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Agnès Florin : Une approche globale pour le bien-être à l’Ecole

23 November 2023 at 05:25

On n’améliorera pas le bien être à l’Ecole sans toucher à ses fondamentaux. C’est une des conclusions de la deuxième journée de la conférence de comparaisons internationales organisée par le Cnesco le 22 novembre. Agnès Florin, présidente du Cnesco revient sur cette journée qui a mis en avant les changements opérés dans plusieurs pays pour améliorer le bien être. Malgré l’annonce de cours d’empathie, la France semble encore bien éloignée d’une évolution qui nécessiterait un engagement réel de tous les acteurs de l’Ecole.

 

La première journée de la conférence de comparaisons internationales du Cnesco sur le bien être à l’Ecole avait posé la question des indicateurs et du niveau des programmes. La seconde journée apporte une réponse :pour changer l’Ecole, il faut un réel changement systémique qui demande du temps, de l’argent et de la volonté. C’est ce que montrent les exemples présentés le 22 novembre. Margaret Barry (université de Galway) montre comment la promotion du bien être psychologique dans les écoles irlandaises a nécessité une approche globale déclinée au niveau des établissements mais aussi de chaque classe. Cela nécessite l’engagement des enseignants mais aussi des parents. Bong Joo Lee présente l’exemple sud coréen. Dans ce pays, en tête du classement Pisa, l’obsession pour la compétition scolaire se fait aux dépens du temps de jeu et des relations familiales. Le pays se retrouve champion du mal être scolaire. Au point que le gouvernement réussit à casser depuis 2016 la compétition scolaire, imposant des semestres sans examen où les élèves mènent leurs projets. En Italie, Annalaura Nocentini retrace l’émergence d’un programme de lutte contre le harcèlement, testé en Toscane puis généralisé après une dizaine d’années de tests et d’aller retours entre chercheurs et praticiens. Ce programme repose sur des élèves référents qui forment, sous controle des enseignants, leurs camarades. France Gravelle présente une enquête unique sur le bien être des personnels de direction en France et au Québec. L’épuisement professionnel de ces personnels tient à la charge de travail mais aussi à l’absence de soutien de la hiérarchie, au sentiment d’être “entre l’arbre et l’écorce” pour imposer des réformes précipitées. Ces exemples montrent à la fois qu’il est possible de faire avancer la cause du bien être à l’Ecole. Mais que cela nécessite des changements systémiques profonds.

 

Agnès Florin, connait-on des pays sui ont amélioré le bien-être à l’Ecole ?

Oui on en a plusieurs. On a vu lors de la seconde journée de la conférence l’exemple de l’Italie, de l’Irlande ou encore l’école dehors au Danemark. Ce sont des pays qui initient des politiques ambitieuses.

 

Comment font-ils ?

Ce qui apparait c’est une conception plus globale qui traverse les pratiques quotidiennes dans l’accueil des enfants et des familles et dans les gestes quotidiens de la classe. On a des méta analyses qui montrent les effets positifs du développement des compétences psychosociales sur le sentiment de bien-être et la réduction des problèmes de comportement. L’impact sur les résultats scolaires n’est pas encore attesté car c’est un effet indirect. Mais ce développement améliore le sentiment de capacité des élèves et contribue à leur satisfaction en ce qui concerne leur vie en classe. Cela renforce l’estime de soi.

Tout cela renforce l’idée d’une approche globale du bien être à l’Ecole. On sait qu’il y a un lien entre le bien-être des élèves et celui des enseignants avec des répercussions sur leur vie personnelle.

 

En 2017, le CREN et le Cnesco ont tenu une première conférence sur ce sujet. Quelles évolutions voyez-vous ?

En 2017 on avait élaboré des ressources et un rapport national avec des notes d’experts. Ce qui a évolué c’est que la thématique du bien-être est rentrée dans les textes officiels. Il est admis que l’éducation doit contribuer à la réalisation de soi et l’épanouissement de la personne. Cela apparait dans la note de rentrée par exemple. On se préoccupe du management, de l’aménagement des cours de récréation et des locaux scolaires. On voit se développer la classe dehors.

 

La France est-elle bien placée pour améliorer le bien-être à l’Ecole ?

Nous avons des semaines de 4 jours dans le 1er degré avec des journées trop longues et aussi des effectifs particulièrement lourds. Je vois aussi la différence avec l’Italie pour l’école inclusive : en Italie depuis les années 1970 on a des enseignants spécialisés dans les écoles plutôt que quelques heures d’AESH. Je suis aussi sensible à la situation des enfants face à l’évaluation. Dans l’école française il y a une grande peur des évaluations. On reste centré sur les fondamentaux comme si le reste n’avait pas de valeur pour les enfants. On devrait pouvoir apprendre à l’école les compétences pour la vie enseignées dans d’autres pays : comprendre son fonctionnement psychologique, sa manière d’apprendre, prendre soin de sa santé, prendre la parole…

 

G Attal annonce des cours d’empathie à la prochaine rentrée. Votre conférence montre l’importance des compétences psycho sociales. Qui pourrait faire ces cours ?

On considère qu’il ne faut pas ces cours mais insérer un travail sur l’empathie dans tous les cours. Il s’agit d’apprendre à percevoir et comprendre les émotions d’autrui. Cela relève de jeux de découverte qui peuvent se faire dans toutes les disciplines. Et c’est beaucoup plus efficace quand cela fait partie des gestes professionnels des enseignants. Apprendre à reconnaitre ses émotions peut se faire dès le plus jeune âge. Aujourd’hui l’enquête de Santé France montre que 13% des enfants ont probablement un trouble mental, notamment dépressif. On devrait s’en préoccuper. Et c’est à l’Ecole que c’est le plus évident. L’Ecole doit jouer un role important dans la prévention du mal-être.

 

G Attal est venu ouvrir la conférence , ce qui montre un certain engagement. Il a parlé d’une “école du bonheur”. Auriez vous une préconisation prioritaire pour aller dans cette direction ?

Les enseignants ont besoin de reconnaissance y compris salariale. Les propos sur le bonheur ont pu surprendre mais le mot est utilisé par les économistes qui par exemple veulent inclure le bonheur dans le PIB. Etre heureux à l’Ecole renvoie aussi à un programme de l’Unesco, celui des Happy Schools. C’est uen façon de cibler une approche globale. Pour cela il faut bien sur plus qu’un cours d’empathie une heure par semaine. Il faut vraiment une prise de conscience de la question et voir comment dans chaque établissement on peut faciliter le bien être des élèves et des enseignants. Cela suppose d’entendre les points de vue des uns et des autres, d’examiner les aspects locaux, comme la qualité des bâtiments et l’aménagement du temps ou encore la marge de manoeuvre donnée aux élèves pour choisir des activités. On a vu qu’en Corée du Sud un aspect du bien-être est de donner plus de liberté aux jeunes.

 

La conférence proposait aussi de nombreux ateliers. Quand allez vous publier la synthèse des travaux et des préconisations ?

Les vidéos des plénières seront en ligne début décembre. Après on publiera les rapports de cadrage internationaux et nationaux, les notes d’experts. La collation des ateliers se fera dans le premier trimestre 2024. On a aussi tout un travail sur les conférences jumelles. La conférence initie tout une dynamique de formation initiale et continue avec des Inspe et des écoles académiques de formation continue dans une dizaine d’académies. Par exemple aujourd’hui un atelier participatif a eu lieu avec l’EAFC de Dijon et 200 enseignants. En Martinique une conférence jumelle est décalée. C’est la nouveauté de cette conférence de comparaisons internationales.

 

Propos recueillis par François Jarraud

La conférence sur le bien-être à l’Ecole

La première journée de la Conférence

Sa présentation par A. Florin

La conférence de 2017

 

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Réforme du lycée professionnel : toujours plus d’entreprise et moins de cours

23 November 2023 at 05:20

Mercredi 22 novembre, Carole Grandjean, ministre déléguée chargée de l’enseignement et de la formation professionnelle, présentait le parcours de terminale des lycéens de la voie professionnelle. Au programme de la scolarité des élèves du lycée professionnel, des heures de cours en moins et toujours plus d’entreprise.

 

Une image contenant microphone, Visage humain, habits, personne Description générée automatiquement Annoncée par le Président lui-même en mai dernier, la réorganisation du lycée professionnel, « pour faire mieux réussir les élèves » selon la ministre, se poursuit. Une réforme qui poursuit trois objectifs, rappelle-t-elle, « réduire le nombre de décrocheurs, mieux accompagner les jeunes dans l’insertion dans l’emploi et dans les études supérieures pour ceux qui font le choix de la poursuite d’études ». Carole Grandjean a tenu à saluer la qualité de ses échanges avec les organisations syndicales d’éducation qui ont permis de faire évoluer le projet du gouvernement, « le dialogue social, c’est la force du compromis. Nous avons entendu les demandes d’une meilleure d’articulation entre les périodes de stage et de cours, la nécessité de repenser la place du chef-d’œuvre ou encore celle de plus d’EPS ».

 

203 heures de cours en moins

Alors que les élèves de lycée professionnel bénéficient de 2 520 heures de cours aujourd’hui– enseignements professionnels et généraux, un élève qui entrera en seconde professionnelle à la prochaine rentrée aura 203 heures de cours en moins.

En seconde et première, cela se traduit par deux de cours en moins par semaine.

L’année de terminale se composera d’un bloc commun de 30 semaines de septembre à mai avec 22 semaines de cours – « une augmentation des savoirs fondamentaux de 10% ». Une augmentation qui s’effectuera à moyens constants a oublié de préciser la ministre puisque c’est au détriment de l’accompagnement personnalisé, du chef d’œuvre et de la co-intervention.

À ces 22 semaines, s’ajouteront 6 semaines de stage en entreprise – « organisées à l’échelle des établissements dans le respect des filières métiers des jeunes » a déclaré Carole Grandjean. Enfin, deux semaines d’examens clôtureront le bloc commun.

« En terminale, les élèves auront 1 heure et demie de cours en plus par semaine » a tenu à préciser la ministre. Une affirmation qui est loin de refléter la future réalité d’un élève de terminale de lycée professionnel. Si, en effet, il bénéficiera de 31 heures et demie de cours au lieu des trente heures actuelles, ce sera sur 22 semaines et non plus les 26 actuelles. 4 semaines de classes, c’est 120 heures de cours, 1 heure 30 de cours en plus par semaine, représentent 33 heures de cours… Les élèves de lycée professionnels auront donc 87 heures de cours en moins malgré les 1h30 de plus hebdomadaires.

 

Six semaines de cours pour les élèves qui poursuivront des études, mais avec quels moyens ?

La fin de l’année de terminal est constituée du « bloc personnalisé » qui s’appuie sur le projet de l’élève. Ce bloc dure six semaines de fin mai à début juillet. « Les jeunes auront deux possibilités. S’ils ont un projet d’insertion professionnelle, ils effectueront six semaines de stages pour que ce stage devienne en quelque sorte leur premier emploi”. Un premier job rémunéré 100 euros la semaine…” S’ils font le choix de la poursuite d’études, ils auront 6 semaines de préparation aux études supérieures ». « Je souhaite que nous puissions être agiles, nous sommes au service de la réussite des jeunes », a affirmé Carole Grandjan lorsqu’elle a été interrogée sur le risque qu’un élève change d’avis dans son choix de parcours – préparation au supérieur ou à l’entrée sur le marché du travail.

Quant aux épreuves du baccalauréat, elles auront lieu pour la plupart en mai sauf celles de Prévention Santé Environnement et du chef d’œuvre, renommée « oral de projet » qui auront lieu en juin. C’est un recul pour la ministre qui souhaitait que les épreuves soient positionnées en mars.

Si le report des épreuves est une victoire pour les organisations syndicales, c’est une victoire en demi-teinte. « Les épreuves du baccalauréat auront lieu aux alentours du 6 mai. On a gagné un peu plus d’un mois. La mobilisation et l’annonce de la grève l’ont fait reculer », nous a déclaré Sigrid Gérardin, secrétaire générale du Snuep-FSU. « Mais la ministre n’a pas renoncé à son projet de moins d’école et plus d’entreprise. Les élèves perdent 203 heures de cours sur la totalité de leur scolarité en lycée ».

Autre sujet d’inquiétude de la responsable syndicale, le mode de financement des six semaines du bloc personnalisé de poursuite d’études. «  Avec quels moyens ces heures supplémentaires seront-elles financées ? ». Une question à laquelle la ministre n’a d’ailleurs pas répondu lorsqu’elle a été interrogée par un journaliste lors de la conférence de presse. « Cette réforme est en contradiction totale avec les déclarations de Gabriel Attal qui clame vouloir élever le niveau. Les jeunes de la voie professionnelle perdent l’équivalent de sept semaines de cours ». « Nous sommes dans la continuité de Blanquer qui a fait perdre 10 semaines de cours aux lycéens professionnels. Cette réforme poursuit le saccage du lycée professionnel », dénonce Sigrid Gérardin.

 

Lilia Ben Hamouda

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Le Sénat en passe de changer l’EMC

23 November 2023 at 05:10

Le Sénat examine en séance le 23 novembre la proposition de loi Cabanel “tendant à renforcer la culture citoyenne”. L’objectif est de modifier l’enseignement moral et civique (EMC) pour le limiter à la connaissance des institutions et, si possible, la révérence envers leurs membres. Un projet réactionnaire, entamé par la réforme des programmes de 2018 et qui sera probablement voté.

 

Le retour de l’instruction civique

Le texte présenté en séance ne comprend que 7 articles. Le premier décide que ” l’enseignement moral et civique a pour objet d’amener les élèves à devenir des citoyens responsables et conscients de leurs droits et de leurs devoirs. Il comporte, à tous les stades de la scolarité, une formation aux valeurs de la République et à la laïcité. Son objectif est de permettre aux futurs citoyens de connaître le fonctionnement des institutions françaises et européennes. Il vise également à leur faire comprendre les enjeux internationaux, sociétaux et environnementaux du monde contemporain.”

Les autres articles visent à faciliter le vote par procuration et surtout à autoriser l’envoi de tracts électoraux par voie électronique aux élections législatives, des conseils départementaux, municipaux et du parlement européen. Un dernier article facilite l’exercice des fonctions d’élu pour les étudiants.

 

Un projet qui vient de loin

Cette proposition de loi résulte du rapport de la Mission d’information du Sénat, pilotée par Stéphane Piednoir (LR) et Henri Cabanel (RDSE) en juin 2022. Quelques mois après un rapport dénonciateur de la Cour des Comptes sur l’EMC, ils demandaient un recadrage de l’EMC. ” “Il faut recentrer l’EMC sur ce qu’elle était au départ, sur le fonctionnement des institutions avec des documents plus valorisants pour ceux qui pratiquent la démocratie au quotidien“, demandaient les deux sénateurs. Plus question de débats sur les défis que doit affronter la société pour former les futurs citoyens. Les deux sénateurs demandaient le retour à un enseignement du fonctionnement des institutions comme au bon vieux temps. Ce retour à l’instruction civique allait dans le sens de la réécriture des programmes d’EMC par JM Blanquer en 2018 et des voeux de S. Ayada, alors présidente du Conseil supérieur des programmes en janvier 2022 : “il est temps de revenir à une instruction civique classique où on n’est pas en lutte contre tous les maux de la société“.

 

Les amendements

Des amendements ont été déposés par le PS pour nuancer le texte en ajoutant à cette “culture citoyenne” “les enjeux du renforcement de la cohésion nationale, de la mixité sociale, de l’égalité femme-homme ainsi que de la lutte contre les préjugés sexistes et homophobes et à celle contre la violence au sein des couples“. Un autre amendement demande au gouvernement un rapport sur l’EMC organisé en lieu et place de l’enseignement religieux obligatoire en Alsace Moselle pour les élèves dispensés. Gageons que ces amendements ont peu de chance de passer avec la majorité de droite du Sénat. La laïcité a des limites…

 

François Jarraud

La proposition de loi

Sa présentation en mars 2023

La mission Piednoir Cabanel

Le rapport de la Cour des Comptes

 

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Peut-on améliorer le bien-être à l’Ecole ?

22 November 2023 at 05:20

Que faut-il faire pour améliorer le bien-être des enseignants et des élèves dans les écoles et établissements ? Est-ce un problème systémique ou d’établissement ? Le Cnesco réunit les 21 et 22 novembre une conférence de comparaisons internationales, dont le Café pédagogique est partenaire, sur le bien-être à l’Ecole. Si l’objectif semble admis par tout le monde, G. Attal promettant même “le bonheur” à l’école, la recherche est loin d’être unanime sur le chemin. A l’OCDE et la Finlande qui mettent en avant des réformes de système, B. Galand répond en montrant à quel point la mise en œuvre est difficile. Une seule certitude à la fin de cette première journée : le problème est particulièrement grave en France. Le Cnesco poursuit l’enquête aujourd’hui…

 

Le constat échappe à G. Attal

Commençons par le constat. Marie-Noël Vercambre-Jacquot, de la Fondation d’entreprise pour la santé publique, publie les résultats de l’enquête internationale i-Best (11 pays). La France et la Belgique se distinguent par un mal-être enseignant particulièrement élevé, la moitié des professeurs manifestant de l’angoisse ou étant dépressif. Les enseignants français déclarent le plus que qu’ils se sentent dévalorisés dans la société et par la hiérarchie et d’être laissés à l’écart des décisions. Ils sont particulièrement insatisfaits de leur salaire, des possibilités d’évolution et de formation.

Une situation qui ne semble pas perçue par Gabriel Attal. Le ministre est venu en personne ouvrir la conférence du Cnesco… pour y développer le thème du bonheur. “Le premier objectif de la politique c’est de créer les conditions du bonheur dans le société“, explique-t-il. “C’est le cœur du projet de l’école. Je revendique pas seulement le bien-être à l’Ecole mais le bonheur à l’Ecole“.

 

 

La ségrégation scolaire est l’ennemi du bien-être

Prenons-le au mot. Comment établir ce bien-être ? Deux interventions mettent en avant des réponses systémiques qui ne vont pas toujours satisfaire le ministre. Ruochen Li, de l’OCDE, montre, à partir de Talis et Pisa, que la satisfaction des enseignants est liée au type d’établissement où ils travaillent. Les professeurs qui travaillent dans des établissements à recrutement privilégié montrent un plus haut niveau de satisfaction que les autres. La répartition des élèves et des enseignants, deux données systémiques, influent donc sur le bien-être. R. Li en tirent deux conclusions où il ne cite pas la France même si elle est clairement visée. La première c’est que les systèmes éducatifs ségrégatifs génèrent davantage de mal-être enseignant sans améliorer les résultats des élèves. La comparaison entre la Lettonie et la Finlande, deux pays nordiques, établit cela nettement. Seconde conclusion : affecter les enseignants inexpérimentés dans les établissements difficiles, une particularité que la France partage avec quelques autres pays développés, génère du mal-être. Pour réduire le mal-être enseignant, on peut jouer sur l’affectation des élèves et des enseignants, suggère R. Li. G. Attal envisage d’augmenter la ségrégation scolaire en créant des classes de niveau. Quant à changer le mode d’affectation des enseignants cela ne serait possible qu’à travers des aménagements de carrière qui semblent inatteignables…

 

L’école gratuite gage du bien-être ?

