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J’suis pas bonne en maths moi non plus

Dans ses chroniques, Maitresse C partage le quotidien de sa classe. Aujourd’hui, elle raconte aux lecteurs et lectrices du Café pédagogique son projet de prêt de jeux avant les vacances d’automne.

 

Une image contenant arbre, plein air, sol, parc Description générée automatiquement C’est bientôt les vacances mais c’est pas encore l’hiver. Les frimas du matin sont pourtant là pour nous rappeler que ça vaut la peine de mettre l’écharpe molletonnée ou le bonnet fourré. Non, le temps s’affiche déjà hivernal, les matins gris souris et les sourires crispés.

Les vacances sont pour les enseignants ce que le chocolat est au pain : attendues avec impatience, souvent mirifiées, dégustées sans modération, dévorées avec précipitation et qui laisse un goût doucereux et inachevé dans la bouche et une étrange amertume. Alors on en est là, sur le perron de l’école dans l’attente de ce moment que l’on voudrait inoubliable et qui n’est bien souvent qu’une mise en reflet de nos instants quotidiens.

Pour ces vacances, je propose aux enfants et donc à leurs parents d’emmener un jeu de société à la maison. La question du choix se pose :

choix de l’élève ? qui veut profiter du jeu pour lui tout seul sans devoir supporter le collectif,

choix des parents ? qui veulent prendre un peu de temps et qui pour une fois se dégageront de leurs obligations sans un regard pour leur passé,

choix de la maîtresse ? qui veut faire travailler une compétence pas encore atteinte et qui se déleste des valises de culpabilité qu’elle promène au hasard de ses classes.

Quelques-uns répondent par l’affirmative, d’autres refusent, certains ont d’autres chats à fouetter, comme ces lettres qu’on a oubliées d’envoyer et qu’au soir de nos vies, on se rappelle ces moments fugaces où la vie aurait pu se conjuguer ailleurs.

La maman d’E. me répond par mail, me signalant :

Bonsoir

Tout d’abord merci pour cette belle attention oui nous sommes intéressés E. et moi .

Encore merci et bonne soirée à demain

Je m’y attendais un peu à cette réponse, de la part de cette maman. Elle est soucieuse de la réussite de son fils. Elle me demande de l’informer si j’avais quelque inquiétude. Elle s’inquiète, cette maman trop alerte. Elle pressent que l’école ne va pas garantir les mêmes trajectoires à son fils qu’aux autres enfants.

Alors oui ! Par Jules Ferry ! Prêtez-nous un jeu de société ! Que l’on apprenne un peu plus à défaut de comprendre ou de décoder les usages et habitus qui font que l’on réussit à l’école.

J’en parle avec « mon  ASEM ».

Les doubles guillemets sont nécessaires : c’est Mon ASEM, celle qui fait que les journées de classe seront plus douces ou pas, celle qui fait que les enfants(petits) seront chouchoutés un peu plus, quand la maîtresse, figure tutélaire, se plie à son rôle, tance et contraint. J’ai beaucoup de chance, Mon ASEM donc, appartient à la famille fort peu nombreuse « des bonnes fées ». Je lui dis, y compris devant les élèves. Ca lui fait plaisir. Elle me le rend bien.

ASEM donc car notre pays a le goût des acronymes et je me demande toujours ce que les enfants comprennent quand dès leur plus jeune âge, on leur dit que leur école est en REP, que PISA n’a pas rendu de bons commentaires, qu’il faut remplir leur PAI pour qu’ils arrivent à un horaire décalé suite à un rendez vous médical, et qu’ils ont APC à 15h…

Mon ASEM valide le fait de prêter des jeux.

Le lendemain, les élèves emportent leurs jeux.

Je dis à la maman d’E que j’ai choisi un jeu qui aidait à compter.

« Ah me dit-elle, c’est bien !!! Oui c’est vrai qu’il n’est pas très bon pour compter. Ça va nous faire du bien ! J’suis pas bonne en maths, moi aussi ! »

Je la regarde, mon sourire gêné affiché sur mon visage. Cette femme qui s’avoue « pas bonne en maths (elle non plus) » n’hésite pas à clamer son incompétence en la matière. Je suis touchée par son honnêteté, sa franchise, son absence de pudeur même pas impudique.

