d'une connaissance qui pourrait avoir de la valeur en elle-même (charge aux humains de bonne volonté et d'esprit bien fait de le reconnaître) et la conception d'une recherche et d'une science avant tout au service de l'humanité, et même plus précisément encore des individus humains qui la composent. Si l'on prend au sérieux ce qui précède, on comprendra que, d'un point de vue minimaliste du moins, l'idée de devoirs envers un canon d'œuvres passées ou envers les progrès de la connaissance future n'a pas de sens : toutes ces choses valent parce qu'elles permettent, dans un contexte démocratique, à un nombre important d'individus de progresser vers le bien-être, c'est ce qui fait la légitimité de l'investissement qui y est alloué et de l'énergie croissante mise à les diffuser. De manière plus générale, cela nous engage aujourd'hui à faire de l'exploration du triptyque éthique, numérique et idéologie (Roelens et Pélissier, à paraitre en 2023) tout à la fois un objet de recherche interdisciplinaire et de débat public ouvert. Or les ressources fournies pour ce faire par la science ouverte et les espaces de permissivité éthico-politique permis pour cela par le minimalisme sont alors tous deux précieux.

Références bibliographiques

Albero, B., Simonian, S. & Eneau, J. (dir.) (2019). Des humains & des machines : Hommage aux travaux d'une exploratrice. Editions Raison et Passions.

Bauman, Z. (1987/2007). La décadence des intellectuels. Des législateurs aux interprètes. Actes Sud.

Blondeau, O., Latrive, F. (dir.). (2000). Libres enfants du savoir numérique. L'éclat.

Caillé, A., Chanial, P. (dir.). (2009). Dossier : L'Université en crise Mort ou résurrection ? Revue du MAUSS, n° 33.

Cohen, D. (2022). Homo numericus. La 'civiilsation' qui vient. Albin Michel.

Collectif. (2021). Les GAFAM. Une histoire américaine. Questions internationales, n° 109, 4-96.

Doueihi, M. (2011). Pour un humanisme numérique. Seuil.

Doueihi, M. (2013). Qu'est-ce que le numérique ? Presses Universitaires de France.

Foray, P. (2016). La description de l'expérience comme objet et méthode de la philosophie de l'éducation. Le Télémaque, n°5 0, 67-72.

Granjon, F. (dir.). (2016). Dossier : Critique des humanités numériques. Variations, n° 19, https://doi.org/10.4000/variations.670.

Ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation (MESRI) (2021). Deuxième Plan national pour la science ouverte. Généraliser la science ouverte en France 2021-2024.

Mounier, P. (2018). Les humanités numériques. Une histoire critique. Éditions de la Maison des Sciences de l'Homme.

Nora, P. (1980). Que peuvent les intellectuels ? Le Débat, n° 1, 3-19.

Ogien, R. (2004). La panique morale. Grasset & Fasquelle.

Ogien, R. (2007a). L'éthique aujourd'hui. Maximalistes et minimalistes. Gallimard.

Ogien, R. (2007b). La Liberté d'offenser : le sexe, l'art et la morale. La Musardine.

Ogien, R. (2013). L'Etat nous rend-il meilleurs ? Essai sur la liberté politique. Gallimard.

Ogien, R. (2016). Mon dîner chez les cannibales. Grasset & Fasquelle.

Ory, P. et Sirinelli, J.-F. (1986/2004). Les intellectuels en France. Tempus Perrin.

Rawls, J. (1993/1995). Libéralisme politique. Presses Universitaires de France.

Rieffel, R. (2014). Révolution numérique, révolution culturelle ? Gallimard.

Roelens, C. (2020). Quelle éthique pour l'éducation et la prévention en santé ? Éducation, Santé, Sociétés, n° 6-1, 137-152.

Roelens, C. (2021a). Éthique minimale, individualisme et éducation à l'autonomie. Éthique en éducation et formation - Les dossiers du GREE, n°10, 6-13.

Roelens, C. (2021b). Du minimalisme éthique et de l'art aujourd'hui. Dialogue avec Ruwen Ogien. Ethica, n° 24-1, 69-84.

Roelens, C. (2021c). Penser l'autonomie avec Ruwen Ogien. Un minimalisme appliqué comme geste philosophique dans la modernité démocratique ? Dans E. Théodoropoulou, Actes de la 1ère Pré-Biennale Internationale de Philosophie Pratique en ligne (pp. 166-179). L.R.Ph.P.

Roelens, C. (2021d). Bienveillance et exemplarité. Quelques réflexions sur la formation des professeurs des écoles. Les Sciences de l'Éducation – Pour l'Ère Nouvelle, n° 54-1, 93-112. Roelens, C. (2022). Quelle autorité dans une société des individus ? Presses Universitaires de Rouen et du Havre.

Roelens, C. (2022b). Jalons pour une éthique minimaliste de (l'éducation et de la formation à) l'autonomie dans un monde numérique. Actes du colloque international LUDOVIA-CH 2022 'Vivre et apprendre dans un monde num'éthique' (en ligne : https://ludovia.ch/new/wp-content/uploads/2022/04/actes_Ludovia_22.pdf), 1-4.

Roelens, C., Pélissier, C. (dir.). (à paraitre en 2023). Éthique, numérique et idéologie aujourd'hui...et demain. Presses des Mines.

Romainville, M., Goasdoué, R.,& Vantourout, M. (dir.). (2013). Évaluation et enseignement supérieur. De Boeck.

Théry, J.-F., Besnier, J.-M. & Hirsch, E. (2011). Éthique et recherche. Un dialogue à construire. Quae.

Vallancien, G. (2017). Homo Artificialis. Plaidoyer pour un humanisme numérique. Michalon.

Van Hooland, S., Gillet, F., Hengchen, S. & De Wilde, M. (2016). Introduction aux humanités numériques : méthodes et pratiques. Sciences humaines et sociales. De Boeck Supérieur.

Vinck, D. (2016/2020). Humanités numériques. La culture face aux nouvelles technologies. Le Cavalier Bleu.

Camille Roelens


[2] A cela s'ajoute plusieurs textes actuellement sous presse ou en lecture dans des revues scientifiques, qui nous permettent de traiter sur des bases analogues des problématiques spécifiques connexes à celles que nous travaillons ici. Voir notamment le textes écrit sous le titre provisoire suivant : « Ressources heuristiques et pratiques du minimalisme de Ruwen Ogien pour l'approche critique des mutations numériques contemporaines en éducation ».

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13 October 2023 at 11:03
Description de cette initiative Fertîles est une école de la coopération et de l'engagement, au service des transitions écologique, sociale et démocratique qui propose 6 parcours :

  • VIF : Le parcours Voies à Impacts Fertiles de 5 jours est ouvert à tous·tes, pour cheminer vraiment dans son engagement. En s'outillant, et en s'entourant, dans la joie !
  • PAF Ingénieur·es : Via 5 jours immersifs dans un écolieu, le Parcours d'Avenirs Fertiles aide les ingénieur·es de tous âges, étudiant·es ou actif·ves, à s'engager dans les transitions avec sens et impact.
  • PACoo' [Coopération] Le parcours Posture Apprenante de Coopération c'est 5 jours immersifs pour explorer, expérimenter et grandir sa qualité de coopération.
  • FACIL' [Facilitation] 6 jours d'apprentissages et d'expérimentations en immersion dans un écolieu pour trouver votre posture personnelle de facilitateur·ice pour accompagner des groupes.
  • Coopérations Fertiles : 6 à 7 semaines en immersion dans un écolieu, en gouvernance partagée, pour apprendre à coopérer, vivre et s'engager autrement.
  • Facilitation Graphique : Un stage de 2 à 3 jours, accessible à toutes et tous sans pré-requis en dessin, pour apprendre les bases de la transmission visuelle, et ainsi acquérir un nouvel outil de coopération.

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Nom du porteur de l'initiative Fertiles
Auteur de la fiche Michel Briand
Echelle d'action Globale
Comment contacter cette initiative https://fertiles.co/contact/
Mot Clef
  • Transition écologique
Quel partage ? Creative Commons

Pourquoi il faudrait en finir avec la « préservation des ressources »

Un article repris du magazine The Conversation, une publication sous licence CC by nd

Des injonctions viennent régulièrement le rappeler au consommateur : l'eau est une ressource précieuse et il convient de l'économiser. Mais le concept même de "ressource" peut conduire à des impensés… Susanne Nilsson / Creative Commons, CC BY-NC-SA

« Économiser des ressources », « les consommer de façon plus responsable », « mieux les gérer » ou « mieux les préserver », les expressions ne manquent pas pour exprimer l'urgence face à la catastrophe écologique en cours. Elles soulignent aussi la nécessité de réduire l'emprise qu'une part de l'humanité exerce sur les ressources terrestres. Le récent discours du président de la République sur la planification écologique en est un exemple, parmi d'autres. Et déjà, certains se préoccupent des ressources extraterrestres abritées par les corps célestes

Sans doute sommes-nous toutes et tous d'accord sur le principe : qui nierait que les humains doivent se montrer « plus responsables » dans leurs pratiques s'ils ne veulent pas hypothéquer l'avenir ? Mais l'usage — souvent inflationniste — du terme « ressource » et la multiplication tous azimuts des sommations associées posent de sérieux problèmes sur lesquels il est tout aussi urgent de s'arrêter.