C’est l’exemple finlandais que Kirsi Pyhältö, de l’université d’Helsinki, met en avant pour sa réussite sur le terrain du bien-être à l’école. Pour elle le bien-être impacte à la fois les résultats des élèves et le sentiment de satisfaction des enseignants. Et il peut être renforcé par une approche systémique associant des éléments pratiques et pédagogiques. Sur le plan pédagogique, cela passe par une pédagogie coopérative promouvant les interactions sociales et la sécurité socio-émotionnelle des élèves, ce qu’on ose à peine évoquer en France par le mot “bienveillance”. Le versant pratique c’est une école où la scolarité est réellement gratuite (y compris les transports, la cantine, le matériel d’apprentissage). Et où l’élève a un accès facile à de l’aide : psychologues, infirmières, enseignants spécialisés et assistants sociaux font partie du personnel scolaire. “C’est plus simple si l’approche est systémique et globale, si elle couvre toute la journée, toute la semaine et si tout le monde y participe“, explique Kirsi Pyhältö.

Benjamin Cleveland, Melbourne School of Design, et Ed Baines, University College London, montrent d’autre aspects systémiques. Le premier présente un programme australien pour ouvrir les écoles à leur communauté. Le second démontre l’importance des pauses pour le bien-être des élèves, notamment pour développer leur autonomie et leur socialisation. Or la tendance actuelle est à réduire les temps de pause (une heure en moins dans le secondaire en Angleterre) et à les encadrer davantage.

 

Insaisissable bien-être…

Après ces interventions, ça y est ! Nous tenons les chemins du bien-être à l’Ecole ! Il est à portée de mains. Et bien non ! Car Benoît Galand, UCL, brise nos certitudes à partir de l’expérience belge. Suite au “Pacte pour un enseignement d’excellence” (2014) dans le système éducatif francophone de Belgique, l’amélioration du bien-être et du climat scolaire est retenu comme objectif principal par de nombreux établissements scolaires. Une enquête est lancée en 2019 pour élaborer des indicateurs de bien-être, collecter des données et faire des recommandations. La première difficulté c’est d’élaborer des indicateurs tant le bien-être a une dimension subjective, et de définir des échelles. L’équipe y arrive et montre par exemple que les élèves ont un fort sentiment de satisfaction dans leurs relations avec leurs camarades et les professeurs. C’est ce qui est appris à l’école qui a le plus faible taux de satisfaction. Du coté des enseignants, des minorités importantes sentent “vidés” chaque semaine et même “au bout du rouleau” pour un professeur sur sept. Mais que faire de ces indicateurs ? “Transposer des indicateurs systémiques au niveau local n’est pas pertinent“, explique B. Galand. Le bien-être varie peu d’un établissement à l’autre. Dans chaque établissement la majorité des personnes (élèves comme personnels) rapportent un niveau modéré à élevé de bien-être et quelques personnes se sentent très mal. Il est donc plus efficace de dépister ces personnes et de leur apporter de l’aide, y compris pédagogique, que faire un programme local. Par suite, les indicateurs ne sont pas nécessairement adéquats pour les acteurs locaux. Et on prend le risque, en se focalisant sur eux, d’avoir des stratégies de surface et de normaliser sans effet majeur.

 

La conférence de comparaison internationale du Cnesco nous laisse avec ces interrogations. Le 22 novembre d’autres pistes sont étudiées. Comment promouvoir le bien-être psychologique ? Comment adapter les enseignements ? Comment lutter contre le harcèlement ? On mesure le chemin parcouru depuis la conférence organisée par le Cnesco et le Cren en 2017. Le chemin du bien-être se dessine peu à peu. Les clés du bonheur restent à trouver…

 

François Jarraud

La conférence sur le bien-être à l’Ecole

Sa présentation par A. Florin

La conférence de 2017

Un dossier de 2014

La France le pays où le bien-être compte le moins

O Zanna sur l’empathie

 

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Afef : École en danger, résistons tous ensemble

22 November 2023 at 05:06

L’AFEF – Association Françaises pour l’Enseignement du Français – lance un appel à résister à la déconstruction de l’école. Pour ce faire, elle propose un premier temps d’échange à tous les acteurs et actrices de l’école le mercredi 13 décembre prochain. Viviane Youx, présidente de l’association explique aux lecteurs et lectrices l’objet de cet appel.

 

Une image contenant Visage humain, personne, sourire, habits Description générée automatiquementVous lancez un appel à résister. De quoi s’agit-il?

Il s’agit, pour l’AFEF, de mobiliser le plus grand nombre d’acteurs de l’éducation afin de réfléchir ensemble à l’état de l’école, parce que nous croyons à la force du collectif. Notre réflexion sera plus nourrie et approfondie si nous nous réunissons : associations de spécialistes, syndicats, chercheurs, formateurs, professeurs, parents d’élèves, inspecteurs, chefs d’établissement, tous les acteurs de la communauté éducative… À l’instar du séminaire de réflexion que nous avions initié en novembre 2020 sur le numérique éducatif et qui avait rassemblé un large collectif autour d’une réflexion de grande puissance, nous souhaitons rassembler à nouveau un collectif pour repenser l’école et réaffirmer les valeurs de l’humanisme.

 

Le terme de résistance est assez fort. L’état de l’école est-il si inquiétant ?

Les enseignants et enseignantes souffrent, depuis plusieurs années. L’assassinat terroriste de Dominique Bernard, après celui de Samuel Paty, a encore accentué leur mal-être. Il s’agit d’une lame de fond qui se creuse d’année en année. Les personnels d’éducation dans leur ensemble se sentent dévalorisés, ils ont été régulièrement attaqués depuis plusieurs années par un autoritarisme qui a considérablement réduit le rôle des corps intermédiaires, et une politique d’économies qui prive le système des moyens nécessaires à son fonctionnement. L’Université est dans un état catastrophique qui creuse les inégalités sociales et envoie ceux qui ont les moyens vers des institutions privées. Le nombre de démissions de professeurs et de stagiaires augmente, des postes d’enseignants ne sont pas pourvus, le métier n’attire plus. La formation est fortement menacée. Il est urgent de repenser le cœur du métier d’enseignant, et les valeurs de l’école.

 

L’un des points du sommaire est « Le diagnostic docteur! Avant de proposer faire l’état des lieux s’impose ». Qu’en est-il ?

Nous assistons à une valse de programmes et de mesures jamais évalués. Les évaluations nationales ne sont pas conçues pour aider les enseignants et enseignantes à ajuster les apprentissages à leurs élèves. Les programmes des cycles 2-3-4 de 2015 ont été en partie réécrits en français et mathématiques, sans évaluation préalable, par décision ministérielle, et par exemple « l’étude de la langue » qui avait été pensée dans une progression tout au long du socle commun a perdu toute sa cohérence. Les travaux de la recherche, indispensables pour penser la didactique des disciplines et la pédagogie, sont ignorés, méprisés. Une réécriture de programmes ne peut pas se faire dans la précipitation, sans évaluation, par une simple consultation par questions fermées des enseignants. La consultation des associations par la DGESCO et l’Inspection générale s’est montrée ouverte et bien renseignée, mais nous ne savons pas si les décisions politiques tiendront compte des rapports de la Mission « Exigence des savoirs ».

 

Que reprochez-vous à la manière de faire du ministre?

Nous sommes partagés. Nous constatons une plus grande écoute, sans comprendre quels effets pourront avoir nos demandes et observations. Le questionnaire pour les enseignants et enseignantes, envoyé précipitamment, ne respecte aucune condition d’un remplissage et d’un traitement efficaces. Et si nous partageons certaines idées générales annoncées par le ministre, comme une attention à l’écriture, la lutte contre les inégalités sociales à l’école, les annonces rapides, apparemment destinées au grand public, posent des dictats, sur des classes de niveau par exemple, dont nous ignorons si sera possible une discussion appuyée sur la recherche.

Vous invitez enseignants, enseignantes, associations à se saisir de cet appel pour un grenelle alternatif de l’école. Qu’en escomptez-vous?

Nous cherchons à constituer un collectif qui pourra être force de contreproposition. Durant cette année scolaire, ce collectif élaborera des propositions pour une école humaniste. L’AFEF propose un texte « École en danger : résistons, tous ensemble ! » accessible en ligne.

Le premier rendez-vous aura lieu en ligne le 13 décembre, le collectif réuni décidera de la suite du processus et d’autres dates de rendez-vous.

 

Propos recueillis par Lilia Ben Hamouda

Pour plus d’informations, c’est ici

 

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Jean-Paul Delahaye : « Une école commune… et pas seulement pour ceux qui vont bien »

20 October 2023 at 05:00

C’était il y a 15 jours, le 5 octobre, lors de la journée des enseignants, le ministre de l’Éducation promettait un « choc des savoirs » et annonçait une mission de huit semaines pour tout réformer : recrutement des enseignants au niveau bac pour une formation au sein « d’écoles normales du XXIe siècle », fin des cycles, généralisation les classes de niveau, labellisation les manuels scolaires… Jean-Paul Delahaye, ancien DGESCO, nous livre son analyse de ces annonces. Selon lui, ces annonces ne règlent pas la question des inégalités qui « ne nuisent pas à tout le monde » . Comment ne pas voir qu’il existe une véritable lutte de classe dans notre système éducatif ? » interroge-t-il. « Cette situation, mesurons-le, met en danger la cohésion de notre pays ». Il répond aux questions du Café pédagogique.

 

Une image contenant Visage humain, personne, sourire, habits

Description générée automatiquementQue vous inspirent les annonces du 5 octobre dernier de Gabriel Attal ?

Une série d’annonces ne fait pas une politique d’ensemble et communiquer n’est pas réformer, il faut donc attendre un peu avant de se prononcer. Ce que je peux dire, à ce stade, c’est qu’on court le risque que les huit semaines prévues par le ministre pour préparer des mesures ne laissent pas beaucoup de temps pour faire partager le diagnostic sur l’état de notre école à l’ensemble des citoyens et singulièrement aux familles populaires. Et sans diagnostic partagé, il est difficile de construire du consensus ensuite. Ce sont les enfants des familles populaires que l’on retrouve massivement parmi les élèves en difficulté, ces familles ont des choses à nous dire sur l’école, écoutons-les, notamment grâce aux associations qui les représentent le mieux comme ATD Quart-Monde ou le Secours Populaire par exemple. Ces familles ne veulent pas d’un traitement à part de leurs enfants, elles veulent une école commune, conçue pour tous dans le cadre de la scolarité obligatoire, et pas seulement pour ceux qui vont bien. Compte tenu des problèmes que nous rencontrons, une réforme de l’école ne peut plus sortir toute ficelée d’un seul travail d’experts, aussi compétents soient-ils. Les pays qui s’en sortent mieux que nous dans la lutte contre les inégalités ont su construire sur la durée un consensus politique et se rassembler autour de leur école et de ses personnels

En d’autres termes, il faut davantage de débat politique sur l’école et sans doute moins d’emprise technocratique, surtout quand cette emprise prend une coloration scientiste et autoritaire comme on a pu le voir ces derniers temps.

 

Un débat politique qui se ferait sur quelles bases ?

Il faut se poser des questions qui placent les sujets essentiels au bon endroit.

Donne-t-on la priorité à l’intérêt général ou aux intérêts particuliers ? Est-ce qu’on valorise le collectif pour faire ensemble ou des parcours individuels qui se rapprocheraient d’un sauve-qui-peut général ? Est-ce qu’on scolarise ensemble pendant la scolarité obligatoire ou est-ce qu’on laisse faire un côte à côte qui est d’ores et déjà un face à face mortifère ?

Développe-ton des savoirs pour émanciper et qui fassent sens pour tous les élèves ou empile-t-on des disciplines qui se disputent les meilleures places pour servir à la sélection sociale ? Est-ce qu’on promeut la coopération et le commun qui réunissent ou favorise-t-on la compétition et la sélection précoce qui divisent, une école de la culture qui rassemble ou une école qui fracture ? On pourrait continuer cette énumération mais on voit bien que selon qu’on privilégie telle ou telle option, on ne construit pas la même école et on n’a donc la même société à l’arrivée. Vous voyez qu’on est assez loin de la question de l’uniforme à l’école.

 

Comment expliquez-vous qu’il soit aussi difficile de réformer dans le sens que vous indiquez ?

Regardons les choses en face : les inégalités à l’école ne nuisent pas à tout le monde. Globalement, elles ne nuisent pas aux enfants des milieux favorisés, aux enfants d’enseignants, de journalistes, de cadres supérieurs et des élites dirigeantes. Le plus désolant sans doute, c’est que certaines politiques mises en œuvre répondent aux demandes des élites sociopolitiques, quel que soit par ailleurs leur positionnement politique, à droite, au centre ou à gauche. Celles-ci veulent conserver leur position dominante dans le système éducatif et ont un comportement qui vise plus à restaurer d’anciennes pratiques pour protéger leurs enfants qu’à refonder pour tous (redoublement, classes de niveau, examen de passage en sixième tant qu’on y est…).

Le problème, c’est que les bénéficiaires potentiels d’une politique éducative plus juste n’ont pas les moyens de se faire entendre. Les milieux populaires ne pèsent pas sur les politiques scolaires. Mais ils ne sont pas aveugles et ils voient clairement les injustices à l’œuvre dans notre école. Comment ne pas voir qu’il existe une véritable lutte de classe dans notre système éducatif ? Cette situation, mesurons-le, met en danger la cohésion de notre pays. Si nous n’allons pas résolument vers davantage de justice en faveur des plus démunis, nous courons le risque de voir surgir des mouvements sociaux qui ne se borneront pas à l’occupation de quelques ronds-points. Personne ne peut le souhaiter

Et nous ne répondrons pas à cette demande d’égalité sans un effort collectif de solidarité et, sans doute plus encore, de fraternité. Cela ne relève pas de la seule responsabilité de l’école. C’est Antoine de Saint-Exupéry qui disait « Une démocratie doit être une fraternité, sinon c’est une imposture ».

 

Propos recueillis par Lilia Ben Hamouda

Dans le Café pédagogique

Sur les annonces du 5 octobre

 

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La présidente du jury du CAPES de philosophie remerciée

20 October 2023 at 05:00

Sylvia Giocanti, professeure des universités, était présidente du jury de Capes-Cafep de philosophie depuis trois ans. Elle aurait dû assurer la présidence encore un an, il est d’usage que les jurys se renouvellent tous les quatre ans. Pourtant, en juillet dernier, elle a reçu un courrier l’informant que l’institution mettait fin à ses fonctions. Elle répond aux questions du Café pédagogique.

 

Vous avez été évincée de la présidence du jury de Capes-Cafep de philosophie…

En effet, j’ai reçu un courrier en juillet m’informant que je ne présiderai plus au jury de ces concours. Il y est fait état de ma « volonté de m’écarter de l’application des consignes de l’administration visant au bon déroulement des concours ». Il m’est aussi reproché d’avoir « procédé à la promulgation par ordre alphabétique (et non de mérite) des résultats des concours en matinée sans attendre la publication du ministère, en violation des dispositions du dernier alinéa de l’article 18 de l’arrêté du 25 janvier 2021 fixant les modalités d’organisation des concours ». Les publications des résultats – sur le site du ministère et en présentiel – doivent être simultanées. Le jury avait envoyé les documents à 16 heures la veille, j’avais confirmé, à la demande du ministère, que je promulguerais les résultats à 10 heures, horaire fixé de longue date. Les candidats et candidates étaient présents pour entendre les résultats, mais aussi pour rencontrer les membres du jury et comprendre les raisons de leur échec, pour ceux qui ne l’ont pas réussi. Le ministère connaissait notre organisation, ils ne m’ont pas informée que les résultats ne seraient mis en ligne qu’à 15 heures. J’y vois une forme de stratagème pour me mettre en difficulté.

Ne recevant pas les listes signées par le ministère, j’ai attendu une heure puis j’ai promulgué les résultats en précisant bien que c’était sous réserve de l’officialisation du ministère. Il n’y a eu aucune erreur, bien heureusement.

Mais la raison réelle, c’est le reproche qui m’est fait de m’écarter à « plusieurs reprises de l’application des consignes de l’administration visant au bon déroulement des concours »

 

Quels sont donc ces écarts qui vous sont reprochés ?

On me reproche mon indépendance, qui appartient normalement à toute présidence de jury de concours. On me demande, on nous demande, une application des textes sans aucune marge de liberté dans l’interprétation même de ces textes.

Par exemple, selon l’administration, lors des entretiens professionnels des candidats, on devrait exclure toute évaluation de type disciplinaire, en lien donc avec les compétences en philosophie. Leur idée c’est qu’il y a contradiction entre l’évaluation des savoirs et l’évaluation professionnelle. Pour eux, la professionnalité se résume à l’attitude à avoir en classe avec les élèves.

Lors de l’épreuve professionnelle, on interroge les candidats sur la conduite à tenir si un élève remet en cause certains principes, tels que la laïcité ou l’égalité. Face à la contestation possible des valeurs de la république – déclinée dans plusieurs situations, l’institution attend des futurs enseignants qu’ils convoquent les différents textes réglementaires – au sens de la loi et de l’établissement, pour une application sans réflexion. Elle attend d’eux qu’ils déploient des attitudes toutes prêtes en tant que fonctionnaire. Ils refusent qu’il y ait également une analyse philosophique de ces situations. Pour l’institution, c’est un écart. La posture institutionnelle est à l’encontre même du principe d’éducation.

On attend donc des professeurs qu’ils appliquent les directives, qu’ils prêtent allégeance, qu’ils montrent qu’ils obéissent à la loi de l’État et au règlement de l’établissement. Ils refusent les initiatives personnelles qui viennent de la discipline (enseignée) elle-même. Finalement, le simple fait d’analyser, de discuter, c’est faire preuve d’insoumission, c’est se rebeller.

En tant que jury, on trouve cela inacceptable. Pour sortir du conflit, il ne s’agit pas seulement de faire un rappel à l’ordre, mais aussi d’expliquer, de répondre de manière avisée aux objections

 

Mais pourquoi ne pas appliquer les directives ?

Si on demande à un professeur des universités de présider un jury de concours, c’est parce que justement c’est une personne indépendante, non inféodée à l’institution. Avoir un universitaire permet, d’une part, d’avoir une caution scientifique du point de vue disciplinaire et d’autre part, dans le cadre d’une société démocratique, d’avoir un esprit critique qui s’exerce par rapport à l’institution. La mission n’est pas celle d’une pure obéissance.