Elle me sourit. Je ne saurai jamais si elle devine ou comprend ma gêne.

D’un sonore « Bonnes vacances maîtresse et merci encore ! », elle quitte la classe.

Y’a des jours, je les aime ces parents !

 

Maitresse C.

 

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Exigence des savoirs ? Mais de quels « savoirs » parle-t-on ?

Jean Perbet est professeur des écoles depuis 25 ans, PEMF depuis 12 ans et militant au GFEN (Groupe Français d’Éducation Nouvelle). Comme tous les enseignants et enseignantes, il a été invité à remplir l’enquête « exigence des savoirs ». Un exercice auquel il s’est plié mais auquel il reproche de ne pas laisser la possibilité de formuler une parole libre. Il a décidé de la livrer cette parole aux lecteurs et lectrices du Café pédagogique. « Vous avez besoin de nos réponses à votre questionnaire ? Nous on a besoin de vous au quotidien ! On a besoin de votre courage politique, de votre pensée complexe, de votre intelligence et que vous mettiez vous-mêmes en œuvre une exigence des savoirs qui soit une exigence intellectuelle, de respect de soi et des autres » écrit-il.

 

Une image contenant Visage humain, habits, personne, Menton

Description générée automatiquement Les professeurs des écoles ont été invités récemment (25/10/23) par leur ministère à répondre à un questionnaire en ligne sur « l’exigence des savoirs ». Je suis allé voir ce questionnaire et ai tenté de le compléter. Je note toutefois qu’il n’y a pas d’espace « libre » où nous pourrions exprimer des points qui ne sont pas orientés par le questionnaire. Que les questions concernent essentiellement la question de l’instruction (comment aider les élèves à mieux apprendre les savoirs scolaires ?) mais, également, la restauration de l’autorité enseignante (comment rendre les élèves plus obéissants et les parents plus dociles ?).

Tout d’abord, qu’appelons-nous « savoirs » ? Pour ma part, j’ai été fortement influencé dans mon parcours par les travaux du groupe ESCOL, de Bernard Charlot en particulier et du GFEN sur le rapport au Savoir. J’invite les potentiels lecteurs de cet article à la lecture d’ouvrages sur la question. Pour ma part, j’en retiens que ce qui est au centre de l’école c’est le rapport au Savoir des élèves. Chacun d’eux a un rapport singulier. Mais le « savoir » ne se résume pas à l’instruction des éléments du programme. Bernard Charlot précise dans son livre « éléments pour une théorie du rapport au Savoir » qu’il entend « Savoir » (avec un grand S) de façon large. Dans le « Savoir » à enseigner, il y a certes les savoirs scolaires (la lecture, la numération de position etc..) mais également le rapport à soi-même et le rapport aux autres.

Je ne fais pas ce métier d’enseignant uniquement pour transmettre des savoirs scolaires ! Pourquoi ? Parce que j’ai rencontré nombre d’élèves dans mes classes primaires ou d’adolescents et d’adultes dans la formation ou dans mon quotidien qui maîtrisent un grand nombre de savoirs scolaires, qui ont « réussi » leurs études et qui pourtant ne sont pas très heureux dans leur vie. Manque de confiance en soi, difficulté à vivre sous le regard des autres, à se décentrer de soi, etc. Je ne veux pas instruire pour construire des dépressifs soumis !

Je ne fais pas non plus ce métier en visant uniquement les savoirs scolaires et le rapport à soi-même ! Pourquoi ? Parce que notre monde est pétri de personnes très instruites et diplômées qui n’ont aucun scrupule à utiliser leurs « savoirs » et leur confiance en elles pour exploiter les autres et la planète pour des questions de pouvoir et d’argent !

Ainsi, sans la dimension du rapport aux autres, quel sens y a-t-il à enseigner aujourd’hui ? Que chacun ait un bon métier ? De l’argent ? Même si c’est au détriment de l’ensemble de l’humanité ? Les grands « dirigeants » (politiques et économiques) de ce monde sont des gens instruits et confiants en eux ; non ? Quand on parle d’ « échec scolaire » on imagine tout de suite les personnes qui sortent sans diplômes du système scolaire ou ces jeunes qui incendient des voitures. Et si l’échec scolaire était avant tout l’échec de ceux qui réussissent et qui conduisent le monde à sa perte pour des raisons de pouvoir et d’argent ?

