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StratĂ©gie du numĂ©rique pour l’Éducation : 1 an aprĂšs, point de situation

Interview 🎙A l’occasion du salon Educatech Expo, nous avons rencontrĂ© Audran le Baron, directeur Ă  la Direction du NumĂ©rique pour l’Éducation pour faire un point de situation avec lui sur la stratĂ©gie du numĂ©rique pour l’Éducation. Presque un an aprĂšs la diffusion du projet le 27 janvier 2023, le chantier suit son cours et doit, en permanence, faire face Ă  des adaptations pour rĂ©pondre au mieux, aux enjeux du moment.

« Nous travaillons sur un Ă©cosystĂšme qui est trĂšs riche, notamment avec les collectivitĂ©s, les entreprises de la Edtech, l’État et nous devons faire vivre et animer cet Ă©cosystĂšme qui Ă©volue tous les jours », introduit Audran le Baron.

Pour exemple, l’Intelligence Artificielle gĂ©nĂ©rative fait dĂ©sormais partie de toutes les conversations ce qui n’était pas le cas il y a un an.

Le microcosme de l’Éducation Ă©volue et c’est donc l’occasion de se poser rĂ©guliĂšrement la question : « est-ce que notre stratĂ©gie est toujours Ă  jour ou y-a-t-il des choses Ă  ajuster ? »

1 an aprùs 📔, des ajustements à proposer ?

A l’approche de la date anniversaire de publication de la stratĂ©gie, le 27 janvier 2023, le moment est opportun pour rĂ©unir l’ensemble des acteurs et se poser des questions sur les changements Ă  proposer.

Nous devons nous inscrire sur un temps long pour cette transformation numĂ©rique, d’autant plus dans l’écosystĂšme complexe de l’Éducation Nationale.

Audran Le Baron, directeur Ă  la Direction du NumĂ©rique pour l’Éducation

« Quel est le cap qui va nous guider sur les 5 prochaines années ? il est important que ce cap ne soit pas remis en cause chaque année », ajoute-t-il.

 Il est donc nécessaire de faire quelques ajustements, « quelques coups de tournevis », comme le dit Audran le Baron à notre micro, mais pas de tout remettre en question.

Il donne comme exemples d’ajustement l’intĂ©gration de l’Intelligence Artificielle gĂ©nĂ©rative ou encore le comitĂ© de filiĂšre crĂ©e avec les Edtechs, dont il parle plus longuement dans l’interview ci-contre, notamment avec l’arrivĂ©e du compte ressources.

L’arrivĂ©e du compte ressources : un vrai plus pour la filiĂšre Edtech ?

« Nous avons de nombreuses entreprises Edtech trĂšs performantes qui n’ont pas Ă  rougir par rapport Ă  d’autres solutions internationales », dĂ©clare-t-il. Et il s’appuie notamment sur l’expertise qu’il a pu tirĂ© du salon du BETT Ă  Londres oĂč il a notĂ© que les produits proposĂ©s par les Edtech françaises Ă©taient gĂ©nĂ©ralement d’un niveau de maturitĂ© plus Ă©levĂ© et d’un niveau d’utilisation de la technologie Ă  des fins pĂ©dagogiques plus aboutie.

Néanmoins, autant la France est assez performante pour impulser des innovations et expérimenter de nouvelles modalités pédagogiques au travers, par exemple, des TNE ou encore des marchés type P2IA, en revanche, le passage à un déploiement massif ne se fait pas.

Une fois que les ressources commencent Ă  ĂȘtre utilisĂ©es et dĂ©ployĂ©es Ă  plus grande Ă©chelle, c’est le passage Ă  un dĂ©ploiement massif qui bloque. Et ça bloque notamment pour des raisons financiĂšres et budgĂ©taires.

Audran le Baron, directeur Ă  la Direction du NumĂ©rique pour l’Éducation

« L’objectif du compte ressources est d’assurer la pĂ©rennitĂ© et le passage Ă  l’échelle afin que chaque professeur puisse choisir les ressources parmi celles qu’il aura pu utiliser dans le cadre d’une expĂ©rimentation et qu’il pourra utiliser de maniĂšre pĂ©renne avec ses Ă©lĂšves », explique Audran le Baron.

Il rappelle l’importance de la vision partagĂ©e de la stratĂ©gie mise en place pour le numĂ©rique dans l’Éducation ; partagĂ©e avec l’ensemble des partenaires.
« Un de mes enjeux en interne est de modifier la posture du MinistÚre vis-à-vis des partenaires », souligne-t-il.

Aujourd’hui, nous sommes dans une relation de confiance avec les collectivitĂ©s territoriales, avec les Edtech, avec l’ensemble des partenaires et maintenant, nous pouvons co-construire de maniĂšre plus fluide ; c’est un atout formidable pour avancer.

Plus d’infos :

Réécoutez le podcast rĂ©alisĂ© avec Audran Le Baron qui dĂ©crit la stratĂ©gie du numĂ©rique pour l’Éducation.

Source photo mise Ă  la une : compte X (Twitter) @GabrielAttal

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Khrys’presso du lundi 20 novembre 2023

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  • Pistes cyclables « non genrĂ©es » : pourquoi la pratique du vĂ©lo est toujours dĂ©favorable aux femmes (nouvelobs.com)

    Le consensus scientifique autour d’une pratique du vĂ©lo « inĂ©galitaire du point de vue du genre » est clair, souligne Matthieu Adam, gĂ©ographe chargĂ© de recherches au CNRS et membre du laboratoire Environnement ville sociĂ©tĂ© de l’universitĂ© de Lyon. D’autant plus que les amĂ©nagements urbains, dont les pistes cyclables, sont « majoritairement conçues par des hommes, pour des hommes ». Les chiffres dĂ©coulant de ce constat ne sont donc pas Ă©tonnants : selon plusieurs Ă©tudes, environ 60 % des cyclistes dans les agglomĂ©rations françaises sont des hommes, contre prĂšs de 40 % de femmes.

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Khrys’presso du lundi 30 octobre 2023

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La chouette histoire de la semaine

  • Pris dans un typhon, cet oiseau a Ă©tĂ© trimbalĂ© Ă  toute vitesse sur des centaines de kilomĂštres (et il a survĂ©cu) (huffingtonpost.fr)

    Une histoire Ă  la Chuck Norris. En septembre 2019, le typhon Faxai s’abat sur le Japon, causant deux morts, des dizaines de blessĂ©s et d’importants dĂ©gĂąts matĂ©riels. MalgrĂ© sa puissance, un oiseau de 600 grammes y a survĂ©cu. Il s’agit d’un Puffin leucomĂšle [
] Tous les oiseaux [sur les 14 munis de balises] l’ont Ă©vitĂ©, soit en le contournant, soit car ils se trouvaient trop loin pour ĂȘtre inquiĂ©tĂ©s. Tous, sauf un mĂąle. [
] Durant son pĂ©riple, il a battu tous les records. [
] Dans le typhon, il a atteint des vitesses allant de 90 Ă  170 km/h. Alors que les Puffin leucomĂšle restent gĂ©nĂ©ralement proches du niveau de la mer, ne montant pas Ă  plus de 100 mĂštres d’altitude, celui-ci a atteint les 4700 mĂštres

RIP

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Spécial procÚs du 8/12

Spécial résistances

  • Opposez-vous Ă  Chat Control ! (framablog.org)

    les mouvements sociaux (solidariste, durabilistes, prĂ©figuratifs, etc.) ne prennent que trop rarement en compte les implications directes sur leurs propres luttes que peuvent avoir les outils de surveillance des États et des entreprises monopolistes. Cela rend toujours plus nĂ©cessaire une Ă©ducation populaire d’auto-dĂ©fense numĂ©rique
 Du cĂŽtĂ© des mouvements autonomes et anti-autoritaires, on ressent peu ou prou les mĂȘmes choses. Dans les groupes europĂ©ens, le sujet du capitalisme de surveillance est trop peu pris en compte. [
] Avec Chat Control, les autoritĂ©s publiques seront autorisĂ©es Ă  scanner, analyser et lire automatiquement les contenus des communications privĂ©es en ligne de tous les utilisateur·ices. Cela se fera via une contrainte sur les fournisseurs de chat tels que Signal, Threema, Telegram, Skype, etc.3, soit par ce qu’on appelle une analyse cĂŽtĂ© client (Client Side Scanning). Les messages et les images seraient alors lus directement sur les terminaux ou les dispositifs de stockage des utilisateur·ices. Et cela avant mĂȘme qu’ils soient envoyĂ©s sous format chiffrĂ© ou aprĂšs leur rĂ©ception, une fois dĂ©chiffrĂ©s.

  • « Fascisme fondamentaliste et fascisme xĂ©nophobe : briser l’étau » (blogs.mediapart.fr)

    Face Ă  la recrudescence des attaques et menaces contre les enseignants et chercheurs, dont Sophie Djigo et Éric Fassin sont actuellement les cibles, le collectif CAALAP appelle Ă  briser l’étau pour dĂ©fendre les exigences authentiques de l’enseignement et de la recherche. Nous vous invitons Ă  signer cette pĂ©tition pour refuser l’impunitĂ© contre la diffamation et les menaces.

  • « Nous sommes tous des Juifs et nous sommes tous des Arabes et Palestiniens » : Ă  Paris, un meeting pour faire entendre une voix de paix (liberation.fr)
  • Paris : des dizaines de milliers de personnes pour Gaza (contre-attaque.net)
  • La nouvelle ZAD contre l’A69 attaquĂ©e par les gendarmes (contre-attaque.net)
  • ZAD, violences et mensonges sur l’Autoroute A69 : tout se passe comme prĂ©vu (bonpote.com)

    Que 2 000 scientifiques se prononcent publiquement contre n’a rien changĂ©. Il n’y a d’ailleurs pas un seul scientifique en France qui justifie ce projet qui va Ă  l’encontre de l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral, que vous choisissiez l’angle social, Ă©conomique ou environnemental. Vingt trois millions de subventions publiques, nos impĂŽts, qui iront financer un projet qui augmentera les Ă©missions de CO2 françaises. [
] Tous les moyens lĂ©gaux et non violents ont Ă©tĂ© tentĂ©s. Mais la justice prend du temps, et les travaux avancent, dĂ©truisant chaque jour un peu plus la biodiversitĂ© de notre pays. Les grĂšves de la faim ont Ă©tĂ© ignorĂ©es. Les scientifiques aussi. Ainsi se pose la seule question qui devrait ĂȘtre posĂ©e sur les plateaux TV : quel choix reste-il aux citoyens qui voient un gouvernement les ignorer et ignorer nos objectifs climatiques ?

  • Une association pour en finir avec l’exploitation des saisonniers dans l’agriculture (basta.media)
  • Face au secret des affaires, comment mieux protĂ©ger les lanceuses et lanceurs d’alerte ? (basta.media)

Spécial GAFAM et cie

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Les trucs chouettes de la semaine

  • 25-year-old Kenyan invents smart gloves that convert sign language movements into audio speech (pulselive.co.ke)
  • Comment changer ses DNS sur Android (numerama.com)
  • Installer votre propre serveur Ă  domicile sur une machine peu Ă©nergivore pour remplacer les solutions des GAFAM par des solutions Libres et auto-hĂ©bergĂ©es, c’est possible, mĂȘme si vous n’y connaissez rien, avec le collectif Librezo (librezo.fr) !

    L’auto-hĂ©bergement consiste Ă  relocaliser ses services informatiques en installant un serveur chez soi. Auto-hĂ©berger ses sites, c’est un peu comme ĂȘtre propriĂ©taire : ça a un coĂ»t, mais une fois le matĂ©riel et les logiciels installĂ©s, il n’y a plus de loyer et plus personne ne peut vous exproprier !

  • La DINUM met en ligne une instance Mastodon (nextinpact.com)
  • Un site pour se mettre facilement Ă  LaTeX ! (learnlatex.org)

    Nous avons pris les concepts les plus importants dont vous aurez besoin, et nous en avons fait 16 courtes leçons, qui ne vous demanderont pas beaucoup de temps Ă  suivre. Dans chaque leçon, nous proposons beaucoup d’exemples de ce que vous pourriez avoir Ă  Ă©crire, et vous pouvez modifier et tester ces exemples directement en ligne.

  • Bloquons le dĂ©marchage (grisebouille.net)

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Opposez-vous à Chat Control !

Sur ce blog, nous transposons rĂ©guliĂšrement diffĂ©rents points de vue concernant les luttes pour les libertĂ©s numĂ©riques. Dans ce domaine, on constate souvent que les mouvements sociaux (solidariste, durabilistes, prĂ©figuratifs, etc.) ne prennent que trop rarement en compte les implications directes sur leurs propres luttes que peuvent avoir les outils de surveillance des États et des entreprises monopolistes. Cela rend toujours plus nĂ©cessaire une Ă©ducation populaire d’auto-dĂ©fense numĂ©rique
 Du cĂŽtĂ© des mouvements autonomes et anti-autoritaires, on ressent peu ou prou les mĂȘmes choses. Dans les groupes europĂ©ens, le sujet du capitalisme de surveillance est trop peu pris en compte. C’est du moins l’avis du groupe allemand Autonomie und SolidaritĂ€t qui, Ă  l’occasion du travail en cours au Parlement EuropĂ©en sur l’effrayant et imminent projet Chat Control (voir ici ou lĂ ), propose un appel gĂ©nĂ©ral Ă  la rĂ©sistance. L’heure est grave face Ă  un tel projet autoritaire (totalitaire !) de surveillance de masse.

Cet appel a été publié originellement en allemand sur Kontrapolis et en anglais sur Indymedia. (Trad. Fr. par Framatophe).

Opposez-vous à Chat Control !

Une minute s’il vous plaĂźt ! Chat Control ? C’est quoi ? Et pourquoi cela devrait-il nous intĂ©resser en tant qu’autonomes et anti-autoritaires ?

Chat Control est le projet de rĂšglement de l’Union EuropĂ©enne portant sur la prĂ©vention et la protection des enfants contre les abus sexuels. Il a Ă©tĂ© reportĂ© pour le moment, mais il risque d’ĂȘtre adoptĂ© prochainement1.

Ce projet de loi est une affaire assez grave pour plusieurs raisons2.

Avec Chat Control, les autoritĂ©s publiques seront autorisĂ©es Ă  scanner, analyser et lire automatiquement les contenus des communications privĂ©es en ligne de tous les utilisateur·ices. Cela se fera via une contrainte sur les fournisseurs de chat tels que Signal, Threema, Telegram, Skype, etc.3, soit par ce qu’on appelle une analyse cĂŽtĂ© client (Client Side Scanning). Les messages et les images seraient alors lus directement sur les terminaux ou les dispositifs de stockage des utilisateur·ices. Et cela avant mĂȘme qu’ils soient envoyĂ©s sous format chiffrĂ© ou aprĂšs leur rĂ©ception, une fois dĂ©chiffrĂ©s.

C’est prĂ©cisĂ©ment ce que l’UE souhaite atteindre, entre autres, avec Chat Control : rendre les communications chiffrĂ©es inutiles. Les services de renseignement, les ministĂšres de l’IntĂ©rieur, les autoritĂ©s policiĂšres, les groupes d’intĂ©rĂȘts privĂ©s et autres profiteurs du capitalisme de surveillance, ont en effet depuis longtemps du mal Ă  accepter que les gens puissent communiquer de maniĂšre chiffrĂ©e, anonyme et sans ĂȘtre lus par des tiers indĂ©sirables.

Pourtant, la communication chiffrĂ©e est trĂšs importante. Face aux rĂ©pressions de l’État, elle peut protĂ©ger les millitants, les opposant·es et les minoritĂ©s. Elle sert aussi Ă  protĂ©ger les sources et les lanceur·euses d’alerte, et rendre Ă©galement plus difficile la collecte de donnĂ©es par les entreprises.

Comme si l’intention d’interdire ou de fragiliser le chiffrement n’était pas dĂ©jĂ  assez grave, il y a encore pas mal d’autres choses qui nous inquiĂštent sĂ©rieusement avec Chat Control. Ainsi, l’introduction de systĂšmes de blocage rĂ©seau4 est Ă©galement en discussion. Plus grave encore, l’obligation de vĂ©rifier l’ñge et donc de s’identifier en ligne. Cela aussi fait explicitement partie du projet. Il s’agira de faire en sorte que l’accĂšs Ă  certains sites web, l’accĂšs aux contenus limitĂ©s selon l’ñge, l’utilisation et le tĂ©lĂ©chargement de certaines applications comme Messenger, ne soient possibles qu’avec une identification, par exemple avec une carte d’identitĂ© Ă©lectronique ou une identitĂ© numĂ©rique.

Voici l’accomplissement du vieux rĂȘve de tou·tes les Ministres de l’IntĂ©rieur et autres autoritaires du mĂȘme acabit. L’obligation d’utiliser des vrais noms sur Internet et la « neutralisation » des VPN5, TOR et autres services favorisant l’anonymat figurent depuis longtemps sur leurs listes de vƓux. Et ne nĂ©gligeons pas non plus la joie des grands groupes de pouvoir Ă  l’avenir identifier clairement les utilisateur·ices. L’UE se met volontiers Ă  leur service6. Tout comme le gouvernement allemand, Nancy Faser en tĂȘte, qui se distingue par ailleurs avec une politique populiste et autoritaire de droite.

Le « tchat controle » n’est pas la premiĂšre tentative mais une nouvelle, beaucoup plus vaste, d’imposer la surveillance de masse et la dĂ©sanonymisation totale d’Internet. Et elle a malheureusement de grandes chances de rĂ©ussir car la Commission EuropĂ©enne et la majoritĂ© du Parlement, ainsi que le Conseil, les gouvernements et les ministĂšres de l’IntĂ©rieur de tous les États membres y travaillent. Et ils voudraient mĂȘme des mesures encore plus dures comme Ă©tendre ce projet au scan de nos messages audios au lieu de scanner « seulement » nos communications textuelles7.

Dans le discours manipulateur, il existe dĂ©jĂ  des « propositions de compromis » avec lesquelles les États autoritaires souhaitent faire changer d’avis les critiques. Il s’agirait dans un premier temps, de limiter le type de contenus que les fournisseurs devront chercher, jusqu’à ce que les possibilitĂ©s techniques Ă©voluent. La surveillance du chiffrement devrait tout de mĂȘme avoir lieu. Il est Ă©vident que ce n’est qu’une tentative pour maquiller les problĂšmes8.

Comme toujours, la justification est particuliĂšrement fallacieuse ! On connaĂźt la chanson : la « lutte contre le terrorisme », les « copies pirates », les drogues, les armes etc. sont des constructions argumentaires par les politiques pour faire accepter des projets autoritaires et pour en discrĂ©diter toute rĂ©sistance dans l’opinion publique. Il n’en va pas autrement pour Chat Control. Cette fois-ci, l’UE a mĂȘme optĂ© pour un classique : la prĂ©tendue « protection des enfants et des adolescents » et la lutte contre l’exposition des mineurs aux contenus pornographiques. Qui voudrait s’y opposer ?

Stop Chat Control. Image librement inspirée de International-protest (Wikimedia)

Pourtant, mĂȘme des experts, provenant notamment d’associations de protection de l’enfance, affirment que Chat Control ne protĂ©gera pas les enfants et les adolescents9. En effet, il permettra Ă©galement de surveiller leurs communications confidentielles. Le projet peut mĂȘme conduire tout droit Ă  ce que des agents des autoritĂ©s aient accĂšs aux photos de nus et aux donnĂ©es confidentielles que des mineurs s’envoient entre eux
 Et ils pourront ensuite faire n’importe quoi avec. Le risque de faux positifs Ă  cause de l’emploi de l’IA est Ă©galement trĂšs important. Les gens pourraient avoir de gros problĂšmes Ă  cause d’une erreur technique. Mais l’UE ne s’en soucie pas car la protection des mineurs n’est pas le sujet ici.

Les domaines d’application ont dĂ©jĂ  Ă©tĂ© Ă©largis entre-temps
 Drogues, migration, etc. Tout doit ĂȘtre Ă©troitement surveillĂ©. Quelle sera la prochaine Ă©tape ? Une application contre les extrĂ©mistes politiques identifiĂ©s comme tels ?

Et puis, il y a aussi la trĂšs probable question de « l’extension des objectifs ». Nous connaissons dĂ©jĂ  suffisamment d’autres lois et mesures Ă©tatiques. Elles sont souvent introduites pour des raisons d’urgence. Ensuite, elles sont constamment Ă©tendues, diffĂ©rĂ©es, puis soudain elles sont utilisĂ©es Ă  des fins totalement diffĂ©rentes par les flics et les services de renseignement, selon leur humeur. L’extension de Chat Control se prĂȘte bien Ă  ce jeu. Les premiĂšres demandes ont dĂ©jĂ  Ă©tĂ© formulĂ©es10.

Dans une Europe oĂč : il y a des interdictions de manifester11 et des dĂ©tentions prĂ©ventives, des perquisitions pour des commentaires sur les « quĂ©quettes »12, des liens vers Linksunten/Indymedia13 ou des graffitis14, oĂč des enquĂȘtes par les services de renseignement pour adbusting dans l’armĂ©e allemande, ou bien des avis de recherche pour « sĂ©jour illĂ©gal » sont monnaie courante, dans une Europe oĂč les ultraconservateurs occupent des postes de pouvoir, appellent Ă  l’interdiction de l’avortement et Ă  la lutte contre les personnes queer et rĂ©fugiĂ©es15, oĂč des structures d’extrĂȘme-droite existent dans les administrations et la police16, dans cette Europe, une infrastructure de surveillance comme Chat Control, avec interdiction du chiffrement et permis de lecture de l’État sur tous les appareils, a de graves consĂ©quences pour la libertĂ© de tous les ĂȘtres humains17.

Des lois et des avancĂ©es similaires, la surveillance biomĂ©trique de masse18, l’utilisation d’IA Ă  cet Ă©gard comme Ă  Hambourg19, les identitĂ©s numĂ©riques20, le scoring21, la police prĂ©dictive22, et ainsi de suite sont en cours de dĂ©veloppement ou sont dĂ©jĂ  devenus des rĂ©alitĂ©s
 tout cela crĂ©e une infrastructure totale, centralisĂ©e et panoptique qui permet d’exercer un Ă©norme pouvoir et une rĂ©pression contre nous tous.

En tant qu’antiautoritaires, nous devrions nous dĂ©fendre, attirer l’attention et faire connaĂźtre ce sujet en dehors de l’activisme numĂ©rique germanophone ! Nous appelons donc Ă  protester et Ă  rĂ©sister contre Chat Control. Les alliances existantes comme Stop Chat Control23 pourraient ĂȘtre complĂ©tĂ©es par une critique autonome24. D’autres actions de protestation peuvent ĂȘtre imaginĂ©es, il n’y a pas de limites Ă  la crĂ©ativitĂ©. Les objectifs de telles actions de protestation pourraient Ă©ventuellement dĂ©couler de la thĂ©matique


Les anti-autoritaires résistent à Chat Control !

Nous apprécions les suggestions, les questions, les critiques et, dans le pire des cas, les louanges, et surtout la résistance !



  1. “Zeitplan fĂŒr Chatkontrolle ist vorerst geplatzt”, Netzpolitik.org, 20/09/2023. (NdT –) Il s’agit du rĂšglement CSAR, Ă©galement appelĂ© Chat Control. La Quadrature du Net en a fait une prĂ©sentation.↩
  2. “EU-Gesetzgebung einfach erklĂ€rt” Netzpolitik.org, 28/06/2023, “Das EU-Überwachungsmonster kommt wirklich, wenn wir nichts dagegen tun”, Netzpolitik.org, 11/05/2022 ;ChatKontrolle Stoppen ; “Kennen wir ansonsten nur aus autoritĂ€ren Staaten”, SĂŒddeutsche Zeitung, 10/08/2022.↩
  3. “NetzDG-Bußgeld : Justizminister Buschmann will Telegram mit Trick beikommen”, Heise Online, 28/01/2022.↩
  4. “Die RĂŒckkehr der Netzsperren”, Netzpolitik.org, 11/03/2021.↩
  5. “Online-Ausweis und VPN-Verbot : Streit ĂŒber AnonymitĂ€t im Netz kocht wieder hoch”, Heise Online, 08/10/2023.↩
  6. “EU-Ausschuss will Chatkontrolle krĂ€ftig stutzen”, Netzpolitik.org, 15/02/2023.↩
  7. “Live-Überwachung : Mehrheit der EU-Staaten drĂ€ngt auf Audio-Chatkontrolle”, Heise Online, 17/05/2023.↩
  8. “RatsprĂ€sidentschaft hĂ€lt an Chatkontrolle fest”, Netzpolitik.org, 12/10/2023.↩
  9. “Immer wieder Vorratsdatenspeicherung”, Netzpolitik.org, 23/06/23.↩
  10. “https://netzpolitik.org/2023/ueberwachung-politiker-fordern-ausweitung-der-chatkontrolle-auf-andere-inhalte/”, Netzpolitik.org, 06/10/2023.↩
  11. “Noch mehr Macht fĂŒr Beamte ist brandgefĂ€hrlich”, nd Jounralismus von Links, 13/09/2021 ; “Amnesty sieht Versammlungsfreiheit in Deutschland erstmals eingeschrĂ€nkt – auch in NRW”, Westdeutscher Rundfunk, 20/09/2023.↩
  12. “Unterhalb der Schwelle”, TAZ, 08/08/2022.↩
  13. “Die Suche nach einer verbotenen Vereinigung”, Netzpolitik.org, 03/08/2023.↩
  14. “Linksextreme Gruppen in NĂŒrnberg : Polizei durchsucht mehrere Wohnungen”, Nordbayern, 11/10/2023.↩
  15. “Sehnsucht nach dem Regenbogen-Monster”, TAZ, 28/07/2023.↩
  16. “Das Ende eines Whistleblowers”, TAZ, 01/10/2019.↩
  17. “Chatkontrolle : Mit Grundrechten unvereinbar”, Gesellschaft fĂŒr Freiheitsrechte ; “Sie betrifft die Rechte aller Internetnutzer”, Junge Welt, 15/09/2023.↩
  18. “Polizei verdoppelt Zahl identifizierter Personen jĂ€hrlich”, Netzpolitik.org, 03/06/2021 ; “Mehr Kameras an Bahnhöfen”, DeutschlandFunk, 22/12/2014 ; “Polizei bildet Hunderte Drohnenpiloten aus”, nd Jounralismus von Links, 04/01/2023.↩
  19. “Polizei Hamburg will ab Juli Verhalten automatisch scannen”, Netzpolitik.org, 19/06/2023.↩
  20. “Digitale IdentitĂ€t aller Menschen – Fortschritt oder globale Überwachung ?”, SWR, 28/08/2022.↩
  21. “Punkte fĂŒr das Karmakonto”, Jungle.World, 25/05/2022.↩
  22. “Überwachung : Interpol baut Big-Data-System Insight fĂŒr”vorhersagende Analysen”, Heise Online, 24/09/2023.↩
  23. “Chatkontrolle-BĂŒndnis fordert Bundesregierung zum Nein auf”, Netzpolitik.org, 18/09/2023 ; “Unser BĂŒndnis gegen die Chatkontrolle”, Digital Courage, 12/10/2022 ; Chatkontrolle Stoppen, Digital Gesellschaft ; “Aufruf Chatkontrolle stoppen”, Digital Courage, 10/10/2022.↩
  24. “Statement zum EU-VerschlĂŒsselungsverbot / Chatdurchleuchtungspflicht”, Enough 14, 15/05/2022.↩

Khrys’presso du lundi 23 octobre 2023

Comme chaque lundi, un coup d’Ɠil dans le rĂ©troviseur pour dĂ©couvrir les informations que vous avez peut-ĂȘtre ratĂ©es la semaine derniĂšre.


Tous les liens listĂ©s ci-dessous sont a priori accessibles librement. Si ce n’est pas le cas, pensez Ă  activer votre bloqueur de javascript favori ou Ă  passer en “mode lecture” (Firefox) ;-)

Brave New World

Spécial Palestine et Israël

Spécial femmes dans le monde

Spécial France

Spécial femmes en France

Spécial médias et pouvoir

SpĂ©cial recul des droits et libertĂ©s, violences policiĂšres, montĂ©e de l’extrĂȘme-droite


Spécial procÚs du 8/12

Spécial résistances

Spécial GAFAM et cie

Les autres lectures de la semaine

Les BDs/graphiques/photos de la semaine

Les vidéos/podcasts de la semaine

  • GĂ©rald Darmanin contre Karim Benzema : carton rouge ? (radiofrance.fr)
  • La sĂ©mantique de la mort – La chronique de Waly Dia (invidious.fdn.fr)

    CompliquĂ© d’écrire cette chronique avec l’actu du moment, dĂ©jĂ  s’exprimer sur Palestine-IsraĂ«l en rĂšgle gĂ©nĂ©rale c’est tenter un moonwalk bourrĂ© au milieu d’un champ de mines mais lĂ  en plus avec la contrainte de faire des blagues c’est moonwalk bourrĂ© au milieu d’un champ de mines de nuit !

  • Genocide (mini-vidĂ©o mamot.fr)
  • Bassem Youssef – comedian – on Palestine (mini-vidĂ©o mamot.fr)
  • Militer en fauteuil roulant (arte.tv – disponible jusqu’au 18/10/2024)
  • Marie-Laure Piazza devant le CSM : “le ministre a les mains sales” (radiofrance.fr)

    Mais diable, qui en veut autant Ă  Marie-Laure Piazza ? La magistrate a bien sa petite idĂ©e – doux euphĂ©misme. Car le 26 septembre 2016, alors qu’elle prĂ©side un procĂšs d’assises tendu Ă  Bastia, elle croise dans une coursive du palais de justice un des avocats de la dĂ©fense qui lui adresse, je cite, des clins d’Ɠil appuyĂ©s, et des mouvements de langue sur ses lĂšvres en se grattant la braguette. Sous le choc, Marie-Laure Piazza Ă©tablit un rapport, dĂ©clenche une enquĂȘte, l’avocat est sanctionnĂ© d’un rappel Ă  la loi. Et quatre ans plus tard, l’avocat est devenu garde des Sceaux.

Les trucs chouettes de la semaine

Retrouvez les revues de web précédentes dans la catégorie Libre Veille du Framablog.

Les articles, commentaires et autres images qui composent ces « Khrys’presso » n’engagent que moi (Khrys).

Ludovia Suisse : le colloque scientifique lance son appel

L’explosion mĂ©diatique de l’intelligence artificielle (IA) et plus prĂ©cisĂ©ment des intelligences artificielles gĂ©nĂ©ratives (IAG), telles que ChatGPT, Dall·E, Midjourney, SwissGPT, Ernie Bot ou encore Google Bard, avec leur entrĂ©e fracassante dans les usages du grand public notamment, ont eu pour effet de gĂ©nĂ©rer, dans les dĂ©bats rĂ©cents, une profonde remise en question, tant au niveau des apprentissages en particulier que de l’éducation en gĂ©nĂ©ral, suggĂ©rant mĂȘme de possibles bouleversements concernant notre façon de penser (Romero et al. 2023). En consĂ©quence, la dĂ©finition et le rĂŽle de ces technologies Ă  l’école suscite des interrogations.

A l’instar du livre, de la tĂ©lĂ©vision ou de l’Internet, l’IA fait Ă©merger de nombreux questionnements, souvent teintĂ©s d’émotions, de la peur Ă  l’espoir, et touchant l’ensemble du systĂšme Ă©ducatif : « Que doivent aujourd’hui apprendre les Ă©lĂšves ? », « Pourquoi enseigner lorsque les rĂ©ponses, mĂȘmes complexes, sont Ă  portĂ©e de clic ? », « Les intelligences artificielles remplaceront-elles les enseignant·e·s demain ? », « Doit-on introduire un usage des IAG en classe ? » 
. .

Au-delĂ  des craintes et des fantasmes, il s’agit d’interroger l’intĂ©gration de l’IA et notamment ses usages dans l’éducation. Cela concerne en effet tant les enseignant·e·s, invité·e·s Ă  considĂ©rer cette technologie « comme un outil pĂ©dagogique ou comme un objet d’apprentissage » (Romero et al., 2023, p.94) que leurs Ă©lĂšves qui se trouvent aujourd’hui munis d’un nouvel outil pour apprendre, ou mieux apprendre (Alexandre et al., 2023), et rĂ©pondre ainsi aux contraintes de l’évaluation scolaire actuelle.

Par ailleurs, les questions Ă©thiques relatives aux usages de ces outils sont prĂ©gnantes au regard des multiples enjeux sociĂ©taux qu’ils soulĂšvent, entre collecte des donnĂ©es, respect de la vie privĂ©e, mais aussi exploitation de ces informations Ă  d’autres fins ou encore manque de diversitĂ© des Ă©quipes de conception qui amĂšnent Ă  des biais de conception algorithmique et Ă  de potentielles reproductions d’inĂ©galitĂ©s sociales, culturelles et scolaires (Collin et Marceau, 2021). A cet Ă©gard le dĂ©fi est particuliĂšrement grand car le potentiel, notamment en termes de « personnalisation » pourrait ĂȘtre extrĂȘmement prĂ©sent, mais reste en permanence Ă  la limite du « contrĂŽle » et pourrait basculer aisĂ©ment d’un cĂŽtĂ© ou de l’autre (BoissiĂšre et Bruillard, 2021). Par ailleurs, cela pose par essence une autre question : « Comment peut-on encore faire sociĂ©tĂ© s’il y a trop de diffĂ©renciation ? ».

Aujourd’hui, alors que la communautĂ© scientifique s’intĂ©resse de plus en plus Ă  l’utilisation de l’intelligence artificielle Ă  des fins Ă©ducatives (Chen et al, 2022), certaines exploitations en classe se mettent en place Ă  l’instar du traitement du langage naturel pour les langues (Miras, 2019), les robots pour l’enseignement de l’IA ou encore l’exploration des donnĂ©es Ă  des fins de prĂ©diction des performances des Ă©lĂšves (Baker, 2022). Ainsi, des systĂšmes d’évaluation automatique aux applications utilisĂ©es pour apprendre les langues en ligne, l’intelligence artificielle occupe une place de plus en plus importante au sein du domaine de l’éducation.

Enfin, ces outils posent la question de la crĂ©ativitĂ© et de sa reconnaissance. Une intelligence artificielle gĂ©nĂ©rative est-elle crĂ©ative ? GĂ©nĂšre-t-elle, ou soutient-elle la crĂ©ativitĂ© ? Et doit-on parler de crĂ©ativitĂ© ou de crĂ©ativitĂ© assistĂ©e (Ariani et al., 2023) ? Ils posent aussi la problĂ©matique de la collaboration, voire du partenariat existant, ou non, entre les humains et les machines, dans la perspective d’une attention particuliĂšre Ă  la « prĂ©servation de l’agentivitĂ© humaine » (Romero et al., 2023, p.83). Ceci soulevant alors la problĂ©matique du droit d’auteur, et de la nĂ©cessitĂ© ou non de citer ses sources, lorsque l’on utilise une IAG.


Pour connaĂźtre toutes les modalitĂ©s de soumission, tĂ©lĂ©chargez l’appel Ă  communication.

Plus d’infos sur ludovia.ch

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Mythes et réalités : apprendre à distance

Le 9 novembre prochain vous pourrez parcourir l’ouvrage « Apprendre Ă  distance » dans la collection Mythes & RĂ©alitĂ©s des Éditions Retz, coordonnĂ©e par Elsa aukovics et Eric Sanchez. 

L’enseignement Ă  distance s’est considĂ©rablement dĂ©veloppĂ© ces derniĂšres annĂ©es. Il a bĂ©nĂ©ficiĂ© du progrĂšs des outils et de la qualitĂ© des rĂ©seaux, mais surtout de la pĂ©riode Covid et de la fermeture des Ă©tablissements d’enseignement (Ă©coles, collĂšges, lycĂ©es et universitĂ©s).

Souvent sans prĂ©paration ni formation spĂ©cifique, les enseignants ont dĂ» innover pour mettre en place la « continuitĂ© Ă©ducative », cherchant des solutions immĂ©diates pour transfĂ©rer un contenu pĂ©dagogique prĂ©vu en prĂ©sentiel. L’occasion a Ă©tĂ© en partie manquĂ©e. Elle le sera tout autant tant que le rĂŽle des diffĂ©rents acteurs et que les finalitĂ©s du distanciel ne seront pas mieux dĂ©finis. Car certains mythes ont la vie dure, y compris parmi les communautĂ©s pĂ©dagogiques.

À travers dix chapitres, cet ouvrage s’attache Ă  dĂ©construire ces mythes tels que :

  • « La situation de la crise sanitaire a donnĂ© la possibilitĂ© de faire (rĂ©ellement) de l’enseignement Ă  distance »,
  • « Le e-learning, c’est de l’apprentissage Ă  distance »,
  • « Enseigner et apprendre Ă  distance sont des activitĂ©s solitaires »,
  • « Un cours Ă  distance est un cours en prĂ©sentiel mis en ligne »,
  • « En formation Ă  distance, l’enseignant perd la propriĂ©tĂ© de ses cours »,
  • « La formation Ă  distance est avant tout une question de maitrise des technologies »

Une réflexion indispensable pour tous les pédagogues du 21e siÚcle.

Source : Editions Retz

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Métacartes, des communs pédagogiques pour accompagner les accompagnateurs de transition numérique

Nous vous avons déjà parlé à plusieurs reprises du projet « Métacartes » que nous trouvons trÚs pertinent pour aborder des sujets complexes de façon simple (et collective !).

MĂ©lanie et Lilian, les crĂ©ateur⋅ices de cette initiative (et des personnes fabuleuses par ailleurs), reviennent aujourd’hui nous partager un point d’étape important. Nous sommes ravi⋅es de leur laisser la parole.

Rappel des épisodes précédents

À tout point de vue, le modĂšle actuel du numĂ©rique est catastrophique (si vous en doutez lisez chaque semaine le fabuleux Khryspresso oĂč la rĂ©alitĂ© dĂ©passe souvent la fiction). Pourtant, mĂȘme quand on est conscient qu’il faut changer de modĂšle, il est difficile de passer Ă  l’action car c’est un problĂšme complexe qui nĂ©cessite des changements Ă  la fois individuels et collectifs.

Pour soutenir les professionnels qui accompagnent des collectifs dans des démarches vers un numérique plus éthique, ainsi que les formateur.ice.s et médiateur.ice.s numériques, nous avons conçu les Métacartes Numérique éthique : une boite à outils sous forme de cartes papier reliées à des fiches en ligne (rappel des épisodes précédents sur le Framablog ici, ici et ici).

 

Aperçu des cartes Numérique éthique

Aperçu des cartes Numérique éthique

Un outil d’animation participative et d’apprentissage coopĂ©ratif

Les Métacartes ont été conçues pour offrir une multitude de possibilités :

  • structurer les Ă©changes et les rĂ©flexions sur le numĂ©rique grĂące Ă  un outil de mĂ©diation synthĂ©tique qui tient dans la poche
  • apprendre et rĂ©flĂ©chir au numĂ©rique en sortant la tĂȘte des Ă©crans
  • faciliter l’échange et le partage des connaissances avec des publics de tous Ăąges, Ă  travers la manipulation d’un support physique
  • faciliter la coopĂ©ration et l’apprentissage par les pairs (pas seulement via le formateur.ice),
  • mettre en action les individus et collectifs sur des projets concrets (pas juste du thĂ©orique),
  • mobiliser tous les styles d’apprentissage, visuels, auditifs, kinesthĂ©siques, en utilisant le visuel, l’écoute, la manipulation et le mouvement (pas de journĂ©e complĂšte en position assise).
  • consulter et proposer des ressources en lignes actualisĂ©es et enrichies rĂ©guliĂšrement.
  • consulter et proposer des tutoriels complĂ©mentaires adaptĂ©s Ă  des publics ou contextes particuliers

 

Fruit d’un travail de plus de deux ans en coopĂ©ration ouverte avec un groupe d’acteur·ice·s du libre et de la sociĂ©tĂ© civile, cet outil constitue un commun pĂ©dagogique qui peut ĂȘtre personnalisĂ© pour vos usages et enrichi par vos contributions.

Deux ans aprĂšs, il s’est passĂ© plein de choses : on vous raconte.

De nouveaux outils, complémentaires

Au fur et Ă  mesure des retours et de nos propres usages, nous avons complĂ©tĂ© les cartes avec une sĂ©rie d’outils tĂ©lĂ©chargeables sur le site.

Un tableau rĂ©capitulatif des cartes NumĂ©rique Éthique

PensĂ© pour les animateur·ice·s et les formateur·ice·s, ce tableau offre une vue d’ensemble des cartes et de leur utilisation. Lors de la conception de vos sĂ©quences pĂ©dagogiques, vous serez guidĂ© sur les cartes Ă  choisir en fonction de votre objectif, les objectifs Ă©tant reliĂ©s aux diffĂ©rentes Ă©tapes du canevas “vous ĂȘtes ici” :

  • prendre conscience des enjeux
  • faire le point
  • dĂ©finir ses critĂšres
  • dĂ©couvrir des alternatives
  • faire Ă©voluer ses pratiques
  • Ă©valuer
tableau récapitulatif des cartes numériques éthiques classées par objectifs

 tableau récapitulatif des cartes numériques éthiques classées par objectifs

 

Une base de données de ressources libres sur le thÚme du Numérique éthique

Lors de la conception des cartes Numérique éthique, nous avons collecté beaucoup de ressources et de contenus de grande qualité sur le sujet. Nous avons mis à jour et catégorisé cette base de ressources afin de vous aider à trouver des contenus pertinents pour enrichir vos ateliers ou vos formations.

base de données de ressources

base de données de ressources

 

Pour cela, vous pouvez filtrer les ressources par objectifs prĂ©cĂ©demment citĂ©s (prendre conscience des enjeux, faire le point,
) par l’un des critĂšres du set (intimitĂ© numĂ©rique, accessibilitĂ©, transparences algorithme
).

tri des ressources par critÚres éthiques

tri des ressources par critÚres éthiques

 

Tableau rĂ©capitulatif des Usages et sous-usages NumĂ©rique Éthique

Dans NumĂ©rique Ă©thique, nous avons un parti pris : rien ne sert de remplacer un outil non-Ă©thique par un outil Ă©thique si l’usage demeure problĂ©matique. Outils et usages sont intrinsĂšquement reliĂ©s, alors quitte Ă  changer d’outil autant profiter de ce moment pour prendre du recul sur ses usages.