Les ressources a priori n'existent pas

Une ressource, en effet, ce n'est pas une qualité substantielle que certaines choses auraient alors que d'autres non. C'est plutôt une relation d'usage, un rapport de moyen à fin. Toute chose peut tenir lieu de ressource, mais le monde n'est pas composé de ressources a priori.

Ainsi le pétrole ne se donne pas comme ressource dans l'environnement, il faut un travail considérable pour qu'il puisse finalement servir à la locomotion. L'eau s'offre parfois de façon plus spontanée. Mais pour devenir ressource et servir à l'agriculture — ou à la continuité physiologique des êtres vivants — elle doit en général être découverte, stockée (dans le creux d'une main aussi bien que dans un réservoir), canalisée, traitée et/ou transportée.

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Capitalisme et rapport utilitariste

Ce qui qualifie une ressource, c'est donc un caractère de disponibilité, conséquence d'un travail plus ou moins important de mise à disposition. Bien sûr, toutes les sociétés humaines ont été dans ce type de rapport avec certaines choses, y compris les sociétés de chasseurs-cueilleurs : tous les humains sont pris dans des rapports de moyen à fin.

Toutes n'ont cependant pas voulu systématiser et/ou naturaliser cette forme utilitariste de rapport. Les travaux d'anthropologues comme Anna Tsing, James C. Scott ou du sociologue Hartmut Rosa suggèrent même que c'est précisément là ce qui singularise les sociétés capitalistes contemporaines.

La première citée s'appuie ainsi sur le modèle de la plantation de canne à sucre pour incarner l'épistémologie de la modernité. Dans ce modèle, le caractère de disponibilité se décline dans les forces de travail (esclaves et/ou travailleurs pauvres) jusque dans les végétaux (variétés sélectionnées à dessein) et les écologies, « appauvries » parce qu'elles sont entièrement subordonnées à des objectifs de production.

Quand la mise en ressource aplatit le monde

Dans des mondes qui se sont ainsi construits sur le principe de l'accessibilité des ressources, les injonctions à les préserver posent donc au moins deux problèmes, dont il convient plus que jamais d'avoir conscience.

D'abord parce qu'elles tendent à faire oublier ce qu'il en coûte de produire des ressources : la disponibilité invisibilise le travail de mise à disposition.

Elle écrase les perspectives temporelles et spatiales, comme si avoir accès à l'eau courante et pouvoir la « consommer » de façon responsable (ou non) allait de soi. En contribuant à la naturalisation du caractère acquis de ressource, elle aplatit le monde.

L'invitation à préserver les ressources forme par ailleurs un oxymore aux implications délétères : elle définit des choses (du pétrole, de l'eau, des plantes, etc.) par leur destination (leur vocation de consommables), mais elle demande de ne pas les y réduire.

Parce qu'elle favorise l'usage, la mise en ressource du monde augmente enfin mécaniquement l'impératif de son contrôle : rendez l'eau ou le chocolat disponibles à tout moment et vous augmenterez sûrement la tentation… En même temps, par conséquent, que le besoin de la refréner.

Le rayon chocolat d'u supermarché
Avec l'abondance de la ressource, peut émerger un sentiment de culpabilité. AdminOfPlaygroup/Creative Commons, CC BY-NC-ND

D'où l'inflation contemporaine de normes expressément promues pour amoindrir la disponibilité qu'on a paradoxalement fait acquérir aux choses. D'où peut-être, aussi, l'émergence et la diffusion d'un sentiment de culpabilité, l'impression légitime de ne pas pouvoir être à la hauteur d'une exigence de modération qui est exactement proportionnelle à la facilité d'accès.

Enjoindre à préserver les ressources c'est, en somme, concentrer l'attention sur l'usure — enjoindre à préserver, économiser, gérer — sans contester l'usage, le caractère de disponibilité. On fait ainsi peser toute la responsabilité de la modération sur le public, comme si le problème n'était pas aussi celui de la mise en ressource, et de celles et ceux qui l'exacerbent.

Préserver les ressources est peut-être nécessaire, mais changer de rapports au vivant et/ou à la biodiversité ou à la terre implique beaucoup plus. Il faut changer de rapport, justement, ne pas se contenter de le faire varier en degré (d'économiser, de gérer, de préserver) mais changer sa nature.

Nous ne pouvons plus nous contenter de réduire la pression sur les ressources, de réaliser des économies ou d'être plus respectueux. Ce ne sont là que des normes humaines, en effet, des choix dont on peut discuter les vertus, mais qui prennent le rapport à la ressource pour donné.

Rendre le monde moins disponible

Pour penser autrement, on pourrait commencer par suivre le sociologue Hartmut Rosa et chercher à « rendre le monde indisponible », moins disponible a minima. Cela implique, éventuellement, de mieux accepter les moments — en réalité, nombreux — où il ne l'est pas, en rendant par exemple leur saisonnalité aux tomates ou aux fraises, en nous forçant ainsi à dépendre davantage de notre environnement et de ses temporalités.

On irait alors à rebours de la modernité, qui s'est précisément construite autour d'un idéal d'autonomisation, contre cette hétéronomie (étymologiquement, « autre norme », soit le fait de vivre selon des règles imposées par autrui ou autre chose), en refusant que l'humanité soit normée de l'extérieur et dépendante d'une variabilité qu'elle n'aurait pas tout à fait choisie.

C'est même ainsi qu'elle a conçu la liberté, dans cet élan émancipateur, portée par son extraordinaire capacité à ne dépendre que d'elle-même. Finalement, le concept de ressource exprime l'impasse dans laquelle ce fantasme d'autonomie conduit. Réfléchir à l'indisponibilité des choses et à l'hétéronomie des rapports au monde est une façon de remettre la question de la dépendance au cœur des pensées du futur.

Cela implique, évidemment, de ne plus toujours l'envisager comme une contrainte et une aliénation, mais aussi de la considérer comme une opportunité :

  • pour le vivant d'abord, dans la mesure où dépendre de l'environnement, ne plus l'avoir indéfiniment comme ressource, est une façon de favoriser son déploiement au-delà de tout contrôle anthropique.

  • Pour les humains ensuite, parce que la dépendance est une reconnaissance de l'altérité. Elle demande de « faire avec ». À ce titre elle est susceptible de les contraindre parfois, mais aussi de les étonner et de les enrichir, de les sortir en tous cas du narcissisme dans lequel les plonge la projection sans cesse renouvelée de leur volonté sur le monde, et cela qu'elle soit « bonne » ou « mauvaise ».

En tout cas, c'est ce que suggèrent les travaux que j'ai déjà réalisés en la matière, ainsi que d'autres travaux en cours ou qui ont été produits par quelques étudiants.

Ils montrent aussi que les sciences humaines et sociales ont beaucoup à apporter en ce sens, en particulier lorsque, comme l'anthropologie et l'archéologie, elles s'intéressent à des groupes humains qui ont choisi d'accueillir et d'explorer leurs dépendances. Elles offrent ainsi de puissants outils pour penser un avenir moins univoque que celui de la modernité.

The Conversation

Léo Mariani ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

Le codéveloppement « inter »professionnel pour aller au-delà des disciplines en formation initiale

La Clinique universitaire d'orthopédagogie de l'Université du Québec à Chicoutimi (Québec, Canada) permet aux étudiants en enseignement en adaptation scolaire et sociale et de travail social d'offrir des services interprofessionnels à la population et, de ce fait, de développer en cours de formation les compétences propres à la collaboration. Pour soutenir la collaboration interprofessionnelle, des dispositifs sont mis en place à l'intérieur des cours, dont celui du groupe de codéveloppement professionnel. L'objectif de l'article est de connaitre la perception des étudiants inscrits au baccalauréat en enseignement en adaptation scolaire et sociale et en travail social quant à l'utilisation des groupes de codéveloppement professionnels comme soutien à la collaboration interprofessionnelle, et ce, au regard des cinq objectifs visés par ce dispositif. L'analyse de contenu d'entrevues de groupe réalisées au début et à la fin du projet rend compte, d'une part, que le contexte de formation favorise l'atteinte des objectifs du codéveloppement et, d'autre part, que les groupes de codéveloppement professionnels permettent la mise en place de facteurs favorisant la création de la relation de collaboration. Ce contexte de formation initiale, instauré dans le cadre d'activités cliniques, permet d'arrimer la théorie à la pratique et d'adapter la formation initiale aux besoins des milieux scolaires et sociaux.