Il me semble essentiel de définir ce qu’on appelle « savoir » et qu’à cette occasion, on s’interroge sur le sens même de notre métier.

Dans mon quotidien de professeur des écoles, je prends en compte et j’essaye d’accompagner les enfants que je croise sur ces trois aspects du « Savoir ».

Alors comme je n’ai pas eu la possibilité dans ce questionnaire de donner réellement mon point de vue, le voici sous une autre forme :

J’aimerais une refonte complète des programmes scolaires où soient prises en compte ces trois dimensions du rapport au « Savoir ». J’aimerais une formation exigeante sur ces trois aspects (à l’heure actuelle les formations sont essentiellement didactiques ou « moralisatrice » (harcèlement, laïcité)). J’aimerais que l’on puisse « exiger » non pas seulement des élèves et des professeurs mais de la part des personnes qui ont réussi scolairement et dirigent le monde, une exemplarité dans leur rapport aux autres ! Questionner à ce sujet les médias, les réseaux sociaux, les choix économiques et politiques, les stratégies de communication manipulatrices. N’est-ce pas interrogeant de constater que notre actualité quotidienne est si riche en situations où des gens instruits et diplômés ont des comportements ou des actes qui mettent en danger autrui et le monde en général ?

Il y a plus de 100 ans au sortir de la première guerre mondiale, des éducateurs de tout bord inventaient l’Education Nouvelle avec cette idée « Comment éduquer pour que les Hommes ne se conduisent plus de façon « inhumaine » et ne cherchent plus à s’entretuer en cas de désaccords ? »

A l’heure actuelle, que peut être une éducation « nouvelle » dans cette société nouvelle et inédite (bien éloignée de celle du début du siècle dernier !) ? Dans une société où l’information circule si vite et contient tout et n’importe quoi. Une société où la place des médias est si importante mais où portant, le rapport critique à ces médias est défaillant (par exemple nombre de personnes pensent réellement qu’une information transmise sur CNews est digne de confiance !!!). Une société où chaque jour des dirigeants de ce monde sont en procès avec la justice pour des raisons diverses et variées.

L’exigence des « savoirs » exige une politique forte et complexe qui ne ciblerait pas seulement le monde enseignant ! Comment éduquer sereinement actuellement ? Comment restaurer une quelconque autorité enseignante alors que les médias, réseaux sociaux invitent sans cesse aux expressions les plus triviales ? Que les intérêts financiers nous poussent sans cesse vers plus d’activités « pulsionnelles » où priment le « tout tout de suite » et le « moi d’abord » ?

Que peut faire l’école si la société ne change pas fondamentalement et que les hommes politiques ne saisissent pas cette complexité et ne mènent pas des politiques fortes (pas des réformettes de surface pour faire du buzz). Par exemple : comment redonner de la mixité sociale au pays ? Cette question est pour moi un bon exemple : On peut remanier sans cesse les programmes ou faire croire que les enseignants sont écoutés, mais que faire devant la ghettoïsation des espaces du pays ?

Je demande donc à nos dirigeants en réponse à leur questionnaire sur l’exigence des savoirs de ne pas cloisonner la réflexion au monde scolaire, de réfléchir dans la complexité ! Tant qu’on laissera s’installer des ghettos urbains (favorisés également par une école à deux têtes (publique et privée sous contrat), tant qu’on laissera impunément certains médias et personnes sur les réseaux dire n’importe quoi sur leurs « chaînes », tant que nos « modèles » de réussite scolaire seront aussi peu des « modèles » pour l’avenir …à quoi bon penser que changer des programmes scolaires pourrait être utile ?

Ne nous méprenons pas : je ne pense pas qu’il y ait des « méchants » qui conduisent le monde à sa perte volontairement et que moi (en tant que gentil) dénonce des personnes en particulier. Je pense qu’être exigeant au niveau des savoirs est une chose complexe et que chacun de nous pourrait s’interroger plus sur son exemplarité (à partir de quelques « principes » de base par exemple : « ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse » et « agis vis-à-vis des autres comme tu aimerais qu’on agisse envers toi ». Non pas de façon moralisatrice. Juste s’interroger sans cesse à ce sujet. Nous sommes tous concernés.