Les cartes ingrĂ©dients catĂ©gorie #usages, servent Ă  cela : se poser des questions sur ses pratiques et ses besoins avant de tester et Ă©ventuellement d’adopter de nouveaux outils.

 

carte ingrédient usage audio et visio conference

Pour chaque usage, il y a plusieurs propositions de sous-usages plus précis et à chaque fois, un lien vers un outil ou un tutoriel.

proposition d’usages et d’outils

 

Si les cartes sont utiles pour travailler avec un groupe, ce tableau destinĂ© lui aussi aux animateur·ice·s et les formateur·ice·s, offre un panorama complet de l’ensemble des propositions d’alternatives Ă©thiques classĂ©es en 20 familles d’usages (correspondant aux 20 cartes INGRÉDIENTS #usages).

 

tableau rĂ©capitulatif de l’ensemble des usages et sous usages (et des outils).

 

InspirĂ©s de la base d’alternative proposĂ©e initialement par Degooglisons Internet, nous l’avons enrichie pour montrer les nombreux usages et outils existants en proposant Ă  chaque fois une alternative Ă©thique.

Au total ce sont plus de 130 propositions d’usages et d’outils dans lesquelles vous pouvez piocher pour transformer vos usages personnels ou enrichir vos ateliers et formations.

Des remix et des tutos

Ce qui est chouette avec le libre, c’est que d’autres peuvent s’emparer de votre travail pour leur propre besoin et inventer de nouvelles choses ! Depuis la sortie des cartes, nous avons rĂ©coltĂ© plusieurs retours d’usages dans diffĂ©rents contextes et nous les avons postĂ©s dans la section mode d’emploi sous forme succincte afin de montrer d’autres usages possibles.

Formation de conseiller-es numĂ©riques – Julie Brillet

Une activité pour faire réfléchir de futurs conseillers numériques aux enjeux éthiques et leur faire découvrir des outils/usages plus éthiques.

Animation par des Ă©tudiants d’un atelier sur les « Questions Ă©thiques autour du Web » – StĂ©phane Crozat :

L’objectif de cette activitĂ© est de faire animer des petits ateliers par des Ă©tudiant·e·s Ă  propos de questions Ă©thiques autour du numĂ©rique en gĂ©nĂ©ral et du Web en particulier.

Animation d’un atelier « usages numĂ©riques et rĂ©flexivitĂ© des Ă©tudiant·e·s » – Gabriel TrouvĂ©

Une amĂ©lioration de l’éthic-o-test expĂ©rimentĂ©e pour un Atelier usages numĂ©riques et rĂ©flexivitĂ© des Ă©tudiants : comment dĂ©velopper un esprit critique et porter les enjeux Ă©thiques des usages numĂ©riques auprĂšs des Ă©tudiant·e·s ?

Animation d’un atelier de sensibilisation au NumĂ©rique Ă©thique dans un contexte de recherche en Ă©ducation et numĂ©rique – Mathieu Payn

Dans ce format simple, les participant·e·s sont amené·e·s Ă  dĂ©couvrir les cartes et Ă  les utiliser pour dĂ©battre de leurs intĂ©rĂȘts et prioritĂ©s.

Animation d’un atelier “Outils collaboratifs et travail en Ă©quipe” pour des professionnels de l’action sociale et mĂ©dico-sociale – Morgane Quilliou-Rioual

Dans cet atelier, des cartes recettes et ingrĂ©dients ont Ă©tĂ© utilisĂ©es pour faire prendre du recul sur les outils, les usages et les enjeux Ă©thiques Ă  des professionnels de l’action sociale et mĂ©dico-sociale ayant des fonctions de coordination ou en passe de les avoir.

Des retours sur la méthode et la stratégie

Ce qui est intĂ©ressant c’est que dans la plupart de ces ressources, les auteur·ice·s partagent non seulement la recette (le dĂ©roulĂ©), mais aussi une analyse rĂ©flexive sur ce qui a marchĂ© ou serait Ă  amĂ©liorer. ce qui est au moins aussi intĂ©ressant que le dĂ©roulĂ©.

Un commun pĂ©dagogique qui peut ĂȘtre enrichi

En concevant numĂ©rique Ă©thique, nous avons essayĂ© de le penser comme un commun pĂ©dagogique polyvalent, une base solide qui peut ĂȘtre enrichie et personnalisĂ©e selon les contextes.

Nous sommes trÚs intéressés de voir comment les cartes sont utilisées dans différents contextes et nous aimerions beaucoup que demain il existe des recettes annexes adaptées à différents publics (enfants, ados, adultes, 
) ou contextes (professionnels du numérique, de la médiation, de la formation, associations, centre sociaux, collectivités
)

Des formations pour cheminer (ou aider à cheminer) vers un Numérique éthique

5 ans aprĂšs la sortie de Faire Ensemble et 2 ans aprĂšs la sortie de NumĂ©rique Éthique, nous avons remis Ă  plat notre offre de formations.

Formation et accompagnement Ă  distance : Pour l’instant nous proposons un format unique de mini formation/accompagnement d’une heure. D’un temps de “simple dĂ©coinçage” Ă  du temps de conseil sur un sujet trĂšs spĂ©cifique, ce format est polyvalent et s’adapte aux diffĂ©rents besoins. Nous sommes en train de rĂ©flĂ©chir Ă  proposer une offre d’accompagnement sur plusieurs mois.

Formations en prĂ©sence : En tant que formateur.ice·s, nous avons Ă  cƓur de proposer des moments de formations qui dĂ©veloppent le pouvoir d’agir des individus et des organisations, favorisent les actions concrĂštes et l’autonomisation, sans crĂ©er de dĂ©pendances. Nous souhaitons que nos formations, comme nos conceptions et animations d’évĂšnements, contribuent Ă  un changement positif en remettant du sens dans toutes vos actions.

En pratique, pour les formations, cela implique que :

  • l’apprentissage se fait aussi par les pairs (pas seulement via le formateur.ice),
  • nous pratiquons une mise en action sur du concret (pas juste thĂ©orique),
  • nous apprenons en manipulant un support physique qui permet l’échange et le partage des connaissances, Ă  destination de tous les Ăąges,
  • nous utilisons le visuel, et le mouvement (pas de journĂ©e complĂšte en position assise) et cela mobilise tous les styles d’apprentissage, visuels auditifs, kinesthĂ©siques.

Nous proposons maintenant deux formations en présence :

niveau 1 – Cheminer vers des outils et des usages numĂ©riques Ă©thiques

niveau 2 – Accompagner des collectifs dans leur rĂ©flexion autour de l’éthique du numĂ©rique.

La premiĂšre formation s’adresse Ă  des collectifs souhaitant Ă©voluer vers des pratiques plus Ă©thiques en utilisant les cartes, tandis que la seconde s’adresse plus Ă  des professionnels de la transition numĂ©rique qui souhaite mieux prendre en main les cartes pour les utiliser dans leurs accompagnements.

Et bien sur, les formations pourront aussi servir Ă  co-crĂ©er des communs complĂ©mentaires 😉

Prochaines idées et envies

Nous sommes Ă  l’écoute de la communautĂ©, des besoins, mais nous faisons attention Ă  ne pas tomber dans la dĂ©mesure et dans la course en avant. Nous essayons donc prendre soin de la ressource, de nous, et faire les choses pas Ă  pas, ce qui n’est pas toujours facile. Pour autant nous aimons partager nos envies, car elles peuvent rĂ©sonner avec celles d’autres personnes.

Rendre les cartes interopérables avec le référentiel CRCN/PIX

Pix est le service public en ligne pour Ă©valuer, dĂ©velopper, et certifier ses compĂ©tences numĂ©riques. Ce rĂ©fĂ©rentiel français pour l’évaluation des compĂ©tences numĂ©riques est lui-mĂȘme basĂ© sur le rĂ©fĂ©rentiel europĂ©en DigComp.

Notre outil pouvant ĂȘtre utilisĂ© pour de la formation ou de la mĂ©diation numĂ©rique, nous sommes en train de rĂ©flĂ©chir Ă  une intĂ©gration entre ce rĂ©fĂ©rentiel et nos outils.

Rendre interopĂ©rable le rĂ©fĂ©rentiel PIX avec les MĂ©tacartes pourrait faciliter l’appropriation des MĂ©tacartes par les formateur·ice·s, mais aussi, peut-ĂȘtre, mettre plus de rĂ©flexion Ă©thique dans les parcours proposĂ©s par PIX.

Traduire les contenus Numérique éthique en anglais

Nous avons prĂ©sentĂ© (Ă  distance) les MĂ©tacartes NumĂ©rique Ă©thique lors de LibrePlanet, la confĂ©rence annuelle de la Free Software Foundation. Le projet a suscitĂ© intĂ©rĂȘt et plusieurs participants ont manifestĂ© leur volontĂ© de participer Ă  une traduction en anglais du contenu des cartes si un jour nous allions dans ce sens. Faute de temps et soucieux de stabiliser nos travaux actuels, nous n’irons pas dans cette direction pour l’instant, mais l’idĂ©e reste et nous espĂ©rons pouvoir y travailler quand les conditions seront favorables.

Metacartes : a free/libre toolbox to chart the course to an ethical digital technology :

Concevoir des fresques éthiques du numérique

La fresque du numĂ©rique et les autres fresques ont eu beaucoup de succĂšs ces derniĂšres annĂ©es. Pourtant si la mĂ©thode d’animation participative prĂ©sente un certain intĂ©rĂȘt, plusieurs choses nous ennuient/dĂ©plaisent. MalgrĂ© le nom fresque la dimension dessinĂ©e est minimaliste, l’atelier reprĂ©sente un “jeu fermĂ©â€ (il y a un nombre limitĂ© de “bonnes rĂ©ponses” dĂ©tenues par les animateur·ice·s), la mĂ©thode n’est pas sous licence libre, le format consacre beaucoup de temps Ă  la prise de conscience qui peut ĂȘtre trĂšs anxiogĂšne et les solutions de petits gestes prĂ©sentĂ©es occultent les enjeux systĂ©miques et politiques et rĂ©duisent notre pouvoir d’agir. À la place nous proposons d’inventer une/des alter (anti ?) fresque(s) qui pourraient ĂȘtre animĂ©es/personnalisĂ©es/remixĂ©es sur le numĂ©rique Ă©thique en gĂ©nĂ©ral ou certains sujets plus ciblĂ©s.

L’occasion de travailler avec des copain.e.s et d’apprendre Ă  mieux se connaĂźtre, coopĂ©ration entre MĂ©lanie et Lilian de MĂ©tacartes et Romain et Julie de L’établi numĂ©rique.

Nous avons ainsi testĂ© notre premier prototype sur le thĂšme de l’hĂ©bergement web Ă©thique avec un premier atelier test animĂ© par Romain et Lilian lors du camp CHATONS 2023.

Organiser des ateliers thĂ©matiques d’échanges de pratiques :

Nous aimerions organiser des ateliers d’échanges de pratiques (Ă  distance) autour de NumĂ©rique Ă©thique pour diffĂ©rents contextes (mĂ©diateurs, pour les enseignants, centre sociaux, pour les collectivitĂ©s, pour les professionnels de l’action sociale, 
) ou publics (enfants, ados, adultes, 
). Ces ateliers pourraient servir Ă  partager des pratiques, mais aussi les documenter pour enrichir la base de ressources communes.

Animer des discussions et réflexions sur les questions éthiques

Une autre de nos envies serait d’animer ou de contribuer Ă  l’organisation de discussion sur les questions Ă©thiques. Par exemple poser des questions comme « Le Libre est il Ă©thique ? ». Le libre des origines rĂ©pondait Ă  un certain besoin Ă©thique. Mais aujourd’hui oĂč en est on ? et oĂč veut-on aller ? Nous n’avons pas la rĂ©ponse, mais nous avons des questions et nous pensons qu’il est extrĂȘmement important de les explorer collectivement en utilisant un format participatif qui favorise l’expression de toustes.

Ou encore organiser le « procĂšs de chatGPT » comme un prĂ©texte pour crĂ©er des espaces de discussion sur les enjeux de l’IA, sujet sur lequel il serait essentiel de rendre intelligibles les enjeux pour avoir un vrai dĂ©bat de sociĂ©tĂ©. Ça pourrait ĂȘtre un atelier d’échange basĂ© sur des cartes ou bien une confĂ©rence gesticulĂ©e, peu importe, mais il est urgent d’avoir des discussions lĂ -dessus car cette technologie va bouleverser nos sociĂ©tĂ©s et risque de faire beaucoup de dommages si nous ne nous posons pas de vraies questions sur son usage.

Se relier Ă  d’autres acteur·ice·s

Enfin une envie que nous avons depuis le dĂ©but et qui demeure essentielle pour nous : se relier avec les autres acteur·ice·s qui Ɠuvrent pour plus d’éthique, rendre visibles les initiatives qui vont dans ce sens Ă  la fois dans le monde du numĂ©rique (Res numĂ©rica, l’établi numĂ©rique, libĂ©rons nos ordis, l’april, les CHATONS) mais aussi dans d’autres domaines afin casser les silos et rompre la tragĂ©die du LSD (l’isolement entre diffĂ©rentes cultures comme les libristes, les solidaristes,les durabilistes, les artistes 
 qui ont des problĂšmes et des solutions diffĂ©rents et complĂ©mentaires, mais communiquent peu entre eux).

RĂȘver et agir dans un archipel de communs

Tout cela fait beaucoup. Nous sommes une petite structure (deux personnes à temps partiel) et nous ne souhaitons pas grossir, car au-delà d’une certaine taille il y a le risque de perdre le sens.

Mais nous aimons rĂȘver et nous pensons qu’en partageant nos envies cela peut donner envie Ă  d’autres de s’y relier et d’avancer sur ces sujets, que ce soit avec nous ou bien simplement de leur cotĂ©. Car, comme Framasoft nous croyons beaucoup Ă  l’idĂ©e d’archipelisation, une coopĂ©ration qui se nourrit de la diversitĂ© et des diffĂ©rences.

 

ArrĂȘtons de forcer les Ă©lĂšves gauchers Ă  Ă©crire avec la main droite

Suite aux propos rĂ©cents du Ministre de l’Éducation Nationale Gabriel Attal sur son intention de « rĂ©parer l’école », François Billioud, cofondateur de la start-up Cantoo, souhaite remettre au cƓur du sujet la nĂ©cessitĂ© de bĂątir une vĂ©ritable politique d’inclusion basĂ©e sur la singularitĂ© des Ă©lĂšves, en engageant les bases d’une 3Ăšme voie : laissons chaque individu ĂȘtre qui il est. Pour cela, il a pris l’image des Ă©lĂšves gauchers obligĂ©s Ă  l’époque de s’adapter et d’apprendre Ă  Ă©crire avec la main droite pour exprimer sa pensĂ©e.

Tribune par François Billioud, co-fondateur de l’ESS Cantoo

Depuis 13 ans que je travaille sur le sujet de l’inclusion scolaire, je reste stupĂ©fait par certains tĂ©moignages qui me sont remontĂ©s. RĂ©cemment, on m’a relatĂ© le cas d’un lycĂ©en dyspraxique qui, pleurant de douleur Ă  cause de tensions musculaires dans le bras aprĂšs avoir planchĂ© quatre heures, s’est fait houspiller par l’enseignant de surveillance arguant un signe de faiblesse de sa part. Et ne parlons pas des orientations scolaires approximatives alors que certains Ă©lĂšves ont des capacitĂ©s exceptionnelles mais que leur handicap empĂȘche de rĂ©vĂ©ler. 

L’école inclusive n’intĂšgre pas encore suffisamment les handicaps dits “invisibles”, comme le sont les troubles dys.

Comprendre la singularité de chaque élÚve

En France, les syndromes dys, telles que la dyslexie (trouble du langage Ă©crit), la dyspraxie (perturbation de la capacitĂ© Ă  effectuer certains gestes), et la dysorthographie (trouble de l’orthographe), touchent entre 6 et 8 % de la population française, soit 2 Ă  3 Ă©lĂšves par classe. Ces troubles sont plus courants qu’ils n’y paraissent, mais s’agissant d’un handicap invisible, ils restent largement mĂ©connus et sources d’incomprĂ©hension dans les classes. Or, les mĂ©thodes pĂ©dagogiques standard ne prennent pas en compte les besoins particuliers de ces Ă©lĂšves, les laissant en difficultĂ© pour suivre le rythme et acquĂ©rir des compĂ©tences clĂ©s. L’inclusion de ces jeunes ne doit pas ĂȘtre relĂ©guĂ©e au 2nd plan, car ce sont des troubles qu’ils subiront toutes leurs vies, mais qu’il est possible d’attĂ©nuer grĂące Ă  une prise en charge et des outils de compensation.

Gabriel Attal a dĂ©clarĂ© rĂ©cemment que “c’est Ă  [l’école] de s’adapter Ă  chaque Ă©lĂšve, et non l’inverse”. Il ne faut pas pour autant faire porter sur les professeurs l’entiĂšretĂ© de cette charge, en leur demandant, en une heure de cours, d’adapter leur enseignement Ă  chacun de leurs 25, 30, 40 Ă©lĂšves. Nous croyons en une troisiĂšme voie : laissons chaque individu ĂȘtre qui il est, pour dĂ©ployer des technologies et des mĂ©thodologies qui favorisent une meilleure comprĂ©hension, un meilleur Ă©change, et un apprentissage optimisĂ©, en valorisant les singularitĂ©s. Il n’est pas possible de mettre un Accompagnant des ÉlĂšves en Situation de Handicap (AESH) derriĂšre chaque enfant, mais cela ne doit pas signifier pour autant l’inaction. Surtout qu’aujourd’hui, nous avons largement les connaissances nĂ©cessaires pour compenser efficacement de nombreux troubles et handicaps.

Dans cette optique, rĂ©inventer l’école ne signifie pas uniquement « rĂ©parer » l’existant, mais concevoir un environnement Ă©ducatif qui embrasse la diversitĂ© des besoins et des talents, en utilisant les connaissances et technologies modernes comme levier pour bĂątir une Ă©ducation vĂ©ritablement inclusive et adaptative.

Les outils numĂ©riques de compensation peuvent se rĂ©vĂ©ler ĂȘtre un alliĂ© prĂ©cieux pour faciliter l’apprentissage 

En amĂ©liorant les conditions des Ă©lĂšves au sein de la sociĂ©tĂ©, et en offrant des outils adaptatifs et personnalisables, comme par exemple l’aide Ă  la lecture et Ă  l’écriture, la conversion de l’écrit Ă  l’oral
 les outils digitaux ont la capacitĂ© d’accompagner le travail des enseignants, et aussi de favoriser l’autonomie des Ă©lĂšves en automatisant certaines tĂąches. C’est par ailleurs un soutien qui peut ĂȘtre apportĂ© aux AESH, qui, faute de moyens, peinent Ă  exercer l’entiĂšretĂ© de leurs missions. Et quand il n’y a pas d’AESH, le numĂ©rique peut apporter une prĂ©sence sur le long terme pour les Ă©lĂšves en difficultĂ©.

Le sujet du harcĂšlement scolaire pris Ă  bras le corps par le gouvernement nous a appris l’importance d’enseigner la compassion Ă  l’école. ƒuvrer pour une Ă©cole plus Ă  l’écoute des Ă©lĂšves Ă  besoins Ă©ducatifs particuliers en devrait ĂȘtre la premiĂšre leçon.

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Faciliter l’accompagnement personnalisĂ© en français

Afin de pouvoir complĂ©ter son plan d’équipements en ordinateurs portables, la rĂ©gion Île-de-France investit Ă©galement dans les ressources. Dans le catalogue proposĂ© aux Ă©tablissements et aux enseignants, Nicolas Frisch a trouvĂ© son bonheur notamment avec la ressource numĂ©rique Adaptiv’Langue, pour mieux accompagner ses Ă©lĂšves en cours de français.

Dans le cours d’aujourd’hui, Nicolas Frisch propose un module sur Adaptiv’Langue Ă  ses Ă©lĂšves ; module qu’il a choisi en s’appuyant sur leurs carnets de lecture mais surtout sur les rĂ©sultats du contrĂŽle de lecture et sur le plan des points d’orthographe Ă  amĂ©liorer.

J’utilise la ressource numĂ©rique Adaptiv’Langue proposĂ©e par la RĂ©gion sur le site de l’ENT pour mes classes de seconde.

Nicolas Frisch, professeur de français, lycée Marie Laurencin, Mennecy

« A l’origine, nous devons proposer Ă  l’échelle nationale un test de positionnement aux Ă©lĂšves de seconde et je m’appuie sur les rĂ©sultats de ce test pour organiser un travail de remĂ©diation et de soutien linguistique aux Ă©lĂšves qui en ont besoin », explique-t-il.

Une ressource numérique adaptée à tous les niveaux des élÚves

Nicolas propose la ressource numĂ©rique Ă  tous ses Ă©lĂšves et pas seulement Ă  ceux qui Ă©prouvent quelques difficultĂ©s. En effet, grĂące aux premiĂšres Ă©valuations qu’il met en place, il peut ensuite proposer un module personnalisĂ© Ă  chacun.

Par chance, c’est ce que propose la ressource Adaptiv’Langue et c’est d’une grande richesse pour notre enseignant.

Chaque Ă©lĂšve avance sur son module Ă  son rythme et peut faire appel Ă  l’enseignant, en classe, s’il Ă©prouve une difficultĂ©.

Nicolas Frisch dĂ©taille avec nous sa maniĂšre de fonctionner avec cette ressource numĂ©rique : « AprĂšs avoir corrigĂ© leurs travaux Ă©crits, je vais dire Ă  tel Ă©lĂšve plutĂŽt de travailler sur un module d’orthographe, Ă  tel autre de travailler sur un module cohĂ©rence de texte ou encore sur le module lexique, en fonction du niveau de maĂźtrise ou des difficultĂ©s que j’ai repĂ©rĂ©es dans les copies ».

Une ressource numĂ©rique qui s’adapte Ă  la progression de l’élĂšve

La ressource est “intelligente“ : au fur et Ă  mesure de l’avancĂ©e de l’élĂšve dans le module, les questions posĂ©es s’adaptent aux rĂ©ponses de celui-ci. Pour exemple, si le logiciel constate que l’élĂšve fait toujours la faute entre « ses » et « ces », il continuera Ă  l’interroger jusqu’à ce que ce dernier ne se trompe plus.

Les questions posĂ©es par le logiciel sont appropriĂ©es aux difficultĂ©s rencontrĂ©es par l’élĂšve.

« C’est-Ă -dire que tant que l’élĂšve n’a pas acquis une certaine compĂ©tence, une certaine maĂźtrise de la notion, l’algorithme va “veiller“ Ă  reposer des questions pour s’assurer que la rĂšgle est connue et appliquĂ©e de maniĂšre certaine », ajoute-t-il.

Afin de conserver le cĂŽtĂ© ludique de l’usage de la ressource, l’enseignant varie les types d’objectifs Ă  atteindre.

Une ressource qui s’adapte aux besoins de l’enseignant

« Parfois, je leur dis de ne se connecter que 20 minutes et je peux vĂ©rifier qu’ils ne sont connectĂ©s que 20 minutes avec un objectif clair et chiffrĂ© Ă  atteindre et surtout qu’ils puissent le faire chez eux ».

J’ai l’impression de faire de l’accompagnement personnalisĂ©. Ils sont tous en activitĂ©s et je peux aller les voir individuellement.

En consĂ©quent, c’est ce qui ressort de ce reportage et des rĂ©flexions de Nicolas Frisch : une des richesses de la ressource numĂ©rique Adaptiv’Langue est de pouvoir s’adapter au niveau de l’élĂšve, de le faire progresser alors qu’il travaille en autonomie ; et pour l’enseignant, de pouvoir aider personnellement chaque Ă©lĂšve, alors mĂȘme qu’ils sont en classe entiĂšre.

Je vois bien que le niveau global de maĂźtrise de la langue dans les copies est meilleur.

« En tout cas, c’est bien plus efficace que si je donnais un cours classique avec les mĂȘmes leçons et les mĂȘmes exercices pour tous mes Ă©lĂšves », conclut-il.

Un bel usage de cette ressource disponible dans l’ENT et mise Ă  disposition par la RĂ©gion Île-de-France ; avis aux amateurs 😉

LUDOMAG a poursuivi ses investigations en rĂ©gion Île-de-France et vous invite tous les 15 jours Ă  dĂ©couvrir un retour d’usages en classe grĂące Ă  l’arrivĂ©e de l’ordinateur portable mais aussi de toutes les ressources numĂ©riques que l’on peut y trouver Ă  l’intĂ©rieur ; Ă  trĂšs vite sur notre chaĂźne !

Déjà en ligne : « équiper les lycéens en ordinateurs portables, une stratégie au service des usages »

Et « Travailler sur des animations scientifiques en cours de SVT puis réviser et mémoriser« .

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Le Carrefour de l’innovation pĂ©dagogique dĂ©voile son programme 2023

Le Carrefour propose chaque année, au sein du Salon Educatech, de mettre en lumiÚre des pratiques pédagogiques innovantes et, par son aménagement, (re)penser la forme scolaire. Sur le principe des tiers lieux, il réunit des personnalités hétérogÚnes pour penser, créer, produire et favoriser la création de communs pédagogiques.

Trois espaces sont Ă  disposition des Ă©changes entre pair⋅e⋅s programmĂ©s pendant les 3 jours :

  • L’accueil : l’accueil est un espace d’échanges informels. Il a pour objectif d’ĂȘtre le phare du Carrefour, un point d’attraction et de rendez-vous sur le salon. Un fil rouge quotidien est proposĂ© dans cet espace pour vous permettre de dĂ©couvrir « en passant » des outils pĂ©dagogiques autour de l’intelligence collective, l’art du prompt et le sketchnoting.
  • Deux espaces animations : L’agora et l’atelier amĂ©nagĂ©s par notre partenaire ARATICE pour permettre des animations « flexibles » et interactives.

Les thématiques de 2023 :

Trois thématiques ont été identifiées par le comité éditorial :

  • Être Ă  la hauteur du dĂ©fi Ă©cologique : On se propose ici de faire le lien entre la crise Ă©cologique majeure que traverse notre sociĂ©tĂ© et le dĂ©veloppement du numĂ©rique en Ă©ducation. Il permet de parler de sobriĂ©tĂ© numĂ©rique, de choix des outils et des usages, mais aussi du contenu des enseignements.
  • Faire de la EDTECH un levier pour une Ă©ducation inclusive : On se propose ici d’utiliser “inclusive” dans son acceptation la plus large possible. Ainsi il s’agit aussi bien de l’attention portĂ©e aux inĂ©galitĂ©s sociales et Ă©conomiques reconnues comme des facteurs d’accĂ©lĂ©ration de l’exclusion numĂ©rique, que d’accueil des Ă©lĂšves en situation de handicap ou Ă  besoin spĂ©cifiques.
  • Construire le numĂ©rique pour toutes : On se propose ici de traiter le sujet dans sa vision d’ensemble : il s’agit en effet aussi bien de soutenir la fĂ©minisation des mĂ©tiers du numĂ©rique (par l’éducation, par l’engagement de l’écosystĂšme) que d’agir sur les consĂ©quences d’un secteur encore largement masculin (biais algorithmiques
).

DĂ©couvrir en dĂ©tail le programme du Carrefour de l’innovation pĂ©dagogique 2023 : carrefourinnov.fr/edition-2023/programme-2023/

Plus d’informations : carrefourinnov.fr

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Lettre d'information publique de l'April du 1er octobre 2023

Bonjour,

LutÚce est une plateforme de services numériques libres, lancée en 2001 par la ville de Paris. La Ville de Paris et BlueHats Global organisent un premier hackathon de traduction de LutÚce, d'une durée d'une semaine, à partir du 16 octobre. Pour en savoir plus sur LutÚce, vous pouvez écouter le podcast (ou lire la transcription) de Libre à vous ! de mai 2019.

Passons maintenant Ă  la lettre d'info.

Le projet de loi visant Ă  sĂ©curiser et rĂ©guler l’espace numĂ©rique (SREN), est actuellement examinĂ© Ă  l'AssemblĂ©e nationale. Les travaux en commission spĂ©ciale ont dĂ©jĂ  eu lieu et ont notamment Ă©tĂ© l'occasion d'amendements en lien avec les libertĂ©s informatiques.

Collectivités, si vous souhaitez mettre en avant votre utilisation de logiciels libres, vous pouvez candidater au label Territoire Numérique Libre, d'ici le 10 novembre 2023 minuit. L'April fait partie du Comité d'Orientation du label et du jury.

Mardi 12 septembre 2023 a marquĂ© le dĂ©but de la 7e saison de « Libre Ă  vous ! ». Retrouvez les podcasts des derniĂšres Ă©missions. Au programme, notamment, Ă©change avec le SITIV (le Syndicat Intercommunal des Technologies de l’Information pour les Villes, un OpĂ©rateur Public de Services NumĂ©riques), « NumĂ©risation » et justice sociale.

Mardi 12 septembre nous vous avons proposé un webinaire pour découvrir les coulisses du traitement des podcasts de Libre à vous !. La vidéo (1 h 52 minutes) de cette session est disponible.

Suite à notre appel à bénévoles pour assurer la régie de l'émission, nous avons commencé la formation de deux nouvelles personnes. Et nous travaillons sur un possible nouveau format de sujet principal pour l'émission, autour des actualités du logiciel libre. Plus de détails bientÎt.

Nous avons eu le plaisir d'accueillir au local de l'April (Paris) jeudi 7 septembre un atelier Emacs. Ces ateliers mensuels étaient uniquement en visio depuis quelques années. Les personnes qui organisent les ateliers étaient contentes d'avoir de nouveau un atelier hybride, en visio et en présentiel.

Nous avons également accueilli vendredi 22 septembre 2023 un apéro pour célébrer les 30 ans de Debian. Nous avons publié, en ligne, une page wiki qui décrit les possibilités d'accueil de réunions libristes dans notre local.

Suite à une modification de la charte du collectif CHATONS, il a été décidé que le Chapril quitte le collectif. Bien entendu, nous continuons de proposer des services libres via le Chapril. Et nous souhaitons à tous les chatons une bonne continuation.

Sur la page de présentation de l'April nous avons ajouté une section « Une association consciente de ses responsabilités ». C'est une version 1 amenée à évoluer.

Marie-Odile Morandi et le groupe Transcriptions vous offrent neuf nouvelles transcriptions. Marie-Odile vous conseille notamment la lecture, voire relecture, de l'entretien de StĂ©phane Vangheluwe, directeur gĂ©nĂ©ral, et Pierre-Alain Millet, prĂ©sident du SITIV, le Syndicat Intercommunal des Technologies de l’Information pour les Villes, avec Étienne Gonnu.

Vous recevez une fois par mois l'infolettre de l'April. Vous y trouvez principalement un rĂ©sumĂ© de nos actions en cours et Ă  venir. Mais peut-ĂȘtre souhaiteriez-vous recevoir par courriel d'autres informations. Peut-ĂȘtre des nouveautĂ©s en matiĂšre de logiciels libres ? Des conseils pour dĂ©couvrir des logiciels libres ? Peut-ĂȘtre des messages avec un format court contenant un ou deux sujets uniquement ?

Si vous avez des idées, suggestions, besoins, des genres d'informations qui vous intéresseraient, n'hésitez pas à nous les indiquer.

Consultez la lettre publique ci-dessous pour toutes les autres informations et notamment la revue de presse qui propose une vingtaine d'articles.

Librement,
Frédéric Couchet
délégué général de l'April

Projet de loi visant à sécuriser et réguler l'espace numérique (SREN)

Le projet de loi visant Ă  sĂ©curiser et rĂ©guler l’espace numĂ©rique (SREN), est actuellement examinĂ© Ă  l'AssemblĂ©e nationale. Les travaux en commission spĂ©ciale ont dĂ©jĂ  eu lieu et ont notamment Ă©tĂ© l'occasion d'amendements en lien avec les libertĂ©s informatiques.

Les travaux reprendront en séance publique à partir de mercredi 4 octobre 2023.

Collectivités, participez à l'édition 2023 du label Territoire Numérique Libre

Le label « Territoire NumĂ©rique Libre » est une initiative de l'ADULLACT (Association des DĂ©veloppeurs et Utilisateurs de Logiciels Libres pour les Administrations et les CollectivitĂ©s Territoriales), destinĂ©e Ă  mettre en valeur l’utilisation de logiciels et systĂšmes d’exploitation libres au sein des collectivitĂ©s territoriales françaises. L'April fait partie du ComitĂ© d'Orientation du label et du jury.

Les collectivités territoriales peuvent proposer leur candidature au label avant le 10 novembre 2023 minuit.

Dossiers, campagnes et projets

Émissions Libre Ă  vous ! diffusĂ©es sur radio Cause Commune

Trois nouvelles éditions de notre émission Libre à vous !, la premiÚre de la saison 7, a été diffusée en direct sur radio Cause Commune. Inscrivez-vous au podcast et/ou à la lettre pour ne rien manquer de cette nouvelle saison.

Émission du 12 septembre 2023

Au programme de l’émission : Ă©change avec le SITIV, le Syndicat Intercommunal des Technologies de l’Information pour les Villes, un OpĂ©rateur Public de Services NumĂ©riques (OPSN) ; la chronique « Que libĂ©rer d’autre que du logiciel » avec Antanak ; et la nouvelle chronique de Vincent Calame « Lectures buissonniĂšres ».

Les podcasts sont disponibles ainsi que la transcription.

Émission du 19 septembre 2023

Au programme de l’émission : « NumĂ©risation » et justice sociale avec Hubert Guillaud, journaliste, spĂ©cialiste des systĂšmes techniques et numĂ©riques ; Chronique de Gee « (Encore) un nouveau Fairphone ? » ; Chronique de Xavier Berne « DĂ©couvrez le droit d’accĂšs aux documents administratifs ».

Les podcasts sont disponibles ainsi que la transcription.

Émission du 26 septembre 2023

Au programme de l’émission : Comment construire collectivement un environnement en ligne plus sĂ»r et transparent ? L’exemple du Digital Services Act (DSA), discussion avec Suzanne Vergnolle, autrice d’un rapport visant Ă  renforcer la coopĂ©ration avec sociĂ©tĂ© civile dans la mise en Ɠuvre du DSA ; un nouvel Ă©pisode de la chronique de Laurent et Lorette Costy : « Mosaic Killer » ; une nouvelle pituite de Luk : « Dur et mou ».

Les podcasts et la transcription seront bientĂŽt disponibles.

Le Chapril quitte le collectif CHATONS

Le site Chapril a Ă©tĂ© ouvert en novembre 2018 comme contribution de l’April au Collectif des HĂ©bergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires (CHATONS).

En août et septembre 2023 a eu lieu un processus de modification de la charte du collectif notamment pour permettre des exceptions à la clause 100 % libre. Le Chapril a voté contre cette proposition de modification. Les résultats du vote ont entraßné la révision de la charte.

Suite à ce changement, il a été décidé que le Chapril quitte le collectif. Bien entendu, nous continuons de proposer des services libres via le Chapril. Et nous souhaitons à tous les chatons une bonne continuation.

Accueil de réunions libristes au local de l'April (Paris)

L'April dispose d'un local à Paris 14e. Nous sous-louons de l'espace dans les locaux de la société Easter-Eggs.

Nous disposons d'un bureau privatif, d'une salle commune (33 mÂČ) qui sert pour le dĂ©jeuner et des rĂ©unions et d'une petite salle (10 mÂČ).

L'April et Easter-Eggs peuvent permettre à des structures, groupes libristes (en priorité) d'utiliser la salle commune et la petite salle en journée, soirée ou week-end. Ceci évidemment en fonction du planning April et/ou Easter-Eggs, et de la disponibilité pour faire l'accueil.

Les possibilités d'accueil (en fonction du format des réunions) sont décrites sur la page wiki.

Neuf nouvelles transcriptions

Le groupe Transcriptions de l'April vous offre de la lecture avec neuf nouvelles transcriptions :

Revue de presse

La revue de presse fait partie du travail de veille mené par l'April dans le cadre de son action de défense et de promotion du logiciel libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Pour gĂ©rer cette revue de presse, un groupe de travail a Ă©tĂ© créé (vous pouvez en consulter la charte) ainsi qu'une liste de discussion rp@april.org oĂč vous pouvez envoyer les liens vers des articles qui vous semblent intĂ©ressants.

La revue de presse est désormais également diffusée chaque semaine sur le site LinuxFr.org. Cette diffusion lui offre un lectorat plus large.

Il existe un flux RSS permettant de recevoir la revue de presse au fur et Ă  mesure (rapidement et article par article donc).

Les derniers titres de la revue de presse :

Un Petit guide de la revue de presse est disponible pour celles et ceux qui souhaiteraient contribuer.

Voir la page revue de presse sur le site pour le détail des articles.

Conférences, événements

ÉvĂ©nements Ă  venir

ÉvĂ©nements passĂ©s

Vie associative

Ajout d'une section « Une association consciente de ses responsabilités »

Grùce à Laurent Wargon (membre de l'April et qui travaille chez Easter-Eggs, l'entreprise qui nous héberge), nous avons découvert récemment que la page de présentation de l'entreprise détaillait pas mal de choses sur le thÚme « Une entreprise consciente de sa responsabilité sociétale ». Cela nous a inspiré pour ajouter une section « Une association consciente de ses responsabilités » dans la page de présentation de l'April. C'est une version 1 amenée à évoluer.

Revue hebdomadaire

Chaque vendredi, à midi pile, l'équipe des permanents et permanentes et les membres qui le souhaitent passent en revue les tùches et actions relatives à l'April dont ils ont la charge lors de la « revue hebdomadaire April » sur IRC (canal #april sur irc.freenode.net, accÚs avec un navigateur web). La durée est limitée, généralement un quart d'heure. Cela stimule les bonnes volontés, suscite des idées et des contributions, permet de suivre les activités des uns et des autres et éliminer un certain nombre de problÚmes bloquants.

Une page décrivant le principe d'une revue hebdomadaire est en ligne.

Vous pouvez en savoir plus en consultant en ligne les archives des derniĂšres revues hebdomadaires, et notamment la synthĂšse de la revue du 1er septembre 2023, la synthĂšse de la revue du 8 septembre 2023, la synthĂšse de la revue du 15 septembre 2023, la synthĂšse de la revue du 22 septembre 2023, la synthĂšse de la revue du 29 septembre 2023.

Adhésions

Au 1er octobre, l'association compte 2 544 membres (2 247 personnes physiques, 297 personnes morales).

Participer aux actions de l'association

N'hésitez pas à proposer des coups de main, soit en écrivant à la liste april@april.org, soit en écrivant directement au conseil d'administration à l'adresse ca@april.org.

Si vous disposez d'un peu de temps, vous pouvez prendre en charge l'une des tùches listées sur notre gestionnaire de projets.

De mĂȘme, si vous avez des idĂ©es de projets ou d'actions, vous pouvez en parler sur la liste april@april.org ou Ă©crire au conseil d'administration Ă  l'adresse ca@april.org.

Listes de discussions

Informations sur les listes générales de l'association

Vous recevez cette lettre d'information interne car vous ĂȘtes inscrit ou inscrite sur la liste d'information qui regroupe l'ensemble des membres de l'association April (soit personnes physiques adhĂ©rentes, soit reprĂ©sentants ou reprĂ©sentantes de personne morale adhĂ©rente). Cette diffusion a lieu deux fois par mois automatiquement.

Il existe également la liste liste-infos@april.org dédiée à la diffusion d'informations en rapport avec le Logiciel Libre et les activités de l'April. Les messages sont modérés et le trafic est limité à quelques courriels par semaine.

La liste april@april.org accueille, quant à elle, les discussions d'ordre général sur le Logiciel Libre et les sujets afférents. Liste de discussion principale de l'association, elle est ouverte en lecture et en écriture à tous les membres et sert au travail quotidien de l'association.

De son cÎté, la liste atelier@april.org traite des différents dossiers institutionnels de l'April, en particulier les 4 dangers (DRM, vente forcée, brevets, informatique déloyale), ainsi que de la promotion d'un droit à l'interopérabilité, de l'utilisation des logiciels libres dans le secteur public et, d'une maniÚre générale, de tout dossier concernant la promotion et la défense du Logiciel Libre dans la sphÚre publique et politique.

Comme son nom l'indique, la liste debats@april.org est une liste de discussion ouverte à tous les débats liés ou non au Logiciel Libre. Les discussions qui n'ont pas leur place sur la liste principale april@april.org doivent se dérouler sur cette liste.

Vous pouvez vous inscrire à ces listes via le systÚme de gestion des membres : https://www.april.org/my.

Lettre d'information publique de l'April du 1er septembre 2023

Bonjour,

PyLadies est un groupe de mentorat international qui vise à aider davantage de femmes à participer activement à la communauté Python. La premiÚre conférence mondiale PyLadies aura lieu en ligne du 1er au 3 décembre 2023. L'appel à intervention est ouvert jusqu'au 10 septembre, les interventions en français sont acceptées.

Capitole du Libre est un Ă©vĂšnement libriste qui a lieu Ă  Toulouse et s'adresse aussi bien au grand public qu'aux personnes plus expertes. La prochaine Ă©dition aura lieu les 18 et 19 novembre 2023. L'appel Ă  participation (confĂ©rence, stand, atelier) vient d'ĂȘtre prolongĂ© jusqu'au 14 septembre 2023.

Passons maintenant Ă  la lettre d'info.