1. Introduction

L'inclusion scolaire vise à contrecarrer l'exclusion sociale en présentant une école prête à répondre aux besoins de tous, et ce, sans avoir à mettre en place une organisation différente (Beauregard et Trépanier, 2010 ; Prud'homme et Ramel, 2017 ; Thomazet, 2008). Cela fait référence au principe de dénormalisation où on prend en compte les besoins de tous sans exception (Aucoin et Vienneau, 2010). En effet, il ne s'agit plus de demander aux élèves de s'adapter à l'école, mais plutôt d'adapter l'école à tout le monde.

Le paysage scolaire québécois a beaucoup changé au fil des ans. Par exemple, en 2015-2016, les élèves ayant un handicap ou étant en difficulté d'adaptation ou d'apprentissage représentaient 21,6 % des effectifs scolaires (CSE, 2017). Cette hausse, en plus des problèmes sociaux de plus en plus complexes vécus par les familles, a fait en sorte que les services à l'élève ont dû évoluer. Les interventions ne peuvent maintenant plus uniquement être centrées sur l'enfant. Il faut désormais tenir compte de la famille et cela exige la mise en place d'actions interdisciplinaires concertées (Beaumont et al., 2011 ; CSE, 2017). Cela va de pair avec l'importance accordée par le gouvernement du Québec, depuis plus de deux décennies, à la collaboration entre l'école, la famille et la communauté, incluant les services sociaux (MEQ, 1999 ; MELS, 2008).

Cependant, l'éducation inclusive nécessite des changements importants dans les milieux de pratique, notamment l'instauration de moments d'échanges entre les différents professionnels pour favoriser la collaboration, ainsi qu'optimiser les services à l'élève (Beaupré et al., 2010 ; Gaudreau et al., 2008) et leur organisation (Choi, 2016). L'éducation inclusive, de même que la capacité à collaborer avec les professionnels des autres disciplines, doit se développer dès la formation initiale à l'enseignement (Bélanger, 2010 ; Choi, 2016 ; Gaudreau et al., 2008). Actuellement, la formation initiale dans les professions de la relation d'aide prépare peu à la collaboration interprofessionnelle (Larose et al., 2013) et, dans le but d'arrimer la formation initiale aux nouvelles réalités des milieux de pratique, un projet de recherche permettant de développer les compétences propres à la collaboration interprofessionnelle a été mis sur pied à l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC). Le but du projet de recherche est d'amener les acteurs clés œuvrant auprès des jeunes en difficultés et leurs familles, soit les enseignants en adaptation scolaire et sociale (orthopédagogie) et les travailleurs sociaux, à travailler ensemble dès le début de leur formation. Le présent article exposera le contexte de réalisation du projet, la théorie relative à la collaboration interprofessionnelle et aux groupes de codéveloppement professionnels, la méthodologie employée, ainsi que les résultats de la recherche qui seront, par la suite, discutés.

2. Un contexte de formation initiale ancré dans la pratique professionnelle

Depuis les années 1980, l'UQAC héberge la Clinique universitaire d'orthopédagogie (CUO) (Doucet et Côté, 2012). Cette dernière a été institutionnalisée en 2010 et depuis, elle œuvre dans le respect de ses trois missions, soit la formation universitaire, la recherche et, par l'offre de services orthopédagogiques à la population du Saguenay, les services à la communauté (Baron et al., 2019a). À la CUO, des services d'évaluation et d'intervention orthopédagogiques sont offerts aux élèves du secteur jeune. Ces services sont dispensés par les étudiants en quatrième et dernière année de formation inscrits au baccalauréat en enseignement en adaptation scolaire et sociale. Ces étudiants, encadrés de professeurs et de professionnels du milieu appelés orthopédagogues-conseils, reçoivent les élèves deux soirs par semaine, d'octobre à mars (20 semaines), à raison de 50 minutes par rencontre (Baron et al., 2019a ; Doucet et Côté, 2012).

5Il s'agit ici d'un contexte de formation riche permettant l'arrimage de la théorie à la pratique. Au fil des ans, la clientèle de la CUO, à l'instar de celle des milieux scolaires, a changé. Il a été constaté que les besoins des élèves n'étaient plus seulement axés sur les apprentissages, mais également sur des difficultés personnelles et sociales. La vie familiale et sociale étant impossible à départager de la vie scolaire, une collaboration a été mise sur pied entre l'adaptation scolaire et sociale et le travail social afin de répondre aux besoins des élèves et de bonifier l'offre de service à la CUO (Baron et al., 2019b). Ainsi, certains étudiants des deux disciplines ont pu suivre la même famille (l'enfant bénéficiait d'un service en orthopédagogie et la famille en travail social) et d'autres étudiants, pour leur part, ont suivi des familles et des élèves différents tout en partageant leur expertise. Cette démarche a pour but d'adapter la formation initiale aux besoins réels du milieu en reproduisant une collaboration interprofessionnelle dans un contexte de clinique universitaire. Ce jumelage vient également pour compenser les compétences que les étudiants de l'autre discipline doivent développer. Par exemple, les étudiants de travail social sont moins à l'aise d'approcher les enfants, tandis que ceux de l'orthopédagogie ont à travailler l'approche avec les familles. Ce projet de recherche représente donc un virage important dans la formation universitaire de premier cycle en considérant l'interprofessionnalité comme un enjeu de recherche, mais aussi de formation. De plus, cette initiative a également contribué à la création officielle d'une clinique universitaire en travail social à l'UQAC.

3. Cadre théorique

Pour favoriser le développement des compétences professionnelles propres à la collaboration (CPIS, 2010) et soutenir le développement professionnel des étudiants en formation, il a fallu mettre en place, à l'intérieur des cours offerts dans chacune des formations initiales, certains dispositifs dont celui des groupes de codéveloppement professionnels (Baron et al., 2021). La section suivante propose de se pencher, en premier lieu, sur la collaboration interprofessionnelle, en second lieu, sur la définition, les objectifs et le déroulement des groupes de codéveloppement professionnel puis, en dernier lieu, sur l'objectif de l'article.

3.1. La collaboration interprofessionnelle

Cody et al. (2016) définissent la collaboration comme un espace qui permet le travail conjoint où au moins deux acteurs sont en interaction et doivent partager une responsabilité face au travail à réaliser qui s'inscrit dans un environnement structuré. La collaboration se compose de quatre caractéristiques soient 1) l'intensité ou l'intérêt accordé au travail ; 2) l'ouverture d'esprit des acteurs (tant l'ouverture à soi que l'ouverture à l'autre ; 3) la communication ; et 4) la globalité (Cody et al., 2016 ; Marcel et al., 2007). Elle est influencée par l'engagement et le désir de collaborer des acteurs, la parité dans la prise de décisions, le partage de buts communs et d'objectifs partagés, la confiance entre les acteurs, le sentiment d'appartenance au groupe, la clarification des rôles et la reconnaissance des complémentarités, ainsi que la valorisation du modèle de collaboration incluant la création d'un espace-temps (Beaumont et al., 2011 ; Friend et Cook, 2010 ; Letor et al., 2007 ; Marcel et al., 2007). Si la collaboration entre les acteurs d'une même discipline ou profession peut s'avérer parfois difficile sous l'influence de ces facteurs, la collaboration interprofessionnelle n'est pas en reste.

En contexte universitaire, l'interdisciplinarité se définit comme l'intégration de concepts liés aux connaissances représentatives de chaque discipline (Fourez, 2001 ; Fourez et al., 1997) où l'apport de chacune est utilisé de façon à conceptualiser des situations particulières (Fourez, 2001). Le travail interdisciplinaire doit être finalisé de façon pragmatique et théorique pour arriver à une représentation conceptuelle et langagière commune (Fourez et al., 1994). Dans le cadre de ce projet, le terme interprofessionnalité sera privilégié à l'interdisciplinarité vu l'aspect clinique du projet. L'Organisation mondiale de la santé (OMS, 2010) définit l'interprofessionnalité par une activité ou un apprentissage réalisé conjointement par au moins deux professionnels exerçant des professions différentes qui sont parvenus à une compréhension commune et unique, et ce, grâce au jumelage de leur expertise. Pour parvenir à cette représentation partagée, voire même négociée, la collaboration interprofessionnelle autour d'un but ou d'objectifs communs, où les connaissances de chacun des acteurs sont complémentaires, est nécessaire (Allenbach et al., 2017 ; Fourez et al., 1997).

Le Référentiel national de compétences en matière d'interprofessionnalisme, initialement créé pour le domaine de la santé, propose six domaines de compétences à la collaboration interprofessionnelle applicables aux professions de la relation d'aide telles que l'enseignement et le travail social. Ces compétences sont : les soins centrés sur la personne, ses proches et la communauté ; la communication interprofessionnelle ; la clarification des rôles ; le travail d'équipe ; le leadeurship collaboratif ; et la résolution de conflits interprofessionnels (CPIS, 2010). Ces domaines et les compétences s'y rapportant servent à forger l'esprit critique nécessaire à la pratique de la collaboration entre les professionnels (CPIS, 2010). En effet, l'esprit critique favorise l'introspection et l'ouverture à l'autre, ce qui assure le bon fonctionnement du travail en interprofessionnalité (Baron et al., 2018). Cependant, quelques obstacles peuvent entraver le bon déroulement de la collaboration, dans ce cas entre les milieux scolaires et sociaux, notamment en ce qui a trait aux actes spécifiques propres à chaque profession (Allenbach et al., 2017 ; CSE, 2017), tels que les enjeux propres à la confidentialité et aux difficultés de communication. Ces difficultés peuvent affecter les actions de collaboration ainsi que la réponse adéquate centrée sur les besoins de la famille.

