ArrĂȘtons de forcer les Ă©lĂšves gauchers Ă Ă©crire avec la main droite
Suite aux propos rĂ©cents du Ministre de lâĂducation Nationale Gabriel Attal sur son intention de « rĂ©parer lâĂ©cole », François Billioud, cofondateur de la start-up Cantoo, souhaite remettre au cĆur du sujet la nĂ©cessitĂ© de bĂątir une vĂ©ritable politique dâinclusion basĂ©e sur la singularitĂ© des Ă©lĂšves, en engageant les bases dâune 3Ăšme voie : laissons chaque individu ĂȘtre qui il est. Pour cela, il a pris lâimage des Ă©lĂšves gauchers obligĂ©s Ă lâĂ©poque de sâadapter et dâapprendre Ă Ă©crire avec la main droite pour exprimer sa pensĂ©e.
Tribune par François Billioud, co-fondateur de lâESS Cantoo
Depuis 13 ans que je travaille sur le sujet de lâinclusion scolaire, je reste stupĂ©fait par certains tĂ©moignages qui me sont remontĂ©s. RĂ©cemment, on mâa relatĂ© le cas dâun lycĂ©en dyspraxique qui, pleurant de douleur Ă cause de tensions musculaires dans le bras aprĂšs avoir planchĂ© quatre heures, sâest fait houspiller par lâenseignant de surveillance arguant un signe de faiblesse de sa part. Et ne parlons pas des orientations scolaires approximatives alors que certains Ă©lĂšves ont des capacitĂ©s exceptionnelles mais que leur handicap empĂȘche de rĂ©vĂ©ler.Â
LâĂ©cole inclusive nâintĂšgre pas encore suffisamment les handicaps dits âinvisiblesâ, comme le sont les troubles dys.
Comprendre la singularité de chaque élÚve
En France, les syndromes dys, telles que la dyslexie (trouble du langage Ă©crit), la dyspraxie (perturbation de la capacitĂ© Ă effectuer certains gestes), et la dysorthographie (trouble de lâorthographe), touchent entre 6 et 8 % de la population française, soit 2 Ă 3 Ă©lĂšves par classe. Ces troubles sont plus courants quâils nây paraissent, mais sâagissant dâun handicap invisible, ils restent largement mĂ©connus et sources dâincomprĂ©hension dans les classes. Or, les mĂ©thodes pĂ©dagogiques standard ne prennent pas en compte les besoins particuliers de ces Ă©lĂšves, les laissant en difficultĂ© pour suivre le rythme et acquĂ©rir des compĂ©tences clĂ©s. Lâinclusion de ces jeunes ne doit pas ĂȘtre relĂ©guĂ©e au 2nd plan, car ce sont des troubles quâils subiront toutes leurs vies, mais quâil est possible dâattĂ©nuer grĂące Ă une prise en charge et des outils de compensation.
Gabriel Attal a dĂ©clarĂ© rĂ©cemment que âcâest Ă [lâĂ©cole] de sâadapter Ă chaque Ă©lĂšve, et non lâinverseâ. Il ne faut pas pour autant faire porter sur les professeurs lâentiĂšretĂ© de cette charge, en leur demandant, en une heure de cours, dâadapter leur enseignement Ă chacun de leurs 25, 30, 40 Ă©lĂšves. Nous croyons en une troisiĂšme voie : laissons chaque individu ĂȘtre qui il est, pour dĂ©ployer des technologies et des mĂ©thodologies qui favorisent une meilleure comprĂ©hension, un meilleur Ă©change, et un apprentissage optimisĂ©, en valorisant les singularitĂ©s. Il nâest pas possible de mettre un Accompagnant des ĂlĂšves en Situation de Handicap (AESH) derriĂšre chaque enfant, mais cela ne doit pas signifier pour autant lâinaction. Surtout quâaujourdâhui, nous avons largement les connaissances nĂ©cessaires pour compenser efficacement de nombreux troubles et handicaps.
Dans cette optique, rĂ©inventer lâĂ©cole ne signifie pas uniquement « rĂ©parer » lâexistant, mais concevoir un environnement Ă©ducatif qui embrasse la diversitĂ© des besoins et des talents, en utilisant les connaissances et technologies modernes comme levier pour bĂątir une Ă©ducation vĂ©ritablement inclusive et adaptative.
Les outils numĂ©riques de compensation peuvent se rĂ©vĂ©ler ĂȘtre un alliĂ© prĂ©cieux pour faciliter lâapprentissageÂ
En amĂ©liorant les conditions des Ă©lĂšves au sein de la sociĂ©tĂ©, et en offrant des outils adaptatifs et personnalisables, comme par exemple lâaide Ă la lecture et Ă lâĂ©criture, la conversion de lâĂ©crit Ă lâoral⊠les outils digitaux ont la capacitĂ© dâaccompagner le travail des enseignants, et aussi de favoriser lâautonomie des Ă©lĂšves en automatisant certaines tĂąches. Câest par ailleurs un soutien qui peut ĂȘtre apportĂ© aux AESH, qui, faute de moyens, peinent Ă exercer lâentiĂšretĂ© de leurs missions. Et quand il nây a pas dâAESH, le numĂ©rique peut apporter une prĂ©sence sur le long terme pour les Ă©lĂšves en difficultĂ©.
Le sujet du harcĂšlement scolaire pris Ă bras le corps par le gouvernement nous a appris lâimportance dâenseigner la compassion Ă lâĂ©cole. Ćuvrer pour une Ă©cole plus Ă lâĂ©coute des Ă©lĂšves Ă besoins Ă©ducatifs particuliers en devrait ĂȘtre la premiĂšre leçon.
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