Je dépends d’un autre ministère, pour moi assurer la présidence, c’est faire preuve de dévouement, c’est servir l’institution autrement que par l’adoption d’une attitude de soumission.

 

Propos recueillis par Lilia Ben Hamouda

Signer la pétition de soutien 

 

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La formation, c’est du temps de travail POUR et AVEC nos élèves

20 October 2023 at 05:00

Dès sa conférence de rentrée, Gabriel Attal annonçait que plus une seul heure de cours ne serait perdue à cause de la formation des enseignants. Cette annonce, faite à quelques jours de la rentrée, est venue chambouler l’organisation des plans de formations décidés longtemps à l’avance. Une annonce faite en dépit des très nombreuses recherches qui rappellent que la souffrance au travail et, donc le manque d’attractivité des métiers du professorat, est aussi liée au manque de formation. Cette annonce, elle ne passe pas pour Daniel*, professeur de français en Seine-Saint-Denis, et formateur depuis 10 ans. Cette année, il a décidé de refuser d’animer des temps de formation. Il explique les raisons de ce refus.

 

Une image contenant habits, personne, Visage humain, intérieur Description générée automatiquement Formateur d’enseignantes et d’enseignants (de la maternelle à l’université) depuis bientôt 10 ans, professeur de français en Seine Saint-Denis depuis bientôt 20 ans, témoin du fait que des collègues ont repris goût au métier et ont retrouvé le sens de leur travail après avoir vécu des formations, je vais pourtant être contraint de refuser d’en animer.

En effet, à l’occasion de cette rentrée 2023, nous avons appris que les formations devront avoir lieu en dehors du temps professionnel. L’objectif est qu’« à l’horizon de la rentrée 2024, 100 % des formations [soient] assurées en dehors du temps de face-à-face pédagogique ». C’est pourtant contraire au travail des enseignantes et enseignants, comme aux missions des personnes qui les forment.

 

Pourquoi ce refus ?

Avant tout, les enseignants ne sont pas « face-à-face » par rapport aux élèves. Dans une classe, la priorité nationale est de former des citoyens, c’est-à-dire « de l’école au lycée, […] s’adresse[r] à des citoyens en devenir qui prennent conscience de leurs droits, de leurs devoirs, de leurs responsabilités ». Nous sommes donc, en classe (comme en formation), AVEC nos élèves. Chaque jour, nous cherchons la meilleure manière de mettre en place des situations d’apprentissage qui permettent à chaque élève d’acquérir des connaissances en s’appuyant sur le groupe. Cela contribue à constituer la classe en un collectif de recherche qui formule et institutionnalise, avec l’aide du professeur, les savoirs et règles à apprendre. C’est ce qui permet à chaque élève de dépasser ses confusions, ses lacunes, de développer compétences et culture.

Si nous pensions que le groupe classe n’était pas nécessaire, il suffirait, comme nous l’avons précisément connu pendant les confinements récents, que chaque élève soit seul devant une machine. Nous avons pu constater à quel point cela a été déstructurant pour les élèves tant au niveau des apprentissages que des liens sociaux.

Il en est de même pour les enseignants. Nous avons besoin, nous aussi, d’être réunis, en groupe, en présences issues d’horizons différents, d’approches disciplinaires différentes –voire de terrains d’exercice différents–, pour nourrir et mettre en questionnement nos pratiques pédagogiques et trouver les meilleures manières d’enseigner pour nous et nos élèves.

Ainsi, quand des enseignants se forment, ils sont, effectivement, physiquement absents de leurs cours. Cependant, ils travaillent POUR et AVEC leurs élèves en tête. Ils sont mentalement présents avec leurs classes. Et, quand ils reviennent en cours, ils sont davantage prêts à aborder les difficultés des élèves par d’autres biais.

Ceci implique un double constat.

Pour être sérieusement formés : les enseignantes et enseignants ont besoin d’être formés en groupes et en présence (pas en trinômes, binômes, face à face ou à distance) et les enseignantes et enseignants ont besoin d’un temps spécifique (et pas après leurs heures de cours, entre deux cours, les jours de fins de semaine ou les jours de vacances).

Être en présence, en groupe, dans un temps prévu, permet de vivre, partager et analyser des situations grâce auxquelles il est possible d’« élaborer l’expérience », de « provoquer le dialogue » et d’ouvrir des possibles.

Ne pas tenir compte de ces constats, c’est non plus former les enseignants, mais tout juste, et dans le meilleur des cas, les informer. C’est aussi aller à l’encontre des principes étudiés lors de la certification nationale de Formateur Académique (CAFFA) et des raisons pour lesquelles je suis devenu formateur.

 

Pourquoi je suis devenu formateur ?

En 2005, lors de mon entrée dans le métier, ce sont les formations, c’est-à-dire des formatrices et des formateurs intervenant pendant le temps professionnel, qui m’ont permis d’avoir le temps de devenir un (meilleur) enseignant pour et avec les élèves.

En entrant dans le métier, j’ai plongé dans la complexité de l’enseignement. J’ai été dépassé par la multitude de choix qui fait le quotidien de notre activité. J’ai immédiatement constaté qu’« enseigner, c’est prendre des décisions », sans cesse, avant, pendant et même après les cours. Dans ce tourbillon, un repère solide : la formation. Formation de l’académie de Créteil ; formation en lisant notamment les Cahiers pédagogiques, revue conseillée par une formatrice de Créteil et, plus particulièrement, formation animée par des représentantes et représentants du mouvement de recherche et de formation en éducation – reconnu d’utilité publique : le Groupe Français d’Éducation Nouvelle (GFEN). Elles et ils étaient venus faire vivre à l’équipe pédagogique dont je faisais partie, sur le temps des heures de cours, des démarches pour nourrir et interroger nos positionnements.

Ce temps précieux m’a permis de me construire quelques repères –toujours à actualiser– pour effectuer mes choix, de trouver les priorités cohérentes avec les cadres de l’institution et des programmes. Surtout, cela m’a permis –et me permet encore– dans mes cours, d’embarquer les élèves dans des travaux d’exploration littéraire, de les engager dans l’écriture et la prise de parole, d’étudier la langue française avec eux. J’ai pu mettre en place des activités qui font sens pour eux comme pour l’enseignant, et qui les font progresser dans leur conquête de la culture écrite.

Quand on m’a proposé de devenir formateur, j’ai accepté parce que j’expérimentais les effets de ces apports déterminants et fondamentaux dans mes classes.

J’ai constaté que, pour faire évoluer nos pratiques et nos positionnements, il nous faut vivre nous-mêmes des moments de travail ensemble qui permettent de découvrir qu’il y a d’autres manières possibles de mettre en œuvre les mêmes programmes, et lesquelles, parmi ces autres manières, ont du sens et parvenir à faire vivre aux élèves ce que nous avons vécu : une découverte, redécouverte, des questions et savoirs, parfois millénaires, que nous transmettons et leur histoire.

C’est ce que je fais vivre, depuis des années, à des enseignantes, des enseignants, des personnels de direction et d’encadrement, des inspectrices et des inspecteurs, des collègues de la maternelle jusqu’à l’université, en passant par les lycées professionnels et techniques, les IUFM, puis ESPE puis INSPE.

Cette année, je devais encore le faire.

Je voudrais encore le faire.

 

Une décision ministérielle qui contredit les priorités nationales et académiques

Il y a un réel problème d’effectif d’enseignants. Mais supprimer la formation sur le temps de travail, pour la déplacer sur des temps où les enseignants ne doivent pas être pris dans leur journée de travail, ce n’est pas résoudre tout ou partie de ce problème, c’est l’accentuer.

Les personnels formés ne seront pas disponibles, seront tout juste informés de manières d’exercer leur métier. Nous savons bien, pourtant, que « chacun ne reçoit pas en partage une expérience prête à l’usage ». Les enseignantes et enseignants ont besoin d’un lieu et d’un temps pour comprendre et prendre conscience de possibles permettant d’étendre la palette de leurs outils et gestes professionnels. Il leur faut traverser d’autres pratiques qui interrogent nos pratiques quotidiennes, qui poussent à penser et voir différemment ce qui est proposé à chaque élève toujours singulier, chaque classe toujours unique.

Ces défis, chaque fois nouveaux, se présentent en termes de difficulté, de rapport à l’apprentissage. Mais si un sentiment d’impuissance à faire progresser les élèves persiste, le nombre de personnels démobilisés continuera à augmenter. Le problème d’effectif ne fera, en fait, qu’empirer.

Chercher à résoudre le manque d’enseignants en modifiant la forme des temps de formation est une destruction du contenu –et du sens même– de ces formations. Le message de ces formations est directement atteint par l’altération du medium qui est annoncé.

Nous le savons au moins depuis 1964, quand Marshall Mc Luhan écrivait : « le médium, c’est le message ». Supprimer les temps de travail longs durant le temps professionnel, indispensables pour objectiver les difficultés rencontrées, au profit d’« extension du calendrier » et d’« hybridation des formations » va accentuer la distance entre enseignants. Dans les faits, c’est détruire leur formation continue.

Seul le temps long, inclus dans le temps de travail professionnel, permet de se former, de réfléchir à ses pratiques, d’en vivre de nouvelles. Car c’est accepter un temps où nous prenons le risque de changer, d’évoluer.

Ce qui nous est imposé est d’ailleurs contraire aux conclusions du Grenelle de l’éducation, qui insistaient pourtant sur l’importance de la formation.

Cela contredit aussi les priorités académiques de Créteil qui mettent judicieusement en avant « la maîtrise et le partage des savoirs, la construction de trajectoires de réussite, l’ouverture sur le monde, la qualité de la vie professionnelle ».

Dans le cadre de temps de travail inclus dans le temps professionnel, les formations peuvent rester des moments de transformation de notre rapport à ce métier qui évolue sans cesse, pour et avec les élèves.

C’est cela, notre travail à nous, enseignantes et enseignants ; pour que nos élèves (re)trouvent des mobiles d’apprentissage, se mettent au travail et puissent développer leur pensée, agir dans et pour notre monde qui change.

 

Daniel*, un enseignant formateur qui ne sera plus formateur cette année

*pseudonyme

« J’enseigne, oui, j’enseigne, et quand puis-je apprendre ?

Grand Dieu, je ne suis pas aussi savantissime

que ces messieurs de la Faculté de Philosophie.

Je suis bête. Je ne comprends rien à rien.

Je suis donc forcé de boucher les trous de mon savoir.

Et quand puis-je le faire ? »

Bertolt Brecht, La vie de Galilée (1955).

Traduction d’Eloi Recoing

« Les milieux ne sont pas des contenants passifs,

mais des processus actifs. »

Marchall Mc Luhan, Pour comprendre les médias (1964).

Extrait de l’introduction à la deuxième édition.

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Budget : L’Assemblée rétablit les postes d’enseignants supprimés

19 October 2023 at 06:30

La commission de l’éducation de l’Assemblée nationale rétablit les postes supprimés au budget 2024, soit 1709 pour le 1er degré et 481 pour le second. Elle revalorise aussi les médecins et infirmières de l’Education nationale et, beaucoup plus modestement, les AESH et les professeurs stagiaires. Ces amendements soulignent les limites d’un budget présenté comme “historique” par G Attal. Reste que ce sera peut-être pour rien : un 49.3 pourrait, comme c’est le cas pour la première partie de la loi de Finances, empêcher tout débat sur le premier budget de l’Etat.

 

2190 postes rétablis

Je mets au défi de trouver un quinquennat où le budget a autant augmenté” affirme Gabriel Attal le 17 octobre devant la Commission de l’éducation de l’Assemblée. La réponse ne tarde pas. “La revalorisation historique accompagne une nouvelle perte de pouvoir d’achat des enseignants”, répond Paul Vannier (LFI). Peu convaincue par le ministre, la commission va apporter des modifications importantes à la loi de Finances.

Plusieurs amendements demandaient le rétablissement des postes d’enseignants supprimés par la loi de finances 2024. Finalement ce sont deux amendements de B Descamps (Indépendants) qui sont retenus le 17 octobre. Un premier rétablit 1709 postes du 1er degré en prélevant 80 millions sur les dépenses immobilières de l’éducation nationale. Le second rétablit 481 postes (ETP) du second degré en prélevant 24 millions sur la même ligne budgétaire. Des amendements PS visant à recruter 20 000 enseignants pour abaisser les classes à 19 dans le premier degré et 10 000 pour limiter à 24 les classes au collège ne sont pas adoptés. Des amendements écologiste et LFI pour revaloriser les enseignants sont aussi écartés.

 

Un vote pas définitif

La commission adopte encore d’autres mesures salariales le 18 octobre. Un amendement LR attribue 7 millions pour les frais de transport des enseignants stagiaires. Un amendement PC dégage un million pour la formation des professeurs d’EPS. Un autre amendement de B Descamps “vise à encourager le gouvernement à revaloriser l’ensemble des rémunérations des AESH” : il dégage 30 millions pour accorder 220€ par an à chaque AESH. Enfin un amendement PS trouve 30 millions également pour revaloriser de 5% les médecins et infirmières.

Ces votes sont-ils définitifs ? Non. La commission modifie un texte de loi qui doit encore être adopté en séance. Du moins s’il y arrive. Le 18 octobre la première ministre a engagée la responsabilité du gouvernement sur la première partie de la loi de Finances. Cela ne concerne pas l’article 35 et ses amendements. Mais, interrogé à plusieurs reprises pour savoir s’il y aura débat sur le budget de l’Education nationale, premier budget de l’État, Gabriel Attal n’a pas répondu…

 

Sécurité et revalorisation

Le ministre a été plus prolixe sur d’autres points. D’abord sur la sécurité. Pour G Attal l’Ecole “ne doit rien céder“. Il a envoyé une enquête flash aux écoles et établissements et devrait faire un point sur les aménagements nécessaires pour sécuriser les locaux scolaires la semaine prochaine. Mais pour lui , l’urgence c’est “la réaffirmation de l’autorité des règles à l’école“. Des amendements du RN pour avoir des indicateurs des incidents sur la laïcité sont écartés. R Arenas (LFI) explique à quel point les “parents vigilants” de l’extrême droite, chargés d’espionner les enseignants, contribuent à détruire l’Ecole républicaine et la République.

Le ministre a aussi été interrogé sur un plan pluriannuel de revalorisation. Là aussi il n’a pas répondu. Mais il dit discuter avec les organisations syndicales de l’attractivité du métier enseignant. Et “parmi les pistes“, il voit le positionnement du concours, l’accompagnement à la prise de poste et la progression en milieu de carrière. Il devrait faire connaitre ses décisions “au début de l’année prochaine”.

 

“Je ne crois pas que l’on puisse parler d’échec”

G Attal a aussi été interrogé sur le Pacte. Une député de la majorité, Agnès Carel déclare que “les remontées de terrain ne sont pas satisfaisantes” sur ce point et qu’il y a “un climat compliqué en salle des profs“. “Je ne crois pas que l’on puisse parler d’échec“, dit G Attal qui estime qu’un quart des enseignants participent au Pacte. Mais il espère des assouplissements des protocoles concernant les remplacements dans le second degré. “Je suis pour beaucoup de souplesse“…

 

Formation et réforme du collège

Pas de souplesse par contre pour la formation des enseignants, la réforme du collège ou l’uniforme. “J’ai l’intention d’avancer sur cette question“, dit-il à propos des uniformes. Il annoncera des décisions “cet automne” et compte lancer des expérimentations dès la prochaine rentrée. Le Rassemblement national a déposé de nombreux amendements pour financer cette mesure.

Le ministre maintient ses décisions sur la formation continue. “J’assume de dire que les enseignants doivent se former en dehors du temps devant élèves“, dit-il. Il annonce des modules plus courts et hybrides.

Pour “élever le niveau“, il maintient la labellisation des manuels car “les enseignants vont chercher des ressources qui ne sont pas les meilleures scientifiquement“. Il maintient aussi ses propos sur l’entrée en 6ème qui sera différenciée selon le niveau des élèves et sur les groupes de niveau au collège. “Ce n’est pas facile de faire ce constat je l’assume“. La réforme de l’EMC est aussi maintenue . Comme grande orientation il rappelle les propos d’E Macron : lire chaque semaine un texte fondamental de la République. Une pédagogie qui nous ramènerait un bon siècle en arrière.

 

Les PAS adoptés, le FDSAP maintenu

Restent deux sujets qui opposent les députés et le gouvernement : les pôles d’appui à la scolarité (PAS) et le fonds pour le périscolaire. Pour le gouvernement les PAS (article 53 de la loi) pourraient accélérer l’aide attribuée aux élèves. Pour les députés PS et LFI, les PAS contourneront les MDPH en décidant des aides sans les médico-sociaux. On serait donc dans une logique comptable face à la croissance de la demande encore plus nette qu’avec les PIAL. L’opposition demande des moyens pour les MDPH. Finalement, les amendements PS et LFI sont rejetés et l’article 53 adopté.

L’article 54 prévoit de supprimer en septembre 2024 le fonds de soutien aux activités périscolaires (FDSAP) pour les communes qui sont restées à 4.5 jours d’école (1462 communes). Le ministre a annoncé le maintien du fonds en 2023-2024, ce qui implique d’abonder le budget de 19 millions. La commission adopte deux amendements PS et écologistes qui suppriment l’article 54. Du moins si le 49.3 ne remet pas tout en cause…

 

François Jarraud

 

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Le Sénat adopte une baisse de 5% du nombre des fonctionnaires

19 October 2023 at 06:30

Le Sénat a adopté le 16 octobre le projet de loi de programmation des finances publiques pour les années 2023 à 2027. Ce texte décide une réduction de 5% du nombre des fonctionnaires. Appliqué à l’Education nationale, cela entrainerait la suppression de 43 000 postes.

 

Un projet modifié par le Sénat

Déposé en septembre 2022, le projet de loi de programmation des finances publiques pour les années 2023 à 2027 a connu un parcours difficile. Rejeté en première lecture par l’Assemblée en octobre 2022, le texte a été modifié par le Sénat en novembre 2022. C’est à ce moment là que son article 10 a été modifié suite à un amendement de Vanina Paoli-Gagin, une sénatrice du groupe des Indépendants. Son amendement introduit une baisse de 5% du nombre de fonctionnaires.

Selon l’article 10, “l’objectif d’exécution des schémas d’emploi de 2023 à 2027 pour l’État et ses opérateurs est, au plus, la réduction de 5 % des emplois exprimés en équivalents temps plein“. L’amendement est alors voté par les sénateurs Les Républicains (notamment Max Brisson et Jacques Grosperrin) et les Indépendants. Les sénateurs PS, PC et écologistes votent contre.