Le Cyber Resilience Act, projet de rÚglement européen visant à renforcer les rÚgles en matiÚre de cybersécurité, sera l'objet d'une négociation interinstitutionnelle incluant Commission européenne, Conseil de l'Union Européenne et Parlement européen, semble-t-il à l'automne. Le texte présenté par la Commission faisait peser une trÚs lourde responsabilité sur toutes celles et ceux qui produisent du code et qui le diffusent, ainsi nous espérons qu'une position plus rassurante sortira de ce "trilogue".

La fondation Mozilla (qui dĂ©veloppe notamment le logiciel libre Firefox) vient de lancer une pĂ©tition pour empĂȘcher la France d’obliger les navigateurs tels que Firefox Ă  censurer des sites web. Nous vous encourageons Ă  la signer.

Collectivités, si vous souhaitez mettre en avant votre utilisation de logiciels libres vous pouvez candidater au label Territoire Numérique Libre, d'ici le 10 novembre 2023 minuit. L'April fait partie du Comité d'Orientation du label et du jury.

Le décret d'application de la loi sur le contrÎle parental, publié au Journal officiel le 13 juillet dernier, réduit malheureusement la portée des droits garantis par la loi. Une erreur d'adaptation que l'April avait signalé à plusieurs reprises et qui nous interpelle. La publication de ce décret est l'occasion pour Magali Garnero, présidente de l'April, de publier un texte pour récapituler l'action de l'April face à ce projet de loi.

Nous avons initié des visioconférences de présentation des coulisses de nos actions. Deux sessions ont déjà eu lieu pour mieux connaßtre le groupe Transcriptions et le Chapril. La prochaine nous offrira l'occasion de présenter le travail de montage des podcasts de l'émission Libre à vous !, mardi 12 septembre 2023 à 21 h. Consulter le bloc-notes pour les informations pratiques.

Nous avons hùte de vous proposer de nouvelles émissions Libre à vous ! mardi 12 septembre 2023, début de la nouvelle saison. Une nouvelle chronique mensuelle vous sera proposée. Et, courant août, nous avons commencé la formation de deux nouvelles personnes pour s'occuper de la régie de l'émission.

Il y a un peu plus d'un mois, nous avons lancé un appel à visuel dans le but de réaliser une nouvelle version de notre autocollant « Priorité au Logiciel Libre ». Il est toujours temps d'indiquer vos préférences sur les différents visuels reçus. Vous pouvez répondre au sondage jusqu'à mercredi 6 septembre à 23 h 59.

Le projet de refonte de cet autocollant est l'une des missions que nous avions confié à Thomas Rivoire, stagiaire en communication au sein de l'April depuis le 11 avril dernier. Le stage de Thomas a pris fin le 18 août : nous lui souhaitons le meilleur pour la suite.

La FĂȘte des Possibles, organisĂ©e par le Collectif pour une Transition Citoyenne, revient pour une nouvelle Ă©dition du 8 au 24 septembre 2023. Occasion de montrer que « c'est possible » d'utiliser des logiciels libres et de sensibiliser un plus large public ! Les premiers Ă©vĂ©nements libristes sont listĂ©s sur l'Agenda du Libre.

Marie-Odile Morandi et le groupe Transcriptions vous offrent douze nouvelles transcriptions.

Marie-Odile vous conseille notamment la lecture de l'entretien de Philippe Latombe, député, avec Philippe Testot. Ils reviennent sur le sujet de l'Américaine Fiona Scott Morton qui a renoncé à devenir économiste en chef à la Commission européenne, mais aussi sur les récents dossiers européens suivis par l'April.

Nous avons eu le plaisir d'accueillir au local de l'April (Paris) un atelier de traduction de la doc de Python (en mai 2023), et un sprint1 de l'équipe vidéo de Debian (en juillet 2023). Nous avons publié, en ligne, les possibilités d'accueil (en fonction du format des réunions) une page wiki qui décrit les possibilités d'accueil de réunions libristes dans notre local.

Vous recevez une fois par mois l'infolettre de l'April. Vous y trouvez principalement un rĂ©sumĂ© de nos actions en cours et Ă  venir. Mais peut-ĂȘtre souhaiteriez-vous recevoir par courriel d'autres informations. Peut-ĂȘtre des nouveautĂ©s en matiĂšre de logiciels libres ? Des conseils pour dĂ©couvrir des logiciels libres ? Peut-ĂȘtre des messages avec un format court contenant un ou deux sujets uniquement ?

Si vous avez des idées, suggestions, besoins, des genres d'informations qui vous intéresseraient, n'hésitez pas à nous les indiquer.

Consultez la lettre publique ci-dessous pour toutes les autres informations et notamment la revue de presse qui propose 7 articles.

Librement,
Frédéric Couchet
délégué général de l'April

PĂ©tition de Mozilla pour empĂȘcher la France d’obliger les navigateurs tels que Firefox Ă  censurer des sites web

La fondation Mozilla (qui dĂ©veloppe notamment le logiciel libre Firefox) vient de lancer une pĂ©tition pour empĂȘcher la France d’obliger les navigateurs tels que Firefox Ă  censurer des sites web. Nous vous encourageons Ă  la signer.

Cette pĂ©tition s'inscrit dans le cadre de l'examen du projet de loi visant Ă  sĂ©curiser et rĂ©guler l’espace numĂ©rique (projet de loi SREN) qui va ĂȘtre prochainement examinĂ© par une commission spĂ©ciale Ă  l'AssemblĂ©e nationale.

La FĂȘte des Possibles revient en 2023, du 8 au 24 septembre

La FĂȘte des Possibles, organisĂ©e par le Collectif pour une Transition Citoyenne, revient pour une nouvelle Ă©dition du 8 au 24 septembre 2023, avec toujours un mĂȘme objectif : cĂ©lĂ©brer les initiatives locales et les solutions concrĂštes qui contribuent Ă  construire un avenir plus durable et solidaire.

C'est une belle occasion de montrer que « c'est possible » d'utiliser les logiciels libres au quotidien et de sensibiliser un plus large public.

Depuis 2017, l’April est partenaire de la FĂȘte des Possibles. Nous avons relayĂ© l’initiative et nous avons invitĂ© les organisations actives dans la promotion du logiciel libre Ă  proposer des rendez-vous destinĂ©s au grand public.

Les premiers événements libristes sont listés sur l'Agenda du Libre.

Sommaire 
  1. PĂ©tition de Mozilla pour empĂȘcher la France d’obliger les navigateurs tels que Firefox Ă  censurer des sites web
  2. La FĂȘte des Possibles revient en 2023, du 8 au 24 septembre
  3. Dossiers, campagnes et projets
    1. ContrÎle parental : un décret qui réduit la portée des droits garantis par la loi
    2. Récap de l'action de l'April face à un projet de loi sur le contrÎle parental
    3. Cyber Resilience Act : le futur du logiciel libre en suspend en attendant le trilogue
    4. Collectivités, participez à l'édition 2023 du label Territoire Numérique Libre
    5. Vous aussi, venez parler de libertés informatiques dans le micro avec « Libre à vous ! »
    6. Accueil de réunions libristes au local de l'April (Paris)
    7. Douze nouvelles transcriptions
    8. Revue de presse
  4. Conférences, événements
    1. ÉvĂ©nements Ă  venir
    2. ÉvĂ©nements passĂ©s
  5. Vie associative
    1. Revue hebdomadaire
    2. Adhésions
  6. Appel Ă  participation - Informations identiques Ă  chaque lettre d'information
    1. Participer aux actions de l'association
  7. Listes de discussions
    1. Informations sur les listes générales de l'association

Dossiers, campagnes et projets

ContrÎle parental : un décret qui réduit la portée des droits garantis par la loi

Le décret d'application de la loi du 2 septembre 2022 « visant à renforcer le contrÎle parental » a été publié au journal officiel le 13 juillet 2023. L'April s'était mobilisée, avec succÚs, sur cette loi pour obtenir de meilleures garanties pour les libertés informatiques des personnes souhaitant acquérir des équipements vendus sans systÚme d'exploitation. Malheureusement le décret, en remplaçant un mot, prévoit des garanties inférieures à celles inscrites dans la loi en ce qui concerne la faculté de désinstaller le dispositif de contrÎle parental, et cela, malgré notre signalement. Lire le communiqué de l'April.

Récap de l'action de l'April face à un projet de loi sur le contrÎle parental

Magali Garnero, présidente de l'April, a publié un texte pour récapituler l'action de l'April face au projet de loi sur le contrÎle parental.

Cyber Resilience Act : le futur du logiciel libre en suspend en attendant le trilogue

Le Cyber Resilience Act est un projet de rĂšglement europĂ©en visant Ă  renforcer les rĂšgles en matiĂšre de cybersĂ©curitĂ© afin de garantir une plus grande sĂ©curitĂ© des produits matĂ©riels et logiciels en Europe. Projet, tel que prĂ©sentĂ© par la Commission europĂ©enne, que l'April avait qualifiĂ© d'Ă©pĂ©e de DamoclĂšs sur le logiciel libre puisque il faisait peser une trĂšs lourde responsabilitĂ© sur toutes celles et ceux qui produisent du code et qui le diffusent. Entre la position inquiĂ©tante de la commission ITRE pour le Parlement – Ă  l'opposĂ© de celle bien meilleure, pour avis, de la commission IMCO – et celle plus rassurante du Conseil de l'UE, le futur du logiciel libre en suspend en attendant le trilogue. Lire le communiquĂ© de l'April.

Collectivités, participez à l'édition 2023 du label Territoire Numérique Libre

Le label « Territoire NumĂ©rique Libre » est une initiative de l'ADULLACT (Association des DĂ©veloppeurs et Utilisateurs de Logiciels Libres pour les Administrations et les CollectivitĂ©s Territoriales), destinĂ©e Ă  mettre en valeur l’utilisation de logiciels et systĂšmes d’exploitation libres au sein des collectivitĂ©s territoriales françaises. L'April fait partie du ComitĂ© d'Orientation du label et du jury.

Les collectivités territoriales peuvent proposer leur candidature au label avant le 10 novembre 2023 minuit.

Vous aussi, venez parler de libertés informatiques dans le micro avec « Libre à vous ! »

Le démarrage de la nouvelle saison de Libre à vous ! approche.

Nous vous proposons de nous suggĂ©rer des sujets pour notre Ă©mission de radio sur les libertĂ©s informatiques, voire la possibilitĂ© d'intervenir, ou peut-ĂȘtre mĂȘme de prĂ©parer et animer un sujet principal

Accueil de réunions libristes au local de l'April (Paris)

L'April dispose d'un local à Paris 14e. Nous sous-louons de l'espace dans les locaux de la société Easter-Eggs.

Nous disposons d'un bureau privatif, d'une salle commune (33 mÂČ) qui sert pour le dĂ©jeuner et des rĂ©unions et d'une petite salle (10 mÂČ).

L'April et Easter-Eggs peuvent permettre à des structures, groupes libristes (en priorité) d'utiliser la salle commune et la petite salle en journée, soirée ou week-end. Ceci évidemment en fonction du planning April et/ou Easter-Eggs, et de la disponibilité pour faire l'accueil.

Les possibilités d'accueil (en fonction du format des réunions) sont décrites sur la page wiki.

Douze nouvelles transcriptions

Le groupe Transcriptions de l'April vous offre de la lecture avec douze nouvelles transcriptions :

Revue de presse

La revue de presse fait partie du travail de veille mené par l'April dans le cadre de son action de défense et de promotion du logiciel libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Pour gĂ©rer cette revue de presse, un groupe de travail a Ă©tĂ© créé (vous pouvez en consulter la charte) ainsi qu'une liste de discussion rp@april.org oĂč vous pouvez envoyer les liens vers des articles qui vous semblent intĂ©ressants.

La revue de presse est désormais également diffusée chaque semaine sur le site LinuxFr.org. Cette diffusion lui offre un lectorat plus large.

Il existe un flux RSS permettant de recevoir la revue de presse au fur et Ă  mesure (rapidement et article par article donc).

Les derniers titres de la revue de presse :

Un Petit guide de la revue de presse est disponible pour celles et ceux qui souhaiteraient contribuer.

Voir la page revue de presse sur le site pour le détail des articles.

Conférences, événements

ÉvĂ©nements Ă  venir

ÉvĂ©nements passĂ©s

Vie associative

Revue hebdomadaire

Chaque vendredi, à midi pile, l'équipe des permanents et permanentes et les membres qui le souhaitent passent en revue les tùches et actions relatives à l'April dont ils ont la charge lors de la « revue hebdomadaire April » sur IRC (canal #april sur irc.freenode.net, accÚs avec un navigateur web). La durée est limitée, généralement un quart d'heure. Cela stimule les bonnes volontés, suscite des idées et des contributions, permet de suivre les activités des uns et des autres et éliminer un certain nombre de problÚmes bloquants.

Une page décrivant le principe d'une revue hebdomadaire est en ligne.

Vous pouvez en savoir plus en consultant en ligne les archives des derniÚres revues hebdomadaires, et notamment la synthÚse de la revue du 4 août 2023, la synthÚse de la revue du 11 août 2023, et la synthÚse de la revue du 18 août 2023.

Adhésions

Au 1er septembre 2023, l'association compte 2 547 membres (2 245 personnes physiques, 302 personnes morales).

Appel Ă  participation - Informations identiques Ă  chaque lettre d'information

Participer aux actions de l'association

N'hésitez pas à proposer des coups de main, soit en écrivant à la liste april@april.org, soit en écrivant directement au conseil d'administration à l'adresse ca@april.org.

Si vous disposez d'un peu de temps, vous pouvez prendre en charge l'une des tùches listées sur notre gestionnaire de projets.

De mĂȘme, si vous avez des idĂ©es de projets ou d'actions, vous pouvez en parler sur la liste april@april.org ou Ă©crire au conseil d'administration Ă  l'adresse ca@april.org.

Listes de discussions

Informations sur les listes générales de l'association

Vous recevez cette lettre d'information interne car vous ĂȘtes inscrit ou inscrite sur la liste d'information qui regroupe l'ensemble des membres de l'association April (soit personnes physiques adhĂ©rentes, soit reprĂ©sentants ou reprĂ©sentantes de personne morale adhĂ©rente). Cette diffusion a lieu deux fois par mois automatiquement.

Il existe également la liste liste-infos@april.org dédiée à la diffusion d'informations en rapport avec le Logiciel Libre et les activités de l'April. Les messages sont modérés et le trafic est limité à quelques courriels par semaine.

La liste april@april.org accueille, quant à elle, les discussions d'ordre général sur le Logiciel Libre et les sujets afférents. Liste de discussion principale de l'association, elle est ouverte en lecture et en écriture à tous les membres et sert au travail quotidien de l'association.

De son cÎté, la liste atelier@april.org traite des différents dossiers institutionnels de l'April, en particulier les 4 dangers (DRM, vente forcée, brevets, informatique déloyale), ainsi que de la promotion d'un droit à l'interopérabilité, de l'utilisation des logiciels libres dans le secteur public et, d'une maniÚre générale, de tout dossier concernant la promotion et la défense du Logiciel Libre dans la sphÚre publique et politique.

Comme son nom l'indique, la liste debats@april.org est une liste de discussion ouverte à tous les débats liés ou non au Logiciel Libre. Les discussions qui n'ont pas leur place sur la liste principale april@april.org doivent se dérouler sur cette liste.

Vous pouvez vous inscrire à ces listes via le systÚme de gestion des membres : https://www.april.org/my.

  • 1. Un sprint est un rassemblement de personnes impliquĂ©es dans un projet afin de se concentrer sur le dĂ©veloppement de ce projet (source WikipĂ©dia)

5 alternatives Ă  Google Maps (et les autres)

Entre Google Maps et Waze (rachetĂ© par Google en 2013), question cartographie et navigation, Google rĂšgne en maĂźtre. Une fois n’est pas coutume, c’est la conjonction de plusieurs effets de l’économie numĂ©rique qui garantit au gĂ©ant de la recherche un solide quasi-monopole.

D’abord, l’effet de rĂ©seau. Si j’ouvre un commerce aujourd’hui, c’est d’abord sur Gmaps que j’ai intĂ©rĂȘt Ă  consacrer du temps pour la mise Ă  jour de mes menus, horaires, ou encore pour obtenir des Ă©valuations. Ensuite, les effets de rendements croissants, rendus notamment possibles par l’inimaginable flux de donnĂ©es amassĂ©es par Google, qui lui permettent d’ĂȘtre toujours plus performant et plus efficient. Par exemple, plus on est nombreux Ă  utiliser Google Maps ou Waze, plus on permet Ă  Google d’ĂȘtre pertinent sur les temps de trajets, car il dĂ©duit de nos donnĂ©es compilĂ©es oĂč sont les embouteillages, les travaux et accidents de la route. En plus de ces deux effets propres Ă  l’économie numĂ©rique, Google est l’une des entreprises les plus riches au monde et peut puissamment investir dans ses applications de cartographie.

Bref, difficile de se passer de cet acteur, et de ses quelques concurrents secondaires (Apple Plan en tĂȘte). Mais pas impossible, et voici plusieurs alternatives sĂ©rieuses qui mĂ©ritent que vous leur donniez leur chance. Pourquoi vouloir se passer de Google Maps ? Quelques arguments :

  • GMaps pille vos donnĂ©es de gĂ©olocalisation
  • GMaps et Waze vous matraquent de publicitĂ©
  • Les cartes de OpenStreetMap sont souvent plus prĂ©cises que celles de GMaps. Tous les jours, une communautĂ© active amĂ©liorent ces cartes (et vous pouvez contribuer !)
  • GMaps n’a pas votre estomac (dans la recherche d’un restaurant), votre curiositĂ© (dans la dĂ©couverte d’une ville), ou encore votre bien-ĂȘtre Ă  cƓur : cette application a pour object d’afficher un maximum de publicitĂ©s, d’amasser un maximum de donnĂ©es, pour faire gagner Ă  Google un maximum d’argent.

Organic Maps: cartes hors ligne et navigateur GPS

Images issues du site de Organic Maps

Pour une utilisation en ville (Ă  pied ou Ă  vĂ©lo particuliĂšrement) ou Ă  la montagne, Organic Maps est au top ! Il s’agit d’un fork de Maps.me, qui s’est un peu perdu en cours de route. Organic Maps reprend ce qu’on aimait (tĂ©lĂ©charger les cartes hors connexion, basĂ©es sur OpenStreetMap, accĂ©der aux informations de plusieurs transports en communs, etc.), sans fioritures, publicitĂ©s et autres rajouts plus ou moins dĂ©sirĂ©s.

À noter que Organic Maps permet de se connecter à un compte OpenStreetMap, permettant ensuite de contribuer TRÈS facilement à ce bijou du web contributif.

Magic Earth : navigation tour par tour avec trafic crowdsourcé

Image issue du site de Magic Earth

La meilleure alternative Ă  Gmaps et Waze en voiture ! Magic Earth (sur lequel est basĂ© l’application « Cartes » de /e/OS) n’est pas open source, mais respecte la vie privĂ©e (aucun traceur dans l’application), n’affiche pas de publicitĂ©, et propose une trĂšs bonne expĂ©rience de navigation !

On apprĂ©cie pĂȘle-mĂȘle les rappels de vitesse, les annonces de radars, la possibilitĂ© de signaler des dangers sur la route (on peut rĂȘver d’un nouveau Waze vraiment par et pour les utilisateurices), ou encore le fait que le service soit capable de mesurer le niveau de trafic (lĂ  encore grĂące aux utilisateurices).

Transportr : les transports en communs sans pub et sans tracking !

Captures d’écran prises par l’auteur

Citymapper et Transit sont des incontournables quand on pratique les transports en commun (au-delĂ  du mĂ©tro) et qu’on visite de nombreuses villes de France et d’ailleurs. Sauf que les deux sont bourrĂ©s de traceurs (Transit beaucoup moins au passage) et ont un modĂšle Ă©conomique contestable puisqu’il est basĂ© sur nos donnĂ©es.

Voici donc Transportr, une application open source et Ă  but non lucratif, dĂ©veloppĂ©e par des contributeurices tout autour du monde. De nombreuses villes de France et d’Europe sont dĂ©jĂ  couvertes, et Ă  l’usage, l’application est trĂšs fonctionnelle !

OsmAnd : le plus complet
 et le plus complexe

Images issues du site de OsmAnd

OsmAnd est l’application de cartographie la plus fidĂšle et la plus complĂšte par rapport aux donnĂ©es OpenStreetMap. Elle est Ă©galement bourrĂ©e de fonctionnalitĂ©s (voir le site de OsmAnd)
 mais elle manque d’ergonomie. Elle est Ă©galement connue pour ĂȘtre peu Ă©conome en ressources et en batterie. À chacun de voir selon ses besoins, mais il faut incontestablement compter avec cette application.

Derive : marche et rĂȘve !

Images issues du site de Derive

« Suis ton instinct ! DĂ©rive, c’est une adresse, une direction, une distance
 et rien de plus. »

Tout est dit. À l’efficacitĂ© absolue (en termes de temps de trajet) promise par de logiciels comme Gmaps, Derive propose l’exact inverse : de la flĂąnerie, de l’exploration, de la dĂ©ambulation. L’occasion de se souvenir qu’avant la dĂ©mocratisation de toutes nos technologies de cartographie, on acceptait de se perdre. Et que le meilleur chemin n’est pas le plus rapide, mais le plus beau.


VoilĂ , j’espĂšre que ces alternatives vous donneront envie. Chez moi, elles sont testĂ©es et approuvĂ©es, Gmaps s’en trouve de moins en moins utilisĂ©, et disparaĂźtra peut-ĂȘtre un jour ! Un petit clin d’oeil Ă  Sebsauvage et Cdrik qui partagent rĂ©guliĂšrement sur les alternatives numĂ©riques en matiĂšre de logiciels de cartographie.

Photo Ă  la une de Nick Seagrave sur Unsplash

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FindMyDevice, une alternative libre Ă  Google Localiser mon appareil

Aujourd’hui, pour bĂ©nĂ©ficier d’un smartphone sous Android qui ne se fasse pas ponctionnĂ© par Google, vous avez deux choix. La version radicale, c’est de passer sur un OS alternatif (Cyanogen, /e/OS, Calyx), libĂ©rĂ© du pire d’Android et des services Google. La version plus douce, c’est de rester sur Android, mais de ne pas y attacher de compte Google, et d’utiliser au maximum des applications alternatives. K9Mail vs Gmail. Firefox vs Chrome. QSMS vs Google Message.

Et ainsi de suite, vous pouvez remplacer une par une les applications fournies d’office par Google (pisteurs inclus) par des applications alternatives. Il Ă©tait cependant un service bien utile proposĂ© par Google qui attendait son alternative libre : c’était le service Google Localiser mon appareil.

C’est chose faite avec l’excellent et simplissime FindMyDevice, une application open source accessible sur F-Droid ou sur l’App lounge de /e/OS. Vous installez l’application sur votre tĂ©lĂ©phone Android. Vous lui donnez des accĂšs (beaucoup d’accĂšs Ă  vrai dire, c’est lĂ  que la confiance grĂące Ă  l’ouverture du code source est cruciale).

Ensuite, le fonctionnement est trivial. Vous donnez le droit à une liste blanche de faire fonctionner le service, grùce à leur numéro de téléphone qui est enregistré. Vous pouvez aussi définir un code pin qui permet à tout numéro de faire fonctionner le service. Et le reste se passe donc par SMS, envoyés par des contacts de votre liste blanche. Ou des amis à qui vous donnez votre code PIN.

Vous commencez par donner des droits à l’appli
Vous pouvez ajouter un message de verrouillage
Ensuite, les contacts de votre liste blanche peuvent faire fonctionner l’application

Voici la liste des commandes proposées par FindMyDevice :

  • fmd locate – envoie la localisation de ton tĂ©lĂ©phone
  • fmd ring – fait sonner le tĂ©lĂ©phone
  • fmd lock – verrouille le tĂ©lĂ©phone avec le message que tu auras configurĂ© au prĂ©alable
  • fmd stats – envoie des informations du tĂ©lĂ©phone
  • fmd delete – reset le tĂ©lĂ©phone
  • fmd camera (back/front) – prend une photo et l’envoie

VoilĂ , c’est plutĂŽt complet, extrĂšmement simple, gratuit et open source. Si vous aimez, soutenez le dĂ©veloppeur !

Retrouvez cette excellente application sur F-Droid


Photo Ă  la une de Denise Jans sur Unsplash

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Khrys’presso du lundi 16 octobre 2023

Comme chaque lundi, un coup d’Ɠil dans le rĂ©troviseur pour dĂ©couvrir les informations que vous avez peut-ĂȘtre ratĂ©es la semaine derniĂšre.


Tous les liens listĂ©s ci-dessous sont a priori accessibles librement. Si ce n’est pas le cas, pensez Ă  activer votre bloqueur de javascript favori ou Ă  passer en “mode lecture” (Firefox) ;-)

Brave New World

Spécial Palestine et Israël

Spécial femmes dans le monde

  • Le “prix Nobel” d’économie dĂ©cernĂ© Ă  Claudia Goldin, experte de la situation des femmes sur le marchĂ© du travail (liberation.fr)

    Claudia Goldin a fouillĂ© dans les archives et recueilli plus de 200 ans de donnĂ©es sur les Etats-Unis, ce qui lui a permis de montrer comment et pourquoi les diffĂ©rences de revenus et de taux d’emploi entre les hommes et les femmes ont Ă©voluĂ© au fil du temps Voir aussi Claudia Goldin, “Nobel” d’économie pour ses recherches sur les inĂ©galitĂ©s femmes – hommes (lesnouvellesnews.fr) Claudia Goldin est la 3eme femme de l’histoire sur 93 laurĂ©ats. Ă  recevoir le “Prix Nobel” d’économie aprĂšs l’AmĂ©ricaine Elinor Ostrom (2009) et la Franco-AmĂ©ricaine Esther Duflo (2019). Elle a Ă©tĂ© la premiĂšre femme Ă  diriger le dĂ©partement d’économie d’Harvard depuis sa crĂ©ation au XVIIe siĂšcle.

  • « Le mouvement fĂ©ministe a remis en circulation le mot rĂ©volution » (lundi.am)
  • La jeune fille et la mort (lundi.am)

    L’incident a Ă©tĂ© abondamment relayĂ© par les mĂ©dias français. Mais peu ont rapportĂ© la rĂ©ponse de la jeune iranienne Ă  la policiĂšre : « Est-ce que je te demande d’enlever ton foulard ? Pourquoi me demandes-tu d’en porter un ? » [
] C’est en effet la seule rĂ©ponse qui vaille, celle d’une femme libre qui refuse toutes les tyrannies, de quelque bord qu’elle soit [
] La jeune fille de 16 ans est depuis dans le coma. Mais elle est autrement plus vivante que la mort qui gouverne aujourd’hui l’Iran ; autrement plus vivante, aussi, que les adeptes d’une laĂŻcitĂ© française qui puise Ă  la mĂȘme source que la police des mƓurs iranienne.

RIP

Spécial France

Spécial femmes en France

Spécial médias et pouvoir

Spécial emmerdeurs irresponsables gérant comme des pieds (et à la néolibérale)

SpĂ©cial recul des droits et libertĂ©s, violences policiĂšres, montĂ©e de l’extrĂȘme-droite


Spécial procÚs du 8/12

Spécial résistances

Spécial GAFAM et cie

Les autres lectures de la semaine

  • Catalyse totalitaire (blog.mondediplo.net)

    « terrorisme » a une irremplaçable vertu : donner une violence pour dĂ©pourvue de sens. Et de causes. [
] Il est vrai qu’ici nous naviguons en eaux vallsiennes oĂč comprendre est contradictoire avec s’émouvoir, et vient nĂ©cessairement en diminution du sentiment d’horreur, donc en supplĂ©ment de complaisance. L’empire de la bĂȘtise, comme une marĂ©e noire, n’en finit plus de s’étendre. [
] Surtout donc : ne pas comprendre. Ce qui demande un effort d’ailleurs, car l’évidence est massive et, avoir les yeux ouverts suffit – pour comprendre. Un peuple entier est martyrisĂ© par une occupation, ça fait bientĂŽt 80 ans que ça dure. On les enferme, on les parque Ă  les rendre fous, on les affame, on les tue, et il n’est plus une voix officielle pour en dire un mot. [
] À chacune des abominations du Hamas ce week-end, on en opposerait tant et plus commises par les militaires ou les colons – Ă  peine quelques rides Ă  la surface de l’eau. Les tragĂ©dies israĂ©liennes sont incarnĂ©es en tĂ©moignages poignants, les tragĂ©dies palestiniennes sont agglomĂ©rĂ©es en statistiques. [
] Les moments de vĂ©ritĂ© recĂšlent toujours quelque avantage : nous savons dĂ©sormais en quoi consiste le camp rĂ©publicain. C’est le camp qui interdit le dissensus, qui interdit l’expression publique, qui interdit les manifestations, qui impose l’unanimitĂ© ou le silence, et qui fait menacer par ses nervis policiers tous ceux et toutes celles qui seraient tentĂ©s de continuer Ă  faire de la politique autour de la question israĂ©lo-palestinienne. C’est le camp qui fait faire des signalements par des institutions universitaires Ă  l’encontre de communiquĂ©s de syndicats Ă©tudiants, qui envisage tranquillement de poursuivre des organisations comme le NPA ou RĂ©volution permanente [
] C’est bien davantage qu’un spasme en fait. Par dĂ©finition, un spasme finit par relaxer. Ici, ça cristallise : une phase prĂ©cipite. Et pas n’importe laquelle : catalyse totalitaire.

  • Images de terreur. ViralitĂ© des rĂąles. (affordance.framasoft.org)
  • Du Web sĂ©mantique au Web synthĂ©tique (affordance.framasoft.org)
  • Logiciel libre et anarchisme (framablog.org)
  • C’est encore loin les communs ? (hubertguillaud.wordpress.com)

    les services publics sont peu dĂ©mocratiques. Bien souvent, les usagers y sont totalement absents. On ne leur demande jamais leur avis – et quand c’est le cas, c’est toujours pour des choses insignifiantes, dans des formes dites participatives qui ne sont rien d’autres que consultatives.

  • Feminist City de Leslie Kern (note de lecture) (futuromium.fr)
  • Trans* – Destituer le genre (lundi.am)

    « La manie adamique de nommer tout ce qui bouge a commencĂ©, sans surprise, avec l’exploration coloniale. Toute personne ayant visitĂ© un jardin botanique ou zoologique le sait : la collection, la classification et l’analyse de la faune et de la flore du monde vont de pair avec les diverses formes d’expansion et d’initiative coloniale. » Comme Foucault l’a bien montrĂ©, je crois, dans Les Mots et les Choses, cette « manie adamique » a dĂ©teint sur l’ensemble du monde et a puissamment contribuĂ© Ă  en justifier une certaine mise en ordre : « Les distinctions scientifiques entre les corps normaux et anormaux, poursuit Halberstam, ont ainsi soutenu le projet suprĂ©maciste blanc qui essayait de faire se correspondre les diffĂ©rences de race, les diffĂ©rences de genre et les diverses formes de perversion sexuelles. »

Les BDs/graphiques/photos de la semaine

Les vidéos/podcasts de la semaine

Les trucs chouettes de la semaine

Retrouvez les revues de web précédentes dans la catégorie Libre Veille du Framablog.

Les articles, commentaires et autres images qui composent ces « Khrys’presso » n’engagent que moi (Khrys).

Logiciel libre et anarchisme

Par sa volontĂ© de dĂ©centralisation, le logiciel libre est prĂ©sentĂ© comme porteur de valeurs anarchistes, et parfois vilipendĂ© par certaines institutions pour cela. Mais pour autant que les mĂ©thodes de travail puissent ĂȘtre reliĂ©es Ă  des pratiques libertaires, voire revendiquĂ©es comme telles, peut-on rĂ©ellement considĂ©rer qu’il en adopte toutes les valeurs, les ambitions et le message politique ?

Framatophe vous propose ici de retracer un peu la façon dont les mouvements du logiciel libre et des mouvements anarchistes se sont cĂŽtoyĂ©s au fil des ans et, surtout, comment ils pourraient mieux apprendre l’un de l’autre.

Logiciel libre et anarchisme

À travers le monde et Ă  travers l’histoire, les mouvements anarchistes ont toujours subi la surveillance des communications. Interdiction des discours publics et rassemblements, arrestations d’imprimeurs, interceptions tĂ©lĂ©phoniques, surveillance numĂ©rique. Lorsque je parle ici de mouvements anarchistes, je dĂ©signe plutĂŽt tous les mouvements qui contiennent des valeurs libertaires. Bien au-delĂ  des anciennes luttes productivistes des mouvements ouvriers, anarcho-syndicalistes et autres, le fait est qu’aujourd’hui Ă©normĂ©ment de luttes solidaires et pour la justice sociale ont au moins un aspect anarchiste sans pour autant qu’elles soient issues de mouvements anarchistes « historiques ». Et lorsqu’en vertu de ce « dĂ©jĂ -là » anarchiste qui les imprĂšgne les sociĂ©tĂ©s font valoir leurs libertĂ©s et leurs souhaits en se structurant en organes collectifs, les États et les organes capitalistes renforcent leurs capacitĂ©s autoritaires dont l’un des aspects reconnaissables est le contrĂŽle des outils numĂ©riques.

Cela aboutit parfois Ă  des mĂ©langes qu’on trouverait cocasses s’ils ne dĂ©montraient pas en mĂȘme temps la volontĂ© d’organiser la confusion pour mieux dĂ©nigrer l’anarchisme. Par exemple cette analyse lamentable issue de l’École de Guerre Économique, au sujet de l’emploi du chiffrement des communications, qui confond anarchisme et crypto-anarchisme comme une seule « idĂ©ologie » dangereuse. Or il y a bien une diffĂ©rence entre prĂ©munir les gens contre l’autoritarisme et le contrĂŽle numĂ©rique et souhaiter l’avĂšnement de nouvelles fĂ©odalitĂ©s ultra-capitalistes au nom dĂ©voyĂ© de la libertĂ©. Cette confusion est d’autant plus savamment orchestrĂ©e qu’elle cause des tragĂ©dies. En France, l’affaire dite du 8 dĂ©cembre 20201, sorte de remake de l’affaire Tarnac, relate les gardes Ă  vue et les poursuites abusives Ă  l’encontre de personnes dont le fait d’avoir utilisĂ© des protocoles de chiffrement et des logiciels libres est dĂ©clarĂ© suspect et assimilable Ă  un comportement dont le risque terroriste serait avĂ©rĂ© – en plus d’avoir lu des livres d’auteurs anarchistes comme Blanqui et Kropotkine. Avec de tels fantasmes, il va falloir construire beaucoup de prisons.

caricature suggérant qu'à travers un ordinateur des services secrets "récupÚrent" le cerveau éjecté d'un quidam qui est comme étranglé.

Die Hackerbibel, Chaos Computer Club, 1998, illlustration page 15

Le logiciel libre a pourtant acquis ses lettres de noblesses. Par exemple, si Internet fonctionne aujourd’hui, c’est grĂące Ă  une foule de logiciels libres. Ces derniers sont utilisĂ©s par la plupart des entreprises aujourd’hui et il n’y a guĂšre de secteurs d’activitĂ©s qui en soient exempts. En revanche, lorsqu’on considĂšre l’ensemble des pratiques numĂ©riques basĂ©es sur l’utilisation de tels communs numĂ©riques, elles font trĂšs souvent passer les utilisateurs experts pour de dangereux hackers. Or, lorsque ces utilisations ont pour objectif de ne pas dĂ©pendre d’une multinationale pour produire des documents, de protĂ©ger l’intimitĂ© numĂ©rique sur Internet, de faire fonctionner des ordinateurs de maniĂšre optimale, ne sont-ce pas lĂ  des prĂ©occupations tout Ă  fait lĂ©gitimes ? Ces projections Ă©tablissent un lien, souvent pĂ©joratif, entre logiciel libre, activitĂ© hacker et anarchisme. Et ce lien est postulĂ© et mentionnĂ© depuis longtemps. Le seul fait de bricoler des logiciels et des machines est-il le seul rapport entre logiciel libre et anarchisme ? Que des idiots trouvent ce rapport suspect en fait-il pour autant une rĂ©alitĂ© tangible, un lien Ă©vident ?

Le logiciel libre comporte quatre libertĂ©s : celle d’utiliser comme bon nous semble le logiciel, celle de partager le code source tout en ayant accĂšs Ă  ce code, celle de le modifier, et celle de partager ces modifications. Tout cela est contractuellement formalisĂ© par les licences libres et la premiĂšre d’entre elles, la Licence Publique GĂ©nĂ©rale, sert bien souvent de point de repĂšre. L’accĂšs ouvert au code combinĂ© aux libertĂ©s d’usage et d’exploitation sont communĂ©ment considĂ©rĂ©s comme les meilleurs exemples de construction de communs numĂ©riques et de gestion collective, et reprĂ©sentent les meilleures garanties contre l’exploitation dĂ©loyale des donnĂ©es personnelles (on peut toujours savoir et expertiser ce que fait le logiciel ou le service). Quelle belle idĂ©e que de concevoir le Libre comme la traduction concrĂšte de principes anarchistes : la lutte contre l’accaparement du code, son partage collaboratif, l’autogestion de ce commun, l’horizontalitĂ© de la conception et de l’usage (par opposition Ă  la verticalitĂ© d’un pouvoir arbitraire qui dirait seul ce que vous pouvez faire du code et, par extension, de la machine). Et tout cela pourrait ĂȘtre mis au service des mouvements anarchistes pour contrecarrer la surveillance des communications et le contrĂŽle des populations, assurer la libertĂ© d’expression, bref crĂ©er de nouveaux communs, avec des outils libres et une libertĂ© de gestion.

Belle idĂ©e, partiellement concrĂ©tisĂ©e Ă  maints endroits, mais qui recĂšle une grande part d’ombre. Sur les communs que composent les logiciels libres et toutes les Ɠuvres libres (logiciels ou autres), prolifĂšre tout un Ă©cosystĂšme dont les buts sont en rĂ©alitĂ© malveillants. Il s’agit de l’accaparement de ces communs par des acteurs moins bien intentionnĂ©s et qui paradoxalement figurent parmi les plus importants contributeurs au code libre / open source. C’est que face Ă  la libertĂ© d’user et de partager, celle d’abuser et d’accaparer n’ont jamais Ă©tĂ© contraintes ni Ă©liminĂ©es : les licences libres ne sont pas moralistes, pas plus qu’elles ne peuvent lĂ©gitimer une quelconque autoritĂ© si ce n’est celle du contrat juridique qu’elles ne font que proposer. On verra que c’est lĂ  leur fragilitĂ©, nĂ©cessitant une identification claire des luttes dont ne peut se dĂ©partir le mouvement du logiciel libre.

Collaboration sans pouvoir, contribution et partage : ce qui pourrait bien s’apparenter Ă  de grands principes anarchistes fait-il pour autant des mouvements libristes des mouvements anarchistes et du logiciel libre un pur produit de l’anarchie ? Par exemple, est-il lĂ©gitime que le systĂšme d’exploitation Android de Google-Alphabet soit basĂ© sur un commun libre (le noyau Linux) tout en imposant un monopole et des contraintes d’usage, une surveillance des utilisateurs et une extraction lucrative des donnĂ©es personnelles ? En poussant un peu plus loin la rĂ©flexion, on constate que la crĂ©ation d’un objet technique et son usage ne sont pas censĂ©s vĂ©hiculer les mĂȘmes valeurs. Pourtant nous verrons que c’est bien Ă  l’anarchie que font rĂ©fĂ©rence certains acteurs du logiciel libre. Cette imprĂ©gnation trouve sa source principale dans le rejet de la propriĂ©tĂ© intellectuelle et du pouvoir qu’elle confĂšre. Mais elle laisse nĂ©anmoins l’esprit anarchiste libriste recroquevillĂ© dans la seule production technique, ouvrant la voie aux critiques, entre tentation libertarienne, techno-solutionnisme et mĂ©pris de classe. Sous certains aspects, l’éthique des hackers est en effet tout Ă  fait fongible dans le nĂ©olibĂ©ralisme. Mais il y a pourtant un potentiel libertaire dans le libre, et il ne peut s’exprimer qu’à partir d’une convergence avec les luttes anticapitalistes existantes.

Des libertés fragiles

Avant d’entrer dans une discussion sur le rapport historique entre logiciel libre et anarchie, il faut expliquer le contexte dans lequel un tel rapport peut ĂȘtre analysĂ©. Deux points de repĂšre peuvent ĂȘtre envisagĂ©s. Le premier point de repĂšre consiste Ă  prendre en compte que logiciel libre et les licences libres proposent des dĂ©veloppements et des usages qui sont seulement susceptibles de garantir nos libertĂ©s. Cette nuance a toute son importance. Le second point consiste Ă  se demander, pour chaque outil numĂ©rique utilisĂ©, dans quelle mesure il participe du capitalisme de surveillance, dans quelle mesure il ouvre une brĂšche dans nos libertĂ©s (en particulier la libertĂ© d’expression), dans quelle mesure il peut devenir un outil de contrĂŽle. C’est ce qui ouvre le dĂ©bat de l’implication des mouvements libristes dans diverses luttes pour les libertĂ©s qui dĂ©passent le seul logiciel en tant qu’objet technique, ou l’Ɠuvre intellectuelle ou encore artistique placĂ©e sous licence libre.

Ce sont des techniques


Il ne faut jamais perdre de vue que, en tant que supports de pensĂ©e, de communication et d’échanges, les logiciels (qu’ils soient libres ou non) les configurent en mĂȘme temps2. C’est la question de l’aliĂ©nation qui nous renvoie aux anciennes conceptions du rapport production-machine. D’un point de vue marxiste, la technique est d’abord un moyen d’oppression aux mains des classes dominantes (l’activitĂ© travail dominĂ©e par les machines et perte ou Ă©loignement du savoir technique). Le logiciel libre n’est pas exempt de causer cet effet de domination ne serait-ce parce que les rapports aux technologies sont rarement Ă©quilibrĂ©s. On a beau postuler l’horizontalitĂ© entre concepteur et utilisateur, ce dernier sera toujours dĂ©pendant, au moins sur le plan cognitif. Dans une Ă©conomie contributive idĂ©ale du Libre, concepteurs et utilisateurs devraient avoir les mĂȘmes compĂ©tences et le mĂȘme degrĂ© de connaissance. Mais ce n’est gĂ©nĂ©ralement pas le cas et comme disait Lawrence Lessig, « Code is law »3.