Ainsi, aimerait-on que ses proches ou ses enfants soient employés abusivement pour fabriquer des vêtements à bas prix qu’ils ne porteront jamais, que ses propres enfants soient employés dans des mines pour extraire des métaux précieux (pour nos téléphones portables) ? Que sa maison soit polluée afin de permettre d’avoir plus de profit ? Que ses parents se nourrissent d’aliments « dopés » avec des produits chimiques et intoxiquent leurs corps ainsi ? Que ses propres enfants soient utilisés pour faire la guerre à des personnes qu’ils ne connaissent pas et qui ont eux aussi leurs propres enfants ?

Cet écrit est une interpellation d’ordre politique : « Comment voulez-vous que l’on ait de l’espoir en l’éducation nationale et en ses visées quand on voit le monde actuel ? Ou alors éduquons franchement à la révolution pour changer ce monde. Dirigeants de ce pays, prenez position s’il vous plaît ! Restaurez vous-même l’autorité d’une éducation publique exemplaire ! Comment puis-je demander à mes élèves d’être exemplaires dans leur rapport à autrui, d’être pertinents dans leurs argumentations, de faire preuve d’esprit critique mais à la fois d’écoute constructive et bienveillante alors qu’ils baignent dans un quotidien où le monde adulte fournit sans cesse des exemples à ne pas suivre ? Vous souhaitez restaurer l’autorité du monde enseignant ? Commencez par soutenir réellement vos employés contre la démagogie et les abus des médias « faciles ». Faites des dépôts de plainte institutionnels pour nous prémunir du prêt à penser et des bruits de couloirs néfastes à l’exercice de notre profession. Ne vous comportez pas comme des généraux frileux qui envoient leurs soldats au front en restant tranquillement protégés à l’arrière !

Vous avez besoin de nos réponses à votre questionnaire ? Nous on a besoin de vous au quotidien ! On a besoin de votre courage politique, de votre pensée complexe, de votre intelligence et que vous mettiez vous-mêmes en œuvre une exigence des savoirs qui soit une exigence intellectuelle, de respect de soi et des autres.

Nous avons besoin de chacun de nous pour tenter d’allier le pessimisme de la raison avec l’optimisme de la volonté. Nous avons besoin de personnes engagées, qui veulent améliorer le monde et d’une formation qui y conduise explicitement ! Voilà ce que j’aurais aimé pouvoir répondre.

 

Jean Perbet

 

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Claire Dreyfus : Une enquête de terrain en réalité augmentée

“On doit mobiliser tous ses sens pour faire appréhender l’espace”. Professeure au collège Rosa Parks de Toulouse, Claire Dreyfus invite ses élèves à un jeu de découverte de la ville grâce à un jeu installé sur leur smartphone. Une démarche qui amène les élèves à une découverte sensorielle de leur environnement et les professeurs à coopérer.

 

Un jeu de piste sur le terrain via son smartphone

A l’origine de cette démarche l’application Gaya, développée par le studio montpelliérain Atlantide pour créer des jeux historiques ou des visites guidées. Claire Dreyfus, avec ses collègues Valentin Sanouiller, Lucile Landragin, Karine Nguyen, Christine Hernandez et Perrine Gourio, s’en empare. De là naissent deux jeux téléchargeables. Un pour réaliser une enquête de terrain dans l’environnement du collège. Et un autre, axé sur les risques naturels locax, présenté au festival de géographie de Saint Dié.

“On utilise une application numérique”, rappelle Claire Dreyfus. “Mais le jeu se fait dehors, en jeu de piste, sur le terrain”. Des énigmes, incluses dans l’application, guide les élèves. A Saint Dié par exemple, le jeu axé sur le changement climatique invite à visiter une cour d’école végétalisée, un ilot de fraicheur, une voie cyclable,les traces d’un glissement de terrain, des ruches, un verger pédagogique, une résidence construite en bois – paille et une usine expérimentant des brise soleil.