Il importe donc de mettre en place des dispositifs soutenant la création d'un continuum de services intégrés mobilisant tous les acteurs dans le but de soutenir la réussite des élèves (Deslandes, 2010) et où tous partagent une vision commune dans l'organisation des services et de la complémentarité de chacun (CSE, 2017). C'est dans cette vision d'organisation et de support à la collaboration que, dans le contexte de la CUO, des groupes de codéveloppement professionnels ont été créés afin de supporter le développement des compétences nécessaires à la collaboration interprofessionnelle et d'offrir une structure de partage assurant l'influence de facteurs positifs et obligeant à prendre un temps d'arrêt pour échanger et pour assoir la prise de décision sur les actions les plus appropriées.

3.2. Les groupes de codéveloppement professionnel

Le groupe de codéveloppement professionnel est une approche de formation qui mise sur les interactions entre les participants d'un même groupe dans le but de favoriser le développement professionnel (Aita et al., 2015 ; Lemay et al., 2008 ; Payette, 2000 ; Payette et Champagne, 2000). Il s'agit d'une modalité de soutien par les pairs et de perfectionnement qui permet la création de collaborations fructueuses (Champagne, 2019), en plus du développement de savoirs, de savoir-faire et de savoir-être (Aita et al., 2015). En effet, la composition hétérogène d'un groupe de codéveloppement professionnel a un impact positif parce que cela ajoute à la richesse des propos et des interventions (Bélanger, 2018). Cela peut permettre, dans certaines situations, de se doter d'une équipe de travail alors que les fonctions font en sorte que le travail se fait le plus souvent de façon isolée (Lemay et al., 2008).

Alors que, dans les milieux de pratique, les gens ont tendance à sous-estimer leur richesse, il a été observé que ces groupes permettent de développer une posture d'expert-conseil (Payette, 2000). Il s'agit d'un dispositif qui permet de réfléchir à la fois individuellement et collectivement (Bélanger, 2018). Le principe des groupes de codéveloppement est d'apprendre de sa propre pratique en partageant des expériences positives ou négatives avec ses pairs, dans le but de réinvestir ce qui a été appris dans sa propre pratique (Aita et al., 2015 ; Payette, 2000). Ainsi, cela permet de reconnaitre les compétences de chacun et de hausser le sentiment d'efficacité personnelle nécessaire à la réussite des activités (Duchesnes et Gagnon, 2013). Cela favorise la coconstruction de savoirs ancrés dans la pratique issus à la fois de l'expérience et de la théorie (Payette, 2000) et permet aussi de coconstruire en faisant appel aux connaissances issues de la recherche (Caron et Portelance, 2017). Il s'agit d'une approche qui s'adapte à diverses situations problématiques ou non, ainsi qu'à différents domaines (Payette, 2000). De plus, les groupes de codéveloppement professionnels peuvent contribuer à la formalisation d'une nouvelle pratique (Lemay et al., 2008).

Le dispositif du codéveloppement professionnel repose sur cinq objectifs (Payette, 2000 ; Payette et Champagne, 2000). Le premier est d'apprendre à être plus efficace en découvrant, au contact de l'autre, de nouvelles façons de penser et d'agir puisque l'expérience professionnelle de chacun, qu'il soit de la même profession que soi ou d'une autre, est unique et riche. Cette rencontre avec l'autre est liée au second objectif qui est de prendre un temps pour réfléchir à sa pratique professionnelle. En effet, le partage de sa pratique et de son expertise oblige à réfléchir à ses propres compétences qu'elles soient relatives à un savoir expérientiel ou à un savoir scientifique. Le troisième objectif est celui de faire partie d'un groupe professionnel où prévalent la confiance et la solidarité entre les acteurs, et ce, peu importe leur profession et leur titre professionnel puisque tous les participants sont égaux lors du processus. Le quatrième objectif est d'apprendre à aider en devenant un consultant et aussi d'apprendre à être aidé en devenant client. Cela demande de l'humilité tant dans le partage de son savoir ou de sa pratique, mais aussi pour formuler une demande d'aide. Finalement, le dernier objectif est de consolider son identité professionnelle en étant au contact de l'autre, qu'il soit de la même profession ou d'une autre.

Les groupes de codéveloppement professionnels se déroulent en 6 étapes distinctes pour lesquelles un temps imparti est prédéterminé et se doit d'être respecté (Payette, 2000 ; Payette et Champagne, 2000). Ces dernières sont : 0) la préparation ; 1) l'identification de la situation problème par l'équipe de travail ; 2) la demande de clarification par les autres membres du groupe et la reformulation du problème ; 3) le partage de pistes de solution ; 4) le plan d'action que l'équipe compte mettre en œuvre et 5) la mise à l'essai et les retombées (Payette, 2000 ; Payette et Champagne, 2000). Il s'agit donc d'un dispositif de formation efficace nécessitant l'engagement de chacun et permettant le développement de compétences professionnelles dans le but de trouver des solutions à un problème observé. La qualité du travail de groupe est dépendante de celle faite en individuel (Payette, 2000), puisque la préparation de chacun, ainsi que leur disposition à participer au codéveloppement, permettent le bon déroulement des séances et la mise à profit des échanges réalisés dans le but de dénouer certains problèmes issus de la pratique professionnelle.

3.3. Objectif

L'objectif de l'article est de connaitre la perception des étudiants inscrits au baccalauréat en enseignement en adaptation scolaire et sociale et en travail social quant à l'utilisation du dispositif de groupes de codéveloppement professionnels comme soutien à la collaboration interprofessionnelle, et ce, au regard des cinq objectifs visés par le dispositif.

4. Méthodologie

La section sur la méthodologie de la recherche propose de se pencher, dans un premier temps, sur les participantes puis, dans un deuxième temps, sur le déroulement du projet pour terminer par les détails relatifs à la collecte et à l'analyse des données.

4.1. Participants

Le critère d'inclusion relatif au recrutement des participants était d'être inscrit aux cours « Intervention auprès des familles en travail social » (4SVS229) du baccalauréat en travail social (TS) et « Clinique en orthopédagogie 1 » (3ORT806-08) du baccalauréat en adaptation scolaire et sociale (ASS) et, de ce fait, avoir vécu l'expérience interprofessionnelle. Bien que les 45 étudiants inscrits aux deux cours aient participé au projet pédagogique, l'échantillon de cette recherche est constitué de 5 étudiantes inscrites en TS et de 20 étudiantes inscrites en ASS. L'ensemble des participantes (n=25) est composé de femmes, genre largement surreprésenté dans les professions de la relation d'aide. Afin de respecter les normes éthiques, les étudiantes participantes ont été appelées à signer un formulaire de consentement libre et éclairé.

4.3. Déroulement du projet

Des entrevues de groupe ont été réalisées avec les participantes de la recherche en octobre, puis en décembre 2018 et constituent les données de la recherche. Entre les deux entrevues de groupe, il y a eu deux séances de codéveloppement professionnel réalisées en novembre et en décembre 2018, et ce, en contexte interprofessionnel où toutes les étudiantes inscrites aux cours participaient, et ce, qu'ils aient accepté ou non de faire partie du projet de recherche. Les groupes de codéveloppement professionnels ont eu lieu à l'intérieur des heures de classe et font partie du cursus des cours. Cela était possible puisque les cours d'adaptation scolaire et sociale et de travail social avaient lieu dans la même plage horaire. Pour chacune des séances, les groupes-classes étaient séparés en quatre groupes de codéveloppement professionnels interprofessionnels qui étaient supervisés par deux animateurs, soit par un professionnel ou un professeur de chaque discipline. Ces derniers étaient tous cochercheurs dans le cadre du projet. Lors du premier groupe de codéveloppement professionnel (novembre 2018), les équipes de travail disciplinaires devaient, dans le respect des règles d'éthique et de déontologie propres à chaque profession, présenter l'élève ou la famille auprès de qui ils travaillaient à la CUO et identifier un problème ou une interrogation à soumettre au groupe. Lors du deuxième groupe de codéveloppement professionnel (décembre 2018), les étudiantes devaient faire un retour sur ce qui avait été discuté lors du premier groupe, sur les solutions proposées et présenter une ou des interrogations persistantes liées à l'élève ou au milieu familial concerné, et ce, en respectant les étapes du dispositif.