 

Un enseignant sur 20

Le texte arrive en seconde lecture devant l’Assemblée le 29 septembre 2023. Il est adopté mais avec un article 10 qui a retrouvé son rédigé initial : “L’objectif d’exécution des schémas d’emploi de 2023 à 2027 pour l’État et ses opérateurs est, au plus, la stabilité globale des emplois exprimés en équivalents temps plein“.

Le 11 octobre il revient en seconde lecture au Sénat. En commission, deux amendements de Vanina Paoli-Gagin et du rapporteur F Husson (Les Républicains) suppriment “la stabilité globale” pour inscrire une réduction de 5% du nombre des emplois dans la fonction publique d’Etat. Le 16 octobre, en séance au Sénat, il y a débat. Pour le sénateur Horizons Emmanuel Capus “maîtriser la dépense publique n’est pas s’attaquer aux services publics, au contraire : on peut faire des économies sans dégrader la qualité de service“. Le sénateur Rémi Féraud (PS) invite à se représenter que 5% cela veut dire un enseignant sur 20 supprimé dans les écoles. Le gouvernement dépose un amendement pour rétablir la mention de la “stabilité globale“. Mais la majorité sénatoriale maintient la baisse de 5% par un vote des Républicains, Centristes et Indépendants. PS, PC, écologistes sont contre.

Le projet de loi ne dit pas précisément où doivent être pris les emplois. Mais l’Education nationale représente la moitié des emplois de l’Etat. C’est donc là qu’il est le plus facile de récupérer des postes. D’autre part, le texte prévoit une stagnation du budget de l’Education nationale : 64.2 milliards en 2024, 65.1 en 2025 puis 65.4 en 2026. Cela n’est tenable, compte tenu de l’inflation, que par la réduction des postes.

Le calendrier a aussi son importance dans ce vote. Le 16 octobre, le Sénat a rendu hommage à Dominique Bernard lors d’une minute de recueillement. Quelques minutes plus tard, la majorité sénatoriale adoptait un projet de loi pour aggraver les difficultés de l’Ecole.

Le projet de loi doit maintenant revenir devant l’Assemblée pour une dernière lecture définitive. L’objectif de “stabilité globale” a des chances d’être rétabli.

 

François Jarraud

Le projet de loi

 

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Rassemblement : L’émotion en bandoulière

17 October 2023 at 06:22

Ils étaient nombreux et nombreuses Place de la République, lundi 16 octobre à 18 heures. Enseignants, enseignantes, responsables politiques, parents, mais aussi élèves. Le message ? Dire non au barbarisme. Dire leur soutien à la famille, les proches, les amis de Dominique Bernard. Dire leur soutien à l’équipe éducative de la cité scolaire Gambetta d’Arras et à l’ensemble des enseignants et enseignantes. Ils étaient là aussi pour alerter. « Quand les terroristes s’attaquent à l’école, ils s’attaquent à nous tous », nous confie Farida, professeure en classe préparatoire littéraire.

 

Une image contenant plein air, Visage humain, habits, ciel Description générée automatiquement « Trois ans après l’assassinat de Samuel Paty, il est insupportable d’avoir à revivre le même effroi. Quand l’école devient une cible et que les professeurs sont attaqués pour avoir fait leur métier, l’État doit prendre toutes mesures pour assurer la sécurité des personnels et des élèves » a déclaré la porte-parole de l’intersyndicale éducation Île-de-France à l’origine du rassemblement. « L’école doit continuer à œuvrer pour que les jeunes puissent devenir des citoyens conscients et émancipés. Elle doit être dotée de tous les moyens nécessaires pour lutter contre toutes les formes de fanatisme. Toute la société doit accompagner l’école et la soutenir dans cet objectif ». « Nous appelons chacune et chacun à s’abstenir de toute instrumentalisation. Nous vous demandons de respecter le deuil de notre profession » a-t-elle prévenu avant que ne débute la minute de silence.

 

Émotion et colère

« Notre école tiendra, nous tiendrons », nous confie Arnaud, l’un des enseignants présents. Professeur de mathématiques dans le 77, il a juste eu le dire d’attraper un RER après ses cours au collège. « Je suis là pour dire ma solidarité, je suis là pour dire touché, mais pas coulé ». « Mais je suis là aussi pour dire ma colère. Pour dire ma colère contre les gouvernements qui se succèdent depuis vingt ans, pour leur dire que si on en est là, c’est de leur faute » gronde l’enseignant, la voix vibrante d’émotion. « Depuis vingt ans, on exclut de plus en plus, depuis vingt ans, on stigmatise de plus en plus, depuis vingt ans, on nous divise. Si on attaque l’école aujourd’hui, c’est parce qu’on ne l’a pas laissé faire son boulot : émanciper les jeunes, les préparer à vivre ensemble, les préparer à faire société ».

Farida est accompagnée de son fils de 16 ans et de son conjoint. Elle enseigne en classe préparatoire littéraire. « On a poignardé un enseignant, on a attaqué les membres d’un établissement, car ils représentent le Savoir. Ce n’est pas l’École qu’on attaque, c’est notre société », explique-t-elle. « Il était donc normal que nous venions en famille ». « Réduire cette attaque à une attaque contre l’École, c’est minimiser la responsabilité collective que nous portons tous. On espérait que l’assassinat de Samuel Paty réveillerait les consciences, qu’on se rendrait compte que notre pays, notre société va mal, très mal. L’attaque terroriste de vendredi montre bien ce que nous, enseignants, nous savions. Notre société est fracturée. D’un côté le fondamentalisme gagne du terrain, de l’autre le racisme et la haine en gagnent. Et nous, profs, humanistes, on est au milieu de tout ça. Comme nos élèves » souffle-t-elle, émue.

Eléonore est assistante d’éducation. Elle est du rassemblement parisien avec deux collègues, Julien et Aurélien. « J’arrête pas de jouer la scène dans ma tête. Je sais que c’est bête, mais si c’était arrivé dans mon collège d’Anthony, ben y aurait eu de grandes chances que je sois morte, moi ou un collègue… » raconte-t-elle. Tous les matins, Eléonore, ou un de ses collègues surveillants est à la porte de l’établissement. « C’est nous qui vérifions les carnets de correspondance. Quand y a des soucis, c’est nous qui sommes en première ligne ». « On aurait fait quoi si un type s’était présenté à la porte avec un couteau ? » interroge la jeune femme émue. « Je suis mal payée, je suis déconsidérée et maintenant j’apprends qu’en plus je peux mourir en exerçant mon travail ».

 

Lilia Ben Hamouda

 

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L’École rend hommage à Dominique Bernard

17 October 2023 at 06:20

Lundi 16 octobre, l’ensemble des écoles, collèges et lycées a rendu hommage à Dominique Bernard, trois ans jour pour jour après l’assassinat de Samuel Paty. Dans les établissements du second degré, les professeurs ont eu deux heures pour se retrouver, pour réfléchir collectivement à l’organisation de la minute de silence. Dans le premier degré, c’est sur la pause méridienne que les enseignants ont dû s’organiser. Tous et toutes ont accompagné leurs élèves à respecter ce moment solennel.

 

Une image contenant fenêtre, intérieur, bus Description générée automatiquement Manuel, tout jeune professeur de lettres-histoire dans un lycée professionnel de Seine-Saint-Denis, appréhendait cette minute de silence. « Je craignais que l’un de mes élèves fasse le malin. Je savais que cela n’aurait pas été dans une volonté de provocation, mais juste pour épater la galerie. Mais ils ont été parfaits. Silencieux, révérencieux, à la hauteur de ce moment de recueillement », nous raconte-t-il. « J’ai honte de les avoir sous-estimés. Ça montre que malgré tout, malgré mon militantisme, mon implication, je suis plein de préjugés ». L’enseignant était présent dans son lycée dès huit heures lundi alors qu’il commençait plus tard. « J’avais besoin de voir mes collègues, j’avais besoin que collectivement on discute de la façon dont on devait évoquer les choses ». Dans ce lycée, l’équipe a choisi de lire le texte d’Albert Camus, Lettre à monsieur Germain du 19 novembre 1957. Un texte puisé dans les ressources mises à disposition pour parler de l’attentat sur le site Eduscol.

À plusieurs centaines de kilomètre de là, dans un lycée de Saint-Brieuc, la journée a commencé par la prise de parole du proviseur. Un IPR d’histoire-géographie était aussi présent. « On nous a demandé d’avoir une oreille attentive aux élèves sensibles et inquiets », nous raconte Pierre, professeur de mathématiques. « Beaucoup de collègues se posaient des questions sur comment répondre aux interrogations des lycéens. Et puis sommes-nous aptes ? ». L’équipe a aussi longuement échangé quant à la sécurisation du lycée. « Mais comment ? Nous avons des entrées un peu partout et près d’un kilomètre de périmètre ». La baisse des moyens a aussi été au centre des discussions. « Comment faire fonctionner l’école avec toujours moins ? ».

 

Du temps pour penser les mots

Dans ce collège d’Île-de-France, ils n’étaient pas nombreux en salle des professeurs à 8 heures. Pour autant, c’est collectivement qu’ils ont décidé de la façon d’aborder l’attentat de vendredi et la minute de silence. « On a écrit collectivement un texte à lire aux élèves lors de leur première heure de cours », nous raconte Elsa, professeure. « On voulait avoir une parole commune. Mais chacun était libre d’adapter ». Dans cet autre collège, à Grenoble cette fois, la démarche était sensiblement la même. « On ressentait le besoin de se retrouver, de partager, de se recueillir entre personnels avant de retrouver les enfants, les élèves » nous raconte Guillaume, professeur de FLE. « Il y avait cette nécessité de penser les mots justes que nous souhaitions communiquer aux élèves. Rendre hommage à Samuel Paty et à Dominique Bernard en expliquant avec simplicité la gravité des faits. Des hommes ont été attaqués, des personnels ont été attaqués, l’école a été attaquée… Mais nous voulions aussi, au travers de nos mots, rappeler aux enfants que l’école est là et sera toujours là pour les protéger, pour les aider à grandir ensemble, pour les aider à être libres… Être libre dans le recueillement également, en permettant à chacun d’y associer les victimes d’autres conflits, d’autres souffrances au travers du monde ».

À l’école primaire, les enseignants et enseignantes ont dû accueillir leurs élèves dès 8 heures. Certains encore déboussolés ont eu besoin de se retrouver avant comme dans cette école rep+ de l’Eure. « On s’est réuni une heure avant la classe, pour se retrouver, discuter, se préparer ensemble avant de recevoir les élèves », nous raconte Nathalie, directrice. « Notre école est classée Rep+ et accueille des enfants d’origines diverses. On voulait réfléchir ensemble à la façon de réagir si un gamin est réfractaire à l’hommage ». À l’ouverture des portes, chaque enseignant s’est retrouvé seul face aux questions de ses élèves. Mais l’après-midi, à 13h30, après un temps de préparation à la minute de silence dans chaque classe du CP au CM2, dans le calme, toutes les classes se sont retrouvées dans le hall de l’école. Nathalie a dit quelques mots pour marquer la solennité de l’instant. Puis, une longue minute s’est écoulée, les enseignants rendant un dernier hommage à leur collègue Dominique Bernard.

 

Lilia Ben Hamouda

 

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Tribune. Laurence De Cock : Les visages de notre résistance

17 October 2023 at 06:08

Laurence De Cock revient sur l’assassinat de Dominique Bernard mais aussi sur les précédents, ceux de Samuel Paty et d’Agnès Lassale. « Duand l’un.e d’entre nous tombe, il contraint ceux qui restent à tenir debout » écrit historienne, par ailleurs professeure d’Histoire-Géographie en lycée. « Nous devons refuser tout discours qui transformerait certains de nos élèves en potentiels ennemis. Laisser s’installer cette petite musique du danger c’est donner raison aux criminels qui nous détestent pour ce que nous sommes : des passeurs de savoirs, des passeurs de valeurs, des passeurs d’humanité ».

 

Samuel Paty et Dominique Bernard sont morts assassinés par un terroriste islamiste. Un autre collègue et deux agents techniques du collège-lycée Gambetta d’Arras luttent contre la mort, victimes du même assaillant. Agnès Lassale est décédée sous les coups portés par un de ses élèves. Tous ces visages, ces noms, nous les connaissons même sans jamais les avoir croisés : ce sont nos collègues, nos camarades, ceux dont nous partageons le quotidien.

On les aurait spontanément tutoyés devant la machine à café, on aurait lâché quelques banalités : tu as quelle classe ? Ils sont fatigués en ce moment je trouve. On aurait souri devant les ados qu’on côtoie quotidiennement même si parfois ils nous épuisent. On aurait dit « Agnès, Samuel et Dominique » et sans doute commenté l’actualité à leur côté avec un air navré.

Avant de mourir, ils étaient n’importe qui d’entre nous, des profs. Un métier que peu connaissent réellement, à commencer par ceux qui légifèrent dessus. Ce métier, c’est le nôtre. Et c’est bien pour cela que leur mort vient percuter notre être le plus intime, faisant jaillir Immanquablement cette question : et si c’était moi ?

C’est bien-sûr la peur qui s’immisce en premier lieu dans nos pensées confuses. Parce que les scènes de crimes sont épouvantables et que même en s’interdisant de visionner les images, celles-ci nous hantent. Une peur indicible, pas celle qui fait trembler, qui paralyse, pas la panique, du moins pas exactement. C’est une autre peur, insondable, qui nous murmure que quelque chose de notre quotidien, de notre routine vient de basculer vers l’inconnu, et que notre raison d’être risque de se dissoudre dans la catastrophe.

Cette raison d’être est ce qui a fait dire à notre collègue d’EPS : « Mohamed, je ne te reconnais pas, qu’est-ce qui t’arrive ? ».

Car l’école est aussi ceci : la maison de tous les élèves qui y sont encore et de ceux qui y sont passés. Ce pourquoi le geste de s’interposer est à la fois héroïque et naturel. Se demander : « si c’était moi », c’est ainsi se projeter dans une situation similaire : un visage que l’on connaît, un enfant devenu adulte qu’on se souvient avoir grondé, récompensé, consolé. C’est à cet ancien élève, le leur, que se sont adressé nos collègues en faisant barrage à celui qu’ils ne reconnaissaient plus. Aussi se dit-on qu’on aurait sans doute fait comme eux. Du moins l’espère-t-on car c’est bien cela que cherchent à briser les terroristes en instillant la peur : notre part d’humanité.

Nous font-ils payer d’avoir perdu la leur ? Peut-être. Mais quand l’un.e d’entre nous tombe, il contraint ceux qui restent à tenir debout. La réponse purement sécuritaire n’est pas la bonne. Cette confiance, ce lien qui se tisse entre tous les élèves et la communauté éducative doit être au contraire renforcé, notre raison d’être, toujours. Nous devons refuser tout discours qui transformerait certains de nos élèves en potentiels ennemis. Laisser s’installer cette petite musique du danger c’est donner raison aux criminels qui nous détestent pour ce que nous sommes : des passeurs de savoirs, des passeurs de valeurs, des passeurs d’humanité. Et ce quelles que soient les disciplines enseignées.

C’est pourquoi notre résistance a désormais des visages, ceux de Anne, Samuel, Dominique et que ces visages nous obligent. L’école doit rester un lieu de célébration de la vie et de la joie d’apprendre. Protégeons-la de la part de nous-mêmes qui nous pousserait à la craindre.

Ce défi nous engage en première ligne mais n’est pas seulement le nôtre. La société entière doit œuvrer à ce sursaut pour la survie d’une école qu’elle méprise trop souvent. Les responsables politiques doivent reconnaître que l’école se serait déjà écroulée depuis longtemps sans le travail des communautés éducatives parfois jusqu’à épuisement, a fortiori l’école publique lentement dépecée. Les formules incantatoires évoquant le « plus beau métier du monde » ne suffisent plus. Nous avons besoin de gestes concrets de respect et de reconnaissance. C’est à cette condition que nous trouverons comment dépasser la peur et le moment le deuil et comment poursuivre dignement la mission dans laquelle nous, Dominique, Samuel, Agnès et les autres nous sommes engagés : instruire et éduquer.

 

Laurence De Cock

 

 

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Journée mondiale du refus de la misère : ATD Quart Monde prend la parole

17 October 2023 at 06:08

Le 17 octobre est la « Journée mondiale du refus de la misère ». À Brest, un groupe ATD Quart Monde exprime chaque semaine ce refus à travers un atelier d’écriture et de culture numérique. Se perfectionner pour mieux accompagner ses enfants dans leur scolarité, œuvrer à un apprentissage tout au long de la vie en sont les principaux buts. « Lorsque l’on vit des situations très difficiles au quotidien, oser apprendre, avoir le goût d’apprendre ce n’est pas si simple. Ne suis-je pas différent des autres au point que je ne m’autorise pas à apprendre ? Nos travaux avec des personnes ayant l’expérience de la grande pauvreté et des chercheurs le démontrent. Il n’est jamais trop tard pour apprendre, prenons le temps et développons les pédagogies qui permettent à chacune et chacun d’apprendre quel que soit son âge. » (Marie-Aleth Grard, présidente d’ATD Quart Monde France.)

 

Militer pour le droit d’apprendre tout au long de sa vie

Etre pauvre c’est faire l’expérience de l’exclusion économique et sociale, c’est aussi bien souvent s’être senti exclu de l’école, tenu à l’écart de la culture, empêché dans ses apprentissages et dans l’expression de ce que l’on est. C’est contre cette logique d’enfermement que s’élève le Mouvement A (agir) T (tous) D (pour la Dignité) Quart-Monde.

Engagé avec des personnes en grande précarité, le Mouvement n’agit jamais pour elles, mais toujours avec elles. Qu’ils ou elles vivent ou pas en situation d’exclusion et de pauvreté, les militant.es et allié.es se battent ensemble, de manière conjointe et croisée pour l’émancipation par l’éducation et la culture.

 

Créer des ateliers d’écriture et de culture numérique

Né à Brest en 2016, l’atelier Lirecrire émane d’une demande des familles d’ATDQM souhaitant se perfectionner pour mieux accompagner leurs enfants dans leur scolarité. Chaque semaine le groupe se retrouve, en visio si besoin, pour que chacun et chacune écrive sur un thème préalablement, et collectivement, choisi. On lit ensuite à voix haute son texte, pour le partager avec les autres. Ce plaisir de lire et d’écrire, transformé en envie d’être lu, a abouti à la création d’un site internet qui donne à voir les écrits réalisés lors des ateliers.

Il s’agit tout à la fois de découvrir et d’apprendre à maîtriser des outils, de s’approprier une culture du numérique, d’acquérir des compétences pour s’informer et faire respecter ses droits, de créer, échanger, transmettre et partager des savoirs, et, par l’écriture et la publication, de s’exprimer, de reconquérir de la confiance et de l’estime de soi, de développer son pouvoir d’agir.