 

De la géo de terrain

“L’idée de base c’est de sortir de faire de la géo de terrain”, explique Claire Dreyfus. “On s’arrête pour écouter des bruits, on observe. On est en prise avec le réel”. Le numérique est là pour guider et amener le coté ludique qui peut séduire les élèves au point qu’ils en oublient d’avoir mal aux pieds. “C’est une entrée plus évidente pour faire sentir des activités et toucher d’une autre manière l’habité”.

D’après Claire Dreyfus, l’application Gaya est facile à utiliser et on peut ainsi l’adapter pour les sorties géographiques que l’on rêve faire. Selon l’âge des élèves l’encadrement adulte sera plus ou moins important. Les élèves circulent en groupe avec un seul smartphone équipé de l’application. Ils solutionnent ensemble les énigmes. Les élèves doivent ensuite réaliser un croquis géographique. Ces croquis sont repris en classe entière pour un apprentissage de la cartographie et la réalisation d’une trace écrite commune.

 

Coopérer en équipe

“Je suis convaincue que la dimension sensible doit être intégrée en géographie. On doit mobiliser tous ses sens pour faire appréhender l’espace”, nous dit Claire Dreyfus. “Cette expérience m’a confortée dans l’idée que c’est bien de sortir avec les élèves pour faire de la géo”.

Elle tient aussi à une autre dimension de la sortie géographique. “Cette sortie aide aussi au travail en équipe. C’est une façon de coopérer entre professeurs. Et ça aussi c’est important…

 

Propos recueillis par François Jarraud

La séquence Saint Dié

 

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Stehen – Widerstehen – Verstehen

Etre debout «stehen», résister «widerstehen», comprendre «verstehen».

Enseigner avec les mots, nos outils pour transmettre. Des mots pour dire et lire le monde. Des armes que l’on aimerait toutes-puissantes. Pour Djéhanne Gani, enseignante d’allemand, langue de déclinaisons, c’est la déclinaison sémantique de « stehen », se tenir debout, que lui a inspiré la situation de l’École, et de ses professeurs, debout.

 

«STEHEN»

L’Ecole est debout «stehen», elle fait face. En allemand, «stehen» signifie «se tenir debout», «être». On y a l’image d’un corps en position verticale. Et ce corps qui se tient debout, qui fait face, aujourd’hui, m’évoque celui de mon collègue Dominique Bernard, qui s’était levé ce matin-là («aufstehen» en allemand) pour transmettre des connaissances, pour éduquer notre jeunesse à l’esprit et à la pensée critique et libre.

Le verbe «Stehen» m’évoque aussi aujourd’hui ces vers de Paul Celan (1920-1970), poète de langue allemande :

«STEHEN, im Schatten
Des Wundenmals in der Luft»

«Tenir debout, dans l’ombre

du stigmate des blessures en l’air » (traduction de Jean-Pierre Lefebvre)

Oui, on (se) tient debout, meurtris, souvent dans l’ombre, et aujourd’hui, assombris par les forces obscurantistes qui s’opposent à nos mission d’éducation et d’émancipation mais qui les justifient et les rendent nécessaires, d’autant plus et plus que jamais. Assombris et dans l’ombre, nous travaillons avec nos élèves, malgré les attaques et feux lancés, ces éclairages décalés par rapport à notre réalité, contrefeux par rapport à nos besoins, nos analyses. Ces contrefeux nous attaquent aussi, car nous aimerions dire la beauté de notre métier, ses réelles difficultés et la vision de l’École que nous voulons: je souhaiterais une école qui rende de la dignité et de la joie à tous ceux qui l’habitent, qui y apprennent, qui y enseignent. Je souhaiterais renouer avec la joie de l’apprendre, loin des polémiques, comme des passions tristes ou assassines.

 

«WIDERSTEHEN»

Se lever (aufstehen), se tenir debout (stehen), c’est résister (widerstehen,littéralement en allemand être debout, contre, comme l’exprime le préfixe «wider»). L’École se tient debout, elle est un lieu de forces vives et engagées au service de l’émancipation de nos élèves, et elle combat les idéologies obscurantistes. A ce titre, l’École est attaquée pour ce qu’elle est et incarne: l’École publique, laïque forme des esprits éclairés, lutte contre les fanatismes et stigmatisations, elle est un lieu de transmission de savoirs émancipateurs, dans un esprit d’ouverture et de rationalité, un lieu d’apprendre et de vivre-ensemble.