4.2. Outil de collecte et analyse

Les données de la recherche ont été collectées grâce aux entrevues de groupe dont le canevas a été créé à partir des objectifs du projet de recherche ; ces derniers étant plus nombreux que l'objectif de l'article qui traite explicitement de l'apport des groupes de codéveloppement professionnel comme soutien à la collaboration interprofessionnelle. La première entrevue (octobre 2018) avait pour but de recueillir les perceptions et les appréhensions des étudiants quant au travail en collaboration interprofessionnelle. La seconde entrevue (décembre 2018) avait pour but de documenter le processus de développement des compétences à collaborer et, plus spécifiquement, l'apport des groupes de codéveloppement professionnels.

Les entrevues de groupe ont été réalisées en plusieurs sous-groupes dans lesquels les étudiantes étaient regroupées par discipline. L'entretien collectif a été choisi puisque, en se sentant soutenues par leurs pairs, les participantes s'expriment plus librement (Boutin, 2018). De plus, en regroupant des participantes faisant partie de la même catégorie socioprofessionnelle (trajectoire scolaire, âge, sexe), cela facilite la discussion (Boutin, 2018). C'est aussi pourquoi les groupes ont été créés de façon homogène, ne soit en ne mélangeant pas les étudiantes des deux disciplines. Les groupes ont été animés par une professionnelle de recherche qui n'était pas responsable des cours, et ce, afin d'éviter des enjeux éthiques et permettre aux participantes de s'exprimer librement.

Les entrevues ont été transcrites sous forme de verbatim puis ont été analysées avec le logiciel N'Vivo 11. Il est à noter qu'afin d'éviter notamment un biais de désirabilité sociale lors de la collecte de données sous forme d'entrevues de groupes, les données ont été anonymisées au moment de leur transcription, et ce, sans que l'équipe de recherche n'ait accès à l'identité de chaque participante. Aux fins de cet article, seule la transcription de la deuxième entrevue a été utilisée. L'analyse de son contenu et la création des critères de classification s'est faite en interjuge. Cela a permis l'identification, au sein des propos des étudiantes, des manifestations des objectifs du codéveloppement (Payette, 2000 ; Payette et Champagne, 2000), puis par l'analyse de ces derniers au regard du développement des compétences à collaborer.

5. Résultats

Dans le cadre de cet article, seule la question relative au dispositif du groupe de codéveloppement professionnel posée lors de la deuxième entrevue de groupe a été analysée. Il s'agissait de la question 7 : Selon vous, comment le dispositif du groupe de codéveloppement professionnel a contribué à vos apprentissages ? Cette section présente les résultats liés à l'analyse des propos extraits des entrevues qui a permis de dégager les cinq objectifs des groupes de codéveloppement professionnel (Payette, 2000 ; Payette et Champagne, 2000).

Un diagramme circulaire a été créé pour représenter le nombre de fois, en pourcentage, où les réponses des étudiantes, toutes disciplines confondues, faisaient référence à un objectif des groupes de codéveloppement professionnels. Chaque objectif, présenté en ordre d'importance, sera détaillé afin de présenter comment les étudiantes perçoivent l'apport des groupes de codéveloppement professionnels en contexte de collaboration interprofessionnelle. La section est organisée en fonction des objectifs suivants : 1) apprendre à être plus efficace ; 2) avoir un groupe d'appartenance où règnent la confiance et la solidarité ; 3) apprendre à aider et à être aidé ; 4) consolider son identité professionnelle ; et 5) prendre un temps de réflexion sur sa pratique professionnelle. Des extraits de verbatims des participantes en travail social (TS) et en adaptation scolaire et sociale (ASS) ont été ajoutés afin de soutenir la présentation des résultats.

5.1. Apprendre à être plus efficace

L'objectif apprendre à être plus efficace fait référence à l'appartenance du groupe en ce qui a trait au fait de trouver de nouvelles façons de penser et d'agir (Payette, 2000 ; Payette et Champagne, 2000). L'analyse des entrevues de groupe fait ressortir l'importance de la structure imposée par lors du déroulement des groupes de codéveloppement professionnels. Bien que certaines participantes aient fait ressortir le stress associé au respect du temps alloué à chacune des étapes du groupe de codéveloppement professionnel, elles ont aussi affirmé que cette structure leur a permis d'apprendre à gérer une rencontre et que la structure évite de s'éparpiller. Cela leur a aussi permis d'apprendre à être plus concises.

« Donc au niveau des apprentissages je pense que c'est vraiment de savoir comment organiser le tout lorsqu'on se rencontre pour ne pas s'éparpiller et finalement se rendre compte qu'on n'a pas atteint notre objectif » ASS3.

Les participantes ont aussi souligné que le contexte d'interprofessionnalité les a amenées à vulgariser leur propos afin que le vocabulaire employé soit accessible à tous. Cela a une influence importante pour leur pratique future, notamment en situation d'interprofessionnalité ou encore auprès de clients, d'élèves ou de familles.

« Bien c'est de prendre l'habitude de vulgariser, c'est sûr qu'on a l'habitude, parce qu'on est longtemps avec les T.S., donc on fait moins attention et quand on est tout seul encore moins, mais oui, c'est sûr que ça amène quelque chose à mes apprentissages. C'est de prendre l'habitude, de faire attention aux mots qu'on utilise » TS2.

5.2. Avoir un groupe d'appartenance professionnelle

Le deuxième objectif fait référence à l'importance, dans sa pratique professionnelle, de faire partie d'un groupe d'appartenance où règnent la confiance et la solidarité (Payette, 2000 ; Payette et Champagne, 2000). Dans un premier temps, les participantes ont souligné l'apport de l'organisation physique des lieux (disposition des tables en cercle) lors des groupes de codéveloppement professionnels qui rehaussait le sentiment de faire partie d'un groupe où tous les membres sont égaux.

« Bien ce qui est intéressant dans les codéveloppements c'est que, encore une fois, la disposition, on est comme toutes en cercle, ce n'est pas une présentation orale, donc c'est comme une table ronde si on veut. Donc on discute comme cela, comme si c'était une table pour souper ou peu importe. C'est vraiment facilitant. » TS1

Les étudiantes ont aussi souligné l'importance du climat de respect entre chacune et du respect du processus d'apprentissage, soit le fait de ne pas avoir peur de faire des erreurs. De plus, il a été mentionné que les groupes de codéveloppement professionnels leur ont permis d'avoir confiance en elles et cela leur a donné l'assurance nécessaire pour émettre leur opinion. Cela aura une influence importante dans leur pratique future, notamment dans l'intérêt à établir des relations interprofessionnelles et à les maintenir. Finalement, le partage d'outils et de connaissances a été fort apprécié et a contribué au sentiment d'appartenance au groupe professionnel.

« Puis moi je trouve que ce que ça m'a amené professionnellement, on le disait un peu au début, ça nous permet de nous faire confiance et de croire en notre expertise. Qu'on est étudiantes en travail social et qu'on a notre expertise, qu'on peut faire confiance en ce qu'on a appris. On est assis à la table, on dit qu'on étudie en travail social et qu'on travaille sur cela, puis adaptation scolaire travaille sur cela, donc ensemble on est capables de juxtaposer nos connaissances et de faire un tout » TS2.

Les propos de TS2 ramènent directement à la définition du travail en interprofessionnalité tel que décrit par l'Organisation mondiale de la santé qui fait référence à la création d'une compréhension commune grâce au jumelage des expertises (OMS, 2010).

5.3. Apprendre à aider et à être aidé

Cet objectif se définit par la double posture que les participants doivent prendre lors des groupes de codéveloppement professionnels. En effet, ils jouent le rôle de consultant en aidant et le rôle de client en étant aidé (Payette, 2000 ; Payette et Champagne, 2000) et cela revient en troisième position quant aux objectifs les plus évoqués lors des entrevues de groupe. De part et d'autre, tant en adaptation scolaire et sociale qu'en travail social, l'ouverture à l'autre et l'ouverture de l'autre ont été soulignées. Les étudiantes ont souligné l'importance de l'écoute et du partage des membres de l'autre discipline.

« Oui, puis autant elles ont présenté ceux [jeux éducatifs] qu'elles utilisaient avec leur propre jeune, autant qu'elles avaient des idées pour nous et nos problématiques aussi » TS1.

« La manière comment c'était fait aussi. Je ne sais pas si c'était pour tout le monde, mais nous on était assis en rond et on discutait, je trouvais que les T.S. étaient intéressés à nos cas, ils nous ont vraiment écoutés et ils ont posé pleins de questions. Ils étaient là pour nous aider » ASS3.

Alors que TS1 fait ressortir le fait que les participantes de l'autre discipline avaient des propositions en lien avec leurs problématiques, permettant ainsi d'inférer le fait que cela lui a plu, ASS3 a souligné l'intérêt porté par les autres étudiantes. Dans tous les cas, les deux étudiantes, bien que dans deux disciplines différentes, on fait ressortir l'aide reçu et l'intérêt ressenti dans le cadre des groupes de codéveloppement professionnel.