Ici pas de bénéficiaires, pas de cours, pas d’usagers ; on ne donne pas la parole, mais on construit des solutions pour la prendre ; ici tout ce qu’on apprend se partage …

 

Florilège de souvenirs, écrits « A la Perec », par les participantes et participants à l’atelier Lirecrire du 12 octobre 2023

« Je me souviens que la 1ère chose qu’on te dit quand tu arrives à l’atelier c’est : « Tu veux un café ? », parce qu’avant de partager des mots, il faut partager du temps. »

« Je me souviens que je pense souvent, pendant l’atelier d’écriture, que je ne vais pas réussir à écrire un mot, mes idées se bousculent, je me sens incapable, je me sens nulle et pourtant à la fin, je réussis à sortir quelque chose. »

« Je me souviens de l’atmosphère toujours studieuse qui s’installe quand on a terminé d’échanger et que chaque personne commence à écrire, et de mon embarras quand il m’a fallu lire tout haut mon texte à peine rédigé. Mais j’avais bien tort car ce sont surtout des encouragements et des conseils, des suggestions, que nous recevons du groupe. »

« Je me souviens des yeux qui s’embuent jusqu’aux larmes à l’écoute d’écrits qui évoquent les souffrances dans l’enfance et notamment les chagrins d’école. »

« Je me souviens d’avoir découvert le logiciel CANVA et la possibilité d’écrire des flyers ou tracts, agrémentés d’images ou de photos. Et aujourd’hui j’écris, j’écris un flyer d’anniversaire à ma famille et à mes amies. »

« Je me souviens du plaisir de découvrir l’imprimante 3D. Cela me paraissait compliqué, mais avec l’aide d’un connaisseur, j’étais très fière d’avoir réussi à créer une boîte à savon. »

« Je me souviens de mon émotion quand M.C a lu son texte sur la souffrance au travail. J’ai pensé qu’en l’écrivant, qu’en le publiant, c’était comme si elle avait terrassé ses harceleurs. »

« Je me souviens de M. qui est arrivée en demandant de l’aide pour créer une carte en ligne, une participante lui a répondu, je l’ai fait la semaine dernière, on peut la faire ensemble. »

« Je me souviens écrire sur des sujets sensibles comme la guerre ou les présidentielles, me dire que ce n’est pas pour moi, que je n’arriverais pas à écrire sur cela mais pourtant je l’ai fait. Grâce au groupe on ose. »

« Je me souviens lors d’un atelier d’avoir appris à utiliser un logiciel de son. N’ayant pas le temps de finir le montage, j’ai décidé de le finir chez moi. Je l’ai envoyé aux participants et tout le monde était content de mon travail, et impressionné que je le finisse seule. A ce moment là j’étais fière d’avoir réussi et de voir que cela faisait plaisir aux autres. »

« Je me souviens de l’éclatement de la joie de N. qui a réussi pour la première fois à se connecter seule à son compte pour relever ses courriels. »

« Je me souviens, qu’en démarrant les ateliers, on écrivait sur des feuilles coupées en 2 pour ne pas se retrouver devant une grande feuille blanche qui pouvait bloquer l’écrit. Et maintenant il nous faut souvent plusieurs feuilles. »

« Je me souviens que nous pouvons toujours faire des photocopies quand nous avons besoin, c’est formidable car maintenant je me débrouille toute seule. »

« Je me souviens de l’atelier où on avait proposé d’écrire à partir d’un sujet de philo du bac. Au départ cela a été la surprise … Nous avons un peu discuté, puis écrit et lors de la lecture à voix haute on sentait la fierté de l’avoir fait. »

« Je me souviens que quand mes allocations m’ont été retirées on a fait un article sur le site pour faire savoir que cette situation était insupportable. »

« Je me souviens que nous avons écrit un article « A quoi pense-t-elle ? » à partir d’une photo de l’artiste Ernest Pignon Ernest. Cette proposition avait aussi été faite à des élèves enseignants. Et en comparant nos écrits avec les leurs nous avons trouvé des points communs. Je me suis dit qu’on était aussi capables que des personnes qui font des études d’écrire nos idées. »

« Je me souviens du bonheur de voir l’article fini et en ligne. ».

 

Merci à tous et toutes les membres de l’atelier Lirecrire qui ont collaboré à la rédaction de cet article.

Merci à Marie-Aleth Grard pour sa contribution.

 

Claire Berest


L’intégralité de l’atelier « Je me souviens… », et des articles publiés depuis 2016, est à retrouver sur le site Lirecrire.

15% de la population en situation d’illectronisme en France sur le site du Café pédagogique.

Quand les sans-voix parlent de l’école sur le site du Café pédagogique.

 

 

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A notre collègue de français, Dominique Bernard

16 October 2023 at 06:36

Un professeur de français est mort, assassiné. Par-delà la sidération, quelles réflexions une telle abomination inspire-t-elle à ses collègues ? Par-delà la douleur ou la colère, peut-on croire encore ou plus que jamais aux pouvoirs de l’École en général et de l’enseignement des lettres en particulier ? D’une académie à l’autre, le Café pédagogique a recueilli les interrogations et convictions, brûlantes, combatives, d’enseignant.es et enseignantes, de français et de France.

 

Une image contenant Visage humain, habits, personne, sourire

Description générée automatiquementPourquoi je fais ce métier

« J’ai été profondément touchée vendredi en entrant dans ma voiture à midi et entendant à la radio ce drame terrible arrivé dans un groupe scolaire à 50 km de chez nous, et découvrant dans le même temps, les images diffusées par les élèves de ce lycée et largement relayées sur les réseaux.

Un professeur d’histoire, un professeur de lettres, comme tous les professeurs ce sont des personnes qui apprennent aux élèves à penser par eux-mêmes, dans ce monde tellement complexe où ils doivent grandir, se construire et qu’ils doivent construire, parce que ce sont bien eux les acteurs du monde de demain… C’est évident que cela dérange les individus qui agissent au nom de la barbarie. Je pense à sa famille, à ses proches, à ses élèves. Et je sais aujourd’hui plus que jamais pourquoi je fais ce métier. L’éducation c’est le la meilleure arme qu’a une société pour une humanité libre et fraternelle, il faut y travailler ensemble et chaque jour, ne surtout pas baisser les bras. » (Christelle, académie de Lille)

 

Entre Lumières et Lorenzaccio

« Les mots me manquent. Je ne sais que dire, qu’écrire. Je me sens perdue. Face à mes convictions d’enseignante qui croit à l’importance de l’école pour faire fuir les nuages de l’obscurantisme. Après les Attentats de Charlie Hebdo, j’avais fait un cours sur les Lumières et les dangers du fanatisme. Après le Bataclan, de même. Après l’assassinat de Samuel Paty, de même. Et aujourd’hui, je ferai ce cours. Que je ressors et actualise. Mais je sens que je perds mon courage, ma foi. Je me sens devenir Lorenzaccio, désabusé. “Tu me demandes pourquoi (…) ? Veux-tu donc que je m’empoisonne, ou que je saute dans l’Arno ? Veux-tu que je sois un spectre, et qu’en frappant sur ce squelette, il n’en sorte aucun son ?” »

Je constate toutefois que les sons ne sortent plus. Je me sens bouche-bée, médusée, sans mot face à ce cauchemar qui dure, dure, dure.  (Claire, académie de Grenoble)

 

De la chair à canon ?

« Je me sens comme de la chair à canon. J’ai le sentiment d’être en première ligne, d’être sur le terrain, alors que nos preneurs de décisions sont bien tranquilles au chaud à nous mettre des bâtons dans les roues avec leurs mesures déconnectées de la réalité. C’est un immense ras-le-bol. J’ai participé au Forum des enseignants innovants mais aujourd’hui je veux quitter l’enseignement.

Je m’attendais à des problèmes dès la rentrée avec la polémique sur l’abaya. Nous, on a à gérer en visu les élèves, on ne bouge pas des lignes sur un tableau excel, on est en contact. Et finalement, l’événement tragique intervient 3 jours avant la commémoration pour Samuel Paty. Les médias avancent que Dominique Bernard est mort en héros car il s’est interposé. Je vois bien ce qu’il a voulu faire, car tous les jours nous allons au contact, tous les jours on va au front. Jamais je n’ai évité une situation par lâcheté alors qu’on sait, surtout après Samuel Paty, que ça peut dégénérer. Dès qu’il y a des propos, des signes, certains de mes collègues (surtout en Lettres et Histoire, il faut le reconnaître) et moi écoutons, affrontons. Nous n’avons jamais éludé une situation problématique liée à la laïcité ou autre parce que nous sommes républicain.e.s. Et c’est une lutte quasi quotidienne. Alors les professeurs qui ne lâchent rien doivent-ils craindre pour leur vie ? Principalement ceux qui osent discuter des sujets polémiques. Un professeur de math est beaucoup moins en première ligne et d’ailleurs ils ne savent pas comment réagir. La médiation se fait toujours durant un cours de lettres ou d’histoire.

Je me sens en danger parce que ceux qui ne sont pas face aux élèves, même nos directions, ne se rendent pas compte de ce que c’est. Je n’ai aucune confiance dans mon chef qui dit nous soutenir mais qui refuse de gérer les manquements à la laïcité et je le cite : « ah non je ne parle pas religion avec les parents d’élèves ! ». Donc qui rappelle la loi ? Qui rappelle les valeurs de la République ? Qui fait respecter la loi, quoi qu’on en pense personnellement ? Les professeurs, de Lettres et d’Histoire.

On va encore nous dire que les hommages à Samuel Paty ne peuvent être faits en raison des tensions, comme l’année dernière. Mais on est dans quel pays ??? Comment peut-on imaginer que la police va venir surveiller les établissements en France en 2023 ???

Nous avons reçu des consignes de sécurité ahurissantes dans l’académie de Créteil : contrôle visuel de tous les sacs à l’entrée de l’établissement…! En France, en 2023 ??? Avec en plus, encore, cette impossibilité structurelle : comment faire rentrer 200/300/400 élèves en fouillant les sacs quand on a un AED ? Injonction impossible à réaliser mais effet d’annonce du « Dir Cab » qui croit avoir fait son boulot et s’endort tranquille sur ses deux oreilles.

Je suis très très très en colère : le gouvernement Macron pourra se targuer d’un bilan hors norme sur l’EN : hémorragie, déclassement et morts de nombreux enseignants, un par an depuis Samuel Paty par assassinat, sans compter les suicides qui restent toujours trop peu médiatisés. Bien évidemment, mes pensées vont à la famille de notre collègue qui était proche de la retraite, qui aurait dû pouvoir enfin profiter du repos bien mérité après avoir donné sa vie pour éduquer les Français, ainsi qu’à tous les collègues blessés, touchés… » (Enseignante, académie de Créteil)

 

Ne pas céder à la peur et à l’autocensure

« L’événement m’inspire davantage des réflexions en tant que personnel de l’éducation nationale, en tant que femme, en tant que mère d’élève, en tant que citoyenne, qu’en tant que professeure de français. Certes, l’étude des textes, films, œuvres d’art, effectuée dans le cadre de mon enseignement de français m’expose régulièrement. Mais d’une part, je n’en ressens pas les effets dans mon quotidien, d’autre part, notre collègue ne semblait pas visé en tant qu’enseignant de français, mais a subi en s’interposant héroïquement la violence d’un homme cherchant un collègue d’histoire, si l’on en croit les médias. Ce sont alors, puisqu’il s’agit apparemment d’un assassinat lié à un islamisme radical, les principes mêmes de notre système éducatif et de notre société qui sont à nouveau attaqués.

En tant qu’enseignante de français néanmoins, qui plus est dans un établissement REP+ accueillant des élèves d’origines variées, je sais l’importance de notre travail conjoint et de tels événements renforcent ma conviction qu’il est nécessaire d’ouvrir les élèves au monde, à la diversité, à la culture, à la tolérance. Alors comme tant d’autres je me trouve face à une situation douloureuse : je crois encore au pouvoir de l’éducation et j’ai le désir de retrouver mes élèves lundi, de poursuivre ce travail d’éveil et de contribuer à ce vivre-ensemble, mais j’ai le sentiment d’être une cible peu protégée.

Hors de question de céder à la peur et de censurer les sujets qui méritent justement d’être soumis au débat (liberté d’expression, laïcité, égalité, féminisme…), parce que ne pas écouter les élèves et ne rien leur dire ne peut que contribuer au triomphe de l’obscurantisme, du radicalisme, de la violence, du terrorisme.

Hors de question par ailleurs de faire des établissements scolaires des quartiers de haute sécurité, mais comment protéger les personnels et les élèves ? Probablement en investissant davantage dans l’éducation, en donnant les moyens aux enseignants de faire correctement leur métier, en les payant davantage sans autre contrepartie. On ne peut attendre de l’école qu’elle résolve les problèmes auxquels elle est soumise, et ceux de la société, sans se donner les moyens de ses ambitions. Déplorer le manque de candidats aux concours de recrutement, déplorer les absences des enseignants, déplorer la qualité des enseignements dispensés, déplorer les effectifs de classe, déplorer les résultats scolaires, déplorer le délabrement de certains établissements, déplorer les démissions, déplorer les suicides, déplorer les assassinats, ne permet pas à l’école de relever les défis qui l’attendent.

Dominique Bernard ne voulait pas être un héros. Nous ne souhaitons pas être applaudis, félicités. Nous ne voulons pas d’hommage, posthume ou non. Nous n’attendons pas de remerciements pour notre travail que nous savons d’utilité publique. Nous voulons juste le faire, ce travail. L’heure n’est pas seulement au deuil, elle est à l’action. La réitération de ce type d’événements ne fait que mettre en avant l’importance de notre engagement : nous attendons, encore, que le gouvernement en prenne la véritable mesure. » (Cécile, académie de Versailles)

 

Développer une pensée libre

« C’est un nouvel effroi, et une nouvelle sidération qui s’imposent en découvrant les actualités hier. Dominique Bernard, notre collègue, est mort hier pour le simple motif qu’il était enseignant et c’est insupportable à concevoir. Par ce métier, quelle que soit la discipline que nous enseignons, nous avons à cœur d’apprendre aux élèves à vivre ensemble, à débattre sans se battre, à développer un esprit critique et une pensée libre. Quand un établissement est attaqué dans une telle violence, ce sont toutes les écoles du pays qui ressentent en écho l’échec assourdissant de ces valeurs que nous cherchons à construire ensemble. Et c’est d’une douleur innommable pour toute la communauté éducative. La pensée de nos collègues morts ou blessés en enseignant ne nous quittera plus désormais. Mais nous leur rendrons hommage chaque jour, en continuant à transmettre avec conviction et à donner à nos élèves toutes les clés dont ils ont besoin pour se comprendre et comprendre le monde qui les entoure. » (Fanny, académie de Besançon)

 

Aujourd’hui le silence, demain le bruit des pages

« Aujourd’hui, le silence… Après l’horreur et la consternation, place au recueillement. Et demain, peu à peu le bruit va revenir. Happé par le quotidien, il ne faudra pas oublier et voir en chacun de nos gestes d’enseignant un hommage et un espoir pour faire cesser la barbarie et la haine.

Aujourd’hui le silence… et demain le bruit des pages qui se tournent, des stylos qui effleurent le papier, des paroles qui s’envolent nous rappelleront à quel point c’est important d’enseigner pour développer l’esprit critique et les valeurs qui nous sont chères, que notre passion pour les mots peut vaincre la haine et que nous devons poursuivre notre rôle de passeur de mémoire et de savoir. Enseigner, c’est aimer et croire en nos enfants qui feront que le bruit de demain sera plus serein.

Aujourd’hui le silence… » ( Elodie, académie d’Orléans-Tours)

 

Iphigénie 2023

« Ce qui me vient en tête au lendemain de la tragédie, c’est la figure d’Iphigénie. Le professeur français de temps à autre devient la victime sacrificielle de la République. Alors même les gens au plus haut de l’Etat, de tous les bords politiques sont émus et pénétrés de notre importance face à la barbarie.

Mais attention, cet événement tragique dit justement beaucoup de notre vulnérabilité. Ces collègues morts en héros ne doivent pas être seulement des symboles forts en des moments de recueillement solennels mais brefs. Après le moment d’émotion partagée reviennent vite sur les réseaux et dans le quotidien politique les insultes : gauchistes, absentéistes, paresseux… On se rappelle récemment députés qui ont répondu avec un mépris sidérant aux responsables syndicaux enseignants. Si l’on considère l’enseignant français dans toute la dignité de sa fonction, comme quelqu’un qui au quotidien, se bat pour la culture de tous, arrêtons de le discréditer par ailleurs à chaque instant.

Nous priver de formation continue, en une période où on a plus que jamais besoin de construire ensemble des repères communs, est par exemple complètement absurde. Nous dire que si nous souhaitons gagner mieux notre vie, il faut travailler encore davantage, alors que nous sommes fatigués et qu’on connaît une pénurie de recrutement, tout ceci n’a aucun sens. Nous ne voulons pas seulement des minutes de silence solennelles pour notre collègue, la laïcité et la République, valeurs au cœur de notre travail, nous voulons en son hommage un respect plus étendu à l’égard de tous les enseignants. Nous serons à nos postes lundi, avec nos mots, notre humanité, notre chagrin, et nos élèves. » (Françoise, académie de Créteil)

 

« Vous ne nous détruirez pas »

« Comme toutes et tous, j’ai chancelé quand j’ai appris qu’il y avait eu de nouveau un collègue poignardé à Arras, dans l’exercice de ses fonctions, en voulant protéger ses élèves. Depuis, je m’en tiens aux informations communiquées par le procureur en charge de l’affaire. J’ai vu la photo de notre collègue, j’ai appris son nom. Je partage l’immense souffrance de toute une profession. Indépendamment de la discipline que nous enseignons, nous ne pouvons que nous sentir concernés et solidaires. Et si cet acte affreux est l’exception, je pense que nous savons toutes et tous, désormais, que cet acte est possible. Et c’est affreux parce qu’il va contre ce qui guide notre travail, au quotidien : la conviction, chevillée au corps, de l’éducabilité de tous les enfants de la République qui nous sont confiés. Alors, évidemment, comme chacune, comme chacun, de nouveau, je tourne en boucle dans ma tête ce qui pourrait non justifier mais expliquer cet impensable pourtant advenu. Je laisse à d’autres, infiniment plus compétents que moi, les analyses politiques, géopolitiques, liées à la sécurité intérieure ou aux tensions internationales. Je voudrais juste interroger deux notions : d’abord celle d’idéal et ensuite celle de santé mentale.