Le point de vue de Simondon, lui, est tout aussi acceptable. En effet l’automatisation – autonomisation de la technique (Ă©mancipation par rapport au travail) suppose aussi une forme d’aliĂ©nation des possĂ©dants vis-Ă -vis de la technique4. Le capital permet la perpĂ©tuation de la technique dans le non-sens du travail et des comportements, leur algorithmisation, ce qui explique le rĂȘve de l’usine automatisĂ©e, Ă©tendu Ă  la consommation, au-delĂ  du simple fait de se dĂ©barrasser des travailleurs (ou de la libertĂ© des individus-consommateurs). Cependant la culture technique n’équivaut pas Ă  la maĂźtrise de la technique (toujours subordonnĂ©e au capital). CensĂ© nous livrer une culture technique Ă©mancipatrice Ă  la fois du travail et du capital (la licence libre opposĂ©e Ă  la propriĂ©tĂ© intellectuelle du « bien » de production qu’est le logiciel), le postulat libriste de l’équilibre entre l’utilisateur et le concepteur est dans les faits rarement accompli, Ă  la fois parce que les connaissances et les compĂ©tences ne sont pas les mĂȘmes (voir paragraphe prĂ©cĂ©dent) mais aussi parce que le producteur lui-mĂȘme dĂ©pend d’un systĂšme Ă©conomique, social, technique, psychologique qui l’enferme dans un jeu de dĂ©pendances parfois pas si diffĂ©rentes de celles de l’utilisateur. L’équilibre peut alors ĂȘtre trouvĂ© en crĂ©ant des chaĂźnes de confiance, c’est-Ă -dire des efforts collectifs de crĂ©ation de communs de la connaissance (formations, entraide, vulgarisation) et des communs productifs : des organisations Ă  tendances coopĂ©ratives et associatives capables de proposer des formules d’émancipation pour tous. CrĂ©er du Libre sans proposer de solutions collectives d’émancipation revient Ă  dĂ©montrer que la libertĂ© existe Ă  des esclaves enchaĂźnĂ©s tout en les rendant responsables de leurs entraves.


Issues de la culture hacker

La culture hacker est un hĂ©ritage Ă  double tranchant. On a longtemps glorifiĂ© les communautĂ©s hackers des annĂ©es 1960 et 1970 parce qu’elles sont Ă  l’origine de l’aventure libĂ©ratrice de l’ordinateur et des programmes hors du monde hiĂ©rarchisĂ© de la DĂ©fense et de l’UniversitĂ©. Une sorte de « dĂ©mocratisation » de la machine. Mais ce qu’on glorifie surtout c’est le mode de production informatique, celui qui a donnĂ© lieu aux grandes histoires des communautĂ©s qui partageaient la mĂȘme Ă©thique des libertĂ©s numĂ©riques et que Steven LĂ©vy a largement popularisĂ© en dĂ©finissant les contours de cette « éthique hacker »5. Le projet GNU de R. M. Stallman, Ă  l’origine dans les annĂ©es 1980 de la Licence Publique GĂ©nĂ©rale et de la formulation des libertĂ©s logicielles en droit, est surtout l’illustration d’une Ă©conomie logicielle qui contraint la contribution (c’est la viralitĂ© de la licence copyleft) et promeut un mode de dĂ©veloppement collectif. Ce qu’on retient aussi de la culture hacker, c’est la rĂ©action aux notions de propriĂ©tĂ© intellectuelle et d’accaparement du code. On lui doit aussi le fait qu’Internet s’est construit sur des protocoles ouverts ou encore les concepts d’ouverture des formats. Pourtant l’état de l’économie logicielle et de l’Internet des plateformes montre qu’aujourd’hui nous sommes loin d’une Ă©thique de la collaboration et du partage. Les enjeux de pouvoir existent toujours y compris dans les communautĂ©s libristes, lorsque par exemple des formats ou des protocoles sont imposĂ©s davantage par effet de nombre ou de mode que par consensus6.

 

dessin d'humour sur la couverture du magazine du Chaos Computer Club : un type à casquette à l'envers et en salopette se régale (langue tirée) devant un écran qui demande "qui est là" en allemand, une souris à antenne émet un biiiip sur son bureau. Un verre de coca avec une paille s'y trouve aussi de l'autre cÎté du clavier. Ordinateur de 1998 donc assez vintage aujourd'hui.

Die Hackerbibel, Chaos Computer Club, 1998, couverture

Comme le montre trĂšs bien SĂ©bastien Broca7, l’éthique hacker n’est pas une simple utopie contrariĂ©e. Issue de la critique antihiĂ©rarchique des sixties, elle a aussi intĂ©grĂ© le discours nĂ©omanagĂ©rial de l’accomplissement individuel qui voit le travail comme expression de soi, et non plus du collectif. Elle a aussi suivi les transformations sociales qu’a entraĂźnĂ© le capitalisme de la fin du XXe siĂšcle qui a remodelĂ© la critique artistique des sixties en solutionnisme technologique dont le fleuron est la Silicon Valley. C’est Fred Tuner qui l’écrit si bien dans un ouvrage de rĂ©fĂ©rence, Aux sources de l’utopie numĂ©rique : de la contre culture Ă  la cyberculture8. Et pour paraphraser un article rĂ©cent de ma plume Ă  son propos9 : quelle ironie de voir comment les ordinateurs sont devenus synonymes d’émancipation sociale et de rapprochements entre les groupes sociaux, alors qu’ils sont en mĂȘme temps devenus les instruments du capitalisme, du nouveau management et de la finance (ce que Detlef Hartmann appelait l’offensive technologique10), aussi bien que les instruments de la surveillance et de la « sociĂ©tĂ© du dossier ». C’est bien en tant que « menaces sur la vie privĂ©e » que les dĂ©peignaient les premiers dĂ©tracteurs des bases de donnĂ©es gouvernementales et des banques Ă  l’instar d’Alan Westin11 au soir des annĂ©es 1960. Tout s’est dĂ©roulĂ© exactement comme si les signaux d’alerte ne s’étaient jamais dĂ©clenchĂ©s, alors que depuis plus de 50 ans de nombreuses lois entendent rĂ©guler l’appĂ©tit vorace des plateformes. Pourquoi ? Fred Turner y rĂ©pond : parce que la prioritĂ© avait Ă©tĂ© choisie, celle de transformer le personal is political12 en idĂ©ologie nĂ©olibĂ©rale par le biais d’une philosophie hacker elle-mĂȘme dĂ©voyĂ©e au nom de la libertĂ© et de l’accomplissement de soi.

Des communs mal compris et mal protégés

Ces communs sont mal compris parce qu’ils sont la plupart du temps invisibilisĂ©s. La majoritĂ© des serveurs sur Internet fonctionnent grĂące Ă  des logiciels libres, des protocoles parmi les plus courants sont des protocoles ouverts, des systĂšmes d’exploitation tels Android sont en fait construits sur un noyau Linux, etc. De tout cela, la plupart des utilisateurs n’ont cure
 et c’est trĂšs bien. On ne peut pas attendre d’eux une parfaite connaissance des infrastructures numĂ©riques. Cela plonge nĂ©anmoins tout le monde dans un univers d’incomprĂ©hensions.

D’un cĂŽtĂ©, il y a l’ignorance du public (et bien souvent aussi des politiques publiques) du fait que la majeure partie des infrastructures numĂ©riques d’aujourd’hui reposent sur des communs, comme l’a montrĂ© N. Egbhal13. Ce fait crĂ©e deux effets pervers : le ticket d’entrĂ©e dans la « nouvelle Ă©conomie », pour une start-up dont le modĂšle repose sur l’exploitation d’un systĂšme d’information logiciel, nĂ©cessite bien moins de ressources d’infrastructure que dans les annĂ©es 1990 au point que la quasi-exclusivitĂ© de la valeur ajoutĂ©e repose sur l’exploitation de l’information et non la crĂ©ation logicielle. Il en rĂ©sulte un appauvrissement des communs (on les exploite mais on ne les enrichit pas14) et un accroissement de l’économie de plateforme au dĂ©triment des infrastructures elles-mĂȘmes : pour amoindrir encore les coĂ»ts, on s’en remet toujours plus aux entreprises monopolistes qui s’occupent de l’infrastructure matĂ©rielle (les cĂąbles, les datacenter). D’un autre cĂŽtĂ©, il y a le fait que beaucoup d’organisations n’envisagent ces communs numĂ©riques qu’à l’aune de la rentabilitĂ© et de la compromission avec la propriĂ©tĂ© productive, ce qui a donnĂ© son grain Ă  moudre Ă  l’Open Source Initiative et sa postĂ©ritĂ©, relĂ©guant les libristes dans la catĂ©gorie des doux utopistes. Mais l’utopie elle-mĂȘme a ses limites : ce n’est pas parce qu’un service est rendu par des logiciels libres qu’il est sĂ©curisĂ©, durable ou protĂšge pour autant les utilisateurs de l’exploitation lucrative de leurs donnĂ©es personnelles. Tout dĂ©pend de qui exploite ces communs. Cela relĂšve en rĂ©alitĂ© du degrĂ© de confiance qu’on est capable de prĂȘter aux personnes et aux organisations qui rendent le service possible.

Les licences libres elles-mĂȘmes sont mal comprises, souvent vĂ©cues comme un abandon de l’Ɠuvre et un manque Ă  gagner tant les concepts de la « propriĂ©tĂ© intellectuelle » imprĂšgnent jusqu’à la derniĂšre fibre le tissu Ă©conomique dans lequel nous sommes plus ou moins contraints d’opĂ©rer. Cela est valable pour les logiciels comme pour les productions intellectuelles de tous ordres, et cela empĂȘche aussi le partage lĂ  oĂč il pourrait ĂȘtre le plus bĂ©nĂ©fique pour tous, par exemple dans le domaine de la recherche mĂ©dicale.

Au lieu de cela, on assiste Ă  un pillage des communs15, un phĂ©nomĂšne bien identifiĂ© et qui connaĂźt depuis les annĂ©es 2000 une levĂ©e en force d’organisations de lutte contre ce pillage, qu’il s’agisse des biens communs matĂ©riels (comme l’eau, les ressources cultivables, le code gĂ©nĂ©tique
) ou immatĂ©riels (l’art, la connaissance, les logiciels
). C’est la raison pour laquelle la dĂ©centralisation et l’autogestion deviennent bien plus que de simples possibilitĂ©s Ă  opposer Ă  l’accaparement gĂ©nĂ©ral des communs, mais elles sont aussi autant de voies Ă  envisager par la jonction mĂ©thodologique et conceptuelle des organisations libristes, de l’économie solidaire et des mouvements durabilistes16.

Le libre et ses luttes, le besoin d’une convergence

Alors si le Libre n’est ni l’alpha ni l’omĂ©ga, si le mouvement pour le logiciel Libre a besoin de rĂ©viser sa copie pour mieux intĂ©grer les modĂšles de dĂ©veloppement solidaires et Ă©mancipateurs, c’est parce qu’on ne peut manifestement pas les dĂ©corrĂ©ler de quatre autres luttes qui structurent ou devraient structurer les mouvements libristes aujourd’hui.

Une lutte pour imposer de nouveaux équilibres en droit

Les licences libres et leurs domaines d’application, en particulier dans les communs immatĂ©riels, ont besoin de compĂ©tences et d’alliances pour ne plus servir d’épouvantail, de libre-washing ou, pire, ĂȘtre dĂ©tournĂ©s au profit d’une lucrativitĂ© de l’accĂšs ouvert (comme c’est le cas dans le monde des revues scientifiques). Elles ont aussi besoin de compĂ©tences et d’alliances pour ĂȘtre mieux dĂ©fendues : mĂȘme si beaucoup de juristes s’en sont fait une spĂ©cialitĂ©, leur travail est rendu excessivement difficile tant le cadre du droit est rigide et fonctionne en rĂ©fĂ©rence au modĂšle Ă©conomique dominant.

Une lutte pour imposer de nouveaux équilibres en économie

Pouvons-nous sciemment continuer Ă  fermer les yeux sur l’usage d’une soi-disant Ă©thique hacker au nom de la libertĂ© Ă©conomique sachant qu’une grande part des modĂšles Ă©conomiques qui reposent sur des communs immatĂ©riels ont un intĂ©rĂȘt public extrĂȘmement faible en proportion des capacitĂ©s d’exploitation lucrative et de la prolĂ©tarisation17 qu’ils entraĂźnent. Cela explique par exemple que des multinationales telles Intel et IBM ou Google et Microsoft figurent parmi les grands contributeurs au Logiciel libre et open source18 : ils ont besoin de ces communs19. Et en mĂȘme temps, on crĂ©e des inĂ©galitĂ©s sociales et Ă©conomiques : l’exploitation de main-d’Ɠuvre bon marchĂ© (comme les travailleurs du clic20) dont se gavent les entreprises du numĂ©rique repose elle aussi sur des infrastructures numĂ©riques libres et open source. Les communs numĂ©riques ne devraient plus ĂȘtre les supports de ce capitalisme21.

Une lutte pour un rééquilibrage infrastructurel

Parce que crĂ©er du code libre ne suffit pas, encore faut-il s’assurer de la protection des libertĂ©s que la licence implique. En particulier la libertĂ© d’usage. À quoi sert un code libre si je ne peux l’utiliser que sur une plateforme non libre ? Ă  quoi sert un protocole ouvert si son utilisation est accaparĂ©e par des systĂšmes d’information non libres ? À dĂ©faut de pouvoir rendre collectifs les cĂąbles sous-marins (eux-mĂȘmes soumis Ă  des contraintes gĂ©opolitiques), il est toutefois possible de dĂ©velopper des protocoles et des logiciels dont la conception elle-mĂȘme empĂȘche ces effets d’accaparement. Dans une certaine mesure c’est ce qui a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© avec les applications du Fediverse22. Ce dernier montre que la crĂ©ation logicielle n’est rien si les organisations libristes ne se mobilisent pas autour d’un projet commun et imaginent un monde numĂ©rique solidaire.

Une lutte contre les effets sociaux du capitalisme de surveillance

Qu’il s’agisse du conformisme des subjectivitĂ©s engendrĂ© par l’extraction et l’exploitation des informations comportementales (ce qui dure depuis trĂšs longtemps23) ou du contrĂŽle des populations rendu possible par ces mĂȘmes infrastructures numĂ©riques dont la technopolice se sert (entre autres), les communautĂ©s libristes s’impliquent de plus en plus dans la lutte anti-surveillance et anti-autoritaire. C’est une tradition, assurĂ©ment, mais ce qu’il manque cruellement encore, c’est la multiplication de points de contact avec les autres organisations impliquĂ©es dans les mĂȘmes luttes et qui, bien souvent, se situent sur la question bien plus vaste des biens communs matĂ©riels. Combien d’organisations et de collectifs en lutte dans les domaines durabilistes comme l’écologie, le partage de l’eau, les enjeux climatiques, en sont encore Ă  communiquer sur des services tels Whatsapp alors qu’il existe des canaux bien plus protĂ©gĂ©s24 ? RĂ©ciproquement combien d’associations libristes capables de dĂ©ployer des solutions et de les vulgariser ne parlent jamais aux durabilistes ou autres ? Or, penser les organisations libristes sur un mode solidaire et anti-capitaliste revient Ă  participer concrĂštement aux luttes en faveur des biens communs matĂ©riels, crĂ©er des alliances de compĂ©tences et de connaissances pour rendre ces luttes plus efficaces.

Le (mauvais) calcul anarchiste

Il y a toute une littĂ©rature qui traite du rapport entre librisme et anarchisme. Bien qu’elle ne soit pas toujours issue de recherches acadĂ©miques, cela n’enlĂšve rien Ă  la pertinence et la profondeur des textes qui ont toujours le mĂ©rite d’identifier les valeurs communes tels l’anti-autoritarisme de l’éthique hacker, le copyleft conçu comme une lutte contre la propriĂ©tĂ© privĂ©e, le partage, ou encore les libertĂ©s d’usage. Et ces valeurs se retrouvent dans de nombreuses autres sphĂšres inspirĂ©es du modĂšle libriste25 et toutes anticapitalistes. Pour autant, l’éthique hacker ou l’utopie « concrĂšte » du logiciel libre, parce qu’elles sont d’abord et avant tout des formes de pratiques technologiques, ne portent pas per se ces valeurs. Comme je l’ai mentionnĂ© plus haut, l’éthique hacker et les utopies plus ou moins issues de la tradition hippie des annĂ©es 1960 et 1970 sont aussi dĂ©positaires du capitalisme techno-solutionniste exprimĂ©, pour les besoins de la cause, par l’idĂ©ologie de la Silicon Valley.

C’est ce point de tension qui a tendance aujourd’hui Ă  causer la diffusion d’une conception binaire du lien entre anarchisme et philosophie hacker. Elle repose sur l’idĂ©e selon laquelle c’est l’anarchisme amĂ©ricain qui donne une part fondatrice Ă  la philosophie hacker et qui crĂ©e en quelque sorte une opposition interne entre une faction « de gauche » attachĂ©e aux combats contre la propriĂ©tĂ© et une faction « de droite » fongible dans le capitalisme dans la mesure oĂč c’est l’efficacitĂ© dans l’innovation qui emporte le reste, c’est-Ă -dire un anarchisme rĂ©duit Ă  ĂȘtre un mode d’organisation de la production et un faire-valoir d’une libertĂ© de lucrativitĂ© « dĂ©complexĂ©e ».

C’est caricatural, mais la premiĂšre partie n’est pas inexacte. En effet, nous parlons pour l’essentiel d’un mouvement nĂ© aux États-Unis et, qui plus est, dans une pĂ©riode oĂč s’est structurĂ©e la Nouvelle Gauche AmĂ©ricaine en phase avec des mouvements libertaires et/ou utopistes issus de la gĂ©nĂ©ration anti-guerre des annĂ©es 1950. SimultanĂ©ment, les ordinateurs mainframe ont commencĂ© Ă  ĂȘtre plus accessibles dans les milieux universitaires et les entreprises, favorisant la naissance des communautĂ©s hackers dans un mouvement d’apprentissage, de partage de connaissances et de pratiques. Par la suite ces communautĂ©s se structurĂšrent grĂące aux communications numĂ©riques, en particulier Internet, et s’agrandirent avec l’apparition de la microinformatique.

Se reconnaissent-elles dans l’anarchisme ? MĂȘme si ses pratiques sont anarchistes, un collectif n’a nul besoin de se reconnaĂźtre en tant que tel. Il peut mĂȘme ne pas en avoir conscience. C’est donc du cĂŽtĂ© des pratiques et in situ qu’il faut envisager les choses. Les communautĂ©s hacker sont issues d’une conjonction historique classique entre la cristallisation des idĂ©es hippies et libertaires et l’avĂšnement des innovations techniques qui transforment alors radicalement l’économie (les systĂšmes d’information numĂ©riques). Cela crĂ©e par effet rĂ©troactif des communautĂ©s qui gĂ©nĂšrent elles-mĂȘmes des objets techniques en se rĂ©appropriant ces innovations, et en changeant Ă  leur tour le paysage Ă©conomique en proposant d’autres innovations. On pense par exemple aux Bulletin Board Systems (par exemple le projet Community Memory, premier forum Ă©lectronique gĂ©ant et collaboratif), aux systĂšmes d’exploitation (comment Unix fut créé, ou comment Linux devint l’un des plus grands projets collaboratifs au monde), Ă  des logiciels (le projet GNU), etc. Toutes ces pratiques remettent en cause la structure autoritaire (souvent acadĂ©mique) de l’accĂšs aux machines, provoquent une dĂ©mocratisation des usages informatiques, incarnent des systĂšmes de collaboration fondĂ©s sur le partage du code et des connaissances, permettent l’adoption de pratiques de prise de dĂ©cision collective, souvent consensuelles. Couronnant le tout, l’apparition de la Licence Publique GĂ©nĂ©rale initiĂ©e par Richard M. Stallman et Eben Moglen avec la Free Software Foundation propose une remise en question radicale de la propriĂ©tĂ© intellectuelle et du pouvoir qu’elle confĂšre.

Le rapport avec l’anarchisme est de ce point de vue exprimĂ© Ă  maintes reprises dans l’histoire des communautĂ©s hacker. On y croise trĂšs souvent des rĂ©fĂ©rences. Dans la biographie de Richard M. Stallman26, par exemple, le AI Lab qui devient le haut lieu de la « Commune Emacs », est dĂ©crit ainsi : « La culture hacker qui y rĂ©gnait et sa politique d’anarchie allaient confĂ©rer au lieu l’aura d’éternel rebelle ». Plus loin dans le mĂȘme livre, E. Moglen se remĂ©more sa rencontre avec R. M. Stallman qu’il dĂ©crit comme la rencontre de deux anarchistes. Inversement, R. M. Stallman ne s’est jamais dĂ©fini comme un anarchiste. Il va mĂȘme jusqu’à soutenir que le logiciel libre est un mĂ©lange de communisme (au sens d’appropriation collective de la production), de capitalisme « éthique » (pouvoir en tirer des avantages lucratifs tant qu’on respecte les libertĂ©s des autres), et d’anarchisme (rĂ©duit Ă  la libertĂ© de contribuer ou non et d’user comme on veut)27.

Une approche fondĂ©e sur une enquĂȘte plus solide montre nĂ©anmoins que les principes anarchistes ne sont pas considĂ©rĂ©s comme de simples Ă©tiquettes dans les communautĂ©s hacker d’aujourd’hui. MenĂ©e au cƓur des communautĂ©s libristes californiennnes, l’enquĂȘte de Michel Lallement dans L’ñge du faire28 montre une typologie intĂ©ressante chez les hackers entre les « pur jus », parmi les plus anciens le plus souvent des hommes au charisme de leader ou de gourous et qui se rĂ©clament d’un certain radicalisme anarchiste (sur lequel je vais revenir plus loin) et la masse plus diffuse, plus ou moins concernĂ©e par l’aspect politique. Majoritaires sont cependant ceux qui ont tendance Ă  la compromission, jusqu’au point oĂč parfois le travail Ă  l’intĂ©rieur de la communautĂ© est valorisĂ© dans l’exercice mĂȘme de la rĂ©ussite capitaliste Ă  l’extĂ©rieur. J’irais mĂȘme jusqu’à dire, pour en avoir cĂŽtoyĂ©, que certains voient dans le hacking et l’éthique hacker une sorte d’exutoire de la vie professionnelle Ă©touffĂ©e par l’économie capitaliste.

Sur l’aspect proprement amĂ©ricain, ce qui est surtout mis en avant, c’est l’opposition entre la bureaucratie (entendue au sens de l’action procĂ©duriĂšre et autoritaire) et l’anarchisme. À l’image des anciennes communautĂ©s hacker calquĂ©es sur l’antique Homebrew Club, ce refus de l’autoritĂ© institutionnelle s’apparente surtout Ă  une forme de potacherie corporatiste. Le point commun des communautĂ©s, nĂ©anmoins, consiste Ă  s’interroger sur les process de prise de dĂ©cision communautaire, en particulier la place faite au consensus : c’est l’efficacitĂ© qui est visĂ©e, c’est-Ă -dire la meilleure façon de donner corps Ă  une dĂ©libĂ©ration collective. C’est ce qui permet de regrouper Noisebridge, MetaLab ou le Chaos Computer Club. Certes, au point de vue du fonctionnement interne, on peut invoquer beaucoup de principes anarchistes. Une critique pointerait cependant que ces considĂ©rations restent justement internalistes. On sait que le consensus consolide le lien social, mais la technologie et les savoir-faire ont tendance Ă  concentrer la communautĂ© dans une sorte d’exclusion Ă©lective : diplĂŽmĂ©e, issue d’une classe sociale dominante et bourgeoise, en majoritĂ© masculine (bien que des efforts soient menĂ©s sur la question du genre).

Si nous restons sur le plan internaliste, on peut tenter de comprendre ce qu’est ce drĂŽle d’anarchisme. Pour certains auteurs, il s’agit de se concentrer sur l’apparente opposition entre libre et open source, c’est-Ă -dire le rapport que les communautĂ©s hacker entretiennent avec le systĂšme Ă©conomique capitaliste. On peut prendre pour repĂšres les travaux de Christian Imhorst29 et Dale A. Bradley30. Pour suivre leur analyse il faut envisager l’anarchisme amĂ©ricain comme il se prĂ©sentait Ă  la fin des annĂ©es 1970 et comment il a pu imprĂ©gner les hackers de l’époque. Le sous-entendu serait que cette imprĂ©gnation perdure jusqu’à aujourd’hui. Deux Ă©tapes dans la dĂ©monstration.

En premier lieu, la remise en cause de la propriĂ©tĂ© et de l’autoritĂ© est perçue comme un radicalisme beaucoup plus fortement qu’elle ne pouvait l’ĂȘtre en Europe au regard de l’hĂ©ritage de Proudhon et de Bakhounine. Cela tient essentiellement au fait que la structuration du radicalisme amĂ©ricain s’est Ă©tablie sur une rĂ©verbĂ©ration du bipartisme amĂ©ricain. C’est ce qu’analyse bien en 1973 la chercheuse Marie-Christine Granjon au moment de l’éveil de la Nouvelle Gauche aux États-Unis : chasser les radicaux du paysage politique en particulier du paysage ouvrier dont on maintenait un niveau de vie (de consommation) juste assez Ă©levĂ© pour cela, de maniĂšre Ă  « maintenir en place la structure monopolistique de l’économie sur laquelle repose le Welfare State — l’État des monopoles, des managers, des boss du monde syndical et de la politique —, pour protĂ©ger cette AmĂ©rique, terre de l’égalitĂ©, de la libertĂ© et de la poursuite du bonheur, oĂč les idĂ©ologies n’avaient plus de raison d’ĂȘtre, oĂč les radicaux Ă©taient vouĂ©s Ă  la marginalitĂ© et tolĂ©rĂ©s dans la mesure de leur inaction et de leur audience rĂ©duite »31. En d’autres termes, ĂȘtre radical c’est ĂȘtre contre l’État amĂ©ricain, donc soit contre le bien-ĂȘtre du peuple et ses libertĂ©s, soit le contraire (et chercher Ă  le dĂ©montrer), mais en tout cas, contre l’État amĂ©ricain.

En second lieu, la dichotomie entre anarchisme de droite et anarchisme de gauche pourrait se rĂ©sumer Ă  la distinction entre libertariens et communautaires anticapitalistes. Ce n’est pas le cas. Mais c’est ainsi que posent les prĂ©misses du problĂšme C. Imhorst comme D. A. Bradley et avec eux beaucoup de ceux qui rĂ©duisent la distinction open-source / librisme. Sur ce point on reprend souvent la cĂ©lĂšbre opposition entre les grandes figures des deux « camps », d’un cĂŽtĂ© R. M. Stallman, et de l’autre cĂŽtĂ© Eric S. Raymond, auteur de La CathĂ©drale et le bazar, Ă©vangĂ©liste du marchĂ© libre ne retenant de la pensĂ©e hacker que l’efficacitĂ© de son organisation non hiĂ©rarchique. Cette lecture binaire de l’anarchisme amĂ©ricain, entre droite et gauche, est exprimĂ©e par David DeLeon en 1978 dans son livre The American as Anarchist32, assez critiquĂ© pour son manque de rigueur Ă  sa sortie, mais plusieurs fois rééditĂ©, et citĂ© de nombreuses fois par C. Imhorst. Dans la perspective de DeLeon, l’anarchisme amĂ©ricain est essentiellement un radicalisme qui peut s’exprimer sur la droite de l’échiquier politique comme le libertarianisme, profondĂ©ment capitaliste, individualiste-propriĂ©tariste et contre l’État, comme sur la gauche, profondĂ©ment anticapitaliste, communautaire, contre la propriĂ©tĂ© et donc aussi contre l’État parce qu’il protĂšge la propriĂ©tĂ© et reste une institution autoritaire. En Ă©cho, rĂ©duire le mouvement libriste « radical » Ă  la figure de R. M. Stallman, et l’opposer au libertarianisme de E. S. Raymond, revient Ă  nier toutes les nuances exprimĂ©es en quarante ans de dĂ©bats et de nouveautĂ©s (prenons simplement l’exemple de l’apparition du mouvement Creative Commons).

Le but, ici, n’est pas tant de critiquer la simplicitĂ© de l’analyse, mais de remarquer une chose plus importante : si le mouvement hacker est perçu comme un radicalisme aux États-Unis dĂšs son Ă©mergence, c’est parce qu’à cette mĂȘme Ă©poque (et c’est pourquoi j’ai citĂ© deux rĂ©fĂ©rences de l’analyse politique des annĂ©es 1970) le radicalisme est conçu hors du champ politique bipartite, contre l’État, et donc renvoyĂ© Ă  l’anarchisme. En retour, les caractĂ©ristiques de l’anarchisme amĂ©ricain offrent un choix aux hackers. Ce mĂȘme choix qui est exprimĂ© par Fred Turner dans son analyse historique : comment articuler les utopies hippies de la Nouvelle Gauche avec la technologie d’un cĂŽtĂ©, et le rendement capitaliste de l’autre. Si on est libertarien, le choix est vite effectué : l’efficacitĂ© de l’organisation anarchiste dans une communautĂ© permet de s’affranchir de nombreux cadres vĂ©cus comme des freins Ă  l’innovation et dans la mesure oĂč l’individualisme peut passer pour un accomplissement de soi dans la rĂ©ussite Ă©conomique, la propriĂ©tĂ© n’a aucune raison d’ĂȘtre opposĂ©e au partage du code et ce partage n’a pas lieu de primer sur la lucrativitĂ©.

ConsidĂ©rer le mouvement pour le logiciel libre comme un mouvement radical est une maniĂšre d’exacerber deux positions antagonistes qui partent des mĂȘmes principes libertaires et qui aboutissent Ă  deux camps, les partageux qui ne font aucun compromis et les ultra-libĂ©raux prĂȘts Ă  tous les compromis avec le capitalisme. On peut nĂ©anmoins suivre D. A. Bradley sur un point : le logiciel libre propose Ă  minima la rĂ©organisation d’une composante du capitalisme qu’est l’économie numĂ©rique. Si on conçoit que la technologie n’est autre que le support de la domination capitaliste, penser le Libre comme un radicalisme reviendrait en fait Ă  une contradiction, celle de vouloir lutter contre les mĂ©faits de la technologie par la technologie, une sorte de primitivisme qui s’accommoderait d’une Ă©thique censĂ©e rendre plus supportable le techno-capitalisme. Or, les technologies ne sont pas intrinsĂšquement oppressives. Par exemple, les technologies de communication numĂ©rique, surtout lorsqu’elles sont libres, permettent la mĂ©diatisation sociale tout en favorisant l’appropriation collective de l’expression mĂ©diatisĂ©e. Leurs licences libres, leurs libertĂ©s d’usages, ne rendent pas ces technologies suffisantes, mais elles facilitent l’auto-gestion et l’émergence de collectifs Ă©mancipateurs : ouvrir une instance Mastodon, utiliser un systĂšme de messagerie sĂ©curisĂ©e, relayer les informations anonymisĂ©es de camarades qui subissent l’oppression politique, etc.

L’anarchisme
 productiviste, sĂ©rieusement ?

Le Libre n’est pas un existentialisme, pas plus que l’anarchisme ne devrait l’ĂȘtre. Il ne s’agit pas d’opposer des modes de vie oĂč le Libre serait un retour idĂ©aliste vers l’absence de technologie oppressive. Les technologies sont toujours les enfants du couple pouvoir-connaissance, mais comme disait Murray Bookchin, si on les confond avec le capitalisme pour en dĂ©noncer le caractĂšre oppresseur, cela revient Ă  «  masquer les relations sociales spĂ©cifiques, seules Ă  mĂȘme d’expliquer pourquoi certains en viennent Ă  exploiter d’autres ou Ă  les dominer hiĂ©rarchiquement ». Il ajoutait, Ă  propos de cette maniĂšre de voir : « en laissant dans l’ombre l’accumulation du capital et l’exploitation du travail, qui sont pourtant la cause tant de la croissance que des destructions environnementales, elle ne fait ainsi que leur faciliter la tĂąche. » 33

Le rapport entre le libre et l’anarchisme devrait donc s’envisager sur un autre plan que l’opposition interne entre capitalistes et communistes et/ou libertaires (et/ou commonists), d’autant plus que ce type de brouillage n’a jusqu’à prĂ©sent fait qu’accrĂ©diter les arguments en faveur de la privatisation logicielle aux yeux de la majoritĂ© des acteurs de l’économie numĂ©rique34. Ce rapport devrait plutĂŽt s’envisager du point de vue Ă©mancipateur ou non par rapport au capitalisme. De ce point de vue, exit les libertariens. Mais alors, comme nous avons vu que pour l’essentiel l’anarchisme libriste est un mode de production efficace dans une Ă©conomie contributive (qui devrait ĂȘtre nĂ©anmoins plus Ă©quilibrĂ©e), a-t-il quelque chose de plus ?

Nous pouvons partir d’un autre texte cĂ©lĂšbre chez les libristes, celui d’Eben Moglen, fondateur du Software Freedom Law Center, qui intitulait puissamment son article : « L’anarchisme triomphant : le logiciel libre et la mort du copyright »35. Selon lui, le logiciel conçu comme une propriĂ©tĂ© crĂ©e un rapport de force dont il est extrĂȘmement difficile de sortir avec les seules bonnes intentions des licences libres. E. Moglen prend l’exemple du trĂšs long combat contre la mainmise de Microsoft sur les ordinateurs neufs grĂące Ă  la vente liĂ©e, et nous n’en sommes pas complĂštement sortis. Aujourd’hui, nous pourrions prendre bien d’autres exemples qui, tous, sont le fait d’alliances mondialisĂ©es et de consortiums sur-financiarisĂ©s de fabricants de matĂ©riel et de fournisseurs de services. Il faut donc opposer Ă  cette situation une nouvelle maniĂšre d’envisager la production et la crĂ©ativitĂ©.

Code source et commentaires dĂ©signent le couple entre fonctionnalitĂ© et expressivitĂ© des programmes. En tant que tels, ils peuvent ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme autant de preuves que le travail intellectuel nĂ©cessaire Ă  l’élaboration d’un programme n’est pas uniquement le fait de travailler sur des algorithmes mais aussi en inventer les propriĂ©tĂ©s. DĂšs lors, on peut comprendre que le copyright puisse s’appliquer Ă  plein. DĂšs l’instant que les ordinateurs ont cessĂ© d’ĂȘtre des machines centrales aux coĂ»ts extrĂȘmement Ă©levĂ©s, et que pour les faire fonctionner les logiciels ont cessĂ© d’ĂȘtre donnĂ©s (car le coĂ»t marginal de la crĂ©ation logicielle Ă©tait faible en comparaison du coĂ»t de fabrication d’une grosse machine), l’ordinateur personnel a multipliĂ© mĂ©caniquement le besoin de rĂ©aliser des plus-values sur le logiciel et enfermĂ© ce dernier dans une logique de copyright. Seulement voilà : lorsqu’une entreprise (par exemple Microsoft) exerce un monopole sur le logiciel, bien qu’elle puisse embaucher des centaines de dĂ©veloppeurs, elle ne sera jamais en mesure d’adapter, tester Ă  grande Ă©chelle, proposer des variations de son logiciel en quantitĂ©s suffisantes pour qu’il puisse correspondre aux besoins qui, eux, ont tendance Ă  se multiplier au fur et Ă  mesure que les ordinateurs pĂ©nĂštrent dans les pratiques sociales et que la sociĂ©tĂ© devient un maillage en rĂ©seau. Si bien que la qualitĂ© et la flexibilitĂ© des logiciels privateurs n’est jamais au rendez-vous. Si ce dĂ©faut de qualitĂ© passe souvent inaperçu, c’est aux yeux de l’immense majoritĂ© des utilisateurs qui ne sont pas techniciens, et pour lesquels les monopoles crĂ©ent des cages d’assistanat et les empĂȘche (par la technique du FUD) d’y regarder de plus prĂšs. AprĂšs tout, chacun peut se contenter du produit et laisser de cĂŽtĂ© des dĂ©fauts dont il peut toujours (essayer de) s’accommoder.

En somme, les utilisateurs ont Ă©tĂ© sciemment Ă©cartĂ©s du processus de production logicielle. Alors qu’à l’époque plus ancienne des gros ordinateurs, on adaptait les logiciels aux besoins et usages, et on pouvait les Ă©changer et les amĂ©liorer en partant de leur utilisation. Or, l’histoire des sciences et des technologies nous apprend que l’avancement des sciences et technologies dĂ©pendent d’apprentissages par la pratique, d’appropriations collectives de l’existant, d’innovation par incrĂ©mentation et implications communautaires (c’est ce qu’ont montrĂ© David Edgerton36 et Clifford Conner37). En ce sens, le modĂšle Ă©conomique des monopoles du logiciel marche contre l’histoire.

 

mÚme en deux images. dans la premiÚre, le logiciel libre tend les bras vers l'autogestion des communs, dans la deuxiÚme qui dézoome la premiÚre, on voit qu'un gros personnage "les géants du web" retient fermement le logiciel libre qui ne peut atteindre l'autogestion des communs

C’est de ce point de vue que le logiciel libre peut ĂȘtre envisagĂ© non seulement comme la production d’un mouvement de rĂ©sistance38, mais aussi comme un mode de production conçu avant tout comme une rĂ©action Ă  la logique marchande, devant lutter sans cesse contre la « plasticitĂ© du capitalisme » (au sens de F. Braudel39), avec des rĂ©sultats plus ou moins tangibles. MĂȘme si la question de l’écriture collective du code source mĂ©riterait d’ĂȘtre mieux analysĂ©e pour ses valeurs performatives intrinsĂšques40.

Comme le dit Eben Moglen racontant le projet GNU de R. M. Stallman : le logiciel libre pouvait « devenir un projet auto-organisĂ©, dans lequel aucune innovation ne serait perdue Ă  travers l’exercice des droits de propriĂ©té ». Depuis le milieu des annĂ©es 1980 jusqu’à la fin des annĂ©es 1990, non seulement des logiciels ont Ă©tĂ© produits de maniĂšre collective en dehors du copyright, mais en plus de cela, des systĂšmes d’exploitation comme GNU Linux aux logiciels de serveurs et Ă  la bureautique, leur reconnaissance par l’industrie elle-mĂȘme (normes et standards) s’est imposĂ©e Ă  une Ă©chelle si vaste que le logiciel libre a bel et bien gagnĂ© la course dans un monde oĂč la concurrence Ă©tait faussĂ©e si l’on jouait avec les mĂȘmes cartes du copyright.

C’est ce qui fait dire Ă  Eben Moglen que « lorsqu’il est question de faire de bons logiciels, l’anarchisme gagne ». Il oppose deux choses Ă  l’industrie copyrightĂ©e du logiciel :

  • les faits : le logiciel libre est partout, il n’est pas une utopie,
  • le mode de production : l’anarchisme est selon lui la meilleure « organisation » de la production.

Reste Ă  voir comment il conçoit l’anarchisme. Il faut confronter ici deux pensĂ©es qui sont contemporaines, celle d’Eben Moglen et celle de Murray Bookchin. Le second Ă©crit en 1995 que le mot « anarchisme » allait bientĂŽt ĂȘtre employĂ© comme catĂ©gorie d’action bourgeoise41 :

«  les objectifs rĂ©volutionnaires et sociaux de l’anarchisme souffrent d’une telle dĂ©gradation que le mot « anarchie » fera bientĂŽt partie intĂ©grante du vocabulaire chic bourgeois du siĂšcle Ă  venir : une chose quelque peu polissonne, rebelle, insouciante, mais dĂ©licieusement inoffensive ».

Bookchin Ă©crivait aussi « Ainsi, chez nombre d’anarchistes autoproclamĂ©s, le capitalisme disparaĂźt, remplacĂ© par une « sociĂ©tĂ© industrielle » abstraite. »

Mais d’un autre cĂŽtĂ©, Ă  peine six ans plus tard, il y a cette volontĂ© d’E. Moglen d’utiliser ce mot et d’entrer en confrontation assez directe avec ce que M. Bookchin disait de la tendance new age fĂ©rue d’individualisme et de primitivisme et qui n’avait plus de rien de socialiste. En fin de compte, si on conçoit avec E. Moglen l’anarchisme comme un mode de production du logiciel libre, alors on fait aussi une jonction entre la lutte contre le modĂšle du monopole et du copyright et la volontĂ© de produire des biens numĂ©riques, Ă  commencer par des logiciels, tout en changeant assez radicalement l’organisation sociale de la production contre une machinerie industrielle. Et cette lutte n’a alors plus rien d’abstrait. La critique de M. Bookchin, Ă©tait motivĂ©e par le fait que l’anarchisme s’est transformĂ© des annĂ©es 1970 aux annĂ©es 1990 et a fini par dĂ©voyer complĂštement les thĂ©ories classiques de l’anarchisme au profit d’une culture individualiste et d’un accomplissement de soi exclusif. Le logiciel libre, de ce point de vue, pourrait avoir le mĂ©rite de resituer l’action anarchiste dans un contexte industriel (la production de logiciels) et social (les Ă©quilibres de conception et d’usage entre utilisateurs et concepteurs).