5.4. Consolider son identité professionnelle

Cet objectif fait référence au processus de consolidation de l'identité professionnelle en comparant sa propre pratique à celles des autres (Payette, 2000 ; Payette et Champagne, 2000). Dans le cas de ce projet de recherche, cela inclut non seulement des pairs de la même discipline, mais aussi ceux d'une discipline connexe. Les participantes ont nommé l'importance du groupe de codéveloppement professionnel dans la connaissance du rôle professionnel de l'autre discipline.

« Ça m'a permis de voir c'est quoi leur rôle, puis comment ils font pour intervenir, ça, c'est quelque chose que je ne savais pas. Ça va me permettre de pouvoir référer quelqu'un en travail social si je pense que ça pourrait l'aider » ASS2.

Les participantes ont souligné la présence des professeurs et des professionnels des deux disciplines et leur apport quant aux questions posées qui ont poussé leur réflexion. De plus, le contexte interprofessionnel dans lequel se sont déroulés les groupes de codéveloppement professionnels a permis aux étudiantes de constater que la présentation des informations se faisait de manière différente dans les deux disciplines.

« Les filles en adaptation scolaire elles avaient vraiment une façon complètement différente de nous que nous on avait l'évaluation du fonctionnement social, le génogramme, l'écocarte, et eux c'était vraiment autre chose… » TS2.

5.5. Prendre un temps de réflexion sur sa pratique professionnelle

L'objectif des groupes de codéveloppement professionnels le moins évoqué dans les entrevues de groupe a été le fait de s'obliger à prendre un temps de réflexion sur sa pratique (Payette, 2000 ; Payette et Champagne, 2000). Cependant, les participantes reconnaissent l'importance de s'arrêter pour prendre ce temps de partage et de réflexion.

« Bien les codéveloppements, l'activité en tant que telle des codéveloppements c'est quelque chose de facilitant, parce que nécessairement on a toutes notre quotidien et nos travaux et tout cela, donc on est comme… Quand on est à la clinique, oui on est dans les mêmes 4 murs, on a les mêmes interactions, mais quand même on n'a pas nécessairement le temps d'aller voir l'autre et de lui dire « Es-tu correct, as-tu besoin d'aide ? On est vraiment centré sur nos choses, tandis que dans les codéveloppements, on se ramasse toutes à la même place et là c'est le temps d'échanger. Ça, c'est vraiment facilitateur » TS2.

En reconnaissant l'importance de prendre un temps de réflexion sur leur pratique professionnelle, elles ont nommé le fait qu'elles devraient le faire plus régulièrement. De plus, elles ont souligné l'importance de mettre en commun les informations relatives au même jeune, ainsi que l'apport des lieux physiques de la CUO (les locaux sont partagés) qui pourrait faciliter les échanges spontanés.

6. Discussion

Dans cet article, non seulement les cinq objectifs du groupe de codéveloppement professionnel sont étudiés, mais les éléments influençant ces derniers le sont aussi. C'est en ce sens que l'efficacité du dispositif au regard du développement de la collaboration interprofessionnelle est discutée, et ce, grâce aux propos recueillis en cours de projet de recherche interprofessionnelle auprès des étudiants des baccalauréats en adaptation scolaire et sociale, ainsi qu'en travail social. Ainsi, la discussion présentera, pour chaque objectif du groupe de codéveloppement professionnel, les liens entre l'atteinte de l'objectif, son influence sur la tenue du projet interprofessionnel ainsi que l'établissement d'une relation de collaboration interprofessionnelle, et ce, en lien avec les éléments théoriques présentés.

L'objectif du groupe de codéveloppement professionnel qui est d'apprendre à être plus efficace est intimement lié, dans sa définition, à celui de faire partie d'un groupe d'appartenance professionnelle où règnent la confiance et la solidarité (Payette, 2000 ; Payette et Champagne, 2000). En effet, la notion d'efficacité est liée à la découverte, au contact de l'autre, de nouvelles façons de faire et, pour que cela soit possible, il faut que les participants s'investissent dans le groupe, qu'ils se considèrent égaux et qu'ils aient confiance en l'expertise de l'autre. Ces deux objectifs des groupes de codéveloppement professionnels sont ceux qui ont été le plus souvent discutés par les participantes, et ce, avec le même taux de réponse. Pour ces deux objectifs, elles ont abordé, dans un premier temps, la structure fixe des groupes de codéveloppement qui oblige à être concis et qui permet de gérer une rencontre de façon efficace. De plus, pour les deux objectifs, les participantes, dans leurs propos, ont parlé de l'organisation physique des lieux. Les tables, étant installées en cercle, ont permis, conformément aux facteurs d'influence de la collaboration, de rehausser le sentiment d'appartenance au groupe, de créer un espace et de présenter physiquement un contexte où il y a parité dans les prises de décisions, où elles se sont senties égales, ce qui sont des facteurs facilitant la collaboration (Beaumont et al., 2011 ; Friend et Cook, 2010 ; Letor et al., 2007 ; Marcel et al., 2007). De plus, les participantes ont nommé l'apport du partage de connaissances et d'outils comme étant le reflet du désir de collaborer des membres du groupe (Beaumont et al., 2011 ; Friend et Cook, 2010 ; Letor et al., 2007 ; Marcel et al., 2007) et du respect dans les interventions (Larose et al., 2013). Finalement, il importe de souligner le fait que la vulgarisation du vocabulaire propre aux disciplines a été nommée. Cette compétence n'est pas sans lien avec le désir d'avoir un but commun et partagé (Beaumont et al., 2011 ; Friend et Cook, 2010 ; Letor et al., 2007 ; Marcel et al., 2007), de même que celui de maintenir la communication entre les parties en misant sur une représentation langagière commune, ce qui est un élément phare du concept d'interprofessionnalité et d'interdisciplinarité (Fourez et al., 1994).

En ce qui a trait à l'objectif d'apprendre à aider et à être aidé (Payette, 2000 ; Payette et Champagne, 2000), cela a permis non seulement aux étudiantes d'agir avec humilité en demandant de l'aide, mais surtout de voir l'apport de l'autre discipline. Le contexte d'interprofessionnalité dans les groupes de codéveloppement professionnels a permis, en ce qui a trait aux facteurs d'influence à la collaboration, la reconnaissance des différences et des complémentarités (Allenbach et al., 2017 ; Beaumont et al., 2011 ; Fourez et al., 1997 ; Friend et Cook, 2010 ; Letor et al., 2007 ; Marcel et al., 2007). Bien que l'ouverture à l'autre et de l'autre aient été soulignées, les participantes n'ont pas évoqué le sentiment de compétence et d'efficacité personnelle et professionnelle qu'elles devraient ressentir lors des groupes de codéveloppement professionnels (Duchesnes et Gagnon, 2013 ; Payette, 2000). Elles ont référé davantage à leur posture d'aidé et sur le savoir-être que sur les savoirs et les savoir-faire (Aita et al., 2015). Cela peut être lié à leur posture d'étudiante en formation où, par le contexte du cours, la vision plus transmissive de la socialisation professionnelle en contexte universitaire peut avoir influencé leur posture (Chevrier et al., 2007).

Le quatrième objectif discuté par les étudiantes est celui de consolider son identité professionnelle (Payette, 2000 ; Payette et Champagne, 2000). Les étudiantes ont souligné le fait que, dans le groupe de codéveloppement professionnel interprofessionnel, le contact de l'autre discipline a permis de mieux connaitre leurs rôles et responsabilités. Cela est intimement lié aux facteurs influençant la collaboration (Beaumont et al., 2011 ; Friend et Cook, 2010 ; Letor et al., 2007 ; Marcel et al., 2007), plus précisément la collaboration interprofessionnelle (Allenbach et al., 2017 ; CSE, 2017). Cela est par ailleurs lié aux résultats d'une autre étude réalisée dans le même contexte (Baron et al., 2019) où les participants avaient nommé majoritairement la clarification des rôles et des responsabilités (CPIS, 2010) comme étant la compétence à la collaboration interprofessionnelle la plus développée. En effet, dans les milieux de travail, la méconnaissance du rôle de chacun, de même que des actes réservés à certaines professions, peut entraver grandement la collaboration (Allenbach et al. 2017 ; Beaumont et al., 2011 ; CSE, 2017). Par le passé, l'étude des groupes de codéveloppement professionnels pour les étudiants en adaptation scolaire et sociale comme dispositif soutenant la pratique réflexive dans le contexte de la CUO a permis de rendre compte de son apport dans la construction identitaire d'étudiants en formation (Baron et al., 2019a). En effet, les groupes de codéveloppement professionnels permettent d'amorcer des changements en tant qu'acteur social et réflexif (Bacon, 2005), ce qui contribue à la démarche de construction identitaire (Gohier et al., 2007). Cependant, dans ce contexte d'interprofessionnalité, il est possible de remarquer que les étudiants des deux disciplines sont moins dans l'expression des sentiments de compétence et de valeur de soi associés à leur construction identitaire (Gohier et al., 2007), mais plus dans la découverte de l'autre, de ses façons de faire et de leur apport dans leur pratique. Elles se sont également centrées sur les différences et les complémentarités des professions plutôt que sur les ressemblances. Cela aussi peut être lié au contexte de la formation initiale où les étudiants ne sont pas en consolidation, mais plutôt en construction de leur identité professionnelle (Larose, 2013) et que ce contexte de collaboration interprofessionnelle peut être déstabilisant. Cependant, bien qu'elles soient dans un processus de construction identitaire, les étudiantes ont montré de l'ouverture à l'autre et ne se sont pas senties menacées, ce qui peut être fréquent lorsque les participants sont en période de déséquilibre (Larose et al., 2013). De plus, en ce qui a trait à l'identité professionnelle, le fait que les participantes, dans les groupes de codéveloppement professionnels, s'impliquent et entrent en interaction avec les autres ne peut qu'être un facteur positif dans le processus de construction identitaire (Chevrier et al., 2007).