Transmettre, éduquer à l’esprit et pensée libres, n’est-ce pas aussi résister aux pressions et à la culture ambiante, celle de la culture de l’instantané et de l’urgence du « tout et tout de suite», des «fake news», du zapping, du déni de la science ?

Comprendre, «verstehen» en allemand, demande du temps. L’éducation a besoin de temps, le temps de l’apprendre, de comprendre. L’École résiste à l’aliénation de l’accélération dont parle si bien le sociologue allemand Hartmut Rosa. L’éducation est résistance à la barbarie, à l’inhumanité, à la déshumanisation, à la perte d’humanité et ne doit-elle pas nous relier au monde, à soi et à l’autre?

 

«Verstehen»

La discipline que j’enseigne, l’allemand, demande du temps. Et enseigner ma discipline, déjà, c’est une forme de résistance face à l’hégémonie ou domination d’autres langues, c’est aussi un combat, pour avoir des élèves. C’est une discipline menacée pour diverses raisons. Mais au-delà de la langue que j’enseigne, apprendre demande de la patience. Enseigner demande du temps. De la patience. Dans une époque où tout s’accélère, doit aller vite. Où on zappe. Où l’intelligence artificielle peut traduire instantanément, il faut alors résister à la tentation de la facilité, de l’adéquation algorithmique, car une langue, n’est pas uniquement la concordance d’un mot à l’autre, mais c’est apprendre une culture, une manière de voir le monde, dans sa pluralité, et ainsi de mieux comprendre le sien au regard d’un autre. La confrontation, la comparaison linguistique et culturelle enrichissent le rapport à sa langue maternelle. Comprendre l’autre demande du temps, de la patience. L’École ne doit-elle pas être pas ce lieu du temps d’appréhension et de compréhension de l’autre, qui résiste par essence?

Tenir debout et résister: L’École est debout, c’est un «stehen» de résistance, d’acharnement, de sa raison d’être intrinsèque.

Djéhanne Gani

 

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SVT : les bienfaits d’une serre pédagogique au collège

Comment l’installation d’une serre peut-elle démultiplier les possibles autour du végétal ? Sylvain Caberty, enseignant de SVT au collège Corneille de Tours (37) dispose avec ses élèves d’une serre pédagogique de 12 m². Semis, plantations, vente de plants : les projets sont nombreux et impliquent différents professeurs. « Les ventes de plants de légumes et d’aromates servent à financer des projets du foyer socio-éducatif ». Prochainement, le collège va installer aussi des récupérateurs d’eau et un poulailler.

 

Comment avez-vous réussi à installer une serre pédagogique dans votre collège ?

Dans le cadre du budget participatif du conseil départemental de l’Indre-et-Loire, nous avons obtenu une subvention de 5000 euros. Cela nous a permis d’acheter une serre de 12m² en aluminium-verre et divers équipements de jardinage-plantation. La serre a été inaugurée en 2022 par mme la Rectrice de l’académie et le vice-Président du CD37.

 

Quelles sont les utilisations de la serre ?

Nous semons, entretenons des plants de légumes et aromates pour une vente printemps-été.
Les plantations commencent en février en intérieur puis nous sortons les plants en mars dans la serre. Ces plants sont vendus aux usagers de l’établissement (administration, enseignants, parents, personnels) et servent à financer les actions du foyer socio-éducatif (sorties et voyages). Les commandes passent par l’ENT : une liste de plants est mise à jour chaque semaine. Les plants sont déposés en caissette à l’accueil et les parents viennent les chercher et les payer.

 

Quelles sont les implications des élèves ? Pour quels retours ?

Il faut des élèves sur les temps du midi pour s’occuper de tout cela ! L’année dernière, nous avons vendu près de 1100 plants donc il faut arroser régulièrement, transplanter, préparer les commandes, …… C’est donc avant tout une bonne organisation et des élèves qui doivent savoir faire des gestes précis. Les retours des parents et des élèves sont très positifs et l’ambiance scolaire s’est amélioré au collège même si nous n’y sommes que pour peu !