Et l’État dans tout cela ? est-il Ă©vacuĂ© de l’équation ? Ces derniĂšres dĂ©cennies sont teintĂ©es d’un nĂ©olibĂ©ralisme qui façonne les institutions et le droit de maniĂšre Ă  crĂ©er un espace marchand oĂč les ĂȘtres humains sont transformĂ©s en agents compĂ©titifs. La production communautaire de logiciel libre ne serait-elle qu’un enfermement dans une plasticitĂ© capitaliste telle qu’elle intĂšgre elle-mĂȘme le mode de production anarchiste du libre dans une compĂ©tition dont le grand gagnant est toujours celui qui rĂ©ussit Ă  piller le mieux les communs ainsi produits ? Car si c’est le cas, alors M. Bookchin avait en partie raison : l’anarchisme n’a jamais pu rĂ©soudre la tension entre autonomie individuelle et libertĂ© sociale autrement qu’en se contentant de s’opposer Ă  l’autoritĂ© et Ă  l’État, ce qu’on retrouve dans la reductio de l’anarchisme des libertariens – et contre cela M. Bookchin propose un tout autre programme, municipaliste et environnementaliste. Or, si on suit E. Moglen, on ne perçoit certes pas d’opposition frontale contre l’État, mais dans un contexte nĂ©olibĂ©ral, les monopoles industriels ne peuvent-ils pas ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme les nouvelles figures d’opposition d’autoritĂ© et de pouvoir ?

Pour ma part, je pense que qu’État et monopoles se contractent dans le capitalisme de surveillance, un LĂ©viathan contre lequel il faut se confronter. Toute la question est de savoir Ă  quelle sociĂ©tĂ© libertaire est censĂ© nous mener le logiciel libre. J’ai bien l’impression que sur ce point les libristes old school qui s’autoproclament anarchistes se trompent : ce n’est pas parce que le mouvement du logiciel libre propose une auto-organisation de la production logicielle et culturelle, contre les monopoles mais avec une simple injonction Ă  l’émancipation, que cela peut dĂ©boucher sur un ordre social libertaire.

LĂ  oĂč le logiciel libre pourrait se rĂ©clamer de l’anarchisme, c’est dans le fait qu’il propose une trĂšs forte opposition aux institutions sociales oppressives que sont les monopoles et l’État, mais seulement Ă  partir du moment oĂč on conçoit le mouvement du logiciel libre non comme un mode de production anarchiste, mais comme un moment qui prĂ©figure42 un ordre social parce qu’il s’engage dans une lutte contre l’oppression tout en mettant en Ɠuvre un mode de production alternatif, et qu’il constitue un modĂšle qui peut s’étendre Ă  d’autres domaines d’activitĂ© (prenons l’exemple des semences paysannes). Et par consĂ©quent il devient un modĂšle anarchiste.

Si on se contente de n’y voir qu’un mode de production, le soi-disant anarchisme du logiciel libre est vouĂ© Ă  n’ĂȘtre qu’un modĂšle bourgeois (pour reprendre l’idĂ©e de M. Bookchin), c’est Ă  dire dĂ©nuĂ© de projet de lutte sociale, et qui se contente d’amĂ©liorer le modĂšle Ă©conomique capitaliste qui accapare les communs : il devient l’un des rouages de l’oppression, il n’est conçu que comme une utopie « bourgeoisement acceptable ». C’est-Ă -dire un statut duquel on ne sort pas ou bien les pieds devant, comme un mode de production que le nĂ©omanagement a bel et bien intĂ©grĂ©. Or, s’il y a une lutte anarchiste Ă  concevoir aujourd’hui, elle ne peut pas se contenter d’opposer un modĂšle de production Ă  un autre, elle doit se confronter de maniĂšre globale au capitalisme, son mode de production mais aussi son mode d’exploitation sociale.

Les limites de l’anarchisme utopique du Libre ont Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©es depuis un moment dĂ©jĂ . L’Electronic Frontier Foundation (oĂč Eben Moglen officie) le reconnaĂźt implicitement dans un article de mai 2023 Ă©crit par Cory Doctorow et publiĂ© par l’EFF 43 :

« Alors que les rĂ©gulateurs et les lĂ©gislateurs rĂ©flĂ©chissent Ă  l’amĂ©lioration de l’internet pour les ĂȘtres humains, leur prioritĂ© absolue devrait ĂȘtre de redonner du pouvoir aux utilisateurs. La promesse d’Internet Ă©tait de supprimer les barriĂšres qui se dressaient sur notre chemin : la distance, bien sĂ»r, mais aussi les barriĂšres Ă©rigĂ©es par les grandes entreprises et les États oppressifs. Mais les entreprises ont pris pied dans cet environnement de barriĂšres abaissĂ©es, se sont retournĂ©es et ont Ă©rigĂ© de nouvelles barriĂšres de leur cĂŽtĂ©. Des milliards d’entre nous se sont ainsi retrouvĂ©s piĂ©gĂ©s sur des plateformes que beaucoup d’entre nous n’aiment pas, mais qu’ils ne peuvent pas quitter. »

Il faut donc des alternatives parce que les acteurs qui avaient promis de rendre les rĂ©seaux plus ouverts (le Don’t be evil de Google) ont non seulement failli mais, en plus, dĂ©ploient des stratĂ©gies juridiques et commerciales perverses pour coincer les utilisateurs sur leurs plateformes. DĂšs lors, on voit bien que le problĂšme qui se pose n’est pas d’opposer un mode de production Ă  un autre, mais de tenter de gagner les libertĂ©s que le capitalisme de surveillance contient et contraint. On voit aussi que depuis 2001, les problĂ©matiques se concentrent surtout sur les rĂ©seaux et le pouvoir des monopoles. LĂ , on commence Ă  toucher sĂ©rieusement les questions anarchistes. DĂšs lors l’EFF propose deux principes pour re-crĂ©er un Internet « d’intĂ©rĂȘt public » :

  • le chiffrement de bout en bout et la neutralitĂ© du Net,
  • contourner les grandes plateformes.

Faut-il pour autant, comme le propose Kristin Ross44, pratiquer une sorte d’évacuation gĂ©nĂ©rale et se replier, certes de maniĂšre constructive, sur des objets de lutte plus fondamentaux, au risque de ne concevoir de lutte pertinente que des luttes exclusives, presque limitĂ©es Ă  la paysannerie et l’économie de subsistance ? Je ne suis pas d’accord. Oui, il faut composer avec l’existant mais dans les zones urbaines, les zones rurales comme dans le cyberespace on peut prĂ©figurer des formes d’organisation autonomes et des espaces Ă  dĂ©fendre. Le repli individualiste ou collectiviste-exclusif n’est pas une posture anarchiste. PremiĂšrement parce qu’elle n’agit pas concrĂštement pour les travailleurs, deuxiĂšmement parce que cela revient Ă  abandonner ceux qui ne peuvent pas pratiquer ce repli de subsistance au risque de ce qu’on reprochait dĂ©jĂ  aux petits-bourgeois communautaires hippies des annĂ©es 1970, et troisiĂšmement enfin, parce que je ne souhaite pas vivre dans une Ă©conomie de subsistance, je veux vivre dans l’abondance culturelle, scientifique et mĂȘme technique et donc lutter pour un nouvel ordre social Ă©galitaire gĂ©nĂ©ral et pas rĂ©servĂ© Ă  ceux qui feraient un choix de retrait, individuel et (il faut le reconnaĂźtre) parfois courageux.

Alors, vers quel anarchisme se diriger ?

Le potentiel libertaire de la technologie

En 1971, Sam Dolgoff publie un article sans concession dans la petite revue Newyorkaise Libertarian Analysis. L’article fut ensuite tirĂ© Ă  part Ă  plusieurs reprises si bien que, sous le titre The Relevance of Anarchism to Modern Society45, le texte figure parmi les must read de la fin des annĂ©es 1970. Dolgoff y dĂ©crit l’état de l’anarchisme dans une sociĂ©tĂ© prise dans les contradictions de la contre-culture des annĂ©es 1960, et dont les effets se rapportent Ă  autant de conceptions erronĂ©es de l’anarchisme qui se cristallisent dans un « nĂ©o-anarchisme » bourgeois discutable. Ce contre quoi S. Dolgoff avance ses arguments est l’idĂ©e selon laquelle l’anarchisme « filiĂšre historique » serait dĂ©passĂ© Ă©tant donnĂ© la tendance mondiale vers la centralisation Ă©conomique, fruit des rĂ©cents dĂ©veloppements des sciences et des techniques, une sorte de fin de l’histoire (avant l’heure de celle de Fukuyama en 1992) contre laquelle on ne pourrait rien. Le sous-entendu met en avant la contradiction entre le positivisme dont s’inspire pourtant l’anarchisme de Proudhon Ă  Bakounine, c’est-Ă -dire le dĂ©veloppement en soi Ă©mancipateur des sciences et des techniques (Ă  condition d’une Ă©ducation populaire), et le fait que cet Ă©lan positiviste a produit une mondialisation capitaliste contre laquelle aucune alternative anarchiste n’a pu s’imposer. Le rĂ©flexe social qu’on retrouve dans le mouvement contre-culturel des annĂ©es 1960 et 1970, associĂ© Ă  ce que S. Dolgoff nomme le nĂ©o-anarchisme (bourgeois)46 (et qui sera repris en partie par M. Bookchin plus tard), amĂšne Ă  penser l’anarchisme comme une rĂ©action Ă  cette contradiction et par consĂ©quent un moment de critique de l’anarchisme classique qui n’envisagerait pas correctement la complexitĂ© sociale, c’est-Ă -dire la grande diversitĂ© des nuances entre compromission et radicalisme, dans les rapports modernes entre Ă©conomie, sciences, technologies et sociĂ©tĂ©. Ce qui donne finalement un anarchisme rĂ©actionnaire en lieu et place d’un anarchisme constructif, c’est-Ă -dire une auto-organisation fĂ©dĂ©raliste qui accepte ces nuances, en particulier lors de l’avĂšnement d’une sociĂ©tĂ© des mĂ©dias, du numĂ©rique et de leur mondialisation (en plus des inĂ©galitĂ©s entre les pays).

Or, S. Dolgoff oppose Ă  cette idĂ©e pessimiste le fait que la pensĂ©e anarchiste a au contraire toujours pris en compte cette complexitĂ©. Cela revient Ă  ne justement pas penser l’anarchisme comme une sĂ©rie d’alternatives simplistes au gouvernementalisme (le contrĂŽle de la majoritĂ© par quelques-uns). Il ne suffit pas de s’opposer au gouvernementalisme pour ĂȘtre anarchiste. Et c’est pourtant ce que les libertariens vont finir par faire, de maniĂšre absurde. L’anarchisme, au contraire a toujours pris en compte le fait qu’une sociĂ©tĂ© anarchiste implique une adaptation des relations toujours changeantes entre une sociĂ©tĂ© et son environnement pour crĂ©er une dynamique qui recherche Ă©quilibre et harmonie indĂ©pendamment de tout autoritarisme. DĂšs lors les sciences et techniques ont toujours Ă©tĂ© des alliĂ©es possibles. Pour preuve, cybernĂ©tique et anarchisme ont toujours fait bon mĂ©nage, comme le montre T. Swann dans un article au sujet de Stafford Beer, le concepteur du projet Cybersyn au Chili sous la prĂ©sidence S. Allende47 : un mĂ©canisme de contrĂŽle qui serait extĂ©rieur Ă  la sociĂ©tĂ© implique l’autoritarisme et un contrĂŽle toujours plus contraignant, alors qu’un mĂ©canisme inclus dans un systĂšme auto-organisĂ© implique une adaptation optimale au changement48. L’optimisation sociale implique la dĂ©centralisation, c’est ce qu’ont toujours pensĂ© les anarchistes. En ce sens, les outils numĂ©riques sont des alliĂ©s possibles.

En 1986, quinze ans aprĂšs son article de 1971, dans le premier numĂ©ro de la revue qu’il participe Ă  fonder (la Libertarian Labor Review), S. Dolgoff publie un court article intitulĂ© « Modern Technology and Anarchism »49. Il revient sur la question du lien entre l’anarchisme et les nouvelles technologies de communication et d’information qu’il a vu naĂźtre et s’imposer dans le mouvement d’automatisation de l’industrie et plus gĂ©nĂ©ralement dans la sociĂ©tĂ©. Les rĂ©seaux sont pour lui comme un pharmakon (au sens de B. Stiegler), ils organisent une dĂ©possession par certains aspects mais en mĂȘme temps peuvent ĂȘtre des instruments d’émancipation.

Cet article de 1986 est quelque peu redondant avec celui de 1971. On y retrouve d’ailleurs Ă  certains endroits les mĂȘmes phrases et les mĂȘmes idĂ©es. Pour les principales : il y a un dĂ©jĂ -lĂ  anarchiste, et la sociĂ©tĂ© est un rĂ©seau cohĂ©rent de travail coopĂ©ratif. Pour S. Dolgoff, la technologie moderne a rĂ©solu le problĂšme de l’accĂšs aux avantages de l’industrie moderne, mais ce faisant elle a aussi accru significativement la dĂ©centralisation dans les entreprises avec la multiplication de travailleurs hautement qualifiĂ©s capables de prendre des dĂ©cisions aux bas niveaux des organisations. S. Dolgoff cite plusieurs auteurs qui ont fait ce constat. Ce dernier est certes largement terni par le fait que cette dĂ©centralisation fait Ă©cho Ă  la mondialisation qui a transformĂ© les anciennes villes industrielles en villes fantĂŽmes, mais cette mondialisation est aussi un moment que l’anarchie ne peut pas ne pas saisir. En effet, cette mise en rĂ©seau du monde est aussi une mise en rĂ©seau des personnes. Si les technologies modernes d’information, les ordinateurs et les rĂ©seaux, permettent d’éliminer la bureaucratie et abandonner une fois pour toutes la centralisation des dĂ©cisions, alors les principes de coopĂ©ration et du dĂ©jĂ -lĂ  anarchiste pourront se dĂ©ployer. Faire circuler librement l’information est pour S. Dolgoff la condition nĂ©cessaire pour dĂ©ployer tout le « potentiel libertaire de la technologie ». Mais lĂ  oĂč il pouvait se montrer naĂŻf quinze ans auparavant, il concĂšde que les obstacles sont de taille et sont formĂ©s par :

« Une classe croissante de bureaucraties Ă©tatiques, locales, provinciales et nationales, de scientifiques, d’ingĂ©nieurs, de techniciens et d’autres professions, qui jouissent tous d’un niveau de vie bien supĂ©rieur Ă  celui du travailleur moyen. Une classe dont le statut privilĂ©giĂ© dĂ©pend de l’acceptation et du soutien du systĂšme social rĂ©actionnaire, qui renforce considĂ©rablement les variĂ©tĂ©s « dĂ©mocratiques », « sociales » et « socialistes » du capitalisme. (
) Tous reprennent les slogans de l’autogestion et de la libre association, mais ils n’osent pas lever un doigt accusateur sur l’arc sacrĂ© de l’État. Ils ne montrent pas le moindre signe de comprĂ©hension du fait Ă©vident que l’élimination de l’abĂźme sĂ©parant les donneurs d’ordres des preneurs d’ordres – non seulement dans l’État mais Ă  tous les niveaux – est la condition indispensable Ă  la rĂ©alisation de l’autogestion et de la libre association : le cƓur et l’ñme mĂȘme de la sociĂ©tĂ© libre. »

Peu d’annĂ©es avant son dĂ©cĂšs, et aprĂšs une longue carriĂšre qui lui avait permis de prendre la mesure de l’automatisation de l’industrie et voir l’arrivĂ©e des ordinateurs dans les processus de production et de contrĂŽle, Sam Dolgoff a bien saisi la contradiction entre le « potentiel libertaire de la technologie » et l’apparition d’une classe sociale qui, avec l’aide de l’État et forte de subventions, rĂ©ussit le tour de force d’accaparer justement ce potentiel dans une dĂ©marche capitaliste tout en parant des meilleures intentions et des meilleurs slogans ce hold-hup sur le travail collectif et la coopĂ©ration.

C’est pourquoi il est pertinent de parler d’idĂ©ologie concernant la Silicon Valley, et c’est d’ailleurs ce que Fred Turner avait bien vu50 :

« La promesse utopique de la Valley est la suivante : Venez ici, et construisez-y l’avenir avec d’autres individus partageant les mĂȘmes idĂ©es. Immergez-vous dans le projet et ressortez-en en ayant sauvĂ© l’avenir. »

Les nouvelles frontiĂšres sociales des utopistes de la Silicon Valley ont Ă©tĂ© une interprĂ©tation du potentiel libertaire de la technologie, faite de nĂ©o-communautarisme et de cette Nouvelle Gauche que S. Dolgoff critiquait dĂšs 1971. Mais ces nouvelles frontiĂšres ont Ă©tĂ© transformĂ©es en mythe parce que la question est de savoir aujourd’hui qui dĂ©cide de ces nouvelles frontiĂšres, qui dĂ©cide de consommer les technologies de communication censĂ©es permettre Ă  tous d’avoir accĂšs Ă  l’innovation. Qui dĂ©cide qu’un tĂ©lĂ©phone Ă  plus de 1000€ est la meilleure chose Ă  avoir sur soi pour une meilleure intĂ©gration sociale ? Qui dĂ©cide que la nouvelle frontiĂšre repose sur la circulation de berlines sur batteries en employant une main-d’Ɠuvre bon marché ?

Ouvrir le Libre

Il est temps de rĂ©habiliter la pensĂ©e de Sam Dolgoff. Le Libre n’est pas qu’un mode de production anarchiste, il peut ĂȘtre considĂ©rĂ© comme un instrument de libĂ©ration du potentiel libertaire de la technologie.

Scander haut et fort que les hackers sont des anarchistes ne veut rien dire, tant que le modĂšle organisationnel et Ă©conomique ne sert pas Ă  autre chose que de dĂ©velopper du code. Rester dans le positivisme hĂ©ritĂ© des anarchistes de la premiĂšre moitiĂ© du XXe siĂšcle a ce double effet : un sentiment de dĂ©passement lorsqu’on considĂšre combien le « progrĂšs » technologique sert Ă  nous oppresser, et un sentiment d’abandon parce que celleux qui sont en mesure de proposer des alternatives techniques d’émancipation ont tendance Ă  le faire en vase clos et reproduisent, souvent inconsciemment, une forme de domination.

Ce double sentiment a des consĂ©quences qui dĂ©passent largement la question des logiciels. Il est toujours associĂ© Ă  la tendance toujours plus grande de l’État Ă  accroĂźtre les inĂ©galitĂ©s sociales, associĂ© aux consĂ©quences climatiques du systĂšme Ă©conomique dominant qui nous conduit au dĂ©sastre Ă©cologique, associĂ© Ă  la rĂ©pression toujours plus forte par l’autoritarisme des gouvernements qui dĂ©fendent les intĂ©rĂȘts des plus riches contre les travailleurs et contre tout le reste. Il en rĂ©sulte alors un dĂ©sarmement technologique des individus lĂ  oĂč il faut se dĂ©fendre. À dĂ©faut, les solutions envisagĂ©es ont toujours petit goĂ»t pathĂ©tique : des plaidoyers qui ne sont jamais Ă©coutĂ©s et trouvent encore moins d’écho dans la reprĂ©sentation Ă©lective, ou des actions pacifiques rĂ©primĂ©es dans la violence.

les quatre vieux dans un salon doré, plus ou moins grimés. L'un dit : "bon, à partir de là, tùchez d'avoir l'air con comme des bourgeois, il s'agit de pas se faire repérer"

Les Vieux Fourneaux, Lupanu et Cauuet, extrait de la BD

 

Le potentiel libertaire du logiciel libre a cette capacitĂ© de rĂ©armement technologique des collectifs car nous Ă©voluons dans une sociĂ©tĂ© de la communication oĂč les outils que nous imposent les classes dominantes sont toujours autant d’outils de contrĂŽle et de surveillance. Il a aussi cette capacitĂ© de rĂ©armement conceptuel dans la mesure oĂč notre seule chance de salut consiste Ă  accroĂźtre et multiplier les communs, qu’ils soient numĂ©riques ou matĂ©riels. Or, la gestion collective de ces communs est un savoir-faire que les mouvements libristes possĂšdent et diffusent. Ils mettent en pratique de vieux concepts comme l’autogestion, mais savent aussi innover dans les pratiques coopĂ©ratives, collaboratives et contributives.

Occupy Wall Street, Nuit Debout, et bien d’autres Ă©vĂšnements du genre, ont Ă©tĂ© qualifiĂ©s de prĂ©figuratifs parce qu’ils opposaient de nouveaux imaginaires et de nouvelles maniĂšres de penser le monde tout en mettant en pratique les concepts mĂȘmes qu’ils proposaient. Mais ce spontanĂ©isme a tendance Ă  se montrer Ă©vanescent face Ă  des concrĂ©tisations prĂ©figuratives comme les ZAD, la Comuna de Oaxaca, le mouvement zapatiste, et des milliers d’autres concrĂ©tisations Ă  travers le monde et dont la liste serait fastidieuse. Rien qu’en matiĂšre d’autogestion, il suffit de jeter un Ɠil sur les 11 tomes ( !) de l’encyclopĂ©die de l’Association Autogestion (2019)51. Or, dans tous ces mouvements, on retrouve du logiciel libre, on retrouve des libristes, on retrouve des pratiques libristes. Et ce n’est que trĂšs rarement identifiĂ© et formalisĂ©.

Que faire ? Peut-ĂȘtre commencer par s’accorder sur quelques points, surtout entre communautĂ©s libristes et communautĂ©s libertaires :

  1. Ce n’est pas parce qu’on est libriste qu’on est anarchiste, et l’éthique hacker n’est pas un marqueur d’anarchisme. De maniĂšre gĂ©nĂ©rale, mieux vaut se mĂ©fier de l’autoproclamation dans ce domaine, surtout si, en pratique, il s’agit de lĂ©gitimer le pillage des communs. Par contre il y a beaucoup d’anarchistes libristes.
  2. Les pratiques anarchistes n’impliquent pas obligatoirement l’utilisation et/ou la crĂ©ation de logiciels libres ou d’autres productions libres des communs numĂ©riques. Le Libre n’a pas Ă  s’imposer. Mais dans notre monde de communication, le Libre en tant qu’outil est un puissant moteur libertaire. Il permet aux libertaires de mettre en Ɠuvre des actions de communication, de coopĂ©ration et de stratĂ©gie.
  3. Proposer le logiciel libre ou les licences libres n’est pas un acte altruiste ni solidaire s’il n’est pas accompagnĂ© de discours ou d’actes Ă©mancipateurs. Il peut mĂȘme crĂ©er l’inverse par excĂšs, submersion de connaissances et finalement exclusion. Il faut travailler de plus en plus les conditions d’adoption de solutions techniques libres dans les collectifs, mieux partager les expĂ©riences, favoriser l’inclusion dans la dĂ©cision d’adoption de telles ou telles techniques. Elles doivent apporter du sens Ă  l’action (et nous revoici dans la rĂ©flexion dĂ©jĂ  ancienne du rapport entre travailleurs et machines).
  4. Il vaut mieux privilĂ©gier l’émancipation non-numĂ©rique Ă  la noyade techno-solutionniste qui rĂ©sulte d’un manque de compĂ©tences et de connaissances.
  5. La solidaritĂ© doit ĂȘtre le pilier d’une Ă©ducation populaire au numĂ©rique. Cela ne concerne pas uniquement l’anarchisme. Mais un collectif ne peut pas seul effectuer une dĂ©marche critique sur ses usages numĂ©riques s’il n’a pas en mĂȘme temps les moyens de les changer efficacement. Les collectifs doivent donc Ă©changer et s’entraider sur ces points (combien de groupes anarchistes utilisent Facebook / Whatsapp pour s’organiser ? ce n’est pas par plaisir, sĂ»r !).

Notes


  1. La Quadrature du Net, « Affaire du 8 dĂ©cembre : le chiffrement des communications assimilĂ© Ă  un comportement terroriste », 5 juin 2023, URL.↩
  2. On peut prendre un exemple trivial, celui du microblogage qui transforme la communication en flux d’information. Le fait de ne pouvoir s’exprimer qu’avec un nombre limitĂ© de caractĂšre et de considĂ©rer l’outil comme le support d’un rĂ©seau social (oĂč le dialogue est primordial), fait que les idĂ©es et les concepts ne peuvent que rarement ĂȘtre dĂ©veloppĂ©s et discutĂ©s, ce qui transforme l’outil en support de partage d’opinions non dĂ©veloppĂ©es, raccourcies, caricaturales. Ajoutons Ă  cela le fait que, sur un systĂšme de microblogage commercial, les algorithmes visant Ă  gĂ©nĂ©rer de la lucrativitĂ© attentionnelle, ce sont les contenus les poins pertinents pour la pensĂ©e et les plus pertinents pour le trafic qui sont mis en avant. Contrairement Ă  ce qu’annoncent les plateformes commerciales de microblogage, ce dernier ne constitue absolument pas un support d’expression libre, au contraire il rĂ©duit la pensĂ©e Ă  l’opinion (ou ne sert que de support d’annonces diverses). Un autre exemple concerne la « rĂ©daction web » : avec la multiplication des sites d’information, la maniĂšre d’écrire un article pour le web est indissociable de l’optimisation du rĂ©fĂ©rencement. Le rĂ©sultat est que depuis les annĂ©es 2000 les contenus sont tous plus ou moins calibrĂ©s de maniĂšre identique et les outils rĂ©dactionnels sont configurĂ©s pour cela.↩
  3. Lawrence Lessig, « Code is Law – On Liberty in Cyberspace », Harvard Magazine, janvier 2000. Trad. Fr sur Framablog.org, 22 mai 2010.↩
  4. AliĂ©nation de tout le monde en fait. « L’aliĂ©nation apparaĂźt au moment oĂč le travailleur n’est plus propriĂ©taire de ses moyens de production, mais elle n’apparaĂźt pas seulement Ă  cause de cette rupture du lien de propriĂ©tĂ©. Elle apparaĂźt aussi en dehors de tout rapport collectif aux moyens de production, au niveau proprement individuel, physiologique et psychologique (
) Nous voulons dire par lĂ  qu’il n’est pas besoin de supposer une dialectique du maĂźtre et de l’esclave pour rendre compte de l’existence d’une aliĂ©nation dans les classes possĂ©dantes ». G. Simondon, Du mode d’existence des objets techniques, Paris, Aubier, 1989, p. 118.↩
  5. Steven Levy, Hackers. Heroes of the Computer Revolution, New York, Dell Publishing, 1994. Steven LĂ©vy, L’éthique des hackers, Paris, Globe, 2013.↩
  6. Ainsi on peut s’interroger sur la tendance du protocole ouvert ActivityPub (qui fait fonctionner Mastodon, par exemple) Ă  couvrir de nombreuses applications du Fediverse sans qu’une discussion n’ait Ă©tĂ© rĂ©ellement menĂ©e entre les collectifs sur une stratĂ©gie commune multiformats dans le Fediverse. Cela crĂ©e une brĂšche rĂ©cemment exploitĂ©e par l’intention de Meta de vouloir intĂ©grer le Fediverse avec Threads, au risque d’une stratĂ©gie de contention progressive des utilisateurs qui mettrait en danger l’utilisation mĂȘme d’ActivityPub et par extension l’ensemble du Fediverse. On peut lire Ă  ce sujet la tribune de La Quadrature du Net : « L’arrivĂ©e de Meta sur le FĂ©divers est-elle une bonne nouvelle ? », 09 aoĂ»t 2023, URL.↩
  7. SĂ©bastien Broca, Utopie du logiciel libre. Lyon, Éditions le Passager clandestin, 2018.↩
  8. Fred Turner, Aux sources de l’utopie numĂ©rique : De la contre culture Ă  la cyberculture. Stewart Brand, un homme d’influence, Caen, C&F Editions, 2012.↩
  9. Christophe Masutti, « Lire Fred Turner : de l’usage de l’histoire pour prĂ©figurer demain », dans Retour d’Utopie. De l’influence du livre de Fred Turner, Caen, Les cahiers de C&F Ă©ditions 6, juin 2023, p. 70-82.↩
  10. Detlef Hartmann, Die Alternative : Leben als Sabotage – zur Krise der technologischen Gewalt, TĂŒbingen : IVA-Verlag, 1981. Voir aussi Capulcu Kollektiv, DISRUPT ! – Widerstand gegen den technologischen Angriff, sept. 2017 (URL).↩
  11. Alan F. Westin, Privacy and Freedom, New York, Atheneum, 1967.↩
  12. C’est le ralliement des mouvements pour les droits et libertĂ©s individuels, le lien entre l’expĂ©rience personnelle (par exemple les inĂ©galitĂ©s de race ou de genre dont des individus pourraient faire l’expĂ©rience quotidienne) et les structures politiques et sociales qui sont Ă  la source des problĂšmes et dont il fallait procĂ©der Ă  la remise en question.↩
  13. Nadia Eghbal, Sur quoi reposent nos infrastructures numĂ©riques ? : Le travail invisible des faiseurs du web. Marseille, OpenEdition Press, 2017. https://doi.org/10.4000/books.oep.1797.↩
  14. Dans le cas de communs numĂ©riques, qui sont des biens non rivaux, il peut ĂȘtre difficile de comprendre cette notion d’appauvrissement. Pour un bien commun comme un champ cultivĂ©, si tout le monde se sert et en abuse et personne ne sĂšme ni n’entretient, le champ reste bien un commun mais il ne donne rien et va disparaĂźtre. Pour un bien non rival, la richesse dĂ©pend autant du processus contributif que du bien lui-mĂȘme, mĂȘme s’il peut ĂȘtre dupliquĂ© Ă  l’infini. Pour un logiciel par exemple, si personne ne propose de mise Ă  jour, si personne n’enrichit rĂ©guliĂšrement le code et/ou organise les contributions, ce logiciel aura tendance Ă  disparaĂźtre aussi.↩
  15. Pierre CrĂ©tois (dir.), L’accaparement des biens communs, Paris, Presses universitaires de Paris Nanterre, 2022.↩
  16. On peut voir sur ce point le travail que rĂ©alise Laurent Marseault : https://cocotier.xyz/?ConfPompier.↩
  17. Au sens oĂč l’entendait Bernard Stiegler, c’est-Ă -dire la privation d’un sujet de ses savoirs (savoir-faire, savoir-vivre, savoir concevoir et thĂ©oriser). Voir Bernard Stiegler, États de choc : bĂȘtise et savoir au XXIe siĂšcle, Paris, France, Mille et une nuits, 2012.↩
  18. On peut voir les statistiques sur l’Open Source Contributor Index : https://opensourceindex.io/.↩
  19. Simon Butler et al., « On Company Contributions to Community Open Source Software Projects », IEEE Transactions on Software Engineering, 47-7, 2021, p. 1381‑1401.↩
  20. Antonio A. Casilli, En attendant les robots : enquĂȘte sur le travail du clic, Paris, France, Éditions du Seuil, 2019.↩
  21. Et ils sont souvent les dindons de la farce. En Europe, la situation est Ă©quivoque. D’un cĂŽtĂ©, un espace est ouvert grĂące aux dispositifs juridiques censĂ©s protĂ©ger l’économie europĂ©enne et les europĂ©ens contre les effets des multinationales Ă  l’encontre de la vie privĂ©e, au nom de la dĂ©fense des consommateurs, et en faveur de la souverainetĂ© numĂ©rique. Les logiciels libres y trouvent quelques dĂ©bouchĂ©s pertinents auprĂšs du public et des petites structures. Mais d’un autre cĂŽtĂ©, une grande part de la production libre et open source repose sur des individus et des petites entreprises, alors mĂȘme que les gouvernements (et c’est particuliĂšrement le cas en France) leur crĂ©ent des conditions d’accĂšs au marchĂ© trĂšs dĂ©favorables et privilĂ©gient les monopoles extra-europĂ©ens par des jeux de partenariats entre ces derniers et les intĂ©grateurs, largement subventionnĂ©s. Voir Jean-Paul Smets, « Confiance numĂ©rique ou autonomie, il faut choisir », in Annales des Mines, 23, La souverainetĂ© numĂ©rique : dix ans de dĂ©bat, et aprĂšs ?, Paris, 2023., p. 30-38.↩
  22. MĂȘme si le protocole ActivityPub pourrait ĂȘtre suffisamment dĂ©tournĂ© ou influencĂ© pour ne plus assurer l’interopĂ©rabilitĂ© nĂ©cessaire. La communautĂ© du Fediverse doit pour cela s’opposer en masse Ă  Thread, la solution que commence Ă  imposer l’entreprise Meta (Facebook), dans l’optique de combler le manque Ă  gagner que reprĂ©sente le Fediverse par rapport aux mĂ©dia sociaux privateurs.↩
  23. Christophe Masutti, « En passant par l’Arkansas. Ordinateurs, politique et marketing au tournant des annĂ©es 1970 », Zilsel, 9-2, 2021, p. 29‑70.↩
  24. On peut se reporter Ă  cette louable tentative issue de It’s Going Down, et que nous avons publiĂ©e sur le Framablog. Il s’agit d’un livret d’auto-dĂ©fense en communication numĂ©rique pour les groupes anarchistes. Bien qu’offrant un panorama complet et efficace des modes de communications et rappelant le principe de base qui consiste en fait Ă  les Ă©viter pour privilĂ©gier les rencontres physiques, on voit tout de mĂȘme qu’elle souffre d’un certain manque de clairvoyance sur les points d’achoppement techniques et complexes qu’il serait justement profitable de partager. Voir « Infrastructures numĂ©riques de communication pour les anarchistes (et tous les autres
) », Framablog, 14 avril 2023.↩
  25. Philippe Borrel, La bataille du Libre (documentaire), prod. Temps Noir, 2019, URL.↩
  26. Sam Williams, Richard Stallman et Christophe Masutti, Richard Stallman et la rĂ©volution du logiciel libre. Une biographie autorisĂ©e, 1re Ă©d., Eyrolles, 2010.↩
  27. Richard Stallman (interview), « Is Free Software Anarchist ? », vidĂ©o sur Youtube.↩
  28. Michel Lallement, L’ñge du faire : hacking, travail, anarchie, Paris, France, Éditions Points, 2018.↩
  29. Christian Imhorst, Die Anarchie der Hacker, Marburg, Tectum – Der Wissenschaftsverlag, 2011. Christian Imhorst, « Anarchie und Quellcode – Was hat die freie Software-Bewegung mit Anarchismus zu tun ? », in Open Source Jahrbuch 2005, Berlin, 2005.↩
  30. Dale A. Bradley, « The Divergent Anarcho-utopian Discourses of the Open Source Software Movement », Canadian Journal of Communication, 30-4, 2006, p. 585‑612.↩
  31. Marie-Christine Granjon, « Les radicaux amĂ©ricains et le « systĂšme » », Raison prĂ©sente, 28-1, 1973, p. 93‑112.↩
  32. David DeLeon, The American as Anarchist : Reflections on Indigenous Radicalism, Baltimore, Johns Hopkins University Press, 2019.↩
  33. Murray Bookchin, Changer sa vie sans changer le monde. L’anarchisme contemporain entre Ă©mancipation individuelle et rĂ©volution sociale, Marseille, Agone, 2019, pp. 61-63.↩
  34. En 2015, c’est ce qui a permis Ă  Bill Gates de caricaturer, sans les citer, des personnes comme Joseph Stiglitz et d’autres partisans pour une rĂ©forme des brevets (pas seulement logiciels) en sortes de nĂ©ocommunistes qui avanceraient masquĂ©s. Voir cet entretien, cet article de LibĂ©ration, et cette « rĂ©ponse » de R. M. Stallman.↩
  35. Eben Moglen, « L’anarchisme triomphant. Le logiciel libre et la mort du copyright », Multitudes, 5-2, 2001, p. 146‑183.↩
  36. David Edgerton, « De l’innovation aux usages. Dix thĂšses Ă©clectiques sur l’histoire des techniques », Annales. Histoire, sciences sociales, 53-4, 1998, p. 815‑837.↩
  37. Clifford D. Conner, Histoire populaire des sciences, Montreuil, France, Éditions L’ÉchappĂ©e, 2011.↩
  38. Amaelle Guiton, Hackers : au cƓur de la rĂ©sistance numĂ©rique, Vauvert, France, Au diable Vauvert, 2013.↩
  39. « Le capitalisme est d’essence conjoncturelle. Aujourd’hui encore, une de ses grandes forces est sa facilitĂ© d’adaptation et de reconversion », Fernand Braudel, La dynamique du capitalisme, Paris, Flammarion, 2018.↩
  40. StĂ©phane Couture, « L’écriture collective du code source informatique. Le cas du commit comme acte d’écriture », Revue d’anthropologie des connaissances, 6, 1-1, 2012, p. 21‑42.↩
  41. Murray Bookchin, Changer sa vie sans changer le monde, op. cit., p. 12 et p. 10.↩
  42. Comme je l’ai Ă©crit dans un prĂ©cĂ©dent billet de blog, plusieurs auteurs donnent des dĂ©finitions du concept de prĂ©figuration. À commencer par David Graeber, pour qui la prĂ©figuration est « l’idĂ©e selon laquelle la forme organisationnelle qu’adopte un groupe doit incarner le type de sociĂ©tĂ© qu’il veut crĂ©er ». Un peu plus de prĂ©cision selon Darcy Leach pour qui la prĂ©figurativitĂ© est « fondĂ©e sur la prĂ©misse selon laquelle les fins qu’un mouvement social vise sont fondamentalement constituĂ©es par les moyens qu’il emploie, et que les mouvements doivent par consĂ©quent faire de leur mieux pour incarner – ou “prĂ©figurer” – le type de sociĂ©tĂ© qu’ils veulent voir advenir. ». David Graeber, Comme si nous Ă©tions dĂ©jĂ  libres, MontrĂ©al, Canada, Lux Ă©diteur, 2014. Darcy K. Leach, « Prefigurative Politics », in The Wiley-Blackwell Encyclopedia of Social and Political Movements, John Wiley & Sons, Ltd, 2013.↩
  43. Cory Doctorow, « As Platforms Decay, Let’s Put Users First », 09 mai 2023, URL.↩
  44. Kristin Ross, La forme-Commune. La lutte comme maniĂšre d’habiter, Paris, La Fabrique Editions, 2023.↩
  45. Sam Dolgoff, The relevance of anarchism to modern society, TroisiĂšme Ă©dition., Tucson, AZ, See Sharp Press, 2001.↩
  46. Sam Dolgoff, « Le NĂ©o-anarchisme amĂ©ricain. Nouvelle gauche et gauche traditionnelle », Le Mouvement social, num. 83, 1973, p. 181‑99. « (
) intellectuels petits-bourgeois, des Ă©tudiants et des « hippies » qui constituaient l’essentiel de la nouvelle gauche ».↩
  47. Thomas Swann, « Towards an anarchist cybernetics : Stafford Beer, self-organisation and radical social movements | Ephemeral Journal », Ephemera. Theory and politics in organization, 18-3, 2018, p. 427‑456.↩
  48. En thĂ©orie du moins. Si on regarde de plus prĂšs l’histoire du projet Cybersyn, c’est par la force des choses que le systĂšme a aussi Ă©tĂ© utilisĂ© comme un outil de contrĂŽle, en particulier lorsque les tensions existaient entre les difficultĂ©s d’investissement locales et les rendements attendus au niveau national. En d’autres termes, il fallait aussi surveiller et contrĂŽler les remontĂ©es des donnĂ©es, lorsqu’elles n’étaient pas en phase avec la planification. Cet aspect technocratique a vite Ă©dulcorĂ© l’idĂ©e de la prise de dĂ©cision collective locale et de la participation socialiste, et a fini par classer Cybersyn au rang des systĂšmes de surveillance. Hermann Schwember, qui Ă©tait l’un des acteurs du projet est revenu sur ces questions l’annĂ©e du coup d’État de Pinochet et peu de temps aprĂšs. Hermann Schwember, « ConvivialitĂ© et socialisme », Esprit, juil. 1973, vol. 426, p. 39-66. Hermann Schwember, « Cybernetics in Government : Experience With New Tools for Management in Chile 1971-1973 », In : Hartmut Bossel (dir.), Concepts and Tools of Computer Based Policy Analysis, Basel, BirkhĂ€user – Springer Basel AG, 1977, vol.1, p. 79-138. Pour une histoire complĂšte, voir Eden Medina, Cybernetic Revolutionaries. Technology and Politics in Allende’s Chile, Boston, MIT Press, 2011. Et une section de mon ouvrage Christophe Masutti, Affaires privĂ©es. Aux sources du capitalisme de surveillance, Caen, C&F Éditions, 2020.↩
  49. Sam Dolgoff, « Modern Technology and Anarchism », Libertarian Labor Review, 1, 1986, p. 7‑12.↩
  50. Fred Turner, « Ne soyez pas malveillants. Utopies, frontiĂšres et brogrammers », Esprit, 434, mai 2019, URL.↩
  51. Association Autogestion, Autogestion. L’encyclopĂ©die internationale, Paris, Syllepse, 2019, vol. 1-11.↩

Khrys’presso du lundi 9 octobre 2023

Comme chaque lundi, un coup d’Ɠil dans le rĂ©troviseur pour dĂ©couvrir les informations que vous avez peut-ĂȘtre ratĂ©es la semaine derniĂšre.


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Spécial Palestine et Israël

La citation de la semaine

Spécial femmes dans le monde

Spécial France

Spécial femmes en France

Spécial médias et pouvoir

Spécial emmerdeurs irresponsables gérant comme des pieds (et à la néolibérale)

SpĂ©cial recul des droits et libertĂ©s, violences policiĂšres, montĂ©e de l’extrĂȘme-droite


Spécial procÚs du 8/12

Spécial résistances

Spécial GAFAM et cie

Les autres lectures de la semaine

Le livre de la semaine

  • Notre corps Nous mĂȘme (notrecorpsnousmemes.fr) Édition entiĂšrement rĂ©actualisĂ©e, Ă  mettre entre les mains de toutes <3

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Retrouvez les revues de web précédentes dans la catégorie Libre Veille du Framablog.

Les articles, commentaires et autres images qui composent ces « Khrys’presso » n’engagent que moi (Khrys).