Cette année, Arthur Rimbaud est au programme en première. Une fois de plus, dans l’échange avec ma classe, je vérifie combien les adolescents ont soif d’idéal, combien cette aspiration de « l’Homme aux semelles de vent » fait toujours et systématiquement écho auprès des lycéens. Or, dans la considérable perte de sens de notre travail (si ce n’est de notre métier), il me semble que c’est une des dimensions aujourd’hui les plus abîmées : je ne suis plus du tout certaine de l’idéal que nous proposons collectivement, comme société, à nos jeunes. Je ne m’étonne absolument pas que certains aillent de fait le chercher dans des ailleurs aux atours forts séduisants malgré le danger qu’ils représentent. Car il est séduisant, le « das » de la formule de Brecht « Der Schoß ist fruchtbar noch, aus dem das kroch » (« Le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde. ») Et par ailleurs, l’idéal républicain peut ne plus fonctionner quand il n’est plus que formules creuses et catéchisme laïc et bienpensant. Cet idéal est pourtant celui que j’avais choisi de défendre et d’incarner quand j’ai rejoint le métier en passant un concours qui, je le savais, m’enverrais pour toujours travailler loin des miens. Fille et petite-fille de fonctionnaires, j’y croyais. Avec sincérité, volonté et ambition. Peut-être faudrait-il commencer, ensemble, citoyens et citoyennes, par revivifier l’idéal, démocrate et républicain, que nous désirons effectivement proposer à cette jeunesse très cabossée ?

Car cabossée, elle l’est, grandement, puissamment : je suis par ailleurs tellement effarée par le nombre de situations de mal-être, jusqu’au possible passage à l’acte, que nous entassons dans chacune de nos classes sans quasi autres moyens que pédagogiques, nous qui, en plus, enseignons dans un désert médical encore plus vertigineux dès qu’il s’agit de santé mentale. Nous nous tenons trop souvent en équilibre sur un fil qui, tout le temps, risque de rompre et nous sommes absolument désarmés. Nous fleurtons sans doute encore plus souvent que nous ne nous l’imaginons avec le vertige du passage à la violence, dirigée contre soi ou contre autrui. C’est une dimension de l’état de la jeunesse qui me semble beaucoup trop négligée et qui mériterait bien plus d’intérêt et de considération.

Pour conclure, depuis hier, je suis en quête d’un texte pour lundi, à partager avec mes élèves. Finalement, j’en reviens toujours à la très belle déclaration de Jen Stoltenberg, alors ministre d’Etat de la Norvège, suite aux attentats d’Oslo et d’Utoya en juillet 2011 : « J’ai un message pour celui qui nous a attaqué et pour ceux qui sont derrière tout ça : vous ne nous détruirez pas. Vous ne détruirez pas la démocratie et notre travail pour rendre le monde meilleur. Nous allons répondre à la terreur par plus de démocratie, plus d’ouverture et de tolérance. »

Je souhaiterais, ô combien, que cette formule soit notre boussole collective dans chaque situation où la « bête immonde » s’attaque à nouveau à nous. J’espère que nous saurons avoir la sagesse de prendre, ensemble, et dans l’intérêt de notre si belle jeunesse, ce chemin. » (Marie-Claude, académie d’Orléans-Tours)

 

Les forces de l’intelligence et du doute

« Tristesse infinie. Qu’un collègue puisse être assassiné, précisément parce qu’il est professeur, dit hélas beaucoup de l’état du monde et de notre société. On voit à quel point le progrès, la technologie, la puissance de l’information, n’empêchent pas la barbarie, voire, dans le cas des réseaux sociaux, l’encouragerait presque. Cet acte odieux, après le temps nécessaire de silence et de réflexion, doit nous pousser à continuer à opposer à la stupidité, l’obéissance aveugle, le dogmatisme, les forces de l’intelligence, de la connaissance, de l’ironie, du doute. Pour notre collègue, qui les incarnait. En espérant que le gouvernement, et la société dans son ensemble, nous offre un soutien à la mesure de cette nouvelle tragédie. » (Grégory, académie de Normandie)

 

Loin des remerciements de Camus à son instituteur

« J’ai le cœur lourd ! Et pourtant il va falloir trouver les mots, les mots justes, les mots pour comprendre, les mots pour rassurer, les mots pour témoigner, les mots pour lutter, les mots pour rendre hommage, les mots pour célébrer la liberté d’expression.

Violence, horreur, douleur : l’Education nationale est blessée ! Nous sommes loin des remerciements de Camus à son instituteur, loin de la mission dévolue aux professeurs, celle d’accompagner nos élèves dans leur rôle de citoyen, loin des valeurs de notre République.

Cet attentat si loin de moi est pourtant si près ! Arras, ce n’est pas La Châtre mais à Arras comme à La Châtre, on compte des professeurs motivés, investis, passionnés qui n’ont comme objectif premier que la transmission des savoirs et savoir-faire pour que chaque élève s’épanouisse. Nous sommes une famille, une grande famille !

Personnellement, je me sens démunie, triste, abattue, en colère ! Pour moi, enseigner, c’est toucher une vie, ce n’est pas être une cible ! » (Charlotte, académie d’Orléans-Tours)

 

Tant qu’il y aura les mots pour éduquer

« Après la sidération, la colère, la tristesse immense s’élève un désir immense, plus grand aujourd’hui que jamais auparavant, d’enseigner l’esprit critique, le débat d’idées, l’ouverture culturelle dans une société qui se fracture, qui se fragilise, qui ne parvient plus à accueillir toutes et tous. L’Ecole ne constitue pas un microcosme hors le monde, elle accueille et éduque ce monde pour faire de notre jeunesse une population qui partage des valeurs communes : celles de la République, de la démocratie, des valeurs morales et éthiques propices à la liberté, l’égalité et la fraternité. L’Ecole se constitue en une communauté, ouverte, laïque, inclusive dont l’ambition première est d’éduquer et d’accompagner au mieux le potentiel de chacun.

Aussi, je tiens à saluer la mémoire de mon collègue Dominique Bernard qui s’est interposé pour protéger des collègues, des élèves, tous innocents. Ce crime abject doit nous encourager à questionner nos valeurs et le sens de l’école pour notre jeunesse. Poursuivre nos enseignements de littérature et des humanités au sens large, questionner ces textes de l’antiquité à nos jours avec une approche humaniste : c’est aussi éclairer la société d’aujourd’hui. L’esprit des Lumières et l’idéal de « l’honnête homme » m’accompagnent pas à pas dans l’adversité.

De tels actes terroristes témoignent de cette nécessité d’éduquer pour que l’homme ne se rabaisse pas une animalité et une cruauté sans mots. Défendre l’idée d’une nature humaine commune et donc des droits communs à tous passe par la fréquentation et le questionnement à la lecture des œuvres. Je crois toujours en la force pédagogique du professeur de Lettres qui fait découvrir Montaigne, Montesquieu, Strauss, Pascal, Diderot, Descola, Césaire, les antiques et tous les auteurs de littérature d’idées de l’antiquité à nos jours à ses élèves, qui les invite aux échanges et au débat régulé.

Ce quotidien de la classe demeure le terreau d’une parole libre, émancipatrice et éducative. Il me semble qu’auprès de nos élèves de la maternelle à l’université, nous enseignons en cours de français, de littérature les valeurs du vivre ensemble.

Ce soir, loin des notes ou des performances scolaires, je pense que la littérature sert. Elle éduque, conforte, console et peut agir comme un levier puissant contre les idéologies extrémistes de tout bord. L’école élève et c’est pour cette raison que des fanatiques l’attaquent. Ne les laissons pas insuffler la crainte et l’horreur dans nos classes ! » (Laïla, académie de Grenoble)

 

Révéler aux élèves le pluralisme des croyances

« Prof de français au collège et en éducation prioritaire depuis plus de 20 ans, je ne peux que constater le poids croissant de la religion dans la vie de mes élèves. En route vers le musée des arts asiatiques Guimet l’an dernier, j’ai ainsi pu entendre dans le métro une élève qui expliquait à ses camarades la notion de trinité à l’aide d’un schéma enregistré dans son téléphone. Attention, dans cette scène, nulle animosité, juste une grande curiosité, tout comme devant les statues des dieux et des déesses hindous.

Déboussolés par un monde qui leur apparait de plus en plus complexe, nos élèves se posent, comme tous les humains avant eux, des questions existentielles. Quel est le sens de la vie, qu’y a-t-il après la mort, Dieu existe-t-il ? À ces grandes questions, les réseaux sociaux qu’ils fréquentent apportent des réponses simples voire simplistes qui les apaisent et construisent un sentiment d’appartenance rassurant. Car contrairement à une idée toute faite, ce n’est pas la famille qui pousse les filles à porter le voile dès la 4e, j’ai vu bien souvent des mamans s’étonner de ces gestes sans savoir comment les en détourner et chacun sait la détermination d’une adolescente de 13 ans.

Que faire alors ? Abandonner aux réseaux sociaux ces grandes questions, sous prétexte qu’en parler pourrait mettre à mal la valeur centrale de la laïcité ? Bien souvent, le terme de laïcité est réduit, dans l’esprit des élèves ou même des profs, à la seule interdiction d’exprimer à l’école ses croyances, qui doivent rester privées. Or, l’article 8 de la charte de la laïcité l’indique, « la laïcité permet l’exercice de la liberté d’expression des élèves dans la limite du bon fonctionnement de l’École comme du respect des valeurs républicaines et du pluralisme des convictions ». Rappelons que le « devoir strict de neutralité » ne s’applique qu’aux personnels (article 11). Froncer les sourcils parce qu’un élève a dit qu’il était musulman ou chrétien en classe – les autres religions se font plus discrètes en REP, sans parler des athées – , c’est, il me semble, contrevenir à ces articles, et c’est en tout cas contre-productif. Si dans l’esprit des élèves l’école publique ne veut pas entendre parler de religion, certains risquent de se trouver en plein conflit de loyauté et vont se refermer, gardant pour eux les premières réponses qu’ils ont pu trouver.

Il me semble donc de notre devoir, à nous professeurs de français, d’encourager les élèves à se poser des questions, en classe mais aussi par le biais d’atelier philo ou de médiation culturelle. Il me parait aussi utile de fréquenter les textes religieux et mythologiques notamment grâce à l’enjeu littéraire et de formation personnelle intitulé Récits de création, création poétique en 6e. Étudier la Genèse en classe comme le demandent les programmes, ce n’est pas un moment à redouter mais l’occasion d’apprendre comment la Bible a été écrite, par tissage de versions complémentaires et non d’un jet unique, avec deux versions concurrentes de la Création. C’est aussi le moment de comprendre que les trois religions monothéistes sont cousines, ayant en partage un grand nombre d’histoires et de personnages. C’est pour finir l’occasion de lire de nombreux autres textes de création comme le Popol Vuh des mayas, les récits mythologiques grecs, égyptiens ou inuits qui répondent également aux grandes questions des humains. Révéler aux élèves le pluralisme des croyances dans l’espace et dans le temps, c’est lutter contre le dogmatisme de chacun.

En tant que professeurs de lettres, nous sommes aussi particulièrement armés pour montrer qu’un texte, qu’il soit littéraire ou sacré, ne traverse les époques que si son « pouvoir dire » dépasse son « vouloir dire » pour reprendre les mots de Delphine Horvilleur. Le travail de l’exégète comme du lecteur n’est donc jamais achevé et c’est à chacun de dépasser le sens littéral des mots pour se forger ses propres opinions. Rappelons aussi aux élèves que tous ceux qui « croient » au sein d’une même religion ne la pratiquent pas à l’identique ni ne croient à tout en tout point : c’est avec l’expérience, le partage et la réflexion que se modèlera peu à peu leur pensée. » (Marie-Astrid, académie de Paris)

 

Agir pour que chacun trouve sa place

« Je me dis que nous travaillons de plus en plus à contre-courant. La réponse politique sera répressive et sécuritaire, elle contribuera à exclure ceux qui, déjà, ne trouvent pas leur place. Et nous essayons, nous, au contraire, de faire en sorte que chacun puisse se faire une place, se sentir chez lui/elle. La société, à mon avis, se radicalise plus vite et plus fort que ceux dont on dit qu’ils sont radicalisés. » (Chloé, académie de Créteil)

 

Ne pas se laisser confisquer la douleur

« Sur le moment aucune réflexion, l’effet de sidération auquel on s’est habitué a joué à plein. Et puis deux choses. D’abord un sentiment de révolte contre cette sidération. Je suis convaincu que nous sommes parmi les mieux placés pour construire le sens de cet événement quel qu’il soit, en prenant le temps qu’il faudra. C’est notre métier de construire et donner du sens et j’ai très vite été convaincu qu’il fallait que nous reprenions à notre compte les réactions, hommages, etc. Disons que l’urgence était de ne pas se laisser confisquer la douleur collective par toutes sortes d’autres enjeux, comme ça avait été le cas (et comme ça l’est encore) pour Samuel Paty. Syndicaliste, je me suis donc précipité au lycée pour que nous rédigions et distribuions un tract qui appelait à sortir sereinement de cet état de sidération en prenant à notre compte la réaction.

Mais aussi une forme de bouleversement que je n’avais pas connu il y a 3 ans, A la réflexion et après échanges, je pense que c’est lié au fait que cette fois ci ça s’est passé dans l’établissement, devant des élèves. Nous en avons discuté avec des collègues, tout le monde semblait convaincu qu’à la place de Dominique Bernard ils auraient fui. J’ai réagi : je pense en fait que la plupart d’entre nous aurions fait pareil, en présence d’élèves, des réflexes professionnels se font jour, j’en suis convaincu, comme ceux des médecins impliqués dans un accident par exemple. Cela n’enlève rien au sentiment d’injustice dans ces deux événements, mais me renforce dans la conviction que les représentations de soi des enseignants relèvent d’une forme de constante sous évaluation et que nous avons besoin collectivement, là encore, de nous rassembler pour contrer les discours offensifs qui nous atteignent dans notre identité professionnelle. » (Mathieu, académie d’Orléans-Tours)

 

Détruire l’ignorance pour détruire le crime

« L’Ecole, comme toutes les chambres de la société, est touchée par la violence du fou, une violence obscurantiste qui place des convictions dénuées de raison au dessus des lois morales élémentaires. Vendredi, un collègue de lettres a été tué et cela me touche profondément dans la mesure où ce collègue incarnait l’école des humanités qui pense que l’art, les lettres élèvent au sens noble du terme, élèvent et éclairent justement les chambres obscures de la société. Cela ne relève pas de n’importe quel métier, mais bien de celui de professeur. Par conséquent, à l’annonce de cette terrible nouvelle, je n’eus envie que d’une chose, prendre mes élèves et leur enseigner encore et encore avec un espoir – qui me place peut-être du côté des fous – d’empêcher que ces actes de barbarie ne se perpétuent dans les générations à venir. “Détruisez la cave ignorance, vous détruisez la taupe crime.” V. Hugo, Les Misérables, III, 7, 2. » (Thibault, académie de Versailles)

 

Propos recueillis par Jean-Michel Le Baut

 

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Opposer l’humain au terrorisme

16 October 2023 at 06:36

Vendredi 13 octobre, dans son établissement, notre collègue Dominique Bernard, a été tué d’un coup de couteau. Le choc est immense pour ses proches, ses élèves, celles et ceux qui le côtoyaient tous les jours, et pour la communauté éducative tout entière. Effroi, sidération, révolte, en visant directement l’École, ce nouvel attentat nous touche au plus profond de notre chair, de nos convictions, de nos valeurs. Lieu emblématique, l’École est attaquée pour les principes qu’elle défend : liberté de pensée et d’expression, pluralité des opinions et des religions, droits égaux à l’éducation pour les filles et les garçons, égalité des chances, solidarité. Bref : « liberté, égalité, fraternité ». En entrant sournoisement dans nos écoles pour tuer, ce sont ces principes que le terrorisme islamiste combat et attaque.

L’École peut-elle seule faire barrage aux actes terroristes ? Certes non, le crime commis vendredi en témoigne cruellement. Le terroriste a tué celui qui faisait barrage au couteau menaçant les élèves. Il a tué Dominique Bernard qu’il connaissait comme professeur de français pour avoir été son élève. Ancien élève de l’établissement, il en connaissait les règles, les lieux, les personnes. Inscrit au fichier de traitement des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT), contrôlé la veille à ce titre, il s’est laissé assigner l’École comme cible. D’ancien élève, il s’est laissé transformer en second couteau d’une idéologie terroriste dont le moyen d’action est simple : figer les esprits et assécher les cœurs pour armer des mains. Face à cela, que peut et que doit l’École ?

L’École dit non à cette idéologie terroriste et en refuse tous les discours et actes. Elle le fait à travers ses missions : instruire, éduquer, apprendre à penser, débattre, se respecter. C’est le rôle de l’ensemble de la communauté éducative, qui a besoin de se retrouver autour de ces missions.

Lundi 16 octobre, sur demande unanime des organisations représentatives, notre ministre annule les cours au collège et au lycée jusqu’à 10h. Pour permettre un temps d’échange humain et pédagogique. Pour nous retrouver et nous souvenir de Samuel Paty, assassiné lui aussi, le 16 octobre 2020.

Mais précisément après cette nouvelle attaque, il faudra plus que deux heures ! Les personnels de l’Éducation nationale vont mal, ils sont déjà en souffrance à cause de conditions de travail très détériorées, ils étaient fragilisés par un système qui est en train de perdre ses repères humanistes de respect des personnes, et qui fait du « temps pour soi » une variable d’ajustement. Leur temps de travail personnel, de recherches, de préparation, de réflexion est de plus en plus grignoté, les « temps libres » considérés comme du temps gaspillé, à consacrer autant que possible aux formations. Comme si le seul temps de présence devant élèves était utilement employé par les enseignants. Comme si l’humanité, le respect, étaient des mots vides, sans réalité vécue quotidiennement dans le collectif. Lire, s’informer, réfléchir, prendre du recul : tout cela serait-il donc inutile, y compris pour apprendre à penser, débattre, se respecter ?

Et que peut, à lui seul, le « choc des savoirs » face à la détresse humaine ? Certes les savoirs sont au cœur de l’École, ils l’ont toujours été, mais ils ne peuvent pas être posés là, comme des ovnis, déconnectés de la réalité de ce que vivent les professeurs et les élèves. La prochaine conférence internationale du CNESCO porte sur le bien-être à l’école. Et l’institution parle d’empathie pour lutter contre le harcèlement. Mais qu’est-ce que le bien-être, qu’est-ce que l’empathie ? Peut-on former à l’empathie en accéléré, comme si elle était un savoir qu’il suffirait d’enseigner ! Où sont le bien-être et l’empathie quand on réinstaure des groupes de niveaux, dont la recherche a montré combien ils peuvent être discriminants et inégalitaires, sans parler du désastre humain qu’ils entrainent, pour des enfants qui, catalogués à jamais, sont placés dans le groupe des faibles, dont ils auront si peu d’espoir de sortir. Les souffrances produites par ces échecs humains subis durant la scolarité sont difficiles à réparer. Si « l’École est la république jusqu’au bout », et si le bien-être y est fondamental, alors sa responsabilité quotidienne n’est pas de séparer des niveaux pour gommer la diversité des élèves, mais bien d’accueillir des personnes dans leur diversité, pour leur apprendre à viser haut, individuellement et collectivement !