Parallèlement, nous avons pris l’habitude d’organiser une « scène » à l’entrée du collège pour les portes ouvertes, en collaboration avec mes collègues d’arts plastiques et de sciences physiques et de chimie. Cela donne aussi une belle image de l’établissement. On cherche à faire sortir des émotions, créer la surprise et montrer à nos élèves que l’art sert à quelque chose.

 

Des écueils à éviter pour un enseignant qui voudrait aussi se lancer dans l’aventure ?

Le temps principalement ! Il en faut beaucoup. J’ai la chance de pouvoir bénéficier d’une IMP en tant que référent développement durable mais ce n’est pas le cas partout. Il faut donc bien gérer ce qui est possible et ce qui ne l’est pas. Nous sommes également à la recherche d’une personne missionnée « développement durable ».

Il faut aussi bien gérer les vacances. Nous nous relayons avec des collègues pour l’arrosage. Cet été, nous étions sept avec un planning établi à l’avance et un groupe de discussion pour tout prévoir. Il faut donc un accès à l’établissement complet.
Nous allons bientôt passer à 3000 litres de récupération d’eau de pluie pour l’arrosage afin de ne plus utiliser de l’eau potable payante du collège.

Le compostage mis en place avec les biodéchets de la cantine permet également de récupérer l’année suivante le terreau nécessaire sans avoir à acheter du terreau avec des emballages plastiques. Une collaboration avec le lycée Becquerel voisin (un grillage nous en sépare) permet de récupérer leur terreau de feuilles. Cela nous a permis également d’obtenir une labellisation de territoire sur le plan du développement durable en travaillant ensemble.
Un travail important de communication (radio, télévision, presse écrite locale, presse jeunesse) permet aux élèves de montrer le travail effectué au collège.

 

Avez-vous d’autres projets liés à la serre ?

Nous avons une subvention nous permettant d’acheter deux autres serres afin d’augmenter nos surfaces et de produire plus de plants en 2025. Nous souhaiterions collaborer avec la ville de Tours pour planter principalement des aromates dans un quartier socialement défavorisé dont est originaire une grande partie de nos élèves. Nous souhaitons repousser les murs du collège et utiliser les plantes comme lien entre les familles et le collège.

 

Quelques mots sur le projet de poulailler…

Dans le cadre du 2e budget participatif du CD37 2023, un des projets des écodélégué.e.s de l’année dernière était de travailler sur le bien-être au collège et ils se sont orientés vers un poulailler.

Cela a pu être acheté en octobre ; un éleveur local nous a offert deux poules pondeuses et les élèves de Segpa, atelier « habitat » ont construit le grillage autour du poulailler.
Des familles d’accueil sont prévues pour les vacances et du personnel en logement de fonction jettent un coup d’œil le week-end. C’est très sympa de voir les élèves autour, ouvrir aux poules le matin et les faire rentrer dans le poulailler le soir. Le midi, ils ont installé des chaises autour !

 

Propos recueillis par Julien Cabioch

La serre en vidéo

Dans le Café

Un jeu de carte pour maîtriser la nutrition végétale

La tectonique des plaques en jeu de cartes

Que savent les élèves à propos du SIDA ?

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Christian Grataloup : Géohistoire

“Les géographes font habituellement profession d’étudier et d’interpréter l’espace des sociétés contemporaines; il s’agit ici de faire usage de leurs outils en les transférant à la compréhension du passé”. Christian Grataloup publie un livre mi-atlas , mi-récit qui parlera aux professeurs d’histoire-géographie. On y trouvera la saga de Sapiens et de l’humanisation de la planète, la construction d’un monde axé sur l’Eufrasie, la fabrique du Sud, jusqu’à l’ère du carbone fossile. Un récit très documenté où l’auteur s’essaie à l’histoire contrefactuelle (si les bateaux de Moctezuma ou ceux de Zhang He avaient unifié le monde…) appuyé sur un magnifique atlas. Christian Grataloup revient sur cette publication dans cet entretien.

 

Votre nouveau livre est une “géohistoire”. Est-ce une histoire déterminée par la géographie ? Une lecture géographique du passé ?

L’expression a été forgée par l’historien Fernand Braudel. Entre ces deux définitions, je prendrais la seconde, quoique le mot “passé” me semble moins dynamique qu’histoire ou dynamique des sociétés. Je récuse le déterminisme. Le déterminisme géographique est un ennemi des historiens, même s’il ne faut oublier ni les contraintes spatiales ni celles de l’environnement.