Khrys’presso du lundi 2 octobre 2023

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Spécial Assange

  • Pour Julian Assange : un appel lancĂ© par Mediapart (blogs.mediapart.fr)

    Mediapart a pris l’initiative d’un appel pour Julian Assange, sous la forme d’une adresse au prĂ©sident des États-Unis d’AmĂ©rique, Joe Biden. Trois autres mĂ©dias europĂ©ens l’ont dĂ©jĂ  rejoint : Der Spiegel (Allemagne), Il Fatto Quotidiano (Italie) et InfoLibre (Espagne).

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Un créateur passe de DC (Comics) à DP (Domaine Public)

Bill Willingham, fort mĂ©content de son Ă©diteur DC Comics, dĂ©cide de porter toutes ses Fables dans le Domaine Public. Il s’en explique dans un communiquĂ© de presse du 14 septembre.

En Ă©dition, le modĂšle auquel nous sommes conformé·es, c’est qu’une personne qui souhaite avoir un revenu de sa plume confie le fruit de son labeur Ă  un tiers, l’éditeur, qui se chargera de le faire fructifier et qui reversera en Ă©change de cet accord encadrĂ© par contrat une partie des revenus gĂ©nĂ©rĂ©s Ă  l’artiste. C’est ce que le droit d’auteur standard dĂ©fend comme modĂšle.

Sauf que la rĂ©alitĂ© est bien loin de cette jolie fiction et les relations conflictuelles qui naissent au sein de l’industrie ne sont pas rares. Auteurs et autrices sont frĂ©quemment confronté·es Ă  des soucis avec leur « partenaire » : retards de paiements, mensonges sur les tirages, obfuscation des rĂ©sultats de vente, obligation de participation gratuite au marketing, non-respect des souhaits initiaux, abus au sein des clauses contractuelles.

Bref, il arrive que le capitalisme basĂ© sur la propriĂ©tĂ© intellectuelle ne puisse s’empĂȘcher de traiter auteurs et autrices comme tous ses fournisseurs : comme des quantitĂ©s nĂ©gligeables dont il faut extraire le plus de valeur possible tout en minimisant au maximum les contreparties, quitte Ă  profiter d’un rapport de force favorable pour ne pas honorer ses accords ou en le faisant de façon abusive. Et, comme le prouve l’histoire ci-dessous, la rĂ©action des artistes tend parfois Ă  la radicalitĂ©.

Nous ne pouvons dĂ©terminer exactement quelles seront les consĂ©quences juridiques (et pratiques quant Ă  l’usage de son univers) des dĂ©cisions de Bill Willingham, surtout qu’elles prennent place en milieu anglo-saxon oĂč la propriĂ©tĂ© intellectuelle ne relĂšve pas des mĂȘmes cadres juridiques qu’en France (soumise Ă  la convention de Berne), mais il nous semblait intĂ©ressant de traduire le billet oĂč il exprime son ras-le-bol et sa dĂ©cision d’autant plus surprenante qu’il s’est toujours considĂ©rĂ© comme un conservateur, politiquement parlant.

Vous trouverez au bas de cet article des liens qui exposent la situation des auteurs en France (spoiler alert : c’est pas brillant
).

— Yann Kervran

Publication originale : Willingham Sends Fables Into the Public Domain avec quelques éléments de cette auto-interview : More About Fables in the Public Domain

Traduction Framalang : goofy, Henri-Paul, JLuc, Julien / Sphinx

 

Bill Willingham élÚve Fables dans le domaine public

entre un lion et un lionceau, une jeune femme endormie, de nombreux papĂźllons bleu sur le fond orange. des "bulles" bleues portent les lettres du mot "Fables"

 

À compter du 15 septembre 2023, la propriĂ©tĂ© de la BD Fables, ce qui inclut tous les personnages et les sĂ©ries dĂ©rivĂ©es, entre dans le domaine public. Ce qui appartenait intĂ©gralement au seul Bill Willingham est dĂ©sormais la propriĂ©tĂ© de tout le monde et pour toujours. C’est chose faite et comme vous le diront la plupart des spĂ©cialistes, une fois que c’est fait, pas de retour en arriĂšre possible. Ce n’est ni possible ni envisageable.

— Pourquoi avoir fait ça ?

Pour plusieurs de raisons. VoilĂ  un certain temps que j’y rĂ©flĂ©chis. Donc, sans ordre particulier :

1. Sous l’angle pratique : quand j’ai signĂ© mon premier contrat d’édition en tant qu’auteur-crĂ©ateur avec DC Comics, l’entreprise Ă©tait dirigĂ©e par des hommes et des femmes honnĂȘtes et intĂšgres. La plupart interprĂ©taient les dĂ©tails du contrat de façon Ă©quitable et transparente. Il arrivait immanquablement que des problĂšmes apparaissent et nous rĂ©glions ça comme des femmes et des hommes raisonnables. Depuis lors, au cours d’une vingtaine d’annĂ©es Ă  peu prĂšs, ces personnes sont parties ou ont Ă©tĂ© virĂ©es pour ĂȘtre remplacĂ©es par un ballet renouvelĂ© d’inconnus sans intĂ©gritĂ© mesurable, qui dorĂ©navant choisissent d’interprĂ©ter chaque dĂ©tail du contrat dans le seul intĂ©rĂȘt de DC Comics et ses filiales. À une Ă©poque la propriĂ©tĂ© des Fables Ă©tait entre de bonnes mains, mais maintenant, avec l’usure et le remplacement des personnels, la propriĂ©tĂ© des Fables est tombĂ©e entre de mauvaises mains.

Comme je n’ai pas les moyens d’intenter un procĂšs Ă  DC Comics pour les contraindre Ă  respecter la lettre et l’esprit de nos accords de longue date, et puisque mĂȘme si je gagnais un procĂšs ça me coĂ»terait des sommes d’argent pharamineuses et des annĂ©es de ma vie (j’ai 67 ans donc pas d’annĂ©es Ă  perdre), j’ai dĂ©cidĂ© de suivre une autre voie et de combattre sur un autre front, inspirĂ© par les principes de la guerre asymĂ©trique.

J’ai choisi de l’offrir Ă  tout le monde. Si je n’ai pas pu empĂȘcher Fables de tomber entre de mauvaises mains, c’est au moins une façon de faire en sorte qu’elles tombent Ă©galement entre de nombreuses bonnes mains. Puisque je crois sincĂšrement qu’il y a encore davantage de bonnes personnes que de mauvaises dans le monde, je considĂšre cela comme une forme de victoire.

2. Sous l’angle philosophique : au cours de la derniĂšre dĂ©cennie, mes rĂ©flexions sur la maniĂšre de rĂ©former les lois sur les marques et le droit d’auteur dans ce pays (et dans d’autres, je suppose) ont subi une transformation radicale. Les lois actuelles sont un mĂ©li-mĂ©lo d’accords sous la table et contraires Ă  l’éthique visant Ă  maintenir les marques et les droits d’auteur entre les mains de grandes entreprises, qui peuvent largement se permettre d’acheter les rĂ©sultats qu’elles souhaitent.

Dans mon modĂšle idĂ©al de rĂ©forme radicale de ces lois, j’aimerais qu’une propriĂ©tĂ© intellectuelle soit la propriĂ©tĂ© de son crĂ©ateur d’origine pendant une pĂ©riode pouvant aller jusqu’à vingt ans Ă  compter de la premiĂšre publication, puis qu’elle tombe dans le domaine public pour que tous puissent l’utiliser. Cependant, Ă  tout moment avant l’expiration de cette pĂ©riode de vingt ans, vous, le propriĂ©taire de la propriĂ©tĂ© intellectuelle, pouvez la vendre Ă  une autre personne physique ou morale, qui peut en avoir l’usage exclusif pendant une durĂ©e maximale de dix ans. C’est ainsi maintenant et il ne peut alors pas ĂȘtre revendu. Cela entre dans le domaine public. Toute propriĂ©tĂ© intellectuelle peut-elle ĂȘtre conservĂ©e Ă  usage exclusif au maximum pendant une trentaine d’annĂ©es au maximum, et pas plus, sans exception.

Bien sĂ»r, si je dois croire Ă  des idĂ©es aussi radicales, quel genre d’hypocrite serais-je si je ne les mettais pas en pratique ? Fables est mon bĂ©bĂ© depuis une vingtaine d’annĂ©es maintenant. Il est temps de laisser tomber. C’est mon premier test de ce processus. Si cela fonctionne, et je ne vois aucune raison lĂ©gale pour laquelle cela ne fonctionnerait pas, d’autres propriĂ©tĂ©s viendront Ă  l’avenir. Étant donnĂ© que DC, ou tout autre personne morale, n’est pas rĂ©ellement propriĂ©taire de l’Ɠuvre, ils n’ont pas leur mot Ă  dire dans cette dĂ©cision.

— Qu’est-ce que DC Comics vous a fait au juste pour provoquer ça ?

Trop de choses pour les lister de maniĂšre exhaustive, mais voici les points essentiels. Pendant toutes ces annĂ©es oĂč j’ai Ă©tĂ© en affaires avec DC Comics, que ce soit avec Fables ou d’autres propriĂ©tĂ©s intellectuelles, DC a toujours violĂ© ses accords avec moi. En gĂ©nĂ©ral sur des points mineurs, comme d’oublier de me demander mon avis sur les artistes pour de nouvelles histoires, ou pour les images de couverture, les formats des nouvelles collections, etc.

À cette Ă©poque, quand on les appelait pour ça, ils rĂ©pondaient Ă  chaque fois : « DĂ©solĂ©, on vous a encore oubliĂ©, c’est passĂ© entre les mailles du filet. Ils ont utilisĂ© si souvent cette expression « passer entre les mailles » comme un automatisme que j’ai fini par leur interdire de l’employer encore. Ils sont souvent en retard pour la dĂ©claration des royalties et les sous-estiment souvent, ce qui me force Ă  les poursuivre pour qu’ils paient le reste de ce qu’ils me doivent.

DerniĂšrement, leurs pratiques sont devenues plus que pĂ©nibles, dĂ©bouchant sur une espĂšce de confrontation. Pour commencer, ils ont essayĂ© de m’extorquer la propriĂ©tĂ© de Fables. Lorsque Mark Doyle et Dan Didio (tout deux bons professionnels et licenciĂ©s par DC depuis) m’avaient approchĂ© avec le projet de republier Fables pour son 20e anniversaire, pendant les nĂ©gociations contractuelles pour ces nouvelles parutions, leurs nĂ©gociateurs juridiques ont tentĂ© d’imposer comme condition que le travail soit rĂ©alisĂ© comme prestataire1, transfĂ©rant de fait, et irrĂ©vocablement, la propriĂ©tĂ© Ă  DC.

Lorsque ça n’a pas fonctionnĂ©, leur excuse a Ă©té : « DĂ©solĂ©, nous n’avons pas lu votre contrat avant ces nĂ©gociations, nous pensions que nous en Ă©tions propriĂ©taires ».
Plus rĂ©cemment, lors de discussions pour tenter de rĂ©soudre ces diffĂ©rends, les personnes de DC ont admis que leur interprĂ©tation de notre accord de publication et de l’accord subsĂ©quent sur les droits des mĂ©dias, Ă©taient qu’ils pouvaient faire ce que bon leur semble avec cette propriĂ©tĂ© intellectuelle. Ils pourraient changer les histoires ou les personnages Ă  leur convenance. Ils n’auraient aucune obligation de protĂ©ger l’intĂ©gritĂ© et la valeur de la propriĂ©tĂ© intellectuelle, d’eux-mĂȘmes ou de parties tierces (Telltale Games par exemple) et qu’ils pourraient radicalement modifier les personnages, le cadre, le prologue de l’histoire (je suis tombĂ© sur le script (texte) qu’ils avaient essayĂ© de me cacher il y a quelques annĂ©es). Comme une telle licence d’utilisation n’avait pas Ă©tĂ© nĂ©gociĂ©e dans notre accord de publication initial, ils ne me devraient pas non plus d’argent s’ils fournissaient des droits d’usages de Fables Ă  de tierces parties.

Puis, aprĂšs avoir capitulĂ© sur certains points lors de rĂ©unions tĂ©lĂ©phoniques suivantes, promettant de me payer l’argent qu’ils me devaient pour avoir fourni une licence de Fables Ă  Telltale Games, dans le cadre de notre nouvel accord, ils sont revenus sur leur parole et m’ont proposĂ© de me payer le montant comme « honoraires de consultant », ce qui leur Ă©vitait d’admettre qu’ils me devaient cet argent, tout en incluant un accord de confidentialitĂ© m’empĂȘchant de dire quoi que ce soit de nĂ©gatif Ă  propos de Telltale ou de la licence.

On pourrait encore continuer longtemps ainsi. Il y a tant d’autres, mais comme je l’ai dit, il s’agit lĂ  de quelques points saillants. À ce moment-lĂ , comme je n’étais pas d’accord avec toutes leurs nouvelles interprĂ©tations de nos accords de longue date, nous Ă©tions en conflit. Ils m’ont pratiquement mis au dĂ©fi de les poursuivre en justice pour faire valoir mes droits, sachant que ce serait une procĂ©dure longue, dĂ©bilitante et coĂ»teuse. Au lieu de cela, j’ai commencĂ© Ă  envisager d’autres solutions.

— Êtes-vous inquiet de savoir ce que DC va faire maintenant ?

Non. Je leur ai donnĂ© des annĂ©es pour faire ce qu’il fallait. J’ai essayĂ© de les raisonner, mais on ne peut pas raisonner ceux qui ne sont pas raisonnables. Ils ont utilisĂ© ces annĂ©es pour faire des promesses lĂ©nifiantes, mentir sur leur volontĂ© de rĂ©soudre le problĂšme et faire traĂźner les choses le plus longtemps possible. Je leur ai donnĂ© l’occasion de renĂ©gocier les contrats de fond en comble, en formulant les choses sans ambiguĂŻtĂ©, et ils ont ignorĂ© cette offre. Je leur ai donnĂ© l’occasion, Ă  deux reprises, de simplement dĂ©chirer nos contrats et de nous sĂ©parer, mais ils ont ignorĂ© ces offres. J’ai essayĂ© de passer par-dessus leur tĂȘte, de traiter directement avec leurs nouveaux maĂźtres et peut-ĂȘtre de trouver quelqu’un disposĂ© Ă  traiter de bonne foi, mais ils ont bloquĂ© toute tentative en ce sens. (Je vous mets au dĂ©fi d’essayer de demander Ă  n’importe quel responsable de DC Comics d’indiquer Ă  qui il rend compte dans la hiĂ©rarchie de l’entreprise). Quoi qu’il en soit, sans leur donner de dĂ©tails, je les ai prĂ©venus des mois Ă  l’avance que ce moment allait arriver. Je leur ai dit que ce que j’allais faire serait « à la fois lĂ©gal et Ă©thique ». Et maintenant, c’est arrivĂ©.

Notez que mes contrats avec DC Comics sont toujours en vigueur. Je n’ai rien fait pour les rompre et je ne peux pas y mettre fin unilatĂ©ralement. Je ne peux toujours pas publier les bandes dessinĂ©es Fables par l’intermĂ©diaire de quelqu’un d’autre que DC Comics. Je ne peux toujours pas autoriser un film Fables par l’intermĂ©diaire de quelqu’un d’autre que DC Comics. Je ne peux pas non plus concĂ©der de licence pour des jouets, des boĂźtes Ă  lunch ou quoi que ce soit d’autre. Ils doivent toujours me payer pour les livres qu’ils publient. Et je n’abandonne pas les autres sommes qu’ils me doivent. D’une maniĂšre ou d’une autre, j’ai l’intention d’obtenir mes 50 % de l’argent qu’ils me doivent depuis des annĂ©es pour le jeu Telltale et d’autres projets.

De toutes façons, les nouveaux propriĂ©taires Ă  100 % de Fables n’ont jamais signĂ© de tels contrats.

Pour le meilleur et pour le pire, DC et moi sommes enchaĂźnĂ©s par un mariage malheureux, peut-ĂȘtre pour toujours.
Mais pas vous.

Si ma comprĂ©hension de la loi est correcte (et je prĂ©fĂšre vous dire que la loi sur le copyright est un bazar, intentionnellement vague et trouble et qu’il n’y a pas deux avocats, mĂȘme ceux spĂ©cialisĂ©s sur les lois des marques et du copyright, qui tomberaient d’accord sur ces sujets), vous avez le droit de crĂ©er vos propres films, dessins animĂ©s Fables, de publier vos libres Fables, de fabriquer vos jouets Fables, de faire ce que bon vous semble avec cette propriĂ©tĂ©, car c’est de la vĂŽtre dont il s’agit.

Mark Buckingham est libre d’écrire sa propre version de Fables (et j’espĂšre de tout mon cƓur qu’il le fera). Steve Leialoha est libre d’écrire sa version de Fables (que j’aimerais beaucoup voir), etc. Vous n’avez pas besoin de ma permission (mais vous pouvez avoir mon aval ma bĂ©nĂ©diction, selon votre projet). Vous n’avez pas besoin de la permission de DC ou de qui que ce soit d’autres. Vous n’avez jamais signĂ© les accords que j’ai signĂ©s avec DC Comics.

Je possĂšde toujours 100 % de Fables. Mais maintenant, chaque homme, chaque femme et chaque enfant du monde, ainsi que tous ceux qui naĂźtront jusqu’à la fin des temps, possĂšdent Ă©galement 100 % de Fables. Ce n’est pas une propriĂ©tĂ© divisĂ©e entre nous tous, c’est une propriĂ©tĂ© multipliĂ©e Ă  l’infini entre nous tous. PlutĂŽt cool, non ? Chaque personne possĂšde Fables en totalitĂ© et peut dĂ©cider elle-mĂȘme de ce qu’elle veut en faire, le cas Ă©chĂ©ant. C’est un peu comme le miracle de la multiplication des pains et des poissons, mĂ©taphoriquement parlant, bien sĂ»r. Quel que soit le nombre de participants, il y en a assez pour tout le monde.

J’ai eu l’immense joie et le plaisir de vous proposer les rĂ©cits de Fables pendant les vingt derniĂšres annĂ©es. J’ai hĂąte de voir ce que vous allez en faire.

image de l'auteur : devant un monstre menaçant ses enfants (angle gauche), une créature féminine farouche(au centre) armée d'une longue épée lui dit que sur ce qu'elle a de plus sacré, elle vas le tailler en piÚces s'il a le le malheur de toucher un seul cheveu à sa progéniture (5 enfants effrayés dans l'angle droit)

Et maintenant ? Une affaire à suivre


La situation juridique est difficile Ă  dĂ©mĂȘler, comme le souligne cet article du magazine en ligne Comicsblog qui cite la rĂ©action de DC Comics :

« Le comics Fables et ses diffĂ©rents romans graphiques publiĂ©s chez DC Comics, de mĂȘme que les personnages, les histoires et les Ă©lĂ©ments qui les composent, sont la propriĂ©tĂ© de DC Comics et restent protĂ©gĂ©s par la loi des États-Unis sur le copyright et Ă  travers le monde, en accord avec les lois appliquĂ©es sur chaque territoire, et ne font pas partie des Ɠuvres tombĂ©es dans le domaine public.
DC conserve l’intĂ©gralitĂ© des droits et prendra les dĂ©cisions nĂ©cessaires pour protĂ©ger ses droits Ă  la propriĂ©tĂ© intellectuelle. »


Liens utiles sur la situation des auteurs en France :


Note :

IA gĂ©nĂ©ratives : la fin des exercices rĂ©dactionnels Ă  l’université ?

StĂ©phane Crozat est membre de Framasoft, auteur de « Traces » et de « Les libres », et surtout, enseignant Ă  l’UniversitĂ© de Technologie de CompiĂšgne (UTC). Il nous livre ci-dessous une rĂ©flexion personnelle – initialement publiĂ©e sur son blog – au sujet de l’usage des LLM (ChatGPT ou autre) dans les travaux des Ă©tudiant⋅es.

IA gĂ©nĂ©ratives : la fin des exercices rĂ©dactionnels Ă  l’université ?

visage de StĂ©phane CrozatEn dĂ©cembre 2022 le magazine États-unien The Atlantic titre : « The College Essay Is Dead » ( Marche, 2022 [1] ). L’auteur de l’article, Ă©crivain, attribue un B+ Ă  une rĂ©daction produite avec le LLM [2] GPT-3 dans le cadre du cours de Mike Sharples, enseignant en sciences humaines. J’ai moi mĂȘme attribuĂ© la note de 14/15 Ă  un exercice rĂ©dactionnel rĂ©alisĂ© avec ChatpGPT en fĂ©vrier 2023 Ă  l’UTC ( Turcs mĂ©caniques ou magie noire ? ). Une enseignante de philosophie lui a attribuĂ© une note de 11/20 au baccalaurĂ©at ( Lellouche, 2023 [3] ).

J’ai depuis observĂ© plusieurs cas de « triche » avec des LLM Ă  l’UTC en 2023.

Se pose donc la question de la réaction à court terme pour les enseignants concernant les exercices rédactionnels qui sont réalisés par les étudiants à distance.

Je parlerai de LLM

Je parlerai de LLM [2] dans cet article plutĂŽt que de ChatGPT.

ChatGPT est un outil de l’entreprise OpenIA basĂ© sur un LLM [2] Ă  vocation de conversation gĂ©nĂ©raliste (capable d’aborder n’importe quel sujet) et le premier Ă  avoir introduit une rupture d’usage dans ce domaine. Le problĂšme abordĂ© ici concerne bien cette classe d’outils, mais pas seulement ceux d’OpenIA : des outils concurrents existent Ă  prĂ©sent (certains pourront devenir plus puissants), des outils plus spĂ©cialisĂ©s existent (pour la traduction par exemple), d’autres sont probablement amenĂ©s Ă  voir le jour (orientĂ©s vers la production de textes universitaires, pourquoi pas ?).

On pourra lire, par exemple, Bortzmeyer, 2023 [4] ou Tiernan, 2020 [5] pour plus d’informations.

Je ne parlerai pas de


Les LLM [2] ne gĂ©nĂšrent pas que des textes Ă  la demande, ils gĂ©nĂšrent aussi de nombreuses opinions parmi les spĂ©cialistes et les usagers ; j’essaierai de me borner aux faits prĂ©sents, Ă  ce que l’on peut raisonnablement anticiper Ă  court terme (sans faire de science-fiction) et Ă  la seule question de l’évaluation en contexte pĂ©dagogique (mais je n’y arriverai pas totalement
).

Je ne parlerai donc pas :

  • des autres enjeux pĂ©dagogiques : quel est le rĂŽle de l’universitĂ© face au dĂ©veloppement des LLM ? doit-on former Ă  leurs usages ? les enseignants doivent-il utiliser des LLM eux-mĂȘmes ? est-ce que ça a du sens d’apprendre Ă  rĂ©diger Ă  l’ùre des LLM ?
  • des enjeux technico-fonctionnels : qu’est-ce que les LLM ne savent pas faire aujourd’hui ? qu’est-ce qu’on pense qu’ils ne seront jamais capables de faire ?
  • des enjeux politiques et Ă©thiques : est-ce un progrĂšs ? est-ce qu’on peut arrĂȘter le progrĂšs ? que penser de la dĂ©pendance croissante aux entreprises de la tech États-uniennes ? du dĂ©ploiement du capitalisme de surveillance ?
  • des enjeux socio-Ă©cologiques : Ă  quoi ça sert ? quels humains ça remplace ? quel est l’impact environnemental des LLM ?
  • des enjeux philosophiques : les LLM sont-ils neutres ? est-ce que ça dĂ©pend comment on s’en sert ? ou bien l’automatisation introduite change-t-elle radicalement notre rapport au langage et Ă  la raison ? complĂ©ter des textes en utilisant des fonctions statistiques, est-ce penser ? qu’est-ce que l’intelligence ?
  • des enjeux juridiques : est-ce que les LLM respectent le droit d’auteur ? un texte produit avec un LLM est-il une crĂ©ation originale ?
  • 


TL;DR

Cet article Ă©tant un peu long, cette page en propose un rĂ©sumĂ© (TL;DR signifiant : « Too Long ; Didn’t Read ») : RĂ©sumĂ© du prĂ©sent article.

Problématique et hypothÚse

Problématique

Peut-on continuer à faire faire des exercices rédactionnels « à la maison » comme avant ?

Sans statuer sur la dimension de rupture des LLM — est-ce une nouvelle Ă©volution liĂ©e au numĂ©rique qui percute le monde de la pĂ©dagogie, comme les moteurs de recherche ou WikipĂ©dia avant elle, ou bien une rĂ©volution qui va changer radicalement les rĂšgles du jeu — il parait nĂ©cessaire de rĂ©interroger nos pratiques : « sans sombrer dans le catastrophisme, il serait tout aussi idiot de ne pas envisager que nous sommes une nouvelle fois devant un changement absolument majeur de notre maniĂšre d’enseigner, de transmettre, et d’interagir dans un cadre Ă©ducatif, a fortiori lorsque celui-ci est asynchrone et/ou Ă  distance. ( Ertzscheid, 2023 [6]) »

HypothĂšse

L’automatisation permise par les LLM rend raisonnable une triche automatisĂ©e dont le rapport coĂ»t/bĂ©nĂ©fice est beaucoup plus avantageux qu’une triche manuelle.

De nombreux modules universitaires comportent des exercices rĂ©dactionnels Ă  rĂ©aliser chez soi. Ces travaux sont gĂ©nĂ©ralement Ă©valuĂ©s et cette Ă©valuation compte pour la validation du module et donc in fine, pour l’attribution d’un diplĂŽme.

  • Dans certains contextes, il n’y a pas d’évaluation en prĂ©sentiel sans ordinateur et donc la totalitĂ© de la note peut bĂ©nĂ©ficier d’une « aide extĂ©rieure ».
  • Souvent Ă  l’universitĂ© la prĂ©sence et/ou la participation effective des Ă©tudiants lors des cours et TD n’est pas elle-mĂȘme Ă©valuĂ©e, et parfois il n’y a pas d’examen classique, en consĂ©quence un Ă©tudiant a la possibilitĂ© de valider un cours sans y assister en produisant des rendus Ă©crits qualitatifs Ă  domicile.

Cette situation prĂ©-existe Ă  l’arrivĂ©e des LLM, mais nous faisons l’hypothĂšse suivante :

  • sans LLM il reste un travail significatif pour se faire aider par un humain ou copier des contenus glanĂ©s sur le Web ;
  • sans LLM il reste un risque important d’une production de qualitĂ© insuffisante (l’humain qui a aidĂ© ou fait Ă  la place n’est pas assez compĂ©tent, les contenus Web copiĂ©s ont Ă©tĂ© mal sĂ©lectionnĂ©s, ou mal reformulĂ©s, etc.) ;
  • avec un LMM il est possible de produire un Ă©crit standard sans aucun effort, pour exemple la copie de philo Ă©valuĂ©e Ă  11 a Ă©tĂ© produite en 1,5 minute ( Lellouche, 2023 [3]).

Triche ?

J’utilise le terme de triche car si la consigne est de produire un texte original soi-mĂȘme alors le faire produire par un tiers est de la triche. L’existence d’un moyen simple pour rĂ©aliser un exercice n’est pas en soi une autorisation Ă  l’utiliser dans un contexte d’apprentissage. C’est similaire Ă  ce qu’on peut trouver dans un contexte sportif par exemple, si vous faites une course Ă  vĂ©lo, vous ne devez pas ĂȘtre aidĂ© d’un moteur Ă©lectrique.

LLM et moteurs de recherche : différence de degré ou de nature ?

J’écrivais en 2015 Ă  propos de l’usage des moteurs de recherche ( Le syndrome de la BibliothĂšque de Babel) : « La question intĂ©ressante qui se pose aux pĂ©dagogues n’est tant de savoir si l’élĂšve va copier ou pas, s’il va « tricher ». La question est de savoir comment maintenir un travail d’élaboration d’une dĂ©marche et de production sensĂ©ment originale et personnelle qui repose explicitement sur une recherche – donc une recherche sur le web – alors que la rĂ©ponse Ă  la question posĂ©e s’invite sur l’écran, formulĂ©e trĂšs exactement telle qu’attendue. C’est Ă  peine une simplification en l’espĂšce de dire que la rĂ©ponse a Ă©tĂ© jointe Ă  la question, par celui mĂȘme qui a posĂ© cette question. »

Les LLM font sauter cette barriĂšre : lĂ  oĂč les moteurs de recherche permettaient une rĂ©ponse facile Ă  une question rĂ©currente, les LLM permettent une rĂ©ponse immĂ©diate Ă  une question originale.

L’évaluation de tout travail avec un ordinateur

Notons que le problĂšme se pose pour tous les travaux rĂ©dactionnels avec ordinateur, mĂȘme en prĂ©sentiel ou en synchrone. En effet dĂšs lors que l’on veut que nos exercices s’appuient sur un accĂšs Ă  un traitement de texte, des recherches Web ou d’autres outils numĂ©riques, alors ils ouvrent l’accĂšs aux LLM.

Il existe des solutions humaines ou techniques de surveillance des examens pour ouvrir l’accĂšs Ă  certains outils seulement, mais d’une part elles posent des problĂšmes pratiques, Ă©thiques et juridiques, et d’autre part les LLM s’introduisent progressivement au sein des autres outils, ainsi par exemple le moteur de recherche.

Les LLM et les étudiants

Les LLM sont utilisés par les étudiants

Lors de mes cours du semestre dernier (mars Ă  juillet 2023), j’ai rencontrĂ© plusieurs cas d’usage de LLM.

  • Ces cas s’apparentent Ă  de la triche.
  • Les Ă©tudiants n’ont pas facilement admis leur usage (allant dans certains cas jusqu’à nier des Ă©vidences).
  • Ce sont des cas d’usages stupides de la part des Ă©tudiants, car non nĂ©cessaires pour la validation du cours, sans intĂ©rĂȘt du point de vue pĂ©dagogique, et facilement dĂ©tectables.

On peut retenir les arguments principaux revendiqués par les étudiants :

  • Le gain de temps (mĂȘme si je sais faire, « flemme » ou « retard »).
  • La nĂ©cessitĂ© de ne pas Ă©chouer et la peur d’ĂȘtre pĂ©nalisĂ© sur le niveau d’expression Ă©crite.
  • Le fait de ne pas ĂȘtre « sĂ»r » de tricher (ce n’est pas explicitement interdit).

Des Ă©tudiants qui n’utilisent pas encore les LLM pour les exercices rĂ©dactionnels les utilisent plus facilement pour la traduction automatique.

UTC : Un premier étudiant utilise ChatGPT (IS03)

Au sein du cours de l’UTC IS03 («  Low-technicisation et numĂ©rique »), les Ă©tudiants doivent rĂ©aliser des notes de lecture sur la base d’articles scientifiques. Un Ă©tudiant Ă©tranger non-francophone utilise grossiĂšrement un LLM (probablement ChatGPT) pour produire en une semaine le rĂ©sumĂ© de plusieurs dizaines de pages de lectures d’articles scientifiques difficiles et de rapports longs. J’avais donnĂ© une liste de plusieurs lectures possibles, mais n’attendais Ă©videmment des notes que concernant un ou deux documents.

Il faut plusieurs minutes de discussion pour qu’il reconnaisse ne pas ĂȘtre l’auteur des notes. Mon premier argument Ă©tant sur le niveau de langue obtenue (aucune faute, trĂšs bonne expression
) l’étudiant commencera par reconnaĂźtre qu’il utilise des LLM pour corriger son français (on verra que cette « excuse » sera souvent mobilisĂ©e). Sur le volume de travail fournit, il reconnaĂźt alors utiliser des LLM pour « rĂ©sumer ».

In fine, il se justifiera en affirmant qu’il n’a pas utilisĂ© ChatGPT mais d’autres outils (ce qui est trĂšs probablement faux, mais en l’espĂšce n’a pas beaucoup d’importance).

C’était un cas tout Ă  fait « stupide », l’étudiant avait produit des notes sur prĂšs d’une dizaine de rapports et articles, sous-tendant plusieurs heures de lectures scientifiques et autant de rĂ©sumĂ©s, et avait produit des Ă©noncĂ©s sans aucune faute, tout cela en maĂźtrisant mal le français.

UTC : 6 cas identifiĂ©s lors de l’Api Libre Culture

Une ActivitĂ© PĂ©dagogique d’Intersemestre (Api) est un cours que les Ă©tudiants choisissent au lieu de partir en vacances, en gĂ©nĂ©ral par intĂ©rĂȘt, dont les conditions d’obtention sont faciles : les Ă©tudiants sont en mode stage pendant une semaine (ils ne suivent que l’Api) et leur prĂ©sence rĂ©guliĂšre suffit en gĂ©nĂ©ral pour valider le cours et obtenir les 2 crĂ©dits ECTS associĂ©s. Un devoir individuel Ă©tait Ă  rĂ©aliser sur machine pour clĂŽturer l’Api Libre Culture de juillet 2023. Il consistait essentiellement en un retour personnel sur la semaine de formation.

Lors de ce devoir de fin d’Api, 6 Ă©tudiantes et Ă©tudiants (parmi 20 participants en tout) ont mobilisĂ© de façon facilement visible un LLM (ChatGPT ou un autre). Pour 4 d’entre eux c’était un usage partiel (groupe 1), pour 2 d’entre eux un usage massif pour rĂ©pondre Ă  certaines questions (groupe 2). J’ai communiquĂ© avec ces 6 personnes par mail.

3 des Ă©tudiants du groupe 1 ont avouĂ© spontanĂ©ment, en s’excusant, conscients donc d’avoir certainement transgressĂ© les rĂšgles de l’examen. La 4e personne a reconnu les faits aprĂšs que j’ai insistĂ© (envoi d’un second mail en rĂ©ponse Ă  un premier mail de dĂ©ni).

Pour les 2 étudiants du groupe 2 :

  • le premier n’a reconnu les faits qu’aprĂšs plusieurs mails et que je lui aie montrĂ© l’historique d’un pad (traitement de texte en ligne) qui comportait un copie/coller Ă©vident de ChatGPT.
  • le second, Ă©tudiant Ă©tranger parlant trĂšs bien français, n’a jamais vraiment reconnu les faits, s’en tenant Ă  un usage partiel « pour s’aider en français » (loin de ce que j’ai constatĂ©).

À noter qu’aucun Ă©tudiant ne niait avoir utilisĂ© un LLM, leur dĂ©fense Ă©tait un usage non dĂ©terminant pour s’aider Ă  formuler des choses qu’ils avaient produites eux-mĂȘmes.

Pour les deux Ă©tudiants du groupe 2, j’ai dĂ©cidĂ© de ne pas valider l’Api, ils n’ont donc pas eu les crĂ©dits qu’ils auraient eu facilement en me rendant un travail de leur fait, mĂȘme de faible niveau. Ils n’ont pas contestĂ© ma dĂ©cision, l’un des deux prĂ©cisera mĂȘme : « d’autant plus que j’ai dĂ©jĂ  les compĂ©tences du fait du cours suivi dans un semestre prĂ©cĂ©dent ».

Un étudiant en Nouvelle-Zélande reconnaßt utiliser ChatGPT

« In May, a student in New Zealand confessed to using AI to write their papers, justifying it as a tool like Grammarly or spell-check : “I have the knowledge, I have the lived experience, I’m a good student, I go to all the tutorials and I go to all the lectures and I read everything we have to read but I kind of felt I was being penalised because I don’t write eloquently and I didn’t feel that was right,” they told a student paper in Christchurch. They don’t feel like they’re cheating, because the student guidelines at their university state only that you’re not allowed to get somebody else to do your work for you. GPT-3 isn’t “somebody else”—it’s a program. » ( Marche, 2022 [1] )

On note les deux arguments principaux produits :

  • je l’utilise car je ne suis pas trĂšs fort Ă  l’écrit et je ne trouve pas normal que cela ma pĂ©nalise ;
  • ce n’est pas clairement interdit Ă  l’universitĂ©.

J’ai interviewĂ© des collĂ©giens et lycĂ©ens

  • ChatGPT est dĂ©jĂ  utilisĂ© au collĂšge et au lycĂ©e : surtout par les « mauvais » Ă©lĂšves (selon les bons Ă©lĂšves)

  • 
et par les bons Ă©lĂšves occasionnellement, mais pour une « bonne raison » : manque de temps, difficultĂ©s rencontrĂ©es, etc.
  • Des outils d’IA dĂ©diĂ©s Ă  la traduction sont plus largement utilisĂ©s, y compris par les bons Ă©lĂšves.
  • À l’école « l’échec c’est mal » donc le plus important est de rendre un bon devoir (voire un devoir parfait).

Interviews de 6 collégiens et lycéens à propos des LLM

Les LLM sont capables d’avoir de bonnes notes

A Ă  un exercice rĂ©dactionnel Ă  l’UTC

Cet article fait suite Ă  «  Turcs mĂ©caniques ou magie noire ? » un autre article Ă©crit en janvier sur la base d’un test de ChatGPT Ă  qui j’avais fait passer un de mes examens. Pour mĂ©moire ChatGPT obtenait selon ma correction 14/15 Ă  cet examen second, Ă©galitĂ© donc avec les meilleurs Ă©tudiants du cours.

B+ à un exercice rédactionnel en Grande-Bretagne

En mai 2022, Mike Sharples utilise le LLM [2] GPT-3 pour produire une rĂ©daction dans le cadre de son cours de pĂ©dagogie ( Sharples, 2022 [7] ). Il estime qu’un Ă©tudiant qui aurait produit ce rĂ©sultat aurait validĂ© son cours. Il en conclut que les LLM sont capables de produire des travaux rĂ©dactionnels du niveau attendu des Ă©tudiants et qu’il faut revoir nos façons d’évaluer (et mĂȘme, selon lui, nos façons d’enseigner).

Le journaliste et Ă©crivain qui rapport l’expĂ©rience dans The Antlantic attribue un B+ Ă  la rĂ©daction mise Ă  disposition par Mike Sharples ( Marche, 2022 [1] ).

11 au bac de philo

ChatGPT s’est vu attribuĂ© la note de 11/20 par une correctrice (qui savait qu’elle corrigeait le produit d’une IA) au bac de philosophie 2023. Le protocole n’est pas rigoureux, mais le plus important, comme le note l’article de Numerama ( Lellouche, 2023 [3] ) c’est que le texte produit est loin d’ĂȘtre nul, alors mĂȘme que le LLM n’est pas spĂ©cifiquement programmĂ© pour cet exercice. Un « GPTphilo » aurait indubitablement obtenu une meilleure note, et la version 2024 aura progressĂ©. Probablement pas assez pour ĂȘtre capable de rĂ©aliser de vraie productions de philosophe, mais certainement assez pour ĂȘtre capable de rendre caduque un tel exercice d’évaluation (s’il Ă©tait rĂ©alisĂ© Ă  distance avec un ordinateur).

66 % de rĂ©ussite dans le cadre d’une Ă©tude comparative

Farazouli et al. ( 2023 [8] ) ont menĂ© un travail plus rigoureux pour Ă©valuer dans quelle mesure ChatGPT est capable de rĂ©ussir dans le cadre de travaux rĂ©alisĂ©s Ă  la maison, et quelles consĂ©quences cela a sur les pratiques d’évaluation. 22 enseignants ont eu Ă  corriger 6 copies dont 3 Ă©taient des copies ChatGPT et 3 des copies d’étudiants ayant prĂ©alablement obtenu les notes A, C et E (pour 4 de ces enseignants, ils n’avaient que 5 copies dont 2 Ă©crites avec ChatGPT).

« ChatGPT achieved a high passing grade rate of more than 66 % in home examination questions in the fields of humanities, social sciences and law. »

Dont :

  • 1 travail notĂ© A sans suspicion que c’était une copie ChatGPT ;
  • 4 rendus notĂ©s B, dont 1 seul Ă©tait suspectĂ© d’avoir Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© avec ChatGPT.

On observe des disparités assez importantes en fonction des domaines :

Les notes obtenues par ChatGPT ont été meilleures en philosophie et en sociologie et moins bonnes en droits et en éducation
F E D C B A
Philosophie 3 2 7 6 3 0
Droit 9 4 0 2 0 0
Sociologie 6 6 1 1 3 1
Éducation 5 2 0 1 0 0

Remarque

On observe une grande disparitĂ© dans les Ă©valuations d’un mĂȘme travail (humain ou ChatGPT) par des Ă©valuateurs diffĂ©rents (de F Ă  A), ce qui interroge sur le protocole suivi et/ou sur la nature mĂȘme de l’évaluation.

Corriger c’était dĂ©jĂ  chiant


La plupart des enseignants s’accordent sur le fait que le plus ennuyeux dans leur mĂ©tier est la correction des travaux Ă©tudiants. Savoir que l’on corrige potentiellement des travaux qui n’ont mĂȘme pas Ă©tĂ© produits par les Ă©tudiants est tout Ă  fait dĂ©mobilisant


« La question c’est celle d’une dilution exponentielle des heuristiques de preuve. Celle d’une loi de Brandolini dans laquelle toute production sĂ©miotique, par ses conditions de production mĂȘme (ces derniĂšres Ă©tant par ailleurs souvent dissimulĂ©es ou indiscernables), poserait la question de l’énergie nĂ©cessaire Ă  sa rĂ©futation ou Ă  l’établissement de ses propres heuristiques de preuve. » ( Ertzscheid, 2023 [6] ).

Il est coûteux pour un évaluateur de détecter du ChatGPT

Prenons un exemple, Devereaux ( 2023 [9] ) nous dit qu’il devrait ĂȘtre facile pour un Ă©valuateur de savoir si une source existe ou non. Il prend cet exemple car ChatGPT produit des rĂ©fĂ©rences bibliographiques imaginaires.

