Créé par la loi relative Ă la lutte contre le gaspillage et Ă l'Ă©conomie circulaire, l'indice de rĂ©parabilitĂ© va progressivement ĂȘtre remplacĂ© par un indice de durabilitĂ© Ă partir du 1er janvier 2024. Un projet de dĂ©cret et plusieurs projets d'arrĂȘtĂ©s ont Ă©tĂ© Ă©laborĂ©s Ă cette fin et ont Ă©tĂ© soumis Ă consultation, ouverte jusqu'au vendredi 13 octobre. S'assurer d'une bonne prise en compte de la question de l'obsolescence logicielle, en s'appuyant sur du logiciel libre, semble essentiel pour que l'indice de durabilitĂ© ait les moyens des ambitions affichĂ©es.
Le projet de dĂ©cret prĂ©voit trois notes relatives respectivement Ă la « rĂ©parabilité », Ă la « fiabilité » et Ă l'« amĂ©lioration », qui composeront la note globale de l'indice de durabilitĂ©, les deux premiĂšres notes bĂ©nĂ©ficiant d'un coefficient bien supĂ©rieur par rapport Ă la derniĂšre (4,5 contre 1). Un arrĂȘtĂ© dit « chapeau », dĂ©taille les critĂšres gĂ©nĂ©raux pour le calcul de l'indice. Il prĂ©voit notamment un critĂšre de « maintenance (y compris logicielle) » et un d' « amĂ©lioration logicielle ». Parmi les autres arrĂȘtĂ©s, un spĂ©cifie les critĂšres de calcul pour les terminaux mobiles, qui sont parmi les Ă©quipements oĂč les questions d'obsolescence logicielle semblent les plus importantes. Pourtant, cette considĂ©ration ne semble pas prĂ©pondĂ©rante dans le projet de texte.
Parmi la trentaine de commentaires, contributions Ă la consultation, certains Ă©voquent justement l'enjeu de l'obsolescence logicielle et soulignent l'importance de pouvoir installer le systĂšme d'exploitation libre de son choix. Le projet d'arrĂȘtĂ© sur les terminaux mobiles prĂ©voit bien que « la possibilitĂ© dâinstaller le systĂšme dâexploitation de son choix » soit un critĂšre de notation. L'intention est parfaitement louable, c'est une trĂšs bonne chose que cela soit un critĂšre, mĂȘme s'il serait sans doute prĂ©fĂ©rable de prĂ©ciser que cette possibilitĂ© ne doit pas se faire au prix d'une complexitĂ© technique dĂ©raisonnable. Il est aussi Ă noter que le critĂšre reprĂ©sente 2,625 points sur 10 de la note d'« amĂ©lioration », qui ne reprĂ©sente, elle, que 10% de la note finale de durabilitĂ©. Ce point reste donc assez marginal par rapport Ă la note globale.
Dans le mĂȘme ordre d'idĂ©e, il serait Ă©galement intĂ©ressant de prendre en compte la possibilitĂ© d'installer le magasin d'applications de son choix.
La note d'« amĂ©lioration » comprend Ă©galement l' « engagement sur la durĂ©e de fourniture de nouvelles mises Ă jour de fonctionnalitĂ©s » que l'on pourra rapprocher d'un des sous-critĂšres de la note de « fiabilité » sur l' « engagement du producteur sur la durĂ©e de disponibilitĂ© des mises Ă jour de sĂ©curitĂ© et correctives du systĂšme dâexploitation ». Ces critĂšres semblent indĂ©niablement pertinents. Toutefois, la disponibilitĂ© des codes sources sous licence libre et la possibilitĂ© technique et juridique, pour quiconque, de proposer des mises Ă jour de sĂ©curitĂ© ou de nouvelles fonctionnalitĂ©s devraient ici permettre d'obtenir une pondĂ©ration plus favorable. Les logiciels libres ne sont pas un facteur retenu, alors mĂȘme que les libertĂ©s informatiques â des utilisatrices et utilisateurs en premier lieu â sont un levier important de durabilitĂ©, au mĂȘme titre que l'accĂšs physique aux composants matĂ©riels de nos Ă©quipements et leur facilitĂ© de rĂ©paration ou remplacement.
Globalement, en prenant en considérant les coefficients, il semble que la prise en compte des aspects logiciels de la durabilité des terminaux reste assez secondaire. Or, il s'agit d'aspects déterminants pour la durée de vie de ces équipements. Et, une fois ces critÚres pris en compte dans les projets de texte, ils semblent envisagés quasi exclusivement sous le prisme du modÚle des logiciels privateurs, avec une personne morale détenant seule un pouvoir de décision sur les logiciels.
Une meilleure prise en compte des logiciels libres et de leurs modÚles de développement, avec une notation ambitieuse et exigeante, serait essentielle pour donner à l'indice de durabilité les moyens de ses ambitions pour lutter contre l'obsolescence logicielle.