Finalement, l'objectif ayant été le moins discuté lors des entrevues de groupe est celui de prendre un temps de réflexion sur sa pratique professionnelle (Payette, 2000 ; Payette et Champagne, 2000). Dans leurs propos, les étudiantes ont souligné le fait que cela s'inscrivait dans le cadre des cours et qu'elles ont apprécié cela. Par la structure du projet de recherche et les contraintes de l'horaire universitaire, la valorisation du modèle de collaboration par la création d'un espace-temps allait de soi (Beaumont et al., 2011 ; Friend et Cook, 2010 ; Letor et al., 2007 ; Marcel et al., 2007). Les participantes n'avaient pas à fournir un effort de conciliation d'horaire pour participer aux groupes, ce qui, dans d'autres contextes et d'autres projets de recherche, s'est avéré un élément problématique ou un irritant pour les participants (Bélanger, 2018 ; Coulombe et al., 2019). Cependant, il importe de remarquer, dans leurs propos, qu'elles mentionnent qu'elles devraient prendre plus régulièrement le temps de faire le point ensemble et de s'arrêter pour réfléchir, et ce, tout en mentionnant l'apport, quant à la proximité, des locaux partagés.

7. Conclusion

L'objectif de l'article est de connaitre la perception des étudiants inscrits au baccalauréat en enseignement en adaptation scolaire et sociale et en travail social quant à l'utilisation du dispositif de groupes de codéveloppement professionnels comme soutien à la collaboration interprofessionnelle, et ce, au regard des cinq objectifs visés par le dispositif. Les résultats mettent en exergue, par l'étude de chaque objectif, les liens entre le dispositif du groupe de codéveloppement professionnels et non seulement l'établissement d'une relation de collaboration interprofessionnelle, mais aussi le développement de l'identité professionnelle des futures travailleuses sociales et enseignantes en adaptation scolaire et sociale ayant participé au projet.

Dans le cadre de ce projet, certaines limites peuvent être nommées. Le contexte de collaboration interprofessionnelle pourrait être qualifié d'artificiel. En effet, étant créé par des professeurs dans l'enceinte balisée de cours universitaires pour lesquels l'horaire est prédéterminé et où les périodes de codéveloppement professionnel sont inscrites à l'horaire, et ce, sans qu'ils aient à être négociés par les parties, on peut affirmer que les séances n'ont pas été réalisées dans un contexte professionnel conforme à la réalité. Cependant, cette pratique d'arrêter un temps pour travailler en équipe s'avère de plus en plus fréquente dans les établissements scolaires, notamment par l'instauration de communautés d'apprentissages professionnelles, et dans les services sociaux. Bien que le contexte de clinique universitaire ne soit pas identique aux différents milieux de pratique, il a été possible, dans d'autres projets de recherche, de voir que les étudiants en formation se sont butés aux mêmes obstacles que ceux identifiés dans la littérature (Baron et al., 2019) et ont développé les compétences visées par l'exercice. De plus, une autre limite importante est celle liée aux rôles à la fois de professeures titulaires des cours et de cochercheures responsable du projet de recherche qui a été exercé par les professeurs. Cela peut entrainer des biais de désirabilité sociale des étudiants. Pour ce faire, plusieurs précautions méthodologiques ont été prises afin d'empêcher l'identification des participants.

Au regard des résultats, des limites et des commentaires des étudiants ayant participé aux cours, certaines pistes d'amélioration peuvent être mises en place afin d'augmenter l'engagement des étudiants en ce qui a trait à l'établissement d'une relation de collaboration interprofessionnelle. Pour ce faire, augmenter le nombre d'opportunités d'échanges dans les plans de cours et varier les dispositifs seraient une solution. En effet, d'autres dispositifs pourraient être utiles tels que la réalisation de vignettes cliniques à discuter en équipe interprofessionnelle, ainsi que des cours théoriques sur la collaboration interprofessionnelle et les obstacles qu'il faut surmonter pour y parvenir (Baron et al., 2021). En ce sens, débattre de situations fictives soulevant des enjeux éthiques relatifs aux rôles et responsabilités de chaque profession peut permettre de faciliter la collaboration en contexte réel qu'il soit dans un contexte clinique que dans la pratique professionnelle future.

Il importe donc, par la mise en place d'activités interprofessionnelles comme les groupes de codéveloppement professionnels, de décloisonner les curriculums des formations initiales (Lenoir, 1998) et de mettre en place des activités permettant d'amorcer des changements de pratique. Il faut miser sur l'importance de projets de cette nature et sur les répercussions qu'ils auront pour les années à venir dans les différents milieux, tant scolaires que sociaux, et faire le pari que, par cette expérience de collaboration interprofessionnelle en contexte de formation, ces futurs professionnels auront le réflexe d'aller vers l'autre pour devenir acteurs de l'éducation inclusive et soutenir la réussite éducative des jeunes.

Bibliographie

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Organisation mondiale de la santé (OMS). (2010). Framework for Action on Interprofessional Education et Collaborative Practice. Genève. www.who.int/hrh/nursing_midwifery/fr

Payette, A. (2000). Le codéveloppement professionnel : une approche graduée, Interactions, 4 (2), 39-59.

Payette, A. et Champagne, C. (2000). Le groupe de codéveloppement professionnel. Presses de l'Université du Québec.
DOI : 10.1353/book15547

Prud'homme, L. et Ramel, S. (2017). Introduction. Dans L. Prud'homme, P. Bonvin, et R. Vienneau (dir.), L'inclusion scolaire : ses fondements, ses acteurs et ses pratiques (p. 15-17). De Boeck.

Thomazet, S. (2008). L'intégration a des limites, pas l'école inclusive ! Revue des sciences de l'éducation, 34(1), 123-139. http://doi.org/10.7202/018993ar
DOI : 10.7202/018993ar
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Pour citer cet article
Référence électronique

Marie-Pierre Baron, Nathalie Sasseville, Catherine Vachon, Carole Côté et Manon Doucet, « Le codéveloppement « inter »professionnel pour aller au-delà des disciplines en formation initiale », Revue internationale de pédagogie de l'enseignement supérieur [En ligne], 39(2) | 2023, mis en ligne le 13 juillet 2023, consulté le 12 octobre 2023. URL : http://journals.openedition.org/ripes/4758 ; DOI : https://doi.org/10.4000/ripes.4758
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Auteurs

Marie-Pierre Baron

Université du Québec à Chicoutimi, Chicoutimi, QC, Canada, marie-pierre_baron@uqac.ca

Nathalie Sasseville

Université du Québec à Chicoutimi, Chicoutimi, QC, Canada, nathalie_sasseville@uqac.ca

Catherine Vachon

Université du Québec à Chicoutimi, Chicoutimi, QC, Canada, catherine.vachon1@uqac.ca

Carole Côté

Université du Québec à Chicoutimi, Chicoutimi, QC, Canada, carole_cote@uqac.ca
Manon Doucet

Université du Québec à Chicoutimi, Chicoutimi, QC, Canada, manon_doucet@uqac.ca

Remise en cause du numérique éducatif par l'UNESCO

By: admin
11 October 2023 at 10:41

Un article repris du blog de Bruno Devauchelle, une publication sous licence CC by nc nd

Intitulé « Les technologies dans l'éducation, QUI EST AUX COMMANDES ? » ce « rapport mondial de suivi sur l'éducation » proposé par l'UNESCO (liens en base de page) mérite notre attention. C'est une approche globale, mondiale, que celle proposée par l'UNESCO qui remet en cause les politiques et les actions menées dans le domaine du numérique éducatif. Nos décideurs pourront surement penser que ce rapport ne les concerne que pour ce qui va bien. Et, pourtant il serait nécessaire d'examiner l'ensemble des remarques faites dans ce rapport pour évaluer ce qui se passe réellement dans nos écoles et au-delà. Nous proposons ici d'extraire plusieurs remarques (appelées messages clés par les auteurs) de ce texte pour les mettre en perspective face à notre contexte français et/ou ouest-européen. Les 6 points présentés ici sont autant d'analyses qui amènent à prendre du recul sur la place à donner aux technologies en éducation en regard de l'ensemble des priorités éducatives actuelles.