Nous, professeur·e·s de français, sommes particulièrement bouleversé·e·s aujourd’hui : non seulement Dominique Bernard était des nôtres, mais à travers lui c’est tout le sens de notre métier et de notre engagement qui est frappé. Si l’idéologie terroriste cible en premier lieu le récit scientifique international de l’histoire-géographie, elle attaque aussi de plein fouet nos valeurs et notre engagement : l’émancipation par la langue, la parole, la culture, l’écriture, la lecture. Notre métier est d’enseigner la langue et la littérature françaises pour que les élèves apprennent à penser et vivre ensemble en se respectant. Nous leur enseignons à lire et à écrire, lire pour comprendre, s’informer, discerner, réfléchir, critiquer, imaginer ; écrire pour s’exprimer, penser, inventer, développer leur conscience, ressentir. Nous leur enseignons, par la littérature, les arts, l’écriture créative, à développer leur sensibilité, essentielle pour comprendre les autres, pour être tout simplement humains, humanité vitale que balaie sauvagement le terrorisme sanglant.

Aujourd’hui, le lire-écrire passe aussi par des outils numériques ; l’École les a fait entrer dans les salles de classe, certes, mais maintenant c’est dans toutes les poches qu’ils sont. Et la tâche est immense ; comment former au discernement et à la vérification des sources quand l’immédiateté prime sur tout, quand un balayage superficiel donne l’illusion de la connaissance et de la compréhension, quand les modes d’information se déplacent sur des réseaux mouvants que les terrorismes savent si bien exploiter ? C’est d’une formation complexe et multiforme que les élèves ont besoin pour faire du numérique un atout ; ils ont besoin d’apprendre à analyser les discours, les langages, à discerner les fausses informations, à hiérarchiser, classer ; ils ont besoin d’apprendre à écrire pour développer leur pensée, leur esprit critique et leur sensibilité. Les faire sortir de l’immédiateté et de la superficialité constitue un autre défi ! Les élèves qui conçoivent de l’intérêt pour des lectures longues de littérature, qui sont capables de « perdre du temps » à lire, ont la chance de retrouver cette prise de recul nécessaire à leur humanité sensible. La pensée, l’analyse critique ont besoin, pour se constituer, d’une forte dose de sensibilité sans laquelle elles peuvent produire les discours rationnels les plus inhumains.

C’était le travail de notre collègue tué ce 13 octobre, conduire ses élèves avec humanité vers la littérature, l’écriture, la pensée, la parole. Au terrorisme, c’est ce travail exigeant que sans relâche nous devons continuer d’opposer. À la peur dans laquelle le terrorisme s’acharne à enfermer la communauté éducative, il nous revient de contribuer à répondre par ce qui fait de notre enseignement un puissant facteur de libération : sa saveur sensible. Au veto fantasmé que les terroristes s’arrogent ponctuellement contre ce droit à l’émancipation, doivent répondre jour après jour les moyens réels consacrés par l’École à le cultiver, à le partager, à étendre et approfondir pour tou.te.s le domaine de l’humanité.

En hommage à Dominique Bernard, qu’il nous soit permis de citer ces deux vers de René Char, poète qu’il aimait particulièrement :

« Il s’alarme à l’idée que, le regard appris,

Il ne reste des yeux que l’herbe du mensonge. »

 

Viviane YOUX,

Présidente de l’AFEF (Association française pour l’enseignement du français)

 

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Philippe Meirieu : Il aurait fallu un peu de dignité…

16 October 2023 at 06:36

Aucune parole ne pouvait être à la hauteur de l’événement et il aurait mieux valu, sans doute, s’en tenir au silence. Un silence collectif et solidaire. Un silence assourdissant pour enjoindre nos concitoyens de mettre un terme aux lieux communs et aux invectives sur les réseaux sociaux, aux commentaires bavards et filandreux des chaînes d’information en continu, aux pseudo-analyses et aux interprétations prématurées des journalistes pressés, aux récupérations honteuses de tous ceux et toutes celles qui, la veille, affichaient, jusque dans les salons de l’Assemblée nationale, leur mépris pour les professeurs et qui, tout à coup, se mirent à multiplier les déclarations d’amour à leur égard. Il aurait fallu de la dignité.

Il aurait aussi fallu penser à celles et ceux qui, aujourd’hui et demain, vont se retrouver devant des élèves, la tristesse au cœur et la colère au ventre, et qui vont devoir – parce que c’est là ce qui donne sens à leur métier – « faire l’École » pour pouvoir « faire la classe » : créer, envers et contre tout, cet espace-temps particulier où l’on s’efforce de s’approcher ensemble, le plus sereinement possible, de la précision, de la justesse et de la vérité. Il aurait fallu leur dire que l’on savait bien que c’était là l’essentiel, la chose la plus précieuse et la plus indispensable pour notre démocratie et notre avenir commun. Il aurait fallu reconnaître que l’on a toujours tort de réduire le travail des professeurs à un ensemble de services dont les parents seraient les clients. Et qu’au-delà de l’indispensable reconnaissance financière, les professeurs ont infiniment besoin d’une reconnaissance sociale et symbolique.

Certes, on a souligné, ici ou là, que, si le fanatisme islamiste s’en est pris, une fois de plus, à un professeur, c’est, de toute évidence, parce que ce dernier incarne tout ce qu’elle déteste et veut détruire : l’accès à une pensée exigeante et le refus de toute forme d’emprise, la lutte contre tous les slogans et toutes les théories du complot, l’effort pour ne jamais s’en tenir aux fausse évidences et la volonté de permettre à chacun et à chacune de « penser par lui-même » sans jamais renoncer à « construire du commun ». Prenons-en acte. Mais tirons-en aussi les conséquences : si le professeur incarne cela, c’est à cela qu’il doit être formé et de cela qu’il doit rendre compte, d’abord et avant tout. Voilà qui devrait, en toute logique, amener la société tout entière à s’interroger sur l’importance que nous donnons aux évaluations nationales et internationales, aux classements de toutes sortes… et à cet impensé collectif si prégnant selon lequel c’est la concurrence qui fait la qualité dans notre système scolaire.

Et puis, craignons qu’une fois l’émotion retombée, on oublie un peu vite que le métier de professeur, comme tous les métiers de l’humain – le travail social, la santé, l’animation, l’éducation spécialisée, l’aide aux personnes… mais aussi la police et la gendarmerie qui ne font pas exception ici – ne peuvent être soumis à l’absurde « obligation de résultat » à court terme. Ici, on ne fabrique pas des humains, on les accompagne. Cela nécessite du soin et du temps. Cela ne se réduit pas à du « reporting » et au remplissage de tableaux Excel. Cela est incompatible avec l’obéissance à des injonctions verticales qui se télescopent quand elles ne se contredisent pas. Craignons, plus que tout, la réduction du métier de professeur à une « machine à enseigner » chargée d’enrôler tant bien que mal des « machines à apprendre »… à remplir des QCM… et à se soumettre à des évaluations standardisées.

L’exemple de Dominique Bernard devrait désormais dissiper tout malentendu : enseigner est affaire de courage. Les professeurs sont « au front »… au front des inégalités sociales, de la montée de l’individualisme et des communautarismes, de l’emprise des publicitaires et des réseaux sociaux. On leur demande d’apprendre à leurs élèves à « lire, écrire, compter et respecter autrui »… quand la société, autour d’eux, totémise les images et cultive le slogan, quand les médias surenchérissent dans la démagogie et la vulgarité. Il leur faut pourtant reprendre tous les matins le chemin de l’école et témoigner sereinement du caractère fondateur de l’exercice de la raison. Il faut qu’en classe ils accueillent chacun et chacune avec sa singularité pour que toutes et tous partagent les mêmes savoirs. Dure tâche. Le président de la République a dit qu’il fallait « faire corps » autour d’eux. Espérons que l’injonction survivra et sera entendue au-delà du temps, indispensable, du deuil.

 

Philippe Meirieu

 

 

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Dominique Angelvy : Fleurs pour Dominique Bernard

16 October 2023 at 06:36

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Pour rendre hommage au professeur de lettres Dominique Bernard, que nous reste-t-il, sinon des mots dérisoires, mots ciselés et gravés dans la pierre, mots du silence, mots de la poésie ? Longtemps professeur-documentaliste dans l’Aude, Dominique Angelvy partage désormais sa passion de la poésie sur les réseaux sociaux où il diffuse chaque jour un texte méconnu. En voici un florilège : quelques morceaux choisis par lui à la mémoire de Dominique Bernard, notre collègue assassiné.

 

 

 

 

« Mes forêts sont mes espoirs debout

un feu de brindilles

et de mots que les ombres font craquer

dans le reflet figé de la pluie

mes forêts

sont des nuits très hautes »

(Hélène Dorion)

« j’aimerais un je collectif savant

fou curieux de notre trouble et fragile

humanité ici et là dans les livres et leurs ombres

ou meurtrie dans nos poitrines à chansons »

(Nicole Brossard)

« Encore le vent qui défie le ciel

Je cherche avec lui les mots envolés (…)

Ils portent les bruissements des pas nomades

Ils me racontent l’errance des êtres étoilés »

(Habiba Djahnine)

« Le silence les protège

Et le cercle de l’oubli

Jusqu’au moment où se lèvent

Le soleil, les souvenirs.

Alors l’oiseau de son bec

Coupe en lui le fil du songe

Et l’arbre déroule l’ombre

qui va le garder tout le jour. »

(Jules Supervielle)

« J’aurai vécu à profonde saveur,

Cherchant un peu de terre sous mes pieds

J’aurai vécu à profondes gorgées

Buvant le temps, buvant tout l’air du temps

Et tout le vin qui coule dans le temps. »

(Géo Norge)

« Bleui ainsi que ton cœur éclaté en étoiles

filantes, il va, il se souvient

de tous les bataclans

de navires en perdition

et des cieux souterrains »

(Mohammed Khair-Eddine)

« soudain

rompant le silence

monterait le chant

d’un oiseau inconnu

passereau de l’âme

un instant renouée »

(Alain Freixe)

 

Florilège recueilli par Jean-Michel Le Baut

Juste un poème par Dominique Angelvy

 

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Prix Samuel Paty : émotion et détermination

16 October 2023 at 06:36

La cérémonie de remise du prix Samuel Paty était prévue de longue date. Mais son organisation a été percutée par la terrible actualité. S’il est vrai qu’elle se fait toujours avec beaucoup d’émotion, cette nouvelle édition – le deuxième – a un goût particulièrement amer reconnaît Joëlle Alazard. « Trois ans après l’assassinat de Samuel Paty, le traumatisme et la douleur restent intacts. L’assassinat de Dominique Bernard par un islamiste provoque chez nous, au-delà de la douleur, de l’écœurement. Comment accepter que ceux qui forment les citoyens, que ceux qui forment à l’émancipation par les savoirs, meurent ? Allons-nous continuer à empiler les deuils qui n’auraient jamais dû être ? » interroge la présidente de l’association des professeurs d’histoire-géographie (APHG) qui organise le concours.

 

Une image contenant texte, intérieur, habits, personne Description générée automatiquement Dans le célèbre amphithéâtre de la Sorbonne, les parents et la sœur de Samuel Paty étaient aux côtés des organisateurs, du ministre de l’Éducation nationale et de la Première ministre. Une famille dont la douleur a été ravivée par l’assassinat de Dominique Bernard la veille. « Ma douleur et ma colère ont resurgi à l’annonce de ce nouvel attentat qui a frappé l’école hier », a déclaré Gaëlle Paty qui a salué la mémoire de son frère qui « serait sans doute dans la salle avec ses élèves s’il était encore des nôtres ».

Enseignants, élèves, historiens étaient aussi nombreux. Des enseignants accompagnés de leurs élèves lauréats du prix. Delphine Laurent, professeure documentaliste au collège Foncarrade de Montpellier, était dans la salle avec sa classe de quatrième, lauréate du troisième prix de la catégorie collège. « On est obligés de rester debout, de garder une posture d’enseignant. Pour eux, on ne doit pas vaciller. On doit les écouter, écouter leurs craintes et les rassurer », nous confie-t-elle . « L’émotion est forte aujourd’hui, plus forte que lors des deux précédentes cérémonies », reconnaît Christine Guimonnet, secrétaire générale de l’APHG. « La journée d’aujourd’hui a une résonance très particulière, car nous sommes là pour récompenser le travail des élèves et de leurs professeurs. Cet après-midi doit rester un événement pour eux, en mémoire de Samuel, en mémoire de notre collègue assassiné hier, en soutien aux blessés et à l’ensemble de la communauté éducative d’Arras. Mais c’est aussi un moment pédagogique, on est dans la construction, c’est notre cœur de métier ». « C’est à la fois un honneur et une grande tristesse d’être ici », nous confie Ismael Ferhat, chercheur et membre du jury. « L’ensemble des collègues aurait préféré ne pas remettre ce prix, surtout le lendemain de l’assassinat d’un collègue. On va faire ce que l’on fait de mieux : de la pédagogie. Le plus bel hommage que l’on peut rendre à nos collègues assassinés par le terrorisme islamiste, c’est de continuer à enseigner, de faire comprendre aux jeunes ce qu’est la liberté d’expression, le respect. Il n’y a pas d’autre voie ».

 

L’PAHG demande des mesures concrètes au-delà des mots de soutien

Gabriel Attal était de la cérémonie, Élisabeth Borne aussi. « Ce 16 octobre 2020, la barbarie du terrorisme islamiste et la lâcheté sans nom d’esprits malades qui ont assassiné Samuel Paty », a déclaré le ministre de l’Éducation nationale dans un discours avant la remise des prix. « Il y a 3 ans, l’obscurantisme a tenté d’éteindre la lumière. Depuis ce jour, un martyr de la République est né dans nos cœurs et dans nos consciences. Aujourd’hui, c’est la flamme de son souvenir que nous sommes venus raviver ». « Nous sommes encore une fois en deuil. Il y a tout juste 24h, on a encore assassiné un professeur. Il y a tout juste 24h, on a encore voulu éteindre la lumière » a enchaîné Gabriel Attal. « Mais les islamistes, les terroristes, les fous de Dieu n’ont pas éteint la lumière. Mais oui, nous avons été touchés. Il y a 24h, le cœur de tout un pays s’est arrêté de battre au moment où nous apprenions la mort sauvage et barbare de Dominique Bernard ». Lors de son discours, le ministre a confirmé la banalisation de deux heures de cours, de 8 heures à 10 heures, lundi matin, afin que « lundi soit une journée de solidarité pour nos professeurs ». « Je demande à tout notre pays de montrer que nous nous tenons unis, dans un élan de solidarité pour notre école… Nous ne pouvons plus nous contenter de dire l’émotion, le deuil, le choc ».

« Samuel Paty est mort parce qu’il enseignait », a à son tour déclaré Elisabeth Borne. « La haine a à nouveau parlé hier en faisant de Dominique Bernard une nouvelle victime. L’École est le lieu de l’émancipation. C’est là que sont déjoués les destins tracés d’avance. C’est le terreau de la république. On y entre élève, on en ressort citoyen. Les enseignants donnent chaque jour le goût du savoir et de l’émancipation, c’est cela que l’obscurantisme combat. Quand un enseignant est attaqué, ce n’est pas seulement la République qui est visée, c’est son avenir qui est menacé ». « Nous ne cèderons rien à la violence, nous ferons face et la combattrons. Je veux dire aux enseignants que nous serons là pour assurer votre sécurité. Vous protéger c’est protéger la république et son avenir », a conclu la Première ministre.

Si ces déclarations de soutien sont accueillies avec émotion, « au-delà des mots, ce qu’attendent les enseignants, ce sont des mesures concrètes et respectueuses pour pouvoir continuer à servir l’école de la République » a déclaré Joëlle Alazard.

 

Alors que dans chaque école et chaque établissement scolaire, du CM1 à la terminale, les enseignants et enseignantes s’apprêtaient à rendre hommage à Samuel Paty, la barbarie a à nouveau sonné aux portes de l’école. Par leur action, enseignants et enseignantes sont les premiers garants de notre République, de notre Nation. Mais combien de temps tiendront-ils encore ?

 

Lilia Ben Hamouda

 

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Agnès Florin : Dire aux élèves qu’on les protège

16 October 2023 at 06:36

” L’école a un rôle essentiel à jouer”. Professeure émérite de psychologie de l’enfant à l’université de Nantes, Agnès Florin est aussi co-présidente du Cnesco. Comme en 2015, elle partage ses conseils au moment où les communautés éducatives se retrouvent après l’assassinat de D. Bernard.

 

Cet attentat a lieu trois ans après celui de S Paty. C’est encore l’école qui est visée ?

Le contexte est différent des précédentes attaques terroristes. En 2015 on s’en est pris aux journalistes de Charlie. Aux policiers avec l’attentat de Magnanville. A la communauté juive avec l’attentat de l’Hyper Cacher. On s’en est pris aussi aux jeunes. Enfin avec S Paty c’est la communauté enseignante qui était ciblée. On attaquait sa liberté d’expliquer ce qu’est la laïcité. Mais là c’est un ancien élève qui revient dans son lycée, à la date anniversaire de l’assassinat de S Paty. Il s’en prend à des enseignants et cherche un professeur d’histoire, les plus à même de parler des aspects historiques de l’attaque du Hamas. On est dans cette horreur. On s’en prend à l’école dans sa fonction d’émancipation.

 

Lundi matin, enseignants et élèves se retrouvent. Les enseignants sont très touchés par l’attentat d’Arras. Quels conseils peut-on leur donner déjà pour eux ?

Il ne faut pas hésiter à manifester son effroi entre enseignants. Il ne faut pas hésiter à en parler avec les élèves. Il faut pouvoir dire à quel point on est bouleversé. La peur est légitime; Elle est ressentie aussi par les élèves. Dire qu’on a peur est nécessaire pour se protéger. Il faut aussi manifester son empathie pour les victimes et leurs familles. Mais en tant qu’enseignant il faut aussi aller au delà et analyser les choses en fonction de l’âge des élèves.

Il faut dire aux élèves que des mesures de protection sont prises pour les protéger. Il faut faire corps et dire aux élèves qu’on les protège. Et il faut parler de solidarité, de faire attention aux autres. Si les élèves ont été épargnés à Arras c’est grâce à l’attention des adultes.

Bien entendu il faudrait davantage de personnels médico-sociaux, de psychologues dans les établissements pour recueillir la parole des élèves et des adultes.

 

Comment les enseignants peuvent-ils accueillir les émotions des élèves ?

On est face à des élèves traumatisés. Il est donc important de leur permettre de parler. Il faut laisser les élèves dire ce qu’ils ressentent même quand on n’est pas d’accord avec les propos qu’ils tiennent. Ceux qui ne veulent pas exprimer leur angoisse ne doivent pas être obligés de le faire. Il y a des activités qui permettent de dépasser cela comme le dessin par exemple.