  1. C’est en effet possible, mais ce n’est pas « facile », au sens oĂč si vous avez beaucoup de rĂ©dactions avec beaucoup de rĂ©fĂ©rences Ă  lire, cela demande un travail important et a priori inutile ; lors de la correction de l’exercice de ChatGPT ( Turcs mĂ©caniques ou magie noire ?), je me suis moi-mĂȘme « fait avoir » y compris avec un auteur que je connaissais trĂšs bien : je ne connaissais pas les ouvrages mentionnĂ©s, mais les titres et co-auteurs Ă©tait crĂ©dibles (et l’auteur prolifique !).
  2. C’est aussi un bon exemple de limite conjoncturelle de l’outil, il paraĂźt informatiquement assez facile de coupler un LLM avec des bases de donnĂ©es bibliographiques pour produire des rĂ©fĂ©rences Ă  des sources qui soient existantes. La dĂ©tection ne supposera pas seulement de vĂ©rifier que la rĂ©fĂ©rence existe mais qu’on soit capable de dire Ă  quel point elle est utilisĂ©e Ă  propos. Le correcteur se retrouve alors plus proche d’une posture de rĂ©vision d’article scientifique, ce qui suppose un travail beaucoup plus important, de plusieurs heures contre plusieurs minutes pour la correction d’un travail d’étudiant.

À quoi sert la rĂ©daction Ă  l’école ?

À quoi sert la rĂ©daction Ă  l’école ?

L’exercice rĂ©dactionnel est un moyen pour faire travailler un contenu, mais c’est surtout un moyen pour les Ă©tudiants d’apprendre Ă  travailler leur raisonnement.

On peut penser que la gĂ©nĂ©ralisation de l’usage de LLM conduise Ă  la perte de compĂ©tences Ă  l’écrit, mais surtout Ă  la perte de capacitĂ©s de raisonnement, pour lesquelles l’écrit est un mode d’entraĂźnement

Pourquoi faire écrire ?

Bret Devereaux ( 2023 [9] ) s’est posĂ© la mĂȘme question — Ă  quoi sert un exercice rĂ©dactionnel ( « teaching essay ») — dans le mĂȘme contexte de l’arrivĂ©e de ChatGPT ? Il propose trois fonctions pour cet exercice.

  1. L’exercice est un moyen pour travailler (chercher, lire, explorer, Ă©tudier
) un contenu tiers (histoire, idĂ©e
) : l’usage de ChatGPT rend l’exercice totalement inutile, mais on peut assez facilement imaginer d’autres façon de faire travailler le contenu.
  2. L’exercice est un moyen d’apprendre Ă  faire des rĂ©dactions : l’usage de ChatGPT rend aussi l’exercice inutile, mais une part importante des Ă©tudiants n’aura plus Ă  produire de rĂ©daction en dehors de l’école.
  3. L’exercice est un moyen d’apprendre Ă  mettre en forme des idĂ©es par Ă©crit. Ici encore l’usage de ChatGPT rend l’exercice inutile, puisque bien entendu, le rĂ©sultat final obtenu n’a aucune importance (le contenu sera dĂ©truit aprĂšs usage), et que seul compte le processus suivi (analyse des idĂ©es, organisation
). On peut considĂ©rer que l’usage d’un LLM est ici plus dommageable en ce sens qu’apprendre Ă  penser via l’exercice rĂ©dactionnel est un processus d’apprentissage assez fondamental.

Exemple

Un Ă©tudiant qui a utilisĂ© ChatGPT pour un exercice rĂ©dactionnel Ă  l’UTC m’a transmis un de ses exemples d’usage, pour me montrer qu’il n’avait pas « triché » puisque le contenu venait de lui.

Il a ainsi donnĂ© en entrĂ©e Ă  ChatGPT le texte suivant : « Le droit d’auteur, est une licence qui protĂšge les Ɠuvres artistiques et intellectuelles, genre les bouquins, les musiques, les films ou les tableaux. Ça donne aux crĂ©ateurs le pouvoir de dĂ©cider comment on peut utiliser, copier ou diffuser leur travail, et ça leur assure d’ĂȘtre reconnus comme ceux qui l’ont créé. »

Si l’on demande une reformulation Ă  ChatGPT on obtient : « Le droit d’auteur est une forme de protection lĂ©gale qui s’applique aux Ɠuvres artistiques et intellectuelles, telles que les livres, la musique, les films et les Ɠuvres d’art. Il accorde aux crĂ©ateurs le pouvoir de contrĂŽler l’utilisation, la reproduction et la diffusion de leur travail, tout en garantissant qu’ils soient reconnus en tant que crĂ©ateurs de ces Ɠuvres. »

On observe une correction de style, mais aussi une correction de fond. Le droit d’auteur n’est pas une « licence » (cette phrase n’a pas de sens) comme l’écrit l’étudiant, mais bien « une forme de protection lĂ©gale » . En outre le mĂȘme texte Ă©crit avec beaucoup de fautes ressortira parfaitement Ă©crit en français (l’étudiant qui m’écrivait avait certainement dĂ©jĂ  corrigĂ© prĂ©alablement son texte car le mail qui l’accompagnait comportait beaucoup de fautes d’orthographe et de formulation).

Si ChatGPT peut l’écrire, ça ne sert Ă  rien ?

Un argument que produit Bret Devereaux et pas mal d’autres commentateurs devant les rĂ©sultats obtenus par ChatGPT est le suivant : si une machine y arrive c’est que l’exercice est sans intĂ©rĂȘt. « If your essay prompt can be successfully answered using nothing but vague ChatGPT generated platitudes, it is a bad prompt » ( Devereaux, 2023 [9] ).

C’est discutable :

  • Cette assertion suppose que l’exercice n’avait pas de sens en soi, mĂȘme s’il Ă©tait pratiquĂ© avec intĂ©rĂȘt avant, et la preuve qui est donnĂ©e est qu’une machine peut le faire. On peut faire l’analogie avec le fait de s’entraĂźner Ă  faire de la course Ă  pied Ă  l’ùre de la voiture (des arts martiaux Ă  l’ùre du fusil, du jardinage Ă  l’ùre de l’agriculture industrielle, etc.), ce n’est pas parce qu’une machine peut rĂ©aliser une tĂąche qu’il est inutile pour un humain de s’entraĂźner Ă  la rĂ©aliser.
  • Farazouli et al. ( 2023 [8]) relĂšvent que les qualitĂ©s mise en avant par les Ă©valuateurs aprĂšs correction de copies produites par ChatGPT Ă©taient notamment : la qualitĂ© du langage, la cohĂ©rence, et la crĂ©ativitĂ©. Dans certains contextes les productions de ChatGPT ne sont donc pas Ă©valuĂ©es comme mĂ©diocres.

Ce que ChatGPT ne fait pas bien

À l’inverse Farazouli et al. ( 2023 [8] ) ont identifiĂ© des lacunes dans l’argumentation, le manque de rĂ©fĂ©rences au cours et au contraire la prĂ©sence de contenus extĂ©rieurs au cours.

La faiblesse argumentative est peut-ĂȘtre un dĂ©faut intrinsĂšque au sens oĂč la mĂ©canique statistique des LLM ne serait pas capable de simuler certains raisonnements. En revanche on note que le manque de rĂ©fĂ©rences au cours et la prĂ©sence de rĂ©fĂ©rences extĂ©rieures est discutable (ça peut rester un moyen de dĂ©tecter, mais c’est un assez mauvais objectif en soi).

  • En premier cycle universitaire on ne souhaite pas en gĂ©nĂ©ral cette relation Ă©troite au cours (il existe plusieurs approches, et un Ă©tudiant qui ferait le travail par lui-mĂȘme serait tout Ă  fait dans son rĂŽle).
  • En second cycle, cela peut ĂȘtre le cas lorsque le cours porte sur un domaine en lien avec la recherche de l’enseignant typiquement. Mais la recherche est en gĂ©nĂ©ral publiĂ©e et le LLM peut tout Ă  fait ĂȘtre entraĂźnĂ© sur ces donnĂ©es et donc « connaĂźtre » ce domaine.

À quoi servent les Ă©valuations Ă  l’école ?

L’évaluation joue un double rĂŽle : l’évaluation formative sert Ă  guider l’apprenant (elle a vocation Ă  lui rendre service), tandis que l’évaluation sommative joue un rĂŽle de certification (elle a vocation Ă  rendre service Ă  un tiers).

Or on est souvent en situation de confusion de ces deux fonctions et cela conduit l’apprenant Ă  se comporter comme s’il Ă©tait en situation d’évaluation sommative et Ă  chercher Ă  maximiser ses rĂ©sultats.

On note en particulier :

  • la fonction de classement entre les Ă©lĂšves des notes ;
  • la confusion entre l’exercice rĂ©dactionnel comme moyen (c’est le processus qui compte) ou comme fin (c’est le rĂ©sultat qui compte).

Certifier ou réguler ? (confusion des temps)

L’évaluation peut poursuivre trois fonctions ( Hadji, 1989 [10]) :

  • Certifier (Ă©valuation sommative) afin de statuer sur les acquis, valider un module de cours, dĂ©livrer un diplĂŽme ; cette Ă©valuation se situe aprĂšs la formation.
  • RĂ©guler (Ă©valuation formative) afin de guider l’apprenant dans son processus d’apprentissage ; cette Ă©valuation se situe pendant la formation.
  • Orienter (Ă©valuation diagnostique) afin d’aider Ă  choisir les modalitĂ©s d’étude les plus appropriĂ©es en fonction des intĂ©rĂȘts, des aptitudes et de l’acquisition des prĂ©-requis ; cette Ă©valuation se situe avant la formation (et en cela l’évaluation diagnostique se distingue bien de l’évaluation sommative en ce qu’elle se place avant la formation du point de vue de l’évaluateur).

« L’évaluation survient souvent Ă  un moment trop prĂ©coce par rapport au processus d’apprentissage en cours ( Astofi, 1992 [11]) ».

C’est un dĂ©faut du contrĂŽle continu, arrivant tĂŽt, dĂšs le dĂ©but du cours mĂȘme, il nous place d’emblĂ©e en posture sommative. Celui qui ne sait pas encore faire est donc potentiellement stressĂ© par l’évaluation dont il refuse ou minore la dimension formative.

Entraßner ou arbitrer ? (confusion des rÎles)

« Les fonctions d’entraĂźneur et d’arbitre sont trop souvent confondues. C’est toujours celle d’entraĂźneur dont le poids est minorĂ©. ( Astofi, 1992 [11]) »

« Il reste Ă  articuler les deux logiques de l’évaluation, dont l’une exige la confiance alors que l’autre oppose Ă©valuateur et Ă©valuĂ© ( Perrenoud, 1997 [12]) ».

Cette confusion des temps entraĂźne une confusion des rĂŽles : l’enseignant est toujours de fait un certificateur, celui qui permet la validation du cours, la poursuite des Ă©tudes, l’orientation


Se faire confiance

La question de la confiance au sein de la relation apprenant-enseignant était également relevée par Farazouli et al. ( 2023 [8] ) qui insistait sur la dégradation potentielle introduite par les LLM :

« The presence of AI chatbots may prompt teachers to ask “who has written the text ?” and thereby question students’ authorship, potentially reinforcing mistrust at the core of teacher–student relationship »

Évaluation des compĂ©tences

Philippe Perrenoud ( 1997 [12]) dĂ©fend une approche par compĂ©tences qui s’écarte d’une « comparaison entre les Ă©lĂšves » pour se diriger vers une comparaison entre « ce que l’élĂšve a fait, et qu’il ferait s’il Ă©tait plus compĂ©tent ». L’auteur souligne que ce systĂšme est moins simple et moins Ă©conomique : « l’évaluation par les compĂ©tences ne peut qu’ĂȘtre complexe, personnalisĂ©e, imbriquĂ©e au travail de formation proprement dit ». Il faut, nous dit-il, renoncer Ă  organiser un « examen de compĂ©tence en plaçant tous les concurrents sur la mĂȘme ligne ».
Cet Ă©loignement Ă  la fonction de classement est intĂ©ressante Ă  interroger. La fonction de classement des Ă©valuations n’est pas, en gĂ©nĂ©ral, revendiquĂ©e comme telle, mais elle persiste Ă  travers les notes (A, B, C, D, E), la courbe de Gauss attendue de la rĂ©partition de ces notes, le taux de rĂ©ussite, d’échec, de A. Ces notes ont Ă©galement une fonction de classement pour l’accĂšs Ă  des semestres d’étude Ă  l’étranger par exemple, ou pour des stages.

Il ne s’agit donc pas seulement de la fonction formative et de l’apprenant face à sa note.

La tĂąche n’est qu’un prĂ©texte

« La tĂąche n’est qu’un prĂ©texte », nous rappelle Philippe Meirieu ( Meirieu, 2004 [13]), pour s’exercer en situation d’apprentissage ou pour vĂ©rifier qu’on a acquis certaines habiletĂ©s.

Il est déterminant de différencier les deux situations :

  • dans le premier cas on peut travailler Ă  apprendre avec l’apprenant sans se focaliser sur ce qu’on produit ;
  • dans le second, en revanche, cas l’énergie de l’apprenant est concentrĂ©e sur le rĂ©sultat, il cherche Ă  se conformer aux attentes de l’évaluation.

On oublie que la tĂąche n’est qu’un prĂ©texte, le « livrable » qu’on demande est un outil et non un objectif, dans l’immense majoritĂ© des cas la dissertation ne sera pas lue pour ce qu’elle raconte, mais uniquement pour produire une Ă©valuation. La rĂ©solution du problĂšme de mathĂ©matique ou le compte-rendu d’expĂ©rience de chimie ne revĂȘt aucun intĂ©rĂȘt en soi, puisque, par construction, le lecteur connaĂźt dĂ©jĂ  la rĂ©ponse. C’est Ă  la fois une Ă©vidence et quelque chose que le processus Ă©valuatif fait oublier, et in fine, c’est bien au rĂ©sultat qui est produit que l’étudiant, comme souvent l’enseignant, prĂȘte attention, plutĂŽt qu’au processus d’apprentissage.

Évaluation des moyens mis en Ɠuvre et non d’un niveau atteint

À travers l’étude des travaux de Joseph Jacotot, Jacques RanciĂšre ( 1987 [14]) propose que ce qui compte n’est pas ce qu’on apprend mais le fait qu’on apprenne et qu’on sache que l’on peut apprendre, avec sa propre intelligence. Le « maĂźtre ignorant » n’est pas celui qui transmet le savoir, il est celui qui provoque l’engagement de l’apprenant, qui s’assure qu’il y a engagement. Selon ce dispositif, la notion mĂȘme d’évaluation sommative n’est pas possible, puisque le maĂźtre est ignorant de ce que l’élĂšve apprend (Jacotot enseigne ainsi les mathĂ©matiques ou la musique dont il n’a pas la connaissance).

Cette approche pourrait inspirer Ă  l’évaluation un rĂŽle de suivi de l’engagement (prĂ©sence, travail
) dĂ©corrĂ©lĂ© de toute Ă©valuation de rĂ©sultat : prĂ©sence et participation en cours et en TD. Notons que le systĂšme ECTS [15] est dĂ©jĂ  basĂ© sur une charge de travail requise (25 Ă  30 heures pour 1 crĂ©dit).

Remise en question de l’évaluation sommative

L’évaluation via des examens et des notes est un processus peu fiable, en tĂ©moignent les variations que l’on observe entre diffĂ©rents Ă©valuateurs, et les variations dans le temps observĂ©es auprĂšs d’un mĂȘme Ă©valuateur ( Hadji, 1989 [10]). On peut donc minorer l’importance de la fonction certifiante de certaines notes. Or les notes coĂ»tent cher Ă  produire par le temps et l’attention qu’elles exigent des enseignants et des apprenants.

On peut donc se poser la question du supprimer, ou diminuer, l’évaluation sommative. Cela pour une partie des enseignements au moins, quitte Ă  garder des espaces sommatifs pour rĂ©pondre Ă  des nĂ©cessitĂ©s de classement ou certification.

Qu’est-ce qu’on peut faire maintenant ?

  • Interdire l’usage des LLM par dĂ©faut dans le rĂšglement des Ă©tudes (en sachant que ça va devenir difficile d’identifier quand ils sont mobilisĂ©s) ?
  • Utiliser des moyens techniques de dĂ©tection de fraude (et entrer dans une « course Ă  l’armement ») ?
  • AmĂ©liorer nos exercices rĂ©dactionnel pour « échapper aux LLM » tout en restant en veille sur ce qu’ils savent adresser de nouveau ?
  • Renoncer aux travaux rĂ©dactionnels Ă©valuĂ©s Ă  la maison ?
  • Évaluer uniquement en fin de module, voire en dehors des modules et/ou procĂ©der Ă  des Ă©valuations de compĂ©tence individuelles ?
  • Organiser des Ă©valuations certifiantes en dehors des cours (Ă©valuation de compĂ©tences, examens transversaux
) ?
  • Diminuer la pression sur les Ă©tudiants et modifier le contrat pĂ©dagogique passĂ© avec eux ?
  • Simplifier la notation, ne conserver que les rĂ©sultats admis ou non admis, pour Ă©vacuer toute idĂ©e de classement ?
  • Passer d’une obligation de rĂ©sultat Ă  une obligation de moyen, c’est Ă  dire valider les cours sur la base de la prĂ©sence ?
  • Ne plus du tout Ă©valuer certains cours (en rĂ©flĂ©chissant contextuellement Ă  la fonction de l’évaluation sommative) ?

Interdire ChatGPT ?

« And that’s the thing : in a free market, a competitor cannot simply exclude a disruptive new technology. But in a classroom, we can absolutely do this thing ( Devereaux, 2023 [9]) »

C’est vrai, et le rĂšglement des Ă©tudes peut intĂ©grer cette interdiction a priori. Mais les LLM vont s’immiscer au sein de tous les outils numĂ©riques, a commencer par les moteurs de recherche, et cela va ĂȘtre difficile de maintenir l’usage d’outils numĂ©riques sans LLM.

mÚme classique : Bernie Sanders, un vieil homme face caméra sous le titre "les profs" dit : "je vous demande une fois encore de ne pas utiliser chatGPT"

Utiliser des moyens techniques de détection de fraude ?

Des systĂšmes de contrĂŽle dans le contexte de l’évaluation Ă  distance ou des logiciels anti-plagiat existent, mais :

  • cela pose des problĂšmes de surveillance et d’intrusion dans les machines des apprenants ;
  • cela suppose une « course Ă  l’armement » entre les systĂšmes de dĂ©tection et les systĂšmes de triche.

Il faut des rĂ©sultats fiables pour ĂȘtre en mesure d’accuser un Ă©tudiant de fraude.

Adapter nos exercices et rester en veille ?

« Likewise, poorly designed assignments will be easier for students to cheat on, but that simply calls on all of us to be more careful and intentional with our assignment design ( Devereaux, 2023 [9]). »

Certains exercices pourront ĂȘtre en effet amĂ©nagĂ©s pour rendre plus difficile l’usage de LLM. On peut avoir une exigence argumentative plus Ă©levĂ©e et/ou poser des questions plus complexes (en rĂ©flĂ©chissant Ă  pourquoi on ne le faisait pas avant, ce qui doit ĂȘtre modifiĂ© pour atteindre ce nouvel objectif, etc.). On peut augmenter le niveau d’exigence demandĂ© (en rĂ©flĂ©chissant au fait que cela puisse exclure des Ă©tudiants, au fait qu’il faille relĂącher d’autres exercices par ailleurs
).

Mais pour certains exercices ce ne sera pas possible (thĂšme et version en langue par exemple). Et de plus cela implique une logique de veille active entre la conception de ces exercices et l’évolution rapide des capacitĂ©s des outils qui intĂ©greront des LLM.

Renoncer aux travaux à la maison (ou à leur évaluation)

On peut décider de ne plus évaluer les travaux réalisés à la maison.

On peut alors imaginer plusieurs formes de substitution : retour aux devoirs sur table et sans ordinateur, passage à l’oral


Évaluer en dehors des cours ?

On peut imaginer :

  • des Ă©valuations certifiantes totalement en dehors des cours (sur le modĂšle du TOEIC ou du baccalaurĂ©at, par exemple pour les langues donc, pour l’expression française, pour des connaissances dans certains domaines, des compĂ©tences rĂ©dactionnelles
) ;
  • des Ă©valuations certifiantes calĂ©es uniquement en fin d’UV (examen final de sortie de cours, avec Ă©ventuellement rattrapage, sans plus aucune note intermĂ©diaire) ;
  • des Ă©valuations de compĂ©tences individuelles (intĂ©ressantes pĂ©dagogiquement, mais coĂ»teuses Ă  organiser et demandant des compĂ©tences avancĂ©es de la part des Ă©valuateurs).

Diminuer la pression sur les étudiants ?

Le contrat ECTS est trĂšs exigeant. 30 crĂ©dits par semestre c’est 750 Ă  900 heures attendues de travail en 16 semaines, vacances comprises, soit 45h Ă  55h par semaine. Plus la pression sur le temps est importante plus la tentation de tricher est grande.

On peut imaginer de renouer un contrat pĂ©dagogique d’un autre ordre avec les Ă©tudiants, fondĂ© sur la confiance rĂ©ciproque et la recherche de leur intĂ©rĂȘt.

Simplifier la notation (pass or fail) ?

L’UTC a connu un systĂšme Ă  3 notes : « admis », « non admis » et « mention » (Ă©quivalent Ă  A). Dans ce systĂšme, on prĂȘte moins d’attention Ă  la fonction sommative des Ă©valuations. Si un apprenant obtient une note suffisante Ă  un premier examen par exemple, il sait qu’il validera le module et il n’a pas d’intĂ©rĂȘt particulier Ă  optimiser ses autres Ă©valuations sommatives.

Sauf Ă  viser un A, mais on peut aussi se passer du A : c’est le cas des ActivitĂ© PĂ©dagogiques d’Inter-semestre Ă  l’UTC qui sont Ă©valuĂ©es juste avec « reçu » ou « non reçu ».

MĂšme classique avec personnage dĂ©goĂ»tĂ© par "corriger des copies d'Ă©tudiant⋅es rĂ©digĂ©es par des IA", le mĂȘme ravi par "Demander Ă  des IA de corriger des copies d'Ă©tudiant⋅es rĂ©digĂ©es par des IA"

Passer d’une obligation de rĂ©sultat Ă  une obligation de moyen ?

De fait certains cours sont mobilisĂ©s pour la validation du diplĂŽme, voire la sĂ©lection et le classement des Ă©tudiants, et d’autres comptent trĂšs peu pour cet objectif en pratique.

Certains cours pourraient donc ĂȘtre exclus du processus d’évaluation sommative (comme en formation professionnelle). On Ă©conomiserait le temps de travail d’évaluation sommative qui pourrait ĂȘtre rĂ©investi ailleurs. Quelques Ă©tudiants en profiteraient certainement pour « passer au travers » de certains contenus, il faudrait pouvoir Ă©valuer dans quelle mesure cela serait pire qu’aujourd’hui.

Renoncer à noter ? (pourquoi note-t-on ?)

Certains cours, sinon tous, pourraient donc échapper totalement à la notation.

À quelle fin Ă©value-t-on les Ă©tudiants dans une Ă©cole qui a sĂ©lectionnĂ© Ă  l’entrĂ©e comme l’UTC ?

  • Pour valider que les Ă©tudiants ont Ă©tĂ© « bien » sĂ©lectionnĂ©s ?
  • Pour les « forcer » Ă  travailler ?
  • Pour faire « sĂ©rieux » ?
  • Pour rĂ©pondre aux demandes d’organismes de certification du diplĂŽme ?
  • 


 

rĂ©union de conseil d'administration d'universitĂ© — nous avons un grave problĂšme : comment allons-nous Ă©valuer les Ă©tudiants s'ils fraudent avec un LLM ? — on interdit tout sauf le stylo ? — on les punit ? — on arrĂȘte de noter ? Le jeune homme dĂ©contractĂ© qui faisait cette derniĂšre suggestion dĂ©clenche la fureur de l'animateur de la rĂ©union, qui le passe par la fenĂȘtre de l'immeuble.

Notes et références

[1] – Marche Stephen. 2022. The College Essay Is Dead. in The Atlantic. https://www.theatlantic.com/technology/archive/2022/12/chatgpt-ai-writing-college-student-essays/672371/

[2] – LLM (Large Language Model) : Les grands modĂšles de langage (ou LLM, pour « Large Language Model ») sont des mĂ©canismes d’Intelligence Artificielle. Une de leurs applications les plus connues est la gĂ©nĂ©ration de textes ou d’images. L’ouverture au public de ChatGPT, en novembre 2022, a popularisĂ© cette application. Chaque grande entreprise de l’informatique sort dĂ©sormais son propre modĂšle, son propre LLM.

https://framablog.org/2023/07/31/que-veut-dire-libre-ou-open-source-pour-un-grand-modele-de-langage/

[3] – Lellouche Nicolas. 2023. Oubliez Enthoven : ChatGPT a eu la moyenne au bac de philo et c’est ce qui compte, Oubliez Enthoven. in Numerama. https://www.numerama.com/tech/1415146-vous-navez-pas-besoin-de-neurone-pour-avoir-votre-bac-de-philo.html.

[4] – Bortzmeyer StĂ©phane. 2023. Que veut dire « libre » (ou « open source ») pour un grand modĂšle de langage ?. https://framablog.org/2023/07/31/que-veut-dire-libre-ou-open-source-pour-un-grand-modele-de-langage/.

[5] – Tiernan Ray. 2020. Qu’est-ce que GPT-3 ? Tout ce que votre entreprise doit savoir sur le programme de langage d’IA d’OpenAIQu’est-ce que GPT-3 ?. https://www.zdnet.fr/pratique/qu-est-ce-que-gpt-3-tout-ce-que-votre-entreprise-doit-savoir-sur-le-programme-de-langage-d-ia-d-openai-39908563.htm.

[6] – Ertzscheid Olivier. 2023. GPT-3 : c’est toi le Chat.GPT-3. https://affordance.framasoft.org/2023/01/gpt-3-cest-toi-le-chat/.

[7] – Sharples Mike. 2022. New AI tools that can write student essays require educators to rethink teaching and assessment. https://blogs.lse.ac.uk/impactofsocialsciences/2022/05/17/new-ai-tools-that-can-write-student-essays-require-educators-to-rethink-teaching-and-assessment/.

[8] – Farazouli Alexandra, Cerratto-Pargman Teresa, Bolander-Laksov Klara, McGrath Cormac. 2023. Hello GPT ! Goodbye home examination ? An exploratory study of AI chatbots impact on university teachers’ assessment practicesHello GPT ! Goodbye home examination ?. in Assessment & Evaluation in Higher Education. vol.0 n°0 pp1-13.https://doi.org/10.1080/02602938.2023.2241676.

[9] – Devereaux Bret. 2023. Collections : On ChatGPTCollections. in A Collection of Unmitigated Pedantry. https://acoup.blog/2023/02/17/collections-on-chatgpt/.

[10] – Hadji C.. 1989. L’évaluation, rĂšgles du jeu : des intentions aux outils. ESF.

[11] – Astolfi Jean-Pierre. 1992. L’école pour apprendre : l’élĂšve face aux savoirsL’école pour apprendre. ESF.

[12] – Perrenoud Philippe. 1997. Construire des compĂ©tences dĂšs l’école. ESF.

[13] – Meirieu Philippe. 2004. Faire l’école, faire la classe : dĂ©mocratie et pĂ©dagogieFaire l’école, faire la classe. ESF.

[14] – RanciĂšre Jacques. 1987. Le maĂźtre ignorant : cinq leçons sur l’émancipation intellectuelleLe maĂźtre ignorant. Fayard.

[15] – ECTS (European Credit Transfer and accumulation System). Le systĂšme europĂ©en de transfert et d’accumulation de crĂ©dits a pour objectif de faciliter la comparaison des programmes d’études au sein des diffĂ©rents pays europĂ©ens. Le systĂšme ECTS s’applique principalement Ă  la formation universitaire. Il a remplacĂ© le systĂšme des unitĂ©s de valeur (UV) jusque-lĂ  utilisĂ© en France. wikipedia.org

Khrys’presso du lundi 25 septembre 2023

Comme chaque lundi, un coup d’Ɠil dans le rĂ©troviseur pour dĂ©couvrir les informations que vous avez peut-ĂȘtre ratĂ©es la semaine derniĂšre.


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Spécial emmerdeurs irresponsables gérant comme des pieds (et à la néolibérale)

SpĂ©cial recul des droits et libertĂ©s, violences policiĂšres, montĂ©e de l’extrĂȘme-droite


Spécial résistances

Spécial GAFAM et cie

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Khrys’presso du lundi 18 septembre 2023

Comme chaque lundi, un coup d’Ɠil dans le rĂ©troviseur pour dĂ©couvrir les informations que vous avez peut-ĂȘtre ratĂ©es la semaine derniĂšre.


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  • Un journaliste raconte comment Vincent BollorĂ© l’a avalĂ© (streetpress.com)

    Jean-Marie Bretagne a travaillĂ© trente ans pour le groupe de presse magazines Prisma Media (GĂ©o, Femme Actuelle, Voici, etc.). Jusqu’à ce que le milliardaire Vincent BollorĂ© le gobe. Dans Le Boa, il tĂ©moigne de l’intĂ©rieur. [
] Si la direction Ă©tait prĂ©venue, le livre n’existait pas. Soit j’étais virĂ©, soit plus personne ne m’aurait parlĂ©. J’avais besoin d’ĂȘtre un petit Ɠil qui observe sans ĂȘtre vu. Il a fallu user de stratagĂšmes. Sur le site de la Fnac.fr, mon Ă©diteur a fait en sorte que mon livre Ă  paraĂźtre n’apparaisse d’abord que sous le titre « Le Boa » sans sa suite « Comment Vincent BollorĂ© m’a avalé » pour que ni mes collĂšgues ni la direction n’en devinent le thĂšme.

  • AprĂšs son sujet sur le Puy du Fou, “ComplĂ©ment d’enquĂȘte” pris pour cible par le groupe BollorĂ© (telerama.fr)

    L’émission de France 2 a Ă©tĂ© la cible d’attaques des mĂ©dias du milliardaire breton, de CNews au “JDD”, suite Ă  la diffusion d’une enquĂȘte sur le Puy du Fou. France TĂ©lĂ©visions reste Ă©tonnamment muette.

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Les autres lectures de la semaine

  • Comment Balzac a créé le stĂ©rĂ©otype de la vieille fille (theconversation.com)

    un stĂ©rĂ©otype qui flirte avec l’imaginaire trĂšs connotĂ© de la sorciĂšre. La thĂ©orie fĂ©ministe questionne et fustige depuis des dĂ©cennies cette vĂ©ritable figure-repoussoir dont la prĂ©sence dans notre imaginaire collectif servirait surtout de menace aux femmes qui s’aviseraient de ne pas se marier ou de refuser de devenir mĂšres.

  • À la recherche d’Eileen : comment George Orwell a fait disparaĂźtre son Ă©pouse de son histoire (revolutionfeministe.wordpress.com)

    Un effacement plus flagrant encore se trouve dans Hommage Ă  la Catalogne [
] On peut le lire et le relire sans se rendre compte qu’Orwell n’était pas seul en Espagne — Eileen Ă©tait lĂ  aussi, presque tout le temps. Ni le livre d’Orwell, ni les biographes ne vous apprendront qu’elle travaillait au siĂšge du parti politique pour lequel Orwell se battait tandis qu’il Ă©tait dans les tranchĂ©es avec ses compagnons d’infanterie.
    Pendant qu’il se battait, elle travaillait Ă  la propagande Ă©crite et radiophonique du parti, ravitaillait les hommes, s’occupait des communications, organisait le transport de fournitures mĂ©dicales depuis Londres, prĂȘtait de l’argent quand le chef du parti n’en avait pas, et Ă©vitait les espions staliniens au bureau et Ă  l’hĂŽtel oĂč elle vivait. Lorsqu’elle rendit visite Ă  Orwell sur le champ de bataille, ils essuyĂšrent des tirs. Il fut touchĂ©, mais elle s’occupa de lui et sauva son manuscrit (qu’elle Ă©tait en train de taper). [
] la façon la plus insidieuse d’omettre les actions des femmes consiste Ă  utiliser la voix passive. Des manuscrits sont dactylographiĂ©s sans dactylographes, des circonstances idylliques existent sans crĂ©atrices, une fuite face Ă  des poursuivants staliniens est rĂ©alisĂ©e grĂące Ă  des passeports « en rĂšgle ».

  • Un rĂ©gime de fou (lundi.am)

    Du port de tel ou tel vĂȘtement, un foulard, une tunique traditionnelle, une robe de bain, le pouvoir actuel a fabriquĂ© une question (comment dĂ©fendre la laĂŻcitĂ© menacĂ©e ?), une analyse profonde (un foulard : pas bien ; pas de foulard : bien), un doute (peut-ĂȘtre qu’en tout musulman se cache un terroriste), une certitude diffusĂ©e Ă  grand renfort d’échos journalistiques (l’immigration est un problĂšme) et en a dĂ©duit une mesure.

  • LibĂ© donne la parole aux Ă©lĂšves du lycĂ©e Rabelais (liberation.fr)

    « Je suis un gars confortable. Pas riche mais confortable ! Le frigo est plein. Y a toujours au moins un ou deux trucs que j’aime, comme par exemple des Kinder. [
] J’ai mĂȘme un chat, il s’appelle Ace comme mon personnage prĂ©fĂ©rĂ© de One Piece. C’est un luxe d’avoir un chat parce que sa nourriture n’est pas gratuite. [
] J’ai des potes, ils dorment sur le canapĂ©, ils mangent la mĂȘme chose pendant trois jours : du riz ou des pĂątes. Ils sont beaucoup chez eux, genre 7 dans un trois piĂšces. Moi, j’ai ma chambre. Mes potes n’ont pas tous de l’argent tous les mois. Ils sont obligĂ©s d’en demander s’ils veulent manger au grec.

  • Chronique des dĂ©sastres climatiques et Ă©cologiques produits par la civilisation industrielle : l’étĂ© de l’emballement ? (ricochets.cc)

    Les gouvernements ne sont pas du tout incompĂ©tents, ils font efficacement leur job : maintenir le systĂšme en place, l’Etat et le productivisme, continuer la croissance et la civilisation industrielle, quoiqu’il en coĂ»te en vies humaines et en destruction de biosphĂšre.

  • Power and progress : ou pourquoi innovation et prospĂ©ritĂ© ne riment jamais vraiment (maisouvaleweb.fr)
  • A new French fairy tale (beyondnuclearinternational.org)

    In France, the nuclear industry is in decline and the nuclear company EDF is heavily in debt. At the same time, President Macron is once again promising cheap nuclear power and wants to have new small nuclear power plants built. A small part of the French nuclear industry’s financial problems is to be solved with EU money. In this context, the fairy tale of cheap French nuclear power is happily spread in France and also in Germany and the use of nuclear energy is praised as the miracle weapon in the losing war against nature and the environment. However, the price of electricity in France is only apparently cheap. According to a report of the supreme audit court in France, the research and development, as well as the construction of the French nuclear power plants, cost a total of 188 billion euros. Since in France the “civilian” and the military use of nuclear power cannot be separated, the sum is probably much higher. [
] A serious nuclear accident would have devastating consequences in France. A government study estimates the cost at 430 billion euros.

  • L’archĂ©type d’un Ă©chec (orientxxi.info)

    Le processus d’Oslo aurait pu rĂ©ussir si IsraĂ«l avait fait l’effort d’en rendre les termes acceptables par une direction palestinienne qui avait affichĂ© sa volontĂ© de compromis et disposait d’une lĂ©gitimitĂ© suffisante pour sceller un accord. Il n’en a rien Ă©tĂ©, bien au contraire, IsraĂ«l poursuivant son entreprise coloniale sans rencontrer beaucoup d’obstacles. Cependant, de nouvelles perspectives mondiales pourraient changer la donne

  • Chili 1970-1973. Comprendre les mille jours qui Ă©branlĂšrent le monde (contretemps.eu)
  • Chile’s coup at 50 – Countdown Toward a Coup (nsarchive.gwu.edu)

    “In the Eisenhower period, we would be heroes,” Henry Kissinger told President Richard Nixon several days after the overthrow of Salvador Allende in Chile, lamenting that they would not receive credit in the press for this Cold War accomplishment.

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Khrys’presso du lundi 11 septembre 2023

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Bifurquer avec le CollÚge européen de Cluny

Changer de voie professionnelle pour ĂȘtre plus en phase avec ses valeurs, ça se prĂ©pare : le Master of Advanced Studies « Innovation territoriale », organisĂ© conjointement par le CollĂšge europĂ©en de Cluny et la prestigieuse UniversitĂ© de Bologne, recrute sa promo 2023-2024 jusqu’au 29 septembre.

Framasoft y anime le module « Se connecter sans exclure » ­dans le cadre de l’UPLOAD1

On y parle culture libre et re-dĂ©centralisation d’Internet, bien sĂ»r, mais aussi impact social et environnemental du numĂ©rique.

Nous profitons de cette rentrĂ©e pour donner un coup de projecteur sur ce post-master riche en promesses qui s’inscrit dans la perspective de bifurcation sociale et environnementale que Framasoft s’efforce d’accompagner.
Il vous reste 3 semaines pour embarquer dans ce chouette train.

logo de établissement : un C jaune comme Cluny au centre de la représentation stylisée de l'abbaye. Texte : CollÚge européen de Cluny, démocraties locales & innovation

Bonjour Jean-Luc, pourrais-tu d’abord te prĂ©senter et nous dire par quelle trajectoire tu en es venu Ă  proposer une formation aussi originale.

photo de Jean-Luc Puech, bras croisĂ©s, souriantProfessionnellement, ma formation d’ingĂ©nieur m’a conduit vers les domaines de l’énergie et de l’environnement, puis de l’enseignement supĂ©rieur. En parallĂšle, je me suis engagĂ© en citoyen dans l’action publique locale, avec un mandat de maire et trois mandats de prĂ©sident de communautĂ© de communes en milieu rural Ă  Cluny, dans le sud de la Bourgogne.
De cette double expĂ©rience, j’ai acquis la conviction que les modes de vie ne changeront que si l’action publique locale invente de nouvelles solidaritĂ©s, de nouveaux services aux habitants. Et pour cela, la formation des acteurs est indispensable et urgente. Il faut sortir de l’hyper-spĂ©cialisation et du prĂȘt-Ă -penser.

Ah oui en somme, tu as toi-mĂȘme parcouru plusieurs voies
 et c’est ainsi que le CollĂšge europĂ©en de Cluny a ouvert sous ta direction un post-master que tu dĂ©finis comme une formation « pour les bifurqueuses et bifurqueurs ».

Oui, cette formation qui est portĂ©e par un Ă©tablissement Ă  statut associatif, ce qui lui donne une large libertĂ© d’inventer, est ouverte Ă  toutes les personnes titulaires d’un diplĂŽme de niveau master (ou disposant d’une expĂ©rience professionnelle Ă©quivalente), qui veulent donner un autre sens Ă  leur parcours professionnel : sortir du carcan du monde d’avant, regarder en face les dĂ©fis du changement climatique, de l’effondrement de la biodiversitĂ©, du creusement des inĂ©galitĂ©s territoriales et sociales, pour contribuer Ă  tracer des chemins d’avenir par l’intelligence collective.

VoilĂ  des perspectives et de nobles objectifs mais qui pourraient sembler un peu idĂ©alistes
 Pour donner des exemples concrets, peux-tu parler de personnes qui ont bĂ©nĂ©ficiĂ© de la formation l’annĂ©e derniĂšre, et dire dans quoi elles se sont engagĂ©es ensuite ?

Dans la premiĂšre promotion, nous avons eu Ă  la fois des profils de personnes qui venaient d’obtenir leur master et souhaitaient ouvrir leurs horizons, et d’autres qui aprĂšs quelques annĂ©es d’activitĂ© professionnelle dĂ©cevante, souhaitaient se rĂ©orienter vers l’action publique Ă  l’échelle des territoires.
Ainsi par exemple, Arnaud n’en pouvait plus de servir une sociĂ©tĂ© de services informatiques, le Master of advanced studies lui a permis de devenir dĂ©veloppeur de projets d’énergie renouvelable en collectivitĂ© locale, Mathilde, juriste de l’environnement se consacre dĂ©sormais Ă  un pĂŽle territorial d’économie circulaire. ClĂ©ment, kinĂ©, prĂ©fĂšre travailler Ă  l’issue de sa nouvelle formation sur la mobilitĂ© douce en milieu rural plutĂŽt que de rĂ©parer les dĂ©gĂąts de modes de vie dĂ©sĂ©quilibrĂ©s.

Ça pourrait bien donner des idĂ©es aux lectrices et lecteurs du Framablog
 Mais pour le contenu de la formation, quels sont les cours et ateliers qui sont proposĂ©s ?
La formation est structurée en deux types de modules, organisés chacun sur deux jours et demi par semaine :

  • Des modules qui portent sur des enjeux sectoriels :
    • se nourrir local,
    • se dĂ©placer bas-carbone,
    • gĂ©rer l’énergie et le climat,
    • habiter l’existant, vivre avec le vivant,
    • se connecter sans exclure, etc.
  • Des modules mĂ©thodologiques :
    • mobiliser l’intelligence collective,
    • mobiliser le design pour l’innovation publique,
    • agir en citoyen local, rĂ©gional, national, europĂ©en et global face Ă  l’anthropocĂšne, etc.

Dans ces modules, on alterne analyse théorique, expérimentation sur le terrain et rencontre avec des acteurs locaux.

groupe d'étudiants et étudiantes autour d'une table blanche ovale, photo prise au CollÚge européen de Cluny

Ah donc les participants et participantes font aussi l’expĂ©rience du terrain avec des projets ou stages ?

Oui, la formation comporte une pĂ©riode de conduite de projet territorial innovant, en collectivitĂ©, en association ou en entreprise, comme travailler avec les ados d’un territoire Ă  l’évolution de leurs pratiques de mobilitĂ©, animer un collectif d’artisans et d’artistes dans la revitalisation d’une friche hospitaliĂšre pour en faire un lieu de partage de compĂ©tences, accompagner une intercommunalitĂ© dans la valorisation de ses ressources en bois local, etc.