 

Vous avez publié il y a une vingtaine d’années une “Géohistoire de la mondialisation”. Celle-ci est encore bien présente dans l’ouvrage avec notamment la problématique du monde et des mondes. Qu’est ce qui a changé dans votre réflexion entre ces deux ouvrages ?

Les problématiques ont changé et il manque dans l’ouvrage de 2007, qui était destiné à des étudiants, une dimension environnementale. Ce nouveau livre fait suite à l’Atlas historique de la terre. C’est un ouvrage pour le grand public, même s’il est sérieux. Je crois qu’aujourd’hui une partie du grand public éprouve le besoin d’une mise en perspective de notre présent et de notre avenir, d’une compréhension de la façon dont notre espèce s’est appropriée la planète.

 

Dans cette Géohistoire vous accordez une large place dans l’atlas et le texte à l’histoire environnementale. Par exemple à l’évolution des biomes ou des usages de la Terre. L’environnement décide de l’histoire ?

Pas vraiment. Il peut ne pas changer pendant des millénaires alors qu’il se passe ds processus historiques. Un bon exemple est donné par le néolithique. On a une situation postglaciaire qui s’était déjà produite au moins une autre fois il y a 120 000 ans. Sapiens était déjà là mais on n’a pas de trace archéologique qui donne du néolithique. Les groupes humains de l’époque n’étaient pas dans la situation de ceux d’il y a 20 000 ans. C’est l’histoire sociale qui prime avec des sociétés qui utilisent ou pas des aspects du globe lequel a sa propre histoire. Sur ce point je me sens un héritier de Lucien Febvre et son “possibilisme” via Braudel.

 

Par exemple, vous retracez l’histoire des domestications des animaux et des végétaux. Qu’est ce que cela apprend de l’histoire des hommes ?

On est typiquement dans une histoire des possibles. Dans l’Ancien monde on a domestiqué à la fois des plantes et de grands animaux. Dans le Nouveau monde on a domestiqué des plantes importantes mais pas de grand mammifère. Soit ils n’étaient pas domesticables. Soit les sociétés n’ont pas essayé de le faire. Or cette différence va jouer un grand rôle dans la main mise de l’Europe sur l’Amérique. La maitrise des animaux, par exemple le cheval, a modifié le processus historique.

 

L’ouvrage accorde une large place à l’histoire contrefactuelle, par exemple que se serait-il passé par exemple si le Sud avait décidé des Nords ? Est-ce une démarche de géographe ?

L’histoire est très cloisonnée en périodes et en thèmes. Mais l’histoire contrefactuelle est maintenant admise comme une sorte de laboratoire ou d’expérimentation. Que l’on pense par exemple à “Pour une histoire des possibles” de Quentin Deluermoz et Pierre Singaravélou. C’est quelque chose qui a été développé aux Etats-Unis avec de vraies simulations. Les géographes y font plus facilement appel car ils construisent des modèles. Pour moi c’est en étant géographe que je faire l’histoire que je veux.

 

Aujourd’hui on veut ramener l’enseignement de l’histoire à celle des grands hommes et aux récits nationaux. Il y a-t-il encore de la place en classe pour la géohistoire ?

Le terme apparait de plus en plus dans les programmes et les manuels. Beaucoup d’enseignants s’y référent. Certains me l’ont dit aux Rendez vous de l’histoire de Blois il y a quelques jours. Une université (Evry) crée un poste de maitre de conférences fléché en géohistoire. Donc la situation n’est pas si mauvaise que cela.

Mais il y a bien une demande chez des politiques et dans une partie de la société pour un retour aux romans nationaux. Je m’étais positionné sur ce sujet dans “L’Atlas historique de la France”. Il est important d’apporter des réponses aux demandes de compréhension du monde dans lequel on s’insère et de la planète sur laquelle on vit. C’est à quoi essaie de répondre la géohistoire.

 

Propos recueillis par François Jarraud

Christian Grataloup, Géohistoire. Une autre histoire des humains sur la Terre. Les arènes. 24€. ISBN 979-10-375-1015-0.En librairie à partir du 19 octobre.

Précommande et découverte

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