Avoir des élèves réunis devant plusieurs enseignants renforce le sentiment d’appartenance qui n’est pas partagé tant que cela dans nos écoles. Cela peut être l’occasion de réfléchir à la prise de parole des élèves pour favoriser leur droit d’expression qui, d’après le Défenseur des droits, est insuffisamment respecté.

Après il faut discuter de la situation et de son horreur qui ne peut pas être justifiée. Avec la guerre en Ukraine, le confinement, on est dans un enchainement de circonstances qui sont sources d’anxiété et de traumatisme.

 

Faut-il revenir vite à l’école ou prendre du temps ?

Dans les situations traumatisantes, les psychologues disent qu’il est essentiel de reprendre aussi tôt que possible les activités de la vie d’avant. Pour les enfants, on les remet le plus vite possible à l’école qui est aussi un lieu de socialisation.

L’école a un rôle essentiel à jouer car, malgré tous les reproches qu’on peut lui faire sur les inégalités sociales de réussite, c’est elle qui nous fait faire société. Elle a une parole particulière à apporter à la fois comme collectif d’éducateurs et par rapport à tous les enfants qu’elle accueille.

 

Propos recueillis par François Jarraud

En 2015

 

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Bunkeriser les établissements ?

16 October 2023 at 06:20

Comment sécuriser les établissements ? Cette question, beaucoup se la posent au lendemain de l’attentat d’Arras. Comment trouver un juste équilibre entre sécurité et « bunkersiation » de l’école ? Si Bruno Bobkiewicz – secrétaire général du SNPDEN – appelle de ses vœux à plus de sécurité avec des personnels supplémentaires, François Bonneau, de l’association Régions de France, estime que « beaucoup est fait au niveau matériel. La sécurité, c’est aussi la prévention et elle passe par l’éducation ».

 

Une image contenant plein air, bâtiment, fenêtre, ciel Description générée automatiquement Vendredi 13 octobre, très tôt après l’attentat d’Arras, le ministre a demandé la sécurisation des établissements, un mail en ce sens a été envoyé à toutes les écoles. L’administration demande de vérifier les sacs, de limiter les attroupements aux abords de l’école… Pour le secrétaire générale du SNPDEN, la sécurisation des abords des établissements n’est pas du ressort des chefs d’établissement. « Moi, en tant que chef d’établissement, je sais sécuriser l’accès à mon établissement, je peux l’améliorer, au moment de l’entrée ou de la sortie. Je sais renforcer l’effectif d’adultes mais la sécurisation des abords ne relève pas ma responsabilité ». « Il faut être honnête avec les familles. On va renforcer l’attention mais on ne peut empêcher un regroupement de quatre jeunes devant la grille. On va leur conseiller de ne pas rester là, on va tenter de les disperser comme nous l’a demandé le recteur de l’académie de Paris dans mon cas. Mais on ne pourra pas faire plus. Il y a une obligation de moyens, pas de résultat. On sait bien que nous n’y arriverons pas et puis, est-ce souhaitable ? ».

 

Les établissements doivent rester des lieux d’éducation

« Il fut un temps merveilleux où les lycées étaient ouverts, où les lycéens circulaient librement » nous dit François Bonneau, président en charge de l’éducation au sein de l’association Régions de France. « On a ensuite dû mettre en place des systèmes de contrôles et de fermeture afin de protéger les établissements. Lorsqu’il y a un assistant d’éducation à la grille du lycée ou au tourniquet, c’est dissuasif. Cela montre que l’on est dans un lieu protégé. Ce travail de sécurisation et de dissuasion les régions l’ont fait. Pour autant, on ne peut pas prétendre assurer la sécurité de tous tout le temps. On ne parviendra jamais à cela. Les lycées sont des lieux d’éducation et pas des prisons ».

Au SNPDEN, premier syndicat des chefs d’établissements, on doute de la capacité des collectivités à sécuriser l’ensemble des établissements au vu de l’état du bâti scolaire. « Pour avoir vécu de nombreuses intrusions violentes à Saint-Denis, la question s’est systématiquement posée » se souvient Bruno Bobkiewicz, secrétaire général du syndicat. « Il y avait les pro sécurisation, les pro prévention, les anti-sécurisation… En réalité, il faut faire des deux. Il faut avancer sur la question d’une meilleure sécurisation mais pas d’une bunkerisation. De cette dernière, nous ne sommes pas capables sauf à investir des milliards d’euros et construire des miradors ». Et même si ces milliards étaient investis, le chef d’établissement, ne rêve pas d’une école qui ressemblerait à une « prison ». « Ce serait horrible. Je n’ai, personnellement, pas envie de diriger un établissement où je ferai fouiller élèves, parents, partenaires. Pourtant, je suis sure que certains, comme certains présidents de région, vont demander ça dès ce soir. Ils n’ont pas tort sur la demande de sécurisation, mais il ne fait pas non plus bunkeriser les Écoles, ce ne sont pas des prisons ».

Pour les deux hommes, la meilleur arme, c’est l’éducation. « La sécurité, c’est aussi la prévention » confie François Bonneau. « Lorsque l’action éducative est déployée, elle amène les jeunes à réfléchir au respect de l’autre, à réfléchir aux libertés, à réfléchir aux respects des différentes consciences et cultures, à considérer que finalement la diversité de nos représentations culturelle et de nos histoires comme un enrichissement pour l’humanité et non pas une menace. L’éducation est en elle-même le chemin de la sécurité. Même si l’on sait que l’action d’éducation ne peut malheureusement protéger de tout… ».

 

Lilia Ben Hamouda

 

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Les syndicats demandent la banalisation des cours lundi matin

14 October 2023 at 11:39

Hier soir, vendredi 13 octobre, le Ministre a tenu à réunir les syndicats à la suite du terrible meurtre de Dominique Bernard Bernard lâchement assassiné le matin même. Lors de l’attaque terroriste, trois autres personnes ont été blessées – deux enseignants et un agent du lycée. À la sortie de la réunion, tard dans la soirée, le principe d’un temps de « d’union et de recueillement » dans les établissements était acté mais c’est sur le moment où il devait avoir lieu que syndicats et ministère ne se sont pas mis d’accord. Pour autant, une majorité d’entre eux semblent confiante. Le Ministre devrait donner des consignes ce matin.

 

Une image contenant habits, personne, Visage humain, bâtiment Description générée automatiquement « On s’est tous et toutes retrouvés dans l’effroi. On s’est tous et toutes retrouvés dans l’émotion » confiait Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, au sortir de la rencontre qui réunissait Gabriel Attal et les syndicats. « Cette réunion était l’occasion de partager l’émotion et le choc que représente cet attentat à trois jours de l’anniversaire de l’assassinat de Samuel Paty » a quant à lui déclaré Frédéric Marchand secrétaire générale de l’UNSA éducation. « Cette réunion et les mots du ministre ont été à la hauteur de la situation. Il est nécessaire que l’ensemble de la Nation soit uni autour de son école et de notre République ». « Cet attentat montre que tous les personnels étaient une cible potentielle » a ajouté Catherine Nave-Bekhti secrétaire générale du Sgen-Cfdt. « Aujourd’hui nous ne souhaitons pas polémiquer avec le Ministre, ce n’est pas le moment. Nous cherchons une solution pour que les personnels sentent qu’ils sont reconnus au plus sommet de l’État, qu’ils sentent que la Nation fait bloc auteur d’eux ».

 

« Blanquer nous avait volé notre hommage à notre collègue Samuel Paty » 

Si la qualité de l’écoute du ministre a été salué par quatre des syndicats présents vendredi soir – le Snes-FSU, l’Unsa éducation, le Sgen-CFDT et Sud Éducation, là où le bât blesse, c’est sur l’organisation concrète du retour en classe lundi matin de la grand majorité des élèves et enseignants.

« Comment l’École gère les jours d’après ? » interroge Sophie Vénétitay. « Un collègue a été assassiné car il est enseignant. L’école a été attaquée car elle incarne les valeurs de la république, car elle représente l’émancipation par les savoirs. Force est de constater que les terroristes, que les obscurantistes de tout bord, cela ne leur plait pas. Mais on ne baissera pas les yeux, on continuera à faire vivre l’École de la République. On le fera mais on ne peut pas le faire tout seul. Il nous faudra l’appui de l’institution, un appui de tout le pays. On a proposé la banalisation de quelques heures de cours lundi matin afin de se préparer collectivement à recevoir les élèves. On a rappelé au Ministre qu’il y a trois ans, Jean-Michel Blanquer nous avait refusé ce moment. C’est une grande blessure dans la profession qui s’est sentie abandonnée par l’institution. On a besoin de lundi matin pour échanger entre nous, puis pour échanger avec nos élèves. Il y a de l’émotion chez les collègues et il faut que cette émotion puisse s’exprimer ».« Blanquer nous avait volé notre hommage à notre collègue Samuel Paty » accuse Jules Siran, co-secrétaire fédéral de Sud Éducation, pour qui la menace qui pèse sur les personnels « est plus forte qu’il y a trois ans. C’était dans l’établissement, c’était un ancien élève ».

« Nous avons aussi tenu à dire au Ministre qu’alors qu’une certains nombre de politiques usent d’amalgames et vont chercher à utiliser cette attaque pour diffuser la haine, ce qui nous importe, à l’École, c’est de refuser cet amalgame. De lutter contre ce que cet amalgame va faire à des élèves, à des collègues qui auront la sensation qu’on les pointe du doigt. On doit faire bloc ensemble » ajoute Catherine Nave-Bekhti.

 

Des mesures pour les personnels et de renforcement de la sécurité

« Ce jour, le 13 octobre 2023, est l’une de ces dates qui sera à jamais gravée dans notre mémoire collective » a quant à lui déclaré Gabriel Attal à la sortie de la réunion avec les syndicats. « Ce 13 octobre résonnera longtemps encore dans nos esprits comme le jour d’un drame effroyable, d’une attaque barbare, d’un deuil qui commence pour notre Nation. Ce 13 octobre, pour les familles et les proches de ce professeur assassiné ce matin, c’est le début de l’épreuve d’une vie : celle de perdre un père, un frère, un mari, un fils, un ami, un professeur. Notre devoir est d’être à leurs côtés. Je sais qu’avec les organisations syndicales, nous sommes unis dans le soutien que nous apportons aux proches de ce professeur lâchement assassiné. Nous sommes unis aussi dans le soutien que nous apportons à la communauté éducative à Arras, et, à travers elle, à toutes celles et tous ceux qui font vivre notre école. En ce 13 octobre, notre cœur saigne. Ce 13 octobre est donc un jour de deuil pour nous tous, les Français ».

Le Ministre a ensuite diverses mesures mises en application dès ce matin.

Du côté du soutien aux personnels : la réactivation du numéro d’urgence national – qui permettra à « tout membre de la communauté éducative de s’entretenir avec un psychologue. Et ce, 7 jours / 7 et 24h / 24 », et l’ouverture d’une cellule de soutien par académie pour « une prise en charge au plus proche de chacun »

Du point de vue de la sécurité, le Ministre a aussi fait plusieurs annonces. Un renforcement des forces de sécurité aux abords des établissements. Le déploiement de 1 000 personnels de prévention et de sécurité du ministère dans les écoles et les établissements scolaires. Enfin, le partage « d’informations entre le ministère de l’intérieur et l’Éducation nationale dans le cadre des cellules de prévention de la radicalisation et d’accompagnement des familles » a été renforcé dans chaque département.

« Face à la haine et à la barbarie terroriste, l’école restera soudée et elle restera ferme » a conclu Gabriel Attal peu avant minuit.

 

« Le lendemain de l’assassinat de Samuel Paty, j’étais en classe avec mes élèves. Ce n’est une situation que je ne conseille à personne » nous confiait Sophie Vénétitay. Une situation que revit ce matin la responsable syndicale, enseignante de SES, qui a cours avec ses élèves. « On est jamais préparé à ça. Il y a trois ans des élèves m’avaient demandé si j’allais mourir ». Aujourd’hui, 500 lycées étaient ouverts, dont le lycée Gambetta d’Arras, « un acte courageux » a déclaré Emmanuel Macron. Acceptera-t-il le que les collèges et les lycées français ferment quelques heures lundi matin ?

 

Lilia Ben Hamouda

 

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Arras : L’Ecole en deuil et dans l’attente

13 October 2023 at 20:36

Quelle sera la réaction du ministère de l’Education nationale après l’assassinat de Dominique Bernard, professeur de lettres au lycée Gambetta d’Arras ? Emmanuel Macron a rendu hommage au courage des personnels du lycée et de Dominique Bernard qui “a sans doute sauvé beaucoup de vies”. Gabriel Attal reçoit le 13 octobre au soir les syndicats. Dans la soirée du 13, il a envoyé aux écoles et établissements des consignes de sécurité. Il lui revient maintenant d’apporter de vraies réponses pour la sécurité des personnels et des élèves. Et aussi de définir l’accueil dans les écoles et les établissements lundi 16. Profondément meurtris par cet assassinat ciblé, les enseignants ont besoin de se retrouver pour faire face aux questions des élèves et affirmer les missions de l’Ecole. Ils attendent la reconnaissance et les instructions du ministère.

 

L’hommage d’E. Macron

“Je suis là pour témoigner du soutien de la Nation”, a déclaré Emmanuel Macron dans la cour du lycée Gambetta d’Arras le 13 octobre. Relevant que “presque 3 ans jour pour jour après l’assassinat de Samuel Paty c’est à nouveau dans une école que frappe le terrorisme”, le président de la République a salué “l’extraordinaire courage du proviseur, des enseignants, des élèves, du personnel éducatif et des élus qui font bloc autour d’eux”. “L’enseignant qui a été tué s’est interposé et a sauvé sans doute beaucoup de vies” a t-il ajouté. Emmanuel Macron est venu “pour témoigner que nous nous tenons debout”. Pour lui la preuve est la réouverture du lycée samedi 14 pour les élèves et les enseignants qui le souhaitent”. Il appelle à “rester unis et debout”.

 

Un ancien élève fiché S

Dans la matinée du 13 octobre, à 11 heures, un ancien élève du lycée, Mohammed Mogouchkov, d’origine tchétchène, comme l’assassin de S Paty, est entré dans le lycée armé de couteaux. Il a frappé Dominique Bernard, un professeur de français, qui essayait de le raisonner et qui a été tué sur le coup. Il a aussi blessé gravement un professeur d’EPS et le chef cuisinier qui se sont interposés. Il a ensuite été désarmé et arrêté par la police. Selon un témoin, le terroriste cherchait un professeur d’histoire-géographie. Selon BFM TV, cet ancien élève du lycée aurait déjà agressé un enseignant lorsqu’il était élève. Fiché S pour sa radicalisation religieuse, il était suivi par la police. Son frère a aussi été arrêté.

“Ce qui est glaçant c’est que c’est un ancien élève du lycée”, nous dit Benoît Teste, secrétaire général de la Fsu. Une émotion partagée par Elisabeth Allain-Moreno, secrétaire générale du Se-Unsa. “Aujourd’hui je me dis que peu importe l’école ou l’établissement, le danger existe tout le temps. Or l’école ne doit pas avoir peur. Elle doit rester debout et unie, comme la République”.

 

Des mesures de sécurité pour les écoles et établissements

Dans la soirée du 13 octobre, les écoles et établissements ont reçu des consignes de sécurité notamment sur le contrôle des accès, la visite des sacs des élèves et des adultes, la surveillance des abords. Des mesures que les écoles et établissements ne sont pas forcément à même, faute de personnels, d’appliquer. On voit mal comment elles pourraient visiter tous les sacs par exemple.

 

Les attentes des syndicats

Les syndicats sont reçus le 13 octobre au soir par le ministre. “On attend de cette réunion qu’elle puisse caler ce qui va se passer samedi et lundi”, explique B Teste. “On veut pouvoir exprimer notre émotion, rendre hommage et ne pas faire comme si rien ne s’était passé”, assure B Teste. “On attend une prise de conscience collective du fait que l’Ecole est devenue une cible”, nous dit Elisabeth Allain-Moreno. “Il faut une prise de conscience de l’exposition des élèves et des personnels”.

Les syndicats attendent aussi des réponses à long terme. “Il faut un renforcement des équipes de vie scolaire. On a des équipes de vie scolaire, de santé, des psychologues en nombre largement insuffisant pour dialoguer avec les familles”, estime Elisabeth Allain-Moreno. “La sécurité ne passe pas seulement par des caméras. l’école est le lieu de la responsabilisation, un lieu où on apprend à être libre. La caméra est à l’opposé de ce qu’on enseigne à l’école”. “Il faut plus d’adultes”, estime B Teste. “Quand il y a plus d’adultes, cela aide à arrêter les intrusions”. Aucun surveillant n’est d’ailleurs intervenu à Arras. “Si on répond par des portiques de sécurité ce ne sera pas adapté. Les deux syndicats se retrouvent pour dire que toute solution doit être prise avec les personnels.

“On attend aussi qu’on tienne un discours clair sur le terrorisme”, ajoute B Teste. “Qu’on ne confonde pas religion et extrémisme. On sera vigilant qu’il y ait un discours rappelant que les musulmans ont toute leur place dans ce pays et que c’est en travaillant à l’antiracisme et à la réduction des inégalités qu’on répondra sur le long terme à la question”.

 

Les professeurs d’histoire-géographie en première ligne

Reste que l’assassin cherchait un professeur d’histoire géographie. “On est sidéré par la peur d’être une cible”, nous dit B Teste, lui-même professeur d’histoire-géographie. “On incarne la transmission de valeurs humanistes et émancipatrices. On aborde des questions vives, on débat. Et c’est ce que ne supportent pas les obscurantistes”.

“Tout le corps professoral était visé”, nous dit Joëlle Alazard, présidente de l’APHG, la principale association de professeurs d’histoire-géographie, organisatrice du Prix Samuel Paty. “Mais nous nous retrouvons en première ligne en essayant de faire des élèves des citoyens”. L’APHG attend du ministère un suivi des élèves fichés S et davantage de moyens. Pour lundi, “on ne va pas prendre les classes à 8 heures”, nous dit-elle. “Il faut une journée pour qu’on puisse débattre entre nous et nous retrouver”.

L’assassinat de S Paty avait eu lieu la veille des vacances de la Toussaint. Et, lors de la rentrée, JM Blanquer s’était opposé à une matinée banalisée pour que les enseignants puissent se retrouver et s’épauler avant de recevoir les élèves. Gabriel Attal dit maintenant décider de ce que sera la rentrée lundi. Entendra t il la demande des enseignants d’avoir ce moment d’échange, de partage des émotions et de réassurance. Un moment qui permette de faire communauté pour préparer la venue des élèves et être en mesure de les rassurer. Un moment utile finalement à la République.

 

François Jarraud

 

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