Par ailleurs, la formation est en partenariat avec l’UniversitĂ© de Bologne, qu’est-ce que ça signifie au juste ?

Eh bien, le diplĂŽme obtenu est un diplĂŽme de l’universitĂ© de Bologne et du CollĂšge europĂ©en de Cluny. Le premier mois de formation (en novembre) a lieu Ă  l’universitĂ© de Bologne, sur son campus situĂ© Ă  Ravenne‎. Les cours y sont donnĂ©s en anglais par des professeurs de l’UniversitĂ© de Bologne. La suite de la formation, de dĂ©cembre Ă  mars a lieu Ă  Cluny, sur le campus Arts et MĂ©tiers, au sein de l’ancienne abbaye, par des enseignants-chercheurs et des acteurs des territoires français. Le projet d’innovation en immersion professionnelle se dĂ©roule de mars Ă  juillet.
logo de l'université de Bologne. dans un cachet rond : alma mater studiorum, A.D. 1088 avec au centre une gravure médiévale. reprise du texte latéralement + "Università di Bologna"

Les frais de scolaritĂ© sont assez importants, mais vous vous dĂ©menez pour proposer des solutions Ă  celles et ceux qui ont peu de moyens, dans une dĂ©marche d’ouverture et d’inclusion.

Les droits de scolaritĂ© sont de 5000 € pour le diplĂŽme conjoint avec l’UniversitĂ© de Bologne. Mais d’une part nous avons organisĂ© une souscription populaire : des dons de citoyens permettent de donner un coup de pouce aux personnes qui auraient du mal Ă  boucler le budget, d’autre part l’organisation du cursus Ă  raison de 2,5 jours par semaine sur 6 mois est compatible avec une activitĂ© Ă  temps partiel. Et le CollĂšge europĂ©en est en contact avec les employeurs locaux, qui recherchent des Ă©quipiers : secteur sanitaire et social, artisanat, hospitalitĂ©, mobilitĂ©. Ces activitĂ©s peuvent ĂȘtre elles-mĂȘmes une riche expĂ©rience contribuant Ă  la rĂ©flexion sur la nĂ©cessitĂ© de changer les modes de vie et les services.

Pour finir, quelle formule magique tu proposerais pour convaincre quelqu’un de s’inscrire dĂšs cette promo ? « Il y a urgence » ? « Engagez-vous » ?

mmmh, disons :

N’attends pas le monde d’aprùs, donne-toi les moyens de participer à son invention !

 

personnage à droite un peu prétentieux : "j'ai bifurqué, j'étais chez Total, mais l'énergie c'est mort. Je me suis inscrit en master "IA et finance internationale", c'est pas évident hein, mais faut bien sauver sa gueule." deuxiÚme personnage, une femme souriante : " ah moi aussi j'ai bifurqué, je suis le post-master de Cluny, on se forme à innover autrement : intégrer les enjeux sociaux et environnementaux à l'échelle du territoire
 faut bien essayer de sauver le monde !

~~~~~~

  • En savoir plus ? Tous les dĂ©tails nĂ©cessaires figurent dans la plaquette de l’établissement
  • 
 et Framasoft dans tout ça ?
Se connecter sans exclure, un module animé par Framasoft.
Le développement rapide du numérique (médias sociaux, services en ligne, intelligence artificielle
) ouvre des opportunités, mais il génÚre également des situations douloureuses (exclusion, dépendance, prolétarisation
). Il pose également des questions environnementales complexes, loin de la promesse originelle de la dématérialisation.
Le cours permet de questionner les principales consĂ©quences Ă©conomiques, sociales et environnementales de l’usage du numĂ©rique, Ă  partir de constats actuels et de projections Ă  court et moyen terme. On se penche sur des questions Ă©thiques (accĂšs Ă  l’administration, illettrisme numĂ©rique, vie privĂ©e, croissance exponentielle
) en partageant des exemples (politiques publiques, initiatives citoyennes, recherches et formations
) pour anticiper et surmonter les risques qui accompagnent la rĂ©volution numĂ©rique.–> Le dĂ©tail du module

Khrys’presso du lundi 4 septembre 2023

Comme chaque lundi, un coup d’Ɠil dans le rĂ©troviseur pour dĂ©couvrir les informations que vous avez peut-ĂȘtre ratĂ©es la semaine derniĂšre.


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Spécial femmes dans le monde

  • Le mystĂ©rieux « Homme d’ivoire » dĂ©couvert en Espagne Ă©tait en rĂ©alitĂ© une femme (futura-sciences.com)

    Avec la confirmation de ces observations par un consortium d’expert·es europĂ©en·nes, les chercheureuses espagnol·es ouvrent la voie aux questions sur la position sociale de la femme durant la PrĂ©histoire sur le continent. [
] D’autres artefacts collectĂ©s Ă  Valencina lĂ©gitiment l’idĂ©e selon laquelle la dĂ©funte aurait continuĂ© Ă  ĂȘtre cĂ©lĂ©brĂ©e 200 ans aprĂšs son dĂ©cĂšs. L’étude ajoute que de telles marques d’opulence sont une occurrence rare voire inexistante de la PrĂ©histoire ibĂ©rique.

Spécial France

Spécial femmes en France

Spécial médias et pouvoir

Spécial emmerdeurs irresponsables gérant comme des pieds (et à la néolibérale)

SpĂ©cial recul des droits et libertĂ©s, violences policiĂšres, montĂ©e de l’extrĂȘme-droite


Spécial résistances

Spécial GAFAM et cie

Les autres lectures de la semaine

Les BDs/graphiques/photos de la semaine

Les vidéos/podcasts de la semaine

Les trucs chouettes de la semaine

Retrouvez les revues de web précédentes dans la catégorie Libre Veille du Framablog.

Les articles, commentaires et autres images qui composent ces « Khrys’presso » n’engagent que moi (Khrys).

Khrys’presso du lundi 28 aoĂ»t 2023

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Spécial femmes dans le monde

Spécial France

Spécial femmes en France

  • SurmortalitĂ© des femmes lors des canicules : des politiques de prĂ©vention encore Ă  la traĂźne (liberation.fr)

    MalgrĂ© des Ă©tudes rĂ©centes montrant une surmortalitĂ© des femmes ĂągĂ©es lors des pĂ©riodes de fortes chaleurs, la variable du genre n’est pour le moment pas prise en compte par les autoritĂ©s sanitaires françaises.

  • « Aurillac topless, la police en PLS » : une manifestation en soutien d’une femme seins nus visĂ©e par la justice (liberation.fr) Un millier de personnes, dont de nombreuses femmes seins nus, ont dĂ©filĂ© samedi 26 aoĂ»t dans l’aprĂšs-midi Ă  Aurillac (Cantal), en marge du festival de théùtre de rue de la ville [
] Le but du rassemblement Ă©tait de soutenir Marina, visĂ©e par une ordonnance pĂ©nale pour exhibition sexuelle aprĂšs s’ĂȘtre promenĂ©e seins nus en ville mercredi. Jeudi, elle avait expliquĂ© son geste Ă  la presse locale en disant avoir eu « hyper chaud » et avoir voulu faire « comme la moitiĂ© des hommes » ce jour-lĂ , « qui n’[avaient] pas de T-shirts ». Elle avait ensuite Ă©tĂ© contrĂŽlĂ©e par des policiers aprĂšs avoir refusĂ© de se couvrir le haut Ă  leur demande.

Spécial médias et pouvoir

RIP

Spécial emmerdeurs irresponsables gérant comme des pieds (et à la néolibérale)

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Spécial résistances

  • Une campagne choc d’Amnesty international pour alerter sur l’utilisation des LBD (radiofrance.fr)

    Amnesty International lance mardi une campagne en ligne et d’affichage pour alerter sur la dangerositĂ© des armes utilisĂ©es en manifestation par les forces de l’ordre. “Aujourd’hui tout coĂ»te un bras, sauf manifester qui coĂ»te aussi un Ɠil”, peut-on lire sur l’un des visuels chocs.

  • Convoi de l’eau : un golf dĂ©sarmĂ© dans le Poitou (contre-attaque.net)

    Le golf est loisir onĂ©reux pratiquĂ© par les Ă©lites. C’est aussi l’un des sports les plus polluants au monde. Et probablement le plus consommateur en eau. Un golf haut de gamme de 18 trous peut avoir une consommation moyenne de 5000 mĂštres cube d’eau par jour, ce qui correspond Ă  la production nĂ©cessaire aux besoins d’une collectivitĂ© de 12.000 habitants. Au niveau mondial on estime que 9,5 milliards de litres d’eau sont utilisĂ©s chaque jour pour arroser les pelouses des golfs : presque autant que ce que boit l’ensemble de l’humanité !

    Voir aussi À Marc Fesneau : Monsieur le Ministre, vous ĂȘtes un hypocrite (blogs.mediapart.fr)

    Monsieur le Ministre, vous ĂȘtes un hypocrite. Mais si vous ne l’étiez pas, vous ne seriez pas ministre de l’Agriculture.

  • Le Convoi de l’eau arrive Ă  Paris pour alerter contre les mĂ©ga-bassines (huffingtonpost.fr)

    « Et nous sommes toustes des écoterroristes »

  • 60 ans d’actions violentes : faut-il pour autant dissoudre la FNSEA ? (basta.media)

    Depuis les annĂ©es 1960, le syndicat agricole FNSEA multiplie les destructions de biens publics, blocages, opĂ©rations coups de poing, menaces contre des militant·es Ă©cologistes et des Ă©lu·es. Chronologie de 60 ans d’actions violentes.

  • Le peuple de l’écologie est bien vivant ! (blogs.mediapart.fr) Dimanche 20 aoĂ»t, Ă  PĂ©rols-sur-VĂ©zĂšre, CorrĂšze, Ă  l’occasion de la fĂȘte du village, un char a dĂ©filĂ© dĂ©corĂ© d’une banderole « Mort aux Ă©colos ». C’est le maire du village, Alain Fonfrede, qui conduisait le tracteur. [
] Nous peuple de l’écologie, rappelons que la situation est grave, que le rĂ©chauffement climatique est un fait scientifique et qu’il nous faut agir collectivement.

Spécial GAFAM et cie

  • Web Scraping for Me, But Not for Thee (blog.ericgoldman.org)

    Some of the biggest companies on earth—including Meta and Microsoft—take aggressive, litigious approaches to prohibiting web scraping on their own properties, while taking liberal approaches to scraping data on other companies’ properties.

  • Elon Musk aurait-il sabotĂ© Twitter en le renommant X et en changeant le logo ? (developpez.com)
  • X removes Holocaust-denying post after Auschwitz Museum criticism (bbc.com)

    The social media platform had initially said the post did not break its rules. The offensive post was a reply to one from the museum about a three year-old Jewish girl murdered in the concentration camp’s gas chambers.The post called her death a “fairy tale” and used anti-Semitic tropes.

  • Blue-tick scammers target consumers who complain on X (theguardian.com)

    Consumers who complain of poor customer service on X are being targeted by scammers after the social media platform formerly known as Twitter changed its account verification process. [
] Bank customers and airline passengers are among those at risk of phishing scams when they complain to companies via X. Fraudsters, masquerading as customer service agents, respond under fake X handles and trick victims into disclosing their bank details to get a promised refund.

Les autres lectures de la semaine

  • To block or not to block. Ce qui bloque quand Elon Musk dĂ©bloque. (affordance.framasoft.org)

    Si l’on veut que des espaces numĂ©riques “safe” puissent exister, c’est Ă  dire non pas des espaces excluants pour les autres mais protecteurs pour celles et ceux qui expriment le besoin ou la nĂ©cessitĂ© de s’y retrouver pour discuter de leurs expĂ©riences de marginalisation, il faut d’abord noter que le sentiment de sĂ©curitĂ© est indissociable du sentiment du secret.

  • Pour protĂ©ger la vie privĂ©e en ligne, il faut d’abord s’attaquer Ă  la « rĂ©signation numĂ©rique » (theconversation.com)
  • Les cryptomonnaies, cheval de Troie de la pensĂ©e rĂ©actionnaire (lvsl.fr)
  • AprĂšs le meurtre de Nahel : penser et combattre les violences des forces de l’ordre (lanticapitaliste.org)

    Que les membres du parti de l’Ordre et beaucoup d’autres avec eux soient surpris par les violences aujourd’hui commises est surprenant. Leur Ă©tonnement n’est pas seulement Ă©tonnant, il est aussi d’une dĂ©magogie obscĂšne au regard de la situation dont ils sont les premiers responsables. On ne mĂ©prise pas, on ne discrimine pas, on ne ruine pas tant d’existences pendant des annĂ©es impunĂ©ment. Des Ă©meutes de novembre 2005, ils n’ont rien appris parce que leur seul souci, dans ces quartiers populaires, c’est d’y assurer ce qu’ils osent nommer « l’ordre rĂ©publicain » qui n’est autre que le train-train de la domination, de l’exploitation et de l’oppression Ă  « bas bruit ». [
] Aux vocifĂ©rations des extrĂȘmes droites et des droites de gouvernement, qui exigent l’application des dispositions prĂ©citĂ©es, aux vocalises du gouvernement et du chef de l’État, qui en appellent au respect des institutions rĂ©publicaines, il faut, a minima, opposer les revendications suivantes : abrogation de la loi du 28 fĂ©vrier 2017, initiĂ©e par Bernard Cazeneuve puis votĂ©e par sa docile majoritĂ©. « RĂ©digĂ©e Ă  la hĂąte » pour satisfaire les syndicats de police, dixit le Monde du 29 juin 2023, cette rĂ©forme a permis aux forces de l’ordre d’user plus largement de leurs armes ce qui a favorisĂ© les drames que l’on sait. Il faut y ajouter l’interdiction immĂ©diate des contrĂŽles au faciĂšs, la dĂ©livrance obligatoire par les fonctionnaires de police d’un rĂ©cĂ©pissĂ© aux personnes contrĂŽlĂ©es, la suppression des LBD et des grenades de dĂ©sencerclement, le retrait des fusils d’assaut HK G36 mis Ă  la disposition des policiers et des gendarmes – une exception en Europe6. De plus, l’IGPN doit ĂȘtre supprimĂ©e et remplacĂ©e par une institution administrative indĂ©pendante, et la sinistre BRAV-M doit ĂȘtre dissoute.

  • Les riches nous imposent une sociĂ©tĂ© de pornopulence (usbeketrica.com)
  • « Anatomie d’une chute » : entretien avec Justine Triet, qui veut « inverser les codes de reprĂ©sentation » avec son film (huffingtonpost.fr)
  • Frelons asiatiques, un essaim de prĂ©jugĂ©s (reporterre.net)
  • Voir l’eau invisible, ou comment imager le remplissage et l’évolution des nappes phrĂ©atiques (theconversation.com)

    l’eau souterraine est une eau invisible, qui se trouve dans les espaces entre les grains du sol et des roches, dans les pores, les fissures ou les fractures des roches. On est bien loin de l’image du « lac souterrain » qu’évoquent souvent Ă  tort les termes de « nappe phrĂ©atique ». Ces aquifĂšres peuvent ĂȘtre continus ou discontinus (sĂ©parĂ©s par des roches impermĂ©ables) : un Ă©lĂ©ment crucial pour comprendre les flux d’eaux souterraines.

Les BDs/graphiques/photos de la semaine

Les vidéos/podcasts de la semaine

  • Pourquoi le train est-il toujours plus cher ? (france.tv – disponible jusqu’au 15/12/2023)
  • Un podcasdĂ©diĂ© aux luttes kurdes (paris-luttes.info)

    Nous aborderons de nombreux sujets : la place centrale des femmes, la jineologie, les mouvements de libĂ©ration nationale, l’idĂ©ologie politique du ConfĂ©dĂ©ralisme DĂ©mocratique en Ɠuvre au Nord-Est Syrien (Rojava), l’importance de l’écologie et les enjeux gĂ©opolitiques
 Nous vous proposerons une analyse de l’actualitĂ©, une prise de recul sur certains Ă©vĂ©nements marquants, un regard critique aussi.

Les trucs chouettes de la semaine

  • DĂ©pliant sur les protections pĂ©riodiques dĂ©taillant leurs avantages et inconvĂ©nients notamment au niveau de la santĂ© (paris-luttes.info)

    DĂ©couvrez les options disponibles, avec leurs avantages et inconvĂ©nients. Faites un choix de protection Ă©clairĂ© en fonction de vos besoins, de vos prĂ©fĂ©rences et de votre situation. Vos conditions sanitaires et financiĂšres peuvent limiter vos choix. Ce n’est pas de votre faute. Vous faites dĂ©jĂ  ce que vous pouvez dans cette sociĂ©tĂ© patriarcale.

  • L’Histoire Juniors (lhistoire.fr), un numĂ©ro complet de 8 pages adaptĂ© d’un dossier publiĂ© dans le magazine avec les contributions des meilleurs spĂ©cialistes. Sur les sujets les plus variĂ©s, une prĂ©sentation Ă  jour accessible Ă  de jeunes lecteurices. Chaque numĂ©ro de L’Histoire Juniors est tĂ©lĂ©chargeable et peut ĂȘtre lu directement sur un Ă©cran sous format pdf.

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Khrys’presso du lundi 21 aoĂ»t 2023

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Spécial femmes dans le monde

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Spécial médias et pouvoir

  • Les sondages nous prennent pour des saucisses (contre-attaque.net)

    Fabien Roussel, c’est une personnalitĂ© grandiose. C’est le seul « communiste » content de manifester avec le syndicat policier d’extrĂȘme droite Alliance pour rĂ©clamer l’impunitĂ© pour les forces de l’ordre et d’ĂȘtre ami avec GĂ©rald Darmanin. Son combat, c’est aussi de s’enflammer contre « l’assistanat » et dĂ©noncer la « France du RSA », tout en considĂ©rant que les « les grandes fortunes : ils sont trĂšs intelligents, ils ont créé, inventé ». Oui, il a vraiment dit tout ça. Il dĂ©fend aussi la corrida ou l’industrie de la viande, en se moquant de ceux qui mangent « du tofu et du soja ». AprĂšs l’exĂ©cution de Nahel, non seulement il n’a pas dĂ©noncĂ© les violences policiĂšres sanguinaires, mais il rĂ©clamait de « couper » les rĂ©seaux sociaux « quand c’est chaud dans le pays ». [
] Depuis plusieurs jours, les mĂ©dias macronistes rĂ©pĂštent en boucle que c’est lui le hĂ©ros de la gauche, le futur espoir Ă©lectoral.

  • Le Figaro rĂ©habilite une grande figure antisĂ©mite (contre-attaque.net)

    Cette semaine, Le Figaro, le grand journal de la droite française, qui touche d’importantes subventions publiques, rĂ©habilite une des plus grandes figures de l’antisĂ©mitisme de notre Histoire : Maurice BarrĂšs.

Spécial emmerdeurs irresponsables gérant comme des pieds (et à la néolibérale)

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Les autres lectures de la semaine

  • Comment fonctionne un Bureau d’Enregistrement ? (afnic.fr)
  • L’Express et le climat (lemonde.fr)

    Si le diagnostic du changement climatique relĂšve surtout des sciences de la nature, le remĂšde suppose que les Ă©conomistes, entre autres, s’y intĂ©ressent sĂ©rieusement. On aurait donc pu se fĂ©liciter qu’un Ă©conomiste – Nicolas Bouzou signe Ă©conomiste et essayiste, directeur du cabinet de conseil AsterĂšs – s’y emploie. Las ! Il s’y emploie si mal qu’on aurait prĂ©fĂ©rĂ© qu’il ne s’y intĂ©resse pas.

  • Contre l’imposture et le pseudo-rationalisme (cairn.info)
  • Classement de MiamĂŻam des universitĂ©s françaises. (affordance.framasoft.org)

    la France gagne des places dans le classement de ShangaĂŻ d’une part parce qu’on s’est alignĂ© sur les rĂšgles Ă  la con dudit classement, et d’autre part parce qu’on a acceptĂ© de sacrifier des pans entiers de financements publics de la recherche dans certains secteurs (notamment en diminuant drastiquement le nombre de postes disponibles). [
] Évaluer la qualitĂ© de l’universitĂ© et de la recherche française Ă  partir du classement de ShangaĂŻ c’est un peu comme si on prĂ©tendait Ă©valuer la qualitĂ© de la gastronomie française Ă  partir d’un rĂ©fĂ©rentiel Ă©tabli par Mac Donald : on serait rapidement en capacitĂ© de comprendre comment faire pour gagner des places, mais c’est pas sĂ»r qu’on mangerait mieux. [
] Je vous propose donc un classement alternatif et complĂ©mentaire au classement de Shangaï : le classement de MiamĂŻam. Bien plus rĂ©vĂ©lateur de l’état actuel de l’universitĂ© française. Ce classement est simple. Pour y figurer il faut juste organiser des distributions alimentaires sur son campus universitaire.[
] Ă  la diffĂ©rence du classement de ShangaĂŻ ce sont non pas 27 universitĂ©s et Ă©tablissements mais (au moins) 40 ! ! ! L’excellence de la misĂšre Ă  la française.

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Zoom et les politiques de confidentialité

Cet article a Ă©tĂ© publiĂ© Ă  l’origine par THE MARKUP, il est traduit et republiĂ© avec l’accord de l’auteur selon les termes de la licence CC BY-NC-ND 4.0

 

Publication originale sur le site themarkup.org

 

Traduction Framalang : goofy, MO, Henri-Paul, Wisi_eu

 

Voilà ce qui arrive quand on se met à lire vraiment les politiques de confidentialité

Une rĂ©cente polĂ©mique sur la capacitĂ© de Zoom Ă  entraĂźner des intelligences artificielles avec les conversations des utilisateurs montre l’importance de lire les petits caractĂšres

par Aaron Sankin

 

Photo de l'extérieur du siÚge de Zoom le 07 février 2023 à San José, Californie. Les cÎtés droit et gauche de la photo sont masqués par deux zones sombres qui ne sont pas mises au point.

Justin Sullivan/Getty Images

 

photo de l'auteurBonjour, je m’appelle Aaron Sankin, je suis journaliste d’investigation Ă  The Markup. J’écris ici pour vous expliquer que si vous faites quelque chose de trĂšs pĂ©nible (lire les documents dans lesquels les entreprises expliquent ce qu’elles peuvent faire avec vos donnĂ©es), vous pourrez ensuite faire quelque chose d’un peu drĂŽle (piquer votre crise en ligne).

Au cours du dernier quart de siĂšcle, les politiques de protection de la vie privĂ©e – ce langage juridique long et dense que l’on parcourt rapidement avant de cliquer sans rĂ©flĂ©chir sur « J’accepte » – sont devenues Ă  la fois plus longues et plus touffues. Une Ă©tude publiĂ©e l’annĂ©e derniĂšre a montrĂ© que non seulement la longueur moyenne des politiques de confidentialitĂ© a quadruplĂ© entre 1996 et 2021, mais qu’elles sont Ă©galement devenues beaucoup plus difficiles Ă  comprendre.

Voici ce qu’a Ă©crit Isabel Wagner, professeur associĂ© Ă  l’universitĂ© De Montfort, qui a utilisĂ© l’apprentissage automatique afin d’analyser environ 50 000 politiques de confidentialitĂ© de sites web pour mener son Ă©tude :

« En analysant le contenu des politiques de confidentialitĂ©, nous identifions plusieurs tendances prĂ©occupantes, notamment l’utilisation croissante de donnĂ©es de localisation, l’exploitation croissante de donnĂ©es collectĂ©es implicitement, l’absence de choix vĂ©ritablement Ă©clairĂ©, l’absence de notification efficace des modifications de la politique de confidentialitĂ©, l’augmentation du partage des donnĂ©es avec des parties tierces opaques et le manque d’informations spĂ©cifiques sur les mesures de sĂ©curitĂ© et de confidentialité »

Si l’apprentissage automatique peut ĂȘtre un outil efficace pour comprendre l’univers des politiques de confidentialitĂ©, sa prĂ©sence Ă  l’intĂ©rieur d’une politique de confidentialitĂ© peut dĂ©clencher un ouragan. Un cas concret : Zoom.

En dĂ©but de semaine derniĂšre, Zoom, le service populaire de visioconfĂ©rence devenu omniprĂ©sent lorsque les confinements ont transformĂ© de nombreuses rĂ©unions en prĂ©sentiel en rĂ©unions dans de mini-fenĂȘtres sur des mini-Ă©crans d’ordinateurs portables, a rĂ©cemment fait l’objet de vives critiques de la part des utilisateurs et des dĂ©fenseurs de la vie privĂ©e, lorsqu’un article du site d’actualitĂ©s technologiques Stack Diary a mis en Ă©vidence une section des conditions de service de l’entreprise indiquant qu’elle pouvait utiliser les donnĂ©es collectĂ©es auprĂšs de ses utilisateurs pour entraĂźner l’intelligence artificielle.

version anglaise dĂ©but aoĂ»t, capturĂ©e par la Wayback Machine d’Internet Archive

le texte précise bien l'usage consenti par l'utilisateur de ses données pour l'apprentissage automatique et l'intelligence artificielle

version française fin juillet, capturĂ©e par la Wayback Machine d’Internet Archive

 

Le contrat d’utilisation stipulait que les utilisateurs de Zoom donnaient Ă  l’entreprise « une licence perpĂ©tuelle, non exclusive, libre de redevances, susceptible d’ĂȘtre cĂ©dĂ©e en sous-licence et transfĂ©rable » pour utiliser le « Contenu client » Ă  des fins diverses, notamment « de marketing, d’analyse des donnĂ©es, d’assurance qualitĂ©, d’apprentissage automatique, d’intelligence artificielle, etc. ». Cette section ne prĂ©cisait pas que les utilisateurs devaient d’abord donner leur consentement explicite pour que l’entreprise puisse le faire.

Une entreprise qui utilise secrĂštement les donnĂ©es d’une personne pour entraĂźner un modĂšle d’intelligence artificielle est particuliĂšrement controversĂ©e par les temps qui courent. L’utilisation de l’IA pour remplacer les acteurs et les scĂ©naristes en chair et en os est l’un des principaux points d’achoppement des grĂšves en cours qui ont paralysĂ© Hollywood. OpenAI, la sociĂ©tĂ© Ă  l’origine de ChatGPT, a fait l’objet d’une vague de poursuites judiciaires l’accusant d’avoir entraĂźnĂ© ses systĂšmes sur le travail d’écrivains sans leur consentement. Des entreprises comme Stack Overflow, Reddit et X (le nom qu’Elon Musk a dĂ©cidĂ© de donner Ă  Twitter) ont Ă©galement pris des mesures Ă©nergiques pour empĂȘcher les entreprises d’IA d’utiliser leurs contenus pour entraĂźner des modĂšles sans obtenir elles-mĂȘmes une part de l’activitĂ©.

La rĂ©action en ligne contre Zoom a Ă©tĂ© fĂ©roce et immĂ©diate, certaines organisations, comme le mĂ©dia Bellingcat, proclamant leur intention de ne plus utiliser Zoom pour les vidĂ©oconfĂ©rences. Meredith Whittaker, prĂ©sidente de l’application de messagerie Signal spĂ©cialisĂ©e dans la protection de la vie privĂ©e, a profitĂ© de l’occasion pour faire de la publicité :

« HUM : Les appels vidĂ©o de @signalapp fonctionnent trĂšs bien, mĂȘme avec une faible bande passante, et ne collectent AUCUNE DONNÉE SUR VOUS NI SUR LA PERSONNE À QUI VOUS PARLEZ ! Une autre façon tangible et importante pour Signal de s’engager rĂ©ellement en faveur de la vie privĂ©e est d’interrompre le pipeline vorace de surveillance des IA. »

Zoom, sans surprise, a éprouvé le besoin de réagir.

Dans les heures qui ont suivi la diffusion de l’histoire, le lundi mĂȘme, Smita Hashim, responsable des produits chez Zoom, a publiĂ© un billet de blog visant Ă  apaiser des personnes qui craignent de voir  leurs propos et comportements ĂȘtre intĂ©grĂ©s dans des modĂšles d’entraĂźnement d’IA, alors qu’elles souhaitent virtuellement un joyeux anniversaire Ă  leur grand-mĂšre, Ă  des milliers de kilomĂštres de distance.

« Dans le cadre de notre engagement en faveur de la transparence et du contrĂŽle par l’utilisateur, nous clarifions notre approche de deux aspects essentiels de nos services : les fonctions d’intelligence artificielle de Zoom et le partage de contenu avec les clients Ă  des fins d’amĂ©lioration du produit », a Ă©crit Mme Hashim. « Notre objectif est de permettre aux propriĂ©taires de comptes Zoom et aux administrateurs de contrĂŽler ces fonctions et leurs dĂ©cisions, et nous sommes lĂ  pour faire la lumiĂšre sur la façon dont nous le faisons et comment cela affecte certains groupes de clients ».

Mme Hashim Ă©crit que Zoom a mis Ă  jour ses conditions d’utilisation pour donner plus de contexte sur les politiques d’utilisation des donnĂ©es par l’entreprise. Alors que le paragraphe sur Zoom ayant « une licence perpĂ©tuelle, non exclusive, libre de redevances, pouvant faire l’objet d’une sous-licence et transfĂ©rable » pour utiliser les donnĂ©es des clients pour « l’apprentissage automatique, l’intelligence artificielle, la formation, les tests » est restĂ© intact [N de T. cependant cette mention semble avoir disparu dans la version du 11 aoĂ»t 2023], une nouvelle phrase a Ă©tĂ© ajoutĂ©e juste en dessous :

« Zoom n’utilise aucun Contenu client audio, vidĂ©o, chat, partage d’écran, piĂšces jointes ou autres communications comme le Contenu client (tels que les rĂ©sultats des sondages, les tableaux blancs et les rĂ©actions) pour entraĂźner les modĂšles d’intelligence artificielle de Zoom ou de tiers. »

Comment utilisons-nous vos donnĂ©es Ă  caractĂšre personnel ?Les employĂ©s de Zoom n’accĂšdent pas au Contenu client des rĂ©unions, des webinaires, des messageries ou des e-mails (en particulier, l’audio, la vidĂ©o, les fichiers, les tableaux blancs en rĂ©union et les contenus des messageries ou des e-mails), ni au contenu gĂ©nĂ©rĂ© ou partagĂ© dans le cadre d’autres fonctions de collaboration (comme les tableaux blancs hors rĂ©union), et ne les utilisent pas, Ă  moins que le titulaire du compte hĂ©bergeant le produit ou Service Zoom oĂč le Contenu client a Ă©tĂ© gĂ©nĂ©rĂ© ne le demande ou que cela ne soit nĂ©cessaire pour des raisons juridiques, de sĂ»retĂ© ou de sĂ©curitĂ©. Zoom n’utilise aucun Contenu client audio, vidĂ©o, chat, partage d’écran, piĂšces jointes ou autres communications comme le Contenu client (tels que les rĂ©sultats des sondages, les tableaux blancs et les rĂ©actions) pour entraĂźner les modĂšles d’intelligence artificielle de Zoom ou de tiers.

copie d’écran du 16/08/2023, page https://explore.zoom.us/fr/privacy/

 

Dans son billet de blog, Mme Hashim insiste sur le fait que Zoom n’utilise le contenu des utilisateurs que pour former l’IA Ă  des produits spĂ©cifiques, comme un outil qui gĂ©nĂšre automatiquement des rĂ©sumĂ©s de rĂ©unions, et seulement aprĂšs que les utilisateurs auront explicitement choisi d’utiliser ces produits. « Un exemple de service d’apprentissage automatique pour lequel nous avons besoin d’une licence et de droits d’utilisation est notre analyse automatisĂ©e des invitations et des rappels de webinaires pour s’assurer que nous ne sommes pas utilisĂ©s involontairement pour spammer ou frauder les participants », Ă©crit-elle. « Le client est propriĂ©taire de l’invitation au webinaire et nous sommes autorisĂ©s Ă  fournir le service Ă  partir de ce contenu. En ce qui concerne l’IA, nous n’utilisons pas de contenus audios, de vidĂ©os ou de chats pour entraĂźner nos modĂšles sans le consentement du client. »

La politique de confidentialitĂ© de Zoom – document distinct de ses conditions de service – ne mentionne l’intelligence artificielle ou l’apprentissage automatique que dans le contexte de la fourniture de « fonctions et produits intelligents (sic), tels que Zoom IQ ou d’autres outils pour recommander le chat, le courrier Ă©lectronique ou d’autres contenus ».

Pour avoir une idĂ©e de ce que tout cela signifie, j’ai Ă©changĂ© avec Jesse Woo, un ingĂ©nieur spĂ©cialisĂ© en donnĂ©es de The Markup qui, en tant qu’avocat spĂ©cialisĂ© dans la protection de la vie privĂ©e, a participĂ© Ă  la rĂ©daction de politiques institutionnelles d’utilisation des donnĂ©es.

M. Woo explique que, bien qu’il comprenne pourquoi la formulation des conditions d’utilisation de Zoom touche un point sensible, la mention suivant laquelle les utilisateurs autorisent l’entreprise Ă  copier et Ă  utiliser leur contenu est en fait assez standard dans ce type d’accord d’utilisation. Le problĂšme est que la politique de Zoom a Ă©tĂ© rĂ©digĂ©e de maniĂšre Ă  ce que chacun des droits cĂ©dĂ©s Ă  l’entreprise soit spĂ©cifiquement Ă©numĂ©rĂ©, ce qui peut sembler beaucoup. Mais c’est aussi ce qui se passe lorsque vous utilisez des produits ou des services en 2023, dĂ©solĂ©, bienvenue dans le futur !

Pour illustrer la diffĂ©rence, M. Woo prend l’exemple de la politique de confidentialitĂ© du service de vidĂ©oconfĂ©rence concurrent Webex, qui stipule ce qui suit : « Nous ne surveillerons pas le contenu, sauf : (i) si cela est nĂ©cessaire pour fournir, soutenir ou amĂ©liorer la fourniture des services, (ii) pour enquĂȘter sur des fraudes potentielles ou prĂ©sumĂ©es, (iii) si vous nous l’avez demandĂ© ou autorisĂ©, ou (iv) si la loi l’exige ou pour exercer ou protĂ©ger nos droits lĂ©gaux ».

Cette formulation semble beaucoup moins effrayante, mĂȘme si, comme l’a notĂ© M. Woo, l’entraĂźnement de modĂšles d’IA pourrait probablement ĂȘtre mentionnĂ© par une entreprise sous couvert de mesures pour « soutenir ou amĂ©liorer la fourniture de services ».

L’idĂ©e que les gens puissent paniquer si les donnĂ©es qu’ils fournissent Ă  une entreprise dans un but Ă©vident et simple (comme opĂ©rer un appel de vidĂ©oconfĂ©rence) sont ensuite utilisĂ©es Ă  d’autres fins (comme entraĂźner un algorithme) n’est pas nouvelle. Un rapport publiĂ© par le Forum sur le futur de la vie privĂ©e (Future of Privacy Forum), en 2018, avertissait que « le besoin de grandes quantitĂ©s de donnĂ©es pendant le dĂ©veloppement en tant que « donnĂ©es d’entraĂźnement » crĂ©e des problĂšmes de consentement pour les personnes qui pourraient avoir acceptĂ© de fournir des donnĂ©es personnelles dans un contexte commercial ou de recherche particulier, sans comprendre ou s’attendre Ă  ce qu’elles soient ensuite utilisĂ©es pour la conception et le dĂ©veloppement de nouveaux algorithmes. »

Pour Woo, l’essentiel est que, selon les termes des conditions de service initiales, Zoom aurait pu utiliser toutes les donnĂ©es des utilisateurs qu’elle souhaitait pour entraĂźner l’IA sans demander leur consentement et sans courir de risque juridique dans ce processus.

Ils sont actuellement liĂ©s par les restrictions qu’ils viennent d’inclure dans leurs conditions d’utilisation, mais rien ne les empĂȘche de les modifier ultĂ©rieurement.
Jesse Woo, ingénieur en données chez The Markup

« Tout le risque qu’ils ont pris dans ce fiasco est en termes de rĂ©putation, et le seul recours des utilisateurs est de choisir un autre service de vidĂ©oconfĂ©rence », explique M. Woo. « S’ils avaient Ă©tĂ© intelligents, ils auraient utilisĂ© un langage plus circonspect, mais toujours prĂ©cis, tout en proposant l’option du refus, ce qui est une sorte d’illusion de choix pour la plupart des gens qui n’exercent pas leur droit de refus. »

Changements futurs mis Ă  part, il y a quelque chose de remarquable dans le fait qu’un tollĂ© public rĂ©ussisse Ă  obtenir d’une entreprise qu’elle dĂ©clare officiellement qu’elle ne fera pas quelque chose d’effrayant. L’ensemble de ces informations sert d’avertissement Ă  d’autres sur le fait que l’entraĂźnement de systĂšmes d’IA sur des donnĂ©es clients sans leur consentement pourrait susciter la colĂšre de bon nombre de ces clients.

Les conditions d’utilisation de Zoom mentionnent la politique de l’entreprise en matiĂšre d’intelligence artificielle depuis le mois de mars, mais cette politique n’a attirĂ© l’attention du grand public que la semaine derniĂšre. Ce dĂ©calage suggĂšre que les gens ne lisent peut-ĂȘtre pas les donnĂ©es juridiques, de plus en plus longues et de plus en plus denses, dans lesquelles les entreprises expliquent en dĂ©tail ce qu’elles font avec vos donnĂ©es.

Heureusement, Woo et Jon Keegan, journalistes d’investigation sur les donnĂ©es pour The Markup, ont rĂ©cemment publiĂ© un guide pratique (en anglais) indiquant comment lire une politique de confidentialitĂ© et en  identifier rapidement les parties importantes, effrayantes ou rĂ©voltantes.

Bonne lecture !


Sur le mĂȘme thĂšme, on peut s’intĂ©resser à :

 

Khrys’presso du lundi 14 aoĂ»t 2023

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Comment s’organiser contre la domination assistĂ©e par ordinateur ? [forum ouvert]

Dans le cadre de l’UniversitĂ© d’ÉtĂ© des Mouvements Sociaux et de la SolidaritĂ© (UEMSS) qui se dĂ©roulera du 23 au 27 aoĂ»t Ă  Bobigny, et avec les copaines de Attac, Ritimo, Globenet, Convergence Services Publics, Transiscope, l’April, L’Établi numĂ©rique, La DĂ©rivation
 Nous avons voulu proposer ensemble un forum ouvert pour permettre la rencontre de celles et ceux impliquĂ©es dans des luttes et confronter nos expĂ©riences et nos rĂ©flexions.

Cette journĂ©e d’échanges se dĂ©roulera le samedi 26 aoĂ»t. Elle nĂ©cessite de s’inscrire Ă  l’UEMSS (prix libre).

Forum ouvert : Comment s’organiser contre la domination assistĂ©e par ordinateur ?

Amazon utilisant des algorithmes sophistiquĂ©s pour imposer des cadences inhumaines aux chauffeurs et aux employé⋅es des centres logistiques. Facebook et al. collectant les opinions politiques des collectifs qui s’organisent dessus et favorisent structurellement la rĂ©action. L’industrie de la tech poussant Ă  acheter toujours plus d’appareils Ă©lectroniques, gĂ©nĂ©rant ainsi toujours plus d’extraction de ressources et de dĂ©chets qui finissent par s’entasser dans Ă©normes dĂ©charges dans les pays du Sud. La police demandant l’accĂšs Ă  nos communications, la possibilitĂ© de nous surveiller en temps rĂ©el par la reconnaissance faciale ou la biomĂ©trie aux frontiĂšres. ParcoursSup organisant la sĂ©lection sociale dans un service public de l’enseignement en crise.

Les diffĂ©rentes dominations auxquelles nous faisons face mobilisent maintenant toutes l’infrastructure informatique pour se renforcer, s’amplifier et Ă©largir leurs champs d’actions. Il est devenu difficile de trouver un exemple de lutte oĂč le numĂ©rique n’apparaĂźt pas Ă  un moment comme un outil utilisĂ© par celleux d’en face. La domination est maintenant assistĂ©e par ordinateur.

Si on ne s’intĂ©resse pas au numĂ©rique, le numĂ©rique, lui, s’intĂ©resse Ă  nous. Il est donc indispensable de rĂ©flĂ©chir ensemble, de nous organiser collectivement pour faire face Ă  cette domination. Les questions sont multiples : pouvons-nous retourner les outils numĂ©riques contre le capitalisme ? Comment mieux nous protĂ©ger face Ă  la surveillance gĂ©nĂ©ralisĂ©e permise par la technologie ? À quoi ressemblerait un monde numĂ©rique dĂ©sirable et vivable ?

Le numĂ©rique est devenu une rĂ©alitĂ© politique Ă  part entiĂšre, et son Ă©volution ne peut pas ĂȘtre laissĂ©e Ă  des prĂ©tendu·es expertes et au capitalisme.

Vous avez des pistes d’actions concrĂštes, des idĂ©es, des envies ? Venez avec votre enthousiasme pour les partager !

RÈŻse, la mascotte de Mobilizon en avant pour le forum ouvert
illustration : David Revoy (CC-By)

Forum ouvert ?

Un forum ouvert se construit à partir des sujets que les personnes y participant souhaitent aborder. Le programme est élaboré ensemble au début de la journée. Le reste se déroule ensuite au rythme des différents groupes qui travaillent en parallÚle et des nombreuses discussions informelles qui habitent les couloirs.

4 principes gouvernent un forum ouvert :

  • les personnes qui se prĂ©sentent sont les bonnes personnes ;
  • il arrive ce qui pouvait arriver de mieux ;
  • ça commence quand ça commence ;
  • ça finit quand c’est fini.

La loi de la mobilitĂ© permet Ă  une personne qui n’est ni en train d’apprendre, ni de contribuer, de changer de groupe.

Pistes de réflexion

Nous proposons quatre textes ou discussions pour alimenter nos rĂ©flexions avant l’évĂ©nement :

Pour vous inscrire, c’est par ici !

Khrys’presso du lundi 7 aoĂ»t 2023

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