1 – On manque de données solides et impartiales sur l'impact des technologies éducatives.

Rejoignant les travaux des chercheurs la question des effets de l'utilisation des technologies éducatives sur les apprentissages est d'autant plus difficile à évaluer que les conditions de mise en oeuvre sont extrêmement variables d'un contexte à l'autre. l'UNESCO dénonce aussi la cacophonie des publications et autres propos sur le sujet qui sont le plus souvent réalisées soit par les entreprises elles-mêmes soit financées par celles-ci. Outre la qualité scientifique difficile à évaluer, il y a surtout les « a priori » des acteurs sur les bienfaits ou non des technologies éducatives… pour le dire autrement même les décideurs et leurs relais institutionnels sont très influencés par le volontarisme positif sur le sujet. Toutefois, des voix dissonantes qui se font entendre sont aussi empreintes de parti pris divers et s'ils sont parfois fondés scientifiquement, ils rejoignent la cohorte des incertitudes nombreuses autour de l'effet des technologies éducatives sur les apprentissages. Et c'est sur ce dernier point que les questions doivent être aussi posées : de quels apprentissages parle-t-on ? Quelles formes d'évaluation sont utilisées ?

2 – La technologie offre une bouée de sauvetage éducative à des millions de personnes, mais en exclut bien d'autres.

L'utopie d'Internet a rejoint celle de l'informatique des années 70 – 80 : une révolution dans l'accès au savoir et une ouverture pour tous. L'histoire semble se répéter inlassablement dès lors que l'on évoque les questions liées au « partage » dans la société. Ce sont donc ceux qui ont et ceux qui savent qui dominent (ce que déplore Condorcet en 1791). Malgré les prises de conscience des politiques, les utopies de rêveurs, le système ne s'est pas renversé. L'accès à l'informatique et à Internet a d'abord été le fait des catégories sociales favorisées. Pour asseoir leur domination, ces catégories ont encouragé l'adoption par tous des moyens techniques numériques. Les entreprises du secteur ont bien vite compris l'intérêt financier de ce mouvement. Dans le même temps, la domination s'est déplacée de la possession à l'usage. C'est désormais dans ce deuxième registre que se développent les inégalités, non seulement entre pays, sociétés, mais aussi au sein même de nos lieux de vie.

3 – Certaines technologies éducatives peuvent améliorer certains types d'apprentissage dans certains contextes.

On retrouve ici ce que des chercheurs et des praticiens ont pu mettre en évidence depuis plusieurs années. L'idée d'une amélioration, d'un enrichissement, d'une augmentation est à la base d'enthousiasmes, parfois naïfs, face aux technologies informatiques en éducation. Elles sont en particulier fondées sur la métaphore ou l'analogie de l'ordinateur et du cerveau. Toutefois, la formulation de cette assertion amène à deux interrogations : quels types d'apprentissage ? et quels contextes ? Il est intéressant de noter que les mathématiques sont le plus souvent convoquées pour illustrer cela. La proximité de cette discipline avec celle de l'informatique n'est pas totalement étrangère à cela. Mais la notion de type d'apprentissage peut aussi s'appliquer à de conceptions du fonctionnement mental en particulier dans le domaine de l'entraînement mental que constitue la « répétition » considérée parfois comme la base de tout apprentissage (cf. l'apprentissage dit « par coeur »). Quant aux contextes, il faut aller dans une salle de classe pour le comprendre. Si l'on compare l'activité d'un enseignant passionné de technologies avec un autre enseignant plus distant, outre l'effet pygmalion, il y a surtout une relation aux directives et aux moyens disponibles qui expliquent les possibles améliorations ou non.

4 – La rapidité de l'évolution des technologies complique l'adaptation des systèmes éducatifs.

Dès le début des années 1980, lors des premiers équipements massifs des établissements scolaires en matériel informatique, la question de l'obsolescence et donc de la mise à niveau des matériels et des logiciels s'est imposée. Les entreprises du secteur, portées par les recherches et par un potentiel marché ont rapidement mis en place une culture de l'évolution : il faudrait suivre les évolutions et constamment se mettre à jour, fondé en partie en cela par la loi de Moore sur la multiplication par 2 de la vitesse des processeurs et leur miniaturisation. Comparer un smartphone de dernière génération à un ordinateur distribué dans les classes en 1985 permet de mesurer cette évolution constante. Outre l'envie de suivre, la nécessité d'adaptation a été fondée aussi sur l'épuisement des ressources anciennes qui ne sont plus utilisables pour les nouvelles générations de machines (de leurs systèmes) et inversement. Le système éducatif ne parvient pas à suivre, lui qui est amené à vivre dans une forme de stabilité, une forme de lenteur pour faire face aux turbulences du monde environnant. Les enseignants ont souvent signalé cette difficulté qu'ils ont traduite par un attentisme et une défiance relative : il faut s'adapter, disent-ils, mais les enfants et les programmes eux, ne changent pas à la même vitesse. Les écarts de temporalité sont importants, mais cela ne freine pas les entreprises du secteur portées par un impératif économique à court terme.

5 – Le contenu en ligne s'est développé en l'absence de réglementation suffisante concernant le contrôle qualité ou la diversité.

N'importe qui peut mettre à disposition n'importe quoi ! Les tentatives successives de réglementation, de normalisation (label RIP et récemment GAR – indirectement) se heurtent à une réalité du web. La libre consultation et la libre publication sont à la base de l'impossibilité de contrôle. D'autant plus que dans un système centralisé comme celui de la France, ce contrôle est soumis à une hiérarchie que les acteurs de base sont souvent enclins à critiquer et à contourner au nom, parfois, de la liberté pédagogique inscrite dans la loi. L'UNESCO, comme nombre de pays, ne parvient pas à sortir de cette idée de contrôle a priori. Or le monde de l'éducation est un monde de controverses et de vérités scientifiques très fragiles. Si les manuels scolaires ont été contrôlés par leur acceptation du respect des programmes, le web est lui ouvert à toutes les initiatives. La multiplication des offres de contenu, de ressource est le reflet de nos sociétés en concurrence (cf les GAFAM ou les EdTech). Du particulier aux multinationales, chacun y va de ses propositions. Cela renvoie donc à l'enseignant la culture du « contrôle qualité » des ressources et contenus qu'il utilise. Ont-ils les moyens culturels et scientifiques de le faire ? Y sont-ils formés ? Quid de cette question dans une institution riche d'une culture descendante : Conseil Scientifique, Inspection Générale, Rectorats et autres inspecteurs (trices).

6 – Les technologies sont souvent achetées pour combler une lacune, sans s'interroger sur les coûts à long terme…

Le terme lacune recouvre des réalités multiples. La première est celle des équipements. C'est pourquoi la multiplication des distributions d'équipements est emblématique de ces politiques de dépenses. La base de ces choix est celle de la fracture d'équipement (cf la crise sanitaire). Mais cela est sans compter les évolutions d'équipements (passage de l'ordinateur au smartphone pour les plus défavorisées) et leur obsolescence programmée. Désormais la question semble se tourner vers les ressources. Là encore, les tentatives connues depuis de nombreuses années montrent qu'il ne suffit pas de mettre à disposition pour qu'il y ait utilisation voir usage. Désormais, la question de fond est celle de la culture. C'est-à-dire, sur le long terme, les décideurs, soutenus par les entreprises du secteur n'ont pas de vision à long terme : entre évolutions techniques et propositions à visées électoralistes, les choix faits sont très situés, conjoncturels. On s'étonne d'ailleurs de l'amnésie dont font preuve nombre de promoteurs de ces technologies et de leur renouvellement. Alors que certains pays voient apparaître des dérives (cf. La Chine en cet été 2023) et sont tentés d'encadrer (cf. La France et la protection des enfants), les politiques globales restent trop associées à des évènements du moment et ne portent pas un discours plus global. Même l'UNESCO est aussi pris dans ces dilemmes.

Conclusion

Chacun sera tenté de lire ce rapport pour amener des arguments à ses choix. Cependant, reconnaissons à ce document de poser quelques bonnes questions qu'il faudra travailler rapidement. En France, l'opération Territoires Numériques Éducatifs devrait être interrogée à l'aune de ces questionnements. De même la stratégie du numérique éducatif présentée en janvier 2023 mériterait un examen approfondi en regard de ces critiques de l'UNESCO. On ne peut que craindre que la question de fond, la question culturelle, soit encore une fois mise de côté au profit des sujets dits « fondamentaux ». Comme s'il suffisait de savoir lire et compter pour comprendre le monde dans sa complexité.

Sources à consulter

« Rapport GEM 2023 : Les technologies dans l'éducation, QUI EST AUX COMMANDES ? » le résumé est accessible ici https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000386147_fre , le rapport complet ici : https://www.unesco.org/gem-report/fr/technology (accessible en entier ici en anglais https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000385